LA LUNE DANS LE CANIVEAU (Edito du 17 février)

Philippe DUPONT

 

Il a donc décidé de jeter l’éponge afin de ne pas continuer à être éclaboussé par un scandale qui ne cessait de polluer la sphère médiatique et qui lui aurait finalement pourri la vie. A 42 ans, le fidèle lieutenant d’Emmanuel Macron, candidat à la Mairie de Paris qu’il comptait bien ravir à la sortante Anne Hidalgo vit probablement un moment de grande solitude.

Un abandon rapide provoqué la diffusion sur la Toile d’une vidéo trash dont il était l’acteur principal mais qui ressemble à une sorte d’Arlésienne : tout le monde en parle mais pratiquement personne ne l’a vue mais cela a suffi pour faire de lui l’homme par qui le scandale arrive surtout  le même s’est érigé en garant des valeurs si précieuses de la famille et de la fidélité inculquées lors d’une éducation scolaire dispensés par les Pères Jésuites….

La classe politique dans sa grande majorité a salué la décision du candidat de se retirer, tout en déplorant une « Américanisation » de la vie politique française, faisant fi de la vie privée et du droit de mener la mener à sa guise.

Du côté du Front Parisien, tout le monde y est allé de son couplet de compassion et d’indignation, à commencer par le rebelle Cédric Villani qui a apporté son soutien dans l’épreuve à son ex-compagnon de route tout en jubilant probablement de pouvoir tirer profit des déboires du «préféré » du locataire de l’Elysée et Rachida Dati, l’Outsider qui monte qui monte et qui est de tout cœur avec son compatriote bourguignon, en effet ces deux « parisiens d’adoption » sont tous les deux nés dans la même ville : Saint Rémy, dans la banlieue de Chalon sur Saône !.

Mais le parcours de ce fils de notaire est bien différent de celui de la fille d’émigrés marocains même s’ils sont devenus tous les deux des Rastignac à l’assaut de la Capitale, ont eu leurs mentors respectifs (Strauss-Kahn pour le premier, pourquoi riez-vous ? Chalandon pour la seconde) et sont tous les deux devenus ministres à peine quadragénaires…

Benjamin Griveaux a donc fait ses premières armes sur sa terre natale de Saône et Loire sous la bannière socialiste, se faisant élire au passage conseiller municipal de Chalon sur Saône puis à siégé au Conseil général alors dirigée par Arnaud Montebourg (mais qui n’était pas vraiment son ami). Mais un beau matin de 2015, sa route croise celle d’Emmanuel Macron, de huit jours son cadet et qu’il ne va plus quitter, se lançant dans cette aventure folle qu’était la création d’un mouvement de Marcheurs qui rendit sceptique plus d’un jusqu’à l’élection de 2017 qui a propulsé son champion à l’Elysée….

Mais le brillant jeune homme, porte-parole du nouveau monde a rapidement connu des déboires : d’abord comme porte-parole du gouvernement où il était très contesté, s’attirant les foudres de ses adversaires mais également de certains membres de la majorité qui le juge « arrogant » voire méprisant.

Alors, il quitte le gouvernement qui connait des heures difficiles notamment avec l’épisode inédit des « gilets jaunes » pour se lancer dans la bataille parisienne qu’il espère bien remporter facilement, au vu des très bons scores de LREM dans la Capitale et surtout grâce à l’impopularité de la maire sortante Anne Hidalgo.

Mais une fois de plus, il est gêné par le maintien de son adversaire malheureux à la primaire, Cédric Villani , ce qui risque d’altérer ses chances et malgré un programme qu’il juge convaincant, il n’arrive pas à décoller dans les sondages, ayant l’impression de faire du surplace, ce qui permet à son adversaire principale de retrouver des couleurs et de mener la course en tête, bientôt talonnée par celle que l’on attendait plus : Rachida Dati, plaçant Griveaux à la troisième voire bientôt quatrième place avant que n’arrive l’évènement qui a provoqué sa chute.

Cette chute orchestrée par un trio infernal est digne d’une série noire : un réfugié politique russe soi-disant acteur, sa complice une jeune fille de bonne famille qui aurait eu une correspondance intime avec le candidat déchu et un avocat activiste connu pour son anti-macronisme viscéral…. Les deux premiers ont été démasqués et mis en garde à vue tandis que le troisième s’est vu refusé de défendre le premier…. Un vrai feuilleton à rebondissement ….

Benjamin Griveaux parti se mettre au vert, c’est la ministre de la Santé Agnès Buzyn qui s’est dévouée pour le remplacer au pied levé avec la volonté de renverser la table à moins d’un mois du scrutin : choix aussi courageux qu’improbable, jugent certains mais celle qui a quitté à regret son ministère, malgré la menace persistante de Coronavirus et l’interminable bras de fer avec les services de santé croit en son destin politique (espérant peut-être suivre l’exemple de son ex-belle mère Simone Veil, qui occupa le même ministère et fut élue au parlement européen qu’elle présida).

Considérée comme « un poids lourd » d’un gouvernement qui en manque singulièrement et tendant la main à un Cédric Villani qui ne la refuse pas, elle peut espérer sortir d’un tunnel dans lequel s’était engouffré son malheureux prédécesseur à condition et c’est loin d’être acquis qu’une bonne odeur de retour aux fondamentaux de la vie politique retrouve le chemin des trottoirs ensoleillés et non celui des boules puantes qui flottent sur ses caniveaux ….

