GIORGIA ET SES FRERES...

Philippe DUPONT.

 

Editorial du 26 septembre 

 

Les sondeurs avaient vu juste : Giorgia Meloni a réussi son pari en arrivant largement en tête des élections législatives qui avaient lieu ce dimanche chez nos voisins Italiens… Son parti « Fratelli d’Italia » (Frères d’Italie) a remporté près de 26 % des suffrages exprimés alors qu’ il n’en avait totalisé que 4 % en 2018.

En outre, elle a également réussi une « alliance des droites » avec Mateo Salvini (« La Ligue du Nord ») et l’inoxydable Silvio Berlusconi (« Forza Italia ») permettant d’obtenir 43 % des suffrages, avec l’assurance d’avoir la majorité absolue dans les deux chambres : 237 des 400 sièges de députés et 115 des 200 sièges du Sénat…

Cerise sur le gâteau, la « Meloni » comme aime la surnommer de l’autre côté des Alpes possède de grandes chances de devenir la Première Présidente du Conseil de l’histoire du Pays… Une prouesse dans une Italie qui a connu pas moins de 65 gouvernements successifs depuis 1945 !

On le sait :  le mode de scrutin est fort différent du nôtre, mêlant depuis la réforme de 2017, une habile dose de scrutin majoritaire et de proportionnelle qui incite à une culture du compromis (comme c’est également le cas dans la plupart des pays européens) et que des mauvaises langues chez nous qualifieront de « combinazione » , génératrice d’attelages improbables et parfois teinté d’un doux parfum court-termiste…

Comme issue, après moultes consultations, le dernier mot reviendra au Président de la République, Sergio Mattarella qui désignera l’heureux ou heureuse élu(e)… même si le suspense risque d’être de courte durée : la fonction devrait bien échoir à Madame Meloni….

A 45 ans, cette jeune femme blonde est loin d’être une « novice » en politique puisqu’elle compte déjà plus de 30 ans de militantisme derrière elle…. En effet, c’est en 1992 que la lycéenne d’alors, dont le père est un militant communiste convaincu et la mère est plutôt marquée à droite (ils finiront par divorcer) rejoint les rangs du MSI, un parti qualifié de « néo-fasciste » longtemps dirigé par Giorgio Almirante et qui se verra exclu par tous les autres partis de toute participation à une quelconque coalition politique, malgré un relatif adoucissement de ses  positions radicales avant de disparaître en 1995 pour se transformer en « Allianza Nazionale »…

En 1996, la jeune Giorgia fait une première fois parler d’elle en étant interviewée par la Télévision Française où elle confie (dans un Français impeccable) que « Mussolini a fait de bonnes choses » (Sic)…

Elle n'est pas forcément la seule à être convaincue par ses propos dans un pays qui a pourtant banni le mot « fascisme » de sa Constitution. Ce qui l’empêchera pas de gravir les échelons et de se faire élire Députée à 29 ans et Vice-Présidente de la Chambre… En 2008, Silvio Berlusconi l’a fait même entrer dans son gouvernement en lui confiant le portefeuille de la Jeunesse…

Tandis que l’histoire politique italienne connait de grands bouleversements avec l’écroulement des deux blocs qui dominaient la Péninsule depuis 1945, à savoir la Démocratie Chrétienne et le Parti Communiste, elle participe à la création d’un nouveau Parti « Fratelli d’Italia » en 2012 qui s’inscrit dans une tradition populiste et néo-conservatrices affirmées…

On verra au cours de la décennie, l’éclosion de partis séparatistes comme la « Ligue du Nord » ou bien sûr du « Mouvement 5 étoiles » de l’Humoriste Beppe Grillo, surnommé le « Coluche Italien » (il avait d’ailleurs joué avec lui dans « le Fou de Guerre » de Dino Risi) alors que triomphe à l’époque, La coalition de Droite « Forza Italia » de « Sua Emittenza » : Silvio Berlusconi…

On connait la suite jusqu’à aujourd’hui : des gouvernements successifs, de gauche ou du centre-gauche ou d’indépendants : d’Enrico Letta à Mario Draghi, en passant par Matteo Renzi (« le Macron Italien » ) et surtout l’improbable attelage Mouvement 5 Etoiles- Ligue avec Giovanni Conte épaulé du trublion Matteo Salvini pour déboucher finalement, au lendemain de la traumatisante crise sanitaire sur un gouvernement d’Union Nationale dirigée par l'éminent Mr Draghi.

Ce dernier avait réussi à former un gouvernement « arc en ciel » reflétant toutes les tendances politiques de la Péninsule, de la gauche radicale à la droite nationale et souverainiste. Un seul mouvement avait pourtant décliné l’offre : « Fratelli d’Italia » qui a su profité de la chute de ce gouvernement insolite, suite à la défection d’une de ses composantes (Mouvement 5 étoiles)… en coulisses donc, Giorgia Meloni a fait un gros travail de terrain, séduisant les couches les plus défavorisées, celles en voie de paupérisation, victimes des différentes crises qui ont affecté le pays depuis une dizaine d’années mais également les petits patrons séduits par le discours énergique d’une candidate qui s’est avérée en outre une habile stratège en formant une « coalition » avec deux alliés toutefois improbables et pas forcément fiables : le très lourdingue Matteo Salvini et l’éternel (bien que vieux et fatigué) : Silvio Berlusconi .

Une sorte de tour de passe passe qui a donc séduit les électeurs italiens (du moins ceux qui ne se sont pas abstenus, car « les pêcheurs à la ligne » ont toutefois atteint les 30 % , du jamais vu jusqu’à présent)… Une sorte d’alchimie provoquée par les mêmes stratagèmes (ici, version Droite Extrême, curieusement classé ici Centre Droit ?! ) qu’a pu être la NUPES chez nous pour l’Union de la Gauche tout en réussissant ce que Mr Zemmour, (un ex-journaliste comme Mme Meloni, ndlr) a lamentablement foiré avant de subir un humiliant revers électoral…

Donc une ascension irrésistible qui risque de propulser l’ancienne admiratrice juvénile du Duce vers les salons lambrissés du Palais Chigi et ce, malgré les nombreuses attaques de diabolisation qui seront restées vaines au cours de la Campagne, en témoignent les résultats sortis des urnes…

Mais l’inquiétude demeure toutefois, dans le pays comme dans le reste de l’Europe qui ne voit pas d’un bon œil l’arrivée au pouvoir d’une femme qui,  si elle ne se réclame plus du fascisme 100 ans après la « Marche sur Rome », affiche cependant une image de politicienne néo-réactionnaire, anti-LGBT, anti-avortement, anti-immigrés et défendant une Italie Chrétienne face à un « grand remplacement annoncé » (entendez: Islamique, tiens, tiens) et dont le slogan « Dieu, la famille, la patrie » est exactement le même que celui du Docteur Salazar qui dirigea de façon dictatoriale le Portugal  pendant 36 ans. Oups.

Mais Madame Meloni ne compte gouverner qu’au moins le temps de la législature, ayant gommé au passage les sujets qui fâchaient : la sortie de l’Euro, l’Italxit, la mise sous le boisseau d’un arrêt de l’immigration massive et s’est affiché comme un soutien inconditionnel à l’Ukraine contre Poutine (a contrario de ses deux alliés) et dont les premiers mots ont tenté d’être consensuels : « je serai la première ministre de tous les Italiens » formule laconique généralement employée dans ce genre de circonstance pour n’effrayer personne.

Et surtout avec la volonté de rassurer Bruxelles et le bloc occidental : dans ce pays fondateur de l’Union Européenne, membre du G7, troisième économie de la Zone Euro et même deuxième puissance industrielle, ayant bénéficié en outre de la plus grosse part du plan de relance économique (200 milliards d’euro), surtout quand on a entendu la (parfois) intrusive Madame Van der Leyden proféré quelques menaces non voilées à l’endroit de Madame Meloni en cas de « sortie de route »….(comprenez de : mise à mal du délicat équilibre européen).

En attendant, la Dame a reçu les félicitations de ses « amis » Zemmour, Orban, le Trumpiste Steve Bannon et de Madame Le Pen (jugée curieusement comme « infréquentable » par Giorgia Meloni mais qui pense connaitre le même destin en 2027) et quelques congratulations autant fair-play que laconiques du reste des chancelleries qui attendent pour voir….

Il est clair que la tâche de Madame Meloni ne sera pas aisée et que les promesses électorales ainsi que son image populaire dans le sens de « proches des gens » risquent d’être vite rattrapées par les réalités d’un pouvoir et d’un système politique complexe dominés par des alliances hétérogènes qui vous font roi (ici reine) d’un soir dans l’euphorie de la victoire pour vous transformer en étoile filante peu de temps après si vous n’y prenez garde…

En attendant, la vie continue et les plus optimistes version Méthode Coué, paraphrasant Galilée vous diront : Et pourtant, elle tourne… en faisant allusion à l’Italie, bien sûr….