L'EXERCICE DU CONTRE-POUVOIR (Edito du 28 Septembre)

Philippe DUPONT

 

Ce dimanche soir, à l’annonce des résultats, si un homme pouvait jubiler, assis derrière son bureau du Palais du Luxembourg, c’était bien Gérard Larcher, 71 ans, Président de la Chambre Haute du parlement, et accessoirement deuxième personnage de l’Etat……

En effet, le président sortant de la vénérable assemblée est sorti grand vainqueur d’une consultation électorale qui s’est déroulée dans l’indifférence générale mais qui lui permettra de conserver son trône pour au moins les trois prochaines années….

Près de la moitié des sièges du Sénat était à pourvoir, au cours d’une élection qui se produit au suffrage universel indirect, ce qui signifie que nos sénateurs sont élus par de « grands électeurs », triés parmi les élus de la république et non par les électeurs comme c’est le cas pour les législatives…

Sur les 172 sièges sortants , le groupe LR, d'où est issu Mr Larcher conserve sa majorité avec 76 sièges renouvelés auquel il faut ajouter un gain de dix sièges supplémentaires et qui donne un peu de baume au cœur à cette Droite que l’on disait moribonde, depuis ses nombreux revers électoraux constatés depuis 2012 (cinq défaites cinglantes : deux aux présidentielles et deux aux législatives, accompagnées d’une « rouste » aux Européennes, comme aurait dit le regretté politologue Jean Marc Lech), certes compensés par les succès aux élections municipales de 2014 et 2020…

« La Droite et le Centre se remettent en selle » comme semble penser le Docteur Larcher, naguère vétérinaire de l’Equipe de France de Hippisme et qui aime bien provoquer des courses d’obstacles avec la Majorité présidentielle, en jouant la « carte des territoires » contre celle « du centralisme parisien ».

L’ancien Maire de Rambouillet qui aimait naguère introniser en ces terres « la Reine du Muguet » adore à présent jouer sur les « nerfs des monarques en proie au doute »

Cependant, l’homme est pragmatique, pas du genre « rentre-dedans » comme son ex-collègue Mélenchon qui fut comme lui, il y a maintenant 34 ans, un des « cadets » partis à l’assaut du Palais du Luxembourg.

Non ! Ce « chasseur invétéré » est un rude négociateur, il laisse toujours une chance à sa cible : c’est un peu l’art du compromis chez ce « gaulliste de gauche », celui du « contre-pouvoir » qui pourrait se résumer par une volonté d’être le « garant du bon fonctionnement des institutions républicaines, du respect de la laïcité et de l’émergence d’une véritable démocratie participative »..

Accusé avec son acolyte, le très discret Mr Baroin, celui que certains appellent « l’Arlésienne de la Présidentielle », de faire « monter la pression » (comme ce fut le cas pour le forcing concernant le maintien des élections municipales malgré le Covid) et de profiter de leurs nombreux réseaux d’influences (incarnés par les associations d’élus notamment) pour faire plier un pouvoir jugé arrogant, il n’est pas forcément évident que ce genre de démarche, certes signe de vigueur démocratique mène directement vers le chemin du pouvoir….

La Droite a certes gagné les Sénatoriales, mais la Gauche est arrivée bonne seconde tandis que les Ecologistes ont fait une petite « percée » fruit de leurs récentes conquêtes territoriales, leur permettant même de reconstituer un nouveau groupe, cela est-il suffisant pour espérer chez les uns comme les autres de sortir du « purgatoire » au niveau national ?

Rien n’est moins sûr, à l’instar du Rassemblement National, « premier parti de France », « aux portes du pouvoir » comme aiment souligner certains observateurs et qui se retrouve avec un seul Sénateur se voyant contraint de rejoindre discrètement le « groupe des non-inscrits » comme d’ailleurs ses collègues de l’assemblée Nationale, d’ailleurs… un remake de la « Grande Illusion » ?...

En définitive, le Sénat qui a opéré son changement (rajeunissement des troupes, mise en lumière de parlementaires souvent compétents et lanceurs d’alertes, porte-parole des territoires oubliés, celle de « la France en souffrance ») mais qui, comme chacun sait, n’a jamais le dernier mot (qui revient toujours à l’Assemblée nationale) peut alors continuer à jouer son rôle de « poil à gratter », pardon de contre-pouvoir….