LE FILS DU CHIFFONNIER (Edito du 11 Février)

 

Issur Danielovitch Demsky est mort à 103 ans. Belle longévité pour ce fils d’un chiffonnier venu de Russie qui avait rejoint alors la terre promise : les Etats-Unis où notre défunt naquit en 1916, quelque part dans l’Etat de New York.  Au cours de cette longue et exceptionnelle existence, il deviendra une des plus grandes stars du cinéma Hollywoodien sous le nom de Kirk Douglas…

On avait fini par le croire immortel celui qui connut une gloire internationale dont l’apogée se situa dans les années cinquante et soixante, collectionnant les classiques et autres succès publics et critiques, tournant avec les plus grands : Kubrick, Hawks, Kazan, Huston, Minelli, Walsh ou encore Wyler….

Ce séducteur tint dans ses bras les plus belles actrices d’Outre-Atlantique : Lauren Bacall, Ava Gardner, Kim Novak ou encore Lana Turner et se frotta à d’autres monstres sacrés (Burt Lancaster, Anthony Quinn, Tony Curtis, James Mason) mais pourtant il n’obtint jamais d’Oscar, sinon celui pour l’ensemble de sa carrière (que l’on décerne généralement pour s’excuser de ne pas l’avoir fait auparavant  ou que le récipiendaire ne va pas tarder à nous quitter). L’honneur familial a été sauf car son illustre fils Michael en a obtenu deux : un comme producteur, un autre comme acteur….

Mais cette absence de trophée sur sa cheminée ne l’a pas empêché de devenir une star planétaire reconnaissable avec sa fossette fétiche et d’avoir des convictions personnelles qui ne plaisaient pas forcément au « politiquement correct » qui plane sur ce type de microcosme que ce sont le cinéma et le milieu des arts en général….

Kirk Douglas enchaîna les succès publics et critiques, n’hésitant à prendre des risques comme celui d’engager Donald Trumbo, scénariste « blacklisté » lors du Maccarthysme et paradoxalement de jouer sous la direction d’un Elia Kazan, jugé par ses pairs comme étant une « balance » lors de cette période sombre ou encore d’apparaître dans les « Sentiers de la Gloire » jugé antimilitariste et portant atteinte à l’honneur de l’armée et qui fut interdit notamment en France durant 18 ans….

Être une star ne signifie pas être uniquement une icône, sorte d’usine à fantasmes et d’admiration sans bornes, forcément inaccessible et vivant dans une tour d’ivoire cossue, cela peut être aussi la possibilité, du fait de sa notoriété, de pouvoir mener des combats qu’ils soient humanitaires, écologiques ou de tout autre ordre d’ailleurs….

On emploie ce mot « Star » à toutes sauces (Télévision, Mode, Cinéma, Littérature, Sports) tentant de trouver la définition la plus juste comme tenta de le faire Jacques Séguéla, « star » de la publicité à l’endroit de Kirk Douglas invité comme lui sur le plateau de la mythique émission « Apostrophes » en 1989 où il présentait son autobiographie : « le Fils du Chiffonnier » . Ce dernier finit par l’interrompre, le rembarrant gentiment dans un Français impeccable avec un percutant « qui êtes-vous, Monsieur, pour décider qui est une star ou qui ne l’est pas ? Le sourire goguenard de « Spartacus » laissa notre publicitaire tout penaud……

Être une star signifie en fait que l’on ne doit jamais oublier d’où l’on vient et que votre carrière ne peut pas rester sempiternellement au firmament, ce fut probablement la ligne de conduite de Monsieur Douglas qui connut un déclin notable de sa carrière dans les années 70-80 mais qui demeura cependant un spectateur engagé, fondant au passage une fondation pour les enfants défavorisés. Affaibli par la maladie, il n’hésita pas à réveiller les consciences du risque de faire élire un Donald Trump, initiative vaine mais dont l’intention ne manquait pas de panache…

Ainsi, c’est éteint un des derniers géants d’Hollywood, celui qui savait jouer tous les rôles : du matelot de « 20 mille lieues sous les mers », du cow-boy de « Règlement de comptes à OK Corral » ou encore le journaliste déchu du « Gouffre aux chimères » ou le physicien patriote des « Héros de Télémark » et qui composa un héros tantôt sympathique tantôt nocif, n’hésitant jamais à prendre des risques pour amener son jeu d’acteur à la perfection, n’est ce pas ça la marque de fabrique des stars ?

LE SOMMAIRE DU MOIS (cliquez sur les liens ci dessous)

9. Févr., 2020

Bon anniversaire, Monsieur Audiard

Notre collaborateur et ami Yves Dionay (déjà auteur de "Gastronomie de l'Essonne", republiée dans nos colonnes) rend ici hommage à Michel Audiard, figure incontournable du 7 ème art qui aurait eu 100 ans cette année.....

12. Juil., 2019

FLANERIES EN ESSONNE ET AILLEURS

Découvrez quelques sites connus, moins connus et insolites du département
avec un petit fond musical sympa....

24. Nov., 2019