LA CLOCHE DE PONT-AUDEMER (Edito du 18 Janvier)

Philippe DUPONT

Il est 22 heures à Pont-Audemer (Eure) lorsque qu’une des quatre cloches de l’église Saint-Ouen sonne l’heure du couvre-feu… Curieux, me direz-vous, ce décalage horaire de quatre heures entre ce paisible chef-lieu de canton situé en Normandie et le reste de l’Hexagone qui est justement « sous cloche » dès 18 heures….

A dire vrai, ce n’est pas aussi curieux que l’on pourrait le croire, du fait que ce « son de cloche » Pont-Audemérien est entendu par ses ouailles depuis le Moyen-âge sans lien direct avec l’actuel Coronavirus… comme l’a relaté dans « L’Eveil de Pont-Audemer » et sur Europe 1, le curé de la Paroisse, le Père Dubos...

En fait, cette tradition ancrée dans la vie quotidienne servait à l’origine de « repère » pour les autochtones, les incitant à rentrer chez eux afin d’aller se coucher et surtout d’éviter d’allumer des feux au sein d’habitations construites en pans de bois et surtout collées les unes aux autres risquant de provoquer de violents incendies….

Aujourd’hui la donne est toute différente, même si ce type de confinement partiel rappelle celui d’un Moyen-âge paradoxalement transposé à l’époque de l’intelligence artificielle !

Quelques observateurs rappellent que cette « hibernation du soir », du moins sur la forme, ressemblerait à celles imposées dans les périodes sombres de notre Histoire, comme sous l’Occupation…lorsque l’on se terrait chez soi dans l’attente anxiogène des matins libérateurs…tandis que d’autres, à l’instar de Jean Gabin et Bourvil tentaient « la Traversée de Paris » adeptes du marché noir mais guettant le moindre bruit de bottes Teutonnes répressives….

Mais le couvre-feu de 2021 a heureusement une toute autre signification, pour faire un jeu de mots facile : il sert de pare-feu à une troisième vague qui pointe son nez à l’horizon…