L'IMPORTANT, C'ETAIT LA ROSE... (Edito du 10 mai 2021)

Philippe DUPONT

 

 

Il y a très exactement quarante ans: ce dimanche 10 mai 1981 représenta pour le « Peuple de Gauche » celui du « Grand soir ou jamais ». En effet, ce deuxième tour de l’élection présidentielle qui opposait le président sortant « libéral » Valéry Giscard d’Estaing à son challenger « socialiste » François Mitterrand (dont c’était la troisième tentative après les échecs de 1965 et 1974) était bien celui qui devait permettre à la « Gauche » de sortir d’une cure d’opposition vieille de 23 ans……

Cela devrait être en outre l’aboutissement d’un travail titanesque commencé dix ans plus tôt à Epinay-Sur-Seine par un François Mitterrand qui s’était alors emparé d’un parti socialiste balbutiant, héritier d’une SFIO agonisante pour en faire ensuite la « principale composante » des « forces de gauche », avec sa "Rose au poing"....

Il avait détrôné au passage un Parti Communiste alors dominateur tout en pactisant avec lui ainsi qu’avec les Radicaux-Socialistes pour constituer une « Union de la gauche » prompte à faire vaciller l’insolente coalition Centro-Libéralo-Gaulliste qui pensait avoir signé un « bail à vie » avec le pouvoir suprême…

Cependant, quelques semaines précédant ce deuxième tour, le « vent » avait commencé à tourner pour le président sortant Giscard d’Estaing, longtemps promis à une réélection mais qui perdait chaque jour du terrain, miné par une forme d’usure du pouvoir et surtout par le « lâchage » d’une partie de ses alliés de la famille gaulliste…

Alors que la fébrilité gagnait le camp de la Majorité, celui de l’Opposition était animé par le ressenti d’une victoire de plus en plus probable, malgré un soupçon de crainte « de perdre sur le fil » comme c’est souvent le cas pour les éternels finalistes qui desespèrent de pouvoir enfin décrocher le trophée suprême…

Mais la « Force Tranquille » incarnée durant la Campagne par un François Mitterrand, devenu de plus en plus confiant et serein plaidait en sa faveur. Le message subliminal « Demain l’espérance et la force du changement » commençait à enivrer les esprits demandeurs de ce qui n’était jusqu’alors qu’un vœu pieu : la voie vers l’alternance politique…

A vingt heures pétantes, chacun retint son souffle ou bien se croisa les doigts, suffocant parfois du fait de ce suspense insoutenable aggravé par l’apparition d’un crâne chauve qui pouvait être aussi bien celui du sieur de Chamalières que de celui de Château-Chinon……

On connait la suite, François Mitterrand fut élu avec 51.7 % des suffrages exprimés et l’annonce de son élection coupa de facto la France en deux : la première qui allait faire la fête durant toute la nuit pour célébrer cet évènement historique tandis que l'autre allait faire… la gueule, proprement tétanisée par cette défaite inimaginable et qui prédisait d’emblée une France au « bord du chaos » ….

Sur la route qui le transportait de Château-Chinon à l’Elysée, François Mitterrand, fraichement élu, n’imaginait certes pas qu’il resterait quatorze longues années au pouvoir, bien plus que son vieil adversaire De Gaulle mais lorsqu’on lui demanda ultérieurement à partir de quel moment il avait eu conscience de revêtir les « habits de président », il répondit « Dès l’instant que je fus élu » ….

Quarante ans ont passé et bien sûr beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, avec la rudesse de l’exercice du pouvoir dont la Gauche porteuse d’espérance fit les frais par la suite, amenant amertume et désillusion dans l’esprit de son électorat, connaissant parfois quelques rémissions comme en 2012 avant de subir aujourd’hui les aléas d’une famille bien plus éparpillée que recomposée, minée par ses divisions internes comme avant Epinay, il y a cinquante ans…

La célébration de ce 10 mai a été fêtée comme il se doit par quelques nostalgiques de cette « période bénie » dont l’ancien Président François Hollande tandis que d’autres ont préféré bouder l’évènement, à l’instar d’un Olivier Faure, lointain successeur de François Mitterrand, en quête d’une improbable et laborieuse reconquête du pouvoir avec un logiciel politique différent, à la manière d’un « Epinay 2.0 »……