COCONFINEMENT (EDITO DU 8 AVRIL)

Philippe DUPONT

 

 « Mettez en place des routines et obéissez à ceux qui savent ». En ces temps incertains qui peut prodiguer un tel conseil : le gouvernement ? les autorités scientifiques, une quelconque célébrité ? Pas du tout :  ce conseil sort de la bouche de Mario Sepulveda, un mineur Chilien qui est resté 69 jours à 600 mètres sous terre en 2010 avec trente-trois de ses compagnons d’infortune à la suite d’un éboulement dans une mine de cuivre au cœur du terrible désert d’Atacama et qui retrouva la lumière du jour après un héroïque sauvetage….

« Mettez en place des routines pour ne pas vous ennuyer, il y a beaucoup de choses à faire ! », tient à préciser le rescapé de la mine. :  en entamant une quatrième semaine de confinement, une très grande majorité de Français comme d’autres nombreux habitants de la planète suivent ce conseil sans l’avoir forcément entendu. C’est vrai le contexte d’une pandémie planétaire est fort différent de l’héroïque épisode Chilien même si on espère in fine le même dénouement heureux….

De Valenciennes à Hendaye et de Brest à Menton, certains vantent les bienfaits du confinement : pas uniquement les misanthropes, les casaniers patentés ou autres bambins addicts au jeu vidéo n’étant plus obligés de répondre aux injonctions parentales de sortir pour profiter d’un doux soleil printanier, mais également ceux qui finissent par y trouver quelques vertus à cette quarantaine « at home » insolite : le retour à des « fondamentaux » jusqu’à présent rangés au placard : la cellule familiale 24 heures sur 24, l’instauration d’un système D, le retour de la solidarité, etc….

A contrario, d’autres y ont plutôt vu une « assignation à résidence », sorte de cauchemar pour tout claustrophobe, hyperactif, bobo addict à la « perf », sportif invétéré qui ne peuvent gérer trop longtemps leur « mental » sans oublier les « exclus » de la « France périphérique », souffrant déjà d’ostracisme et qui ressentent alors l’impression de subir la « double peine »

Au début, certains ont cru à un jeu de rôles, lu « Huis clos » de Sartre ou « la Peste de Camus » ou encore les « aventures de Robinson Crusoé », (l’histoire romancée du plus long confiné de l’histoire : 28 ans !), alliant tradition à la modernité (l’heure de l’apéro, mais à distance) de faire plus souvent le ménage et le repassage, de se remettre à la cuisine , d'ingurgiter toutes les séries sur Netflix, de débiter de la « blagounette » sur les réseaux sociaux, des « bons conseils pour occuper son temps », puis optant pour un certain relancement du « made in France », se lançant dans la couture artisanale (les masques)…

Puis le temps a passé et le provisoire s’installe dans la durée, au vu de la gravité de la situation : la pandémie restant toujours meurtrière sans que l’on n’y voie pour l’instant une réelle possibilité de sortir de ce « trou noir » dans les plus brefs délais.

De leur balcon ou de leurs fenêtres, les « confinés » applaudissent ceux qui sont dehors mais pour une belle et noble cause afin d’assurer la bonne marche d’un pays (nous soigner, nous nourrir, etc..)

Une incertitude et un sentiment d’inutilité qui peut habiter un grand nombre de « confinés » autant résignés qu’inquiets, mais comme le disent les médecins : vous vous croyez passifs, vous êtes en fait les acteurs majeurs de l’éradication de ce fléau en restant chez vous. Chacun sa « résistance » en temps de guerre….

Mais la lutte continue et la quarantaine va vraiment trouver sa signification. On passera « Pâques au balcon », le très Saint Père s’adressera à la « Ville et au Monde » mais à huis clos, certains prieront pour ne pas pouvoir sortir enfin de chez eux sans être obligés illico presto de devoir « mettre la clé » sous la porte, tandis que d’autres espéreront de pas trop subir les méfaits d’une économie sous « respirateur » …

Pour finir avec une lueur d’optimisme, on imagine la sortie prochaine du « Confinement pour les Nuls » afin de pouvoir dénicher de bons conseils en la matière tout comme il pourrait se créer un réseau de coaches pour "gérer son mental en milieu fermé" , comme disent les commentateurs sportifs. A n'en point douter, l’imagination et la dérision restent nos meilleurs atouts….