MONGENERAL LE GRAND CHARLES (Edito du 13 novembre)

Philippe DUPONT

 

 

Le mercredi 16 juin 1965, il pleuvait sur Etampes mais la petite ville de Seine et Oise était loin d’être prise de mélancolie car elle vivait un moment que l’on ne vit qu’une seule fois dans sa vie : elle recevait   le Général de Gaulle, l’homme du 18 juin et accessoirement l’actuel Président de la toute jeune Vème République….

« Mongénéral » comme le surnommait un célèbre journal satirique achevait ici l’ultime étape de sa tournée dans les départements d’Ile de France et de ses environs (Seine et Oise, Seine et Marne et l’Oise) …

Les raisons qui avaient poussé le Chef de l’Etat à entreprendre une telle tournée étaient motivées par deux facteurs essentiels : le calendrier électoral et l’aménagement du territoire…

Un calendrier électoral motivé par des Français qui avaient majoritairement approuvé par référendum l’élection du Président de la République au suffrage universel sans forcément supposer au départ que son initiateur voulut ou non se soumettre au verdict des urnes…. Ce qu’il fit cependant en dépit de son âge avancé et de la réticence de son épouse Tante Yvonne qui exécrait la vie à l’Elysée…Ce déplacement pouvait indiquer le niveau de mercure sur le thermomètre de l’opinion populaire….

L’aménagement du territoire : un autre cheval de bataille mené par l’exécutif gaulliste après le douloureux démantèlement de l’Empire Colonial… En effet, Un an plus tôt, on avait créé les nouveaux départements pour éviter l’hypertrophie de l’agglomération Parisienne…. Le gros bourg agricole de 15 000 habitants serait intégré au futur département de l’Essonne qui naîtra officiellement le 1 er janvier 1968 avec en outre la perspective de « prendre du galon » en redevenant sous-préfecture….

« Le Grand Charles » comme on aimait également l’appeler, d’abord à cause de sa taille (1m96) mais surtout grâce à sa dimension historique arriva en position verticale à bord de la légendaire DS 19 version décapotable, saluant la foule enthousiaste tout en restant insensible aux gouttes de pluie qui lui chatouillaient la tête tout comme aux risques éventuels d’attentats sur sa personne qui l’avaient pourtant affecté ces dernières années….

En outre, le Général pouvait également avoir une pensée émue pour sa grand-mère paternelle, Joséphine, également femme de plume et qui avait publié en 1861 un petit ouvrage : « excursions en Seine et Oise » ….

Il fut accueilli par le Docteur Gabriel Barrière, un vétérinaire fraîchement élu maire de la ville lors des municipales du printemps… Ce centriste (dans la plus pure tradition de la ville, habituée alors au marais électoral) était dans ses petits souliers, un peu écrasé par l’intensité du moment vécu… plus habitué à gérer le stress d’un vêlage que d’accueillir un personnage historique qui pensait parfois que les « Français étaient des veaux » …

Il y avait foule sur la place de l’Hôtel de ville et la majorité de ces futurs habitants du « 91 » s’était mis sur son « 31 » et scandait le nom du « héros du jour » qui se préta d’emblée à un énième bain de foule avec probablement le même enthousiasme que lors du premier qu’il fit à Bayeux, vingt ans plus tôt, lors de la Libération de ce cher et vieux pays….

Enfin, il prononça un discours sur le bien-fondé de sa démarche et n’hésita pas à rassurer le Maire sur ses inquiétudes sur les problèmes de développement urbain de sa commune en lui murmurant : « Ça s’arrangera » tel un médecin de famille qui verrait son patient quasiment guéri rien qu’à lui tâter le pouls….

Il ponctua bien sûr son discours du porteur « Vive Etampes ! vive la République ! Vive la France ! » qui fut suivi par de nombreux applaudissements de l’auditoire, même si une grosse minorité d’entre eux n’hésita pas à mettre le « grand homme » en ballotage quelques mois après….

Le propriétaire de la Boisserie dormit sur place, à l’hôtel du « Grand Monarque » (ça ne s’invente pas), on réussit même à lui trouver un lit à sa taille et il put dormir tranquille, content d’avoir renoué avec les Français des territoires loin de la Tour d’Ivoire qu’il n’allait pas tarder à rejoindre pour encore quatre ans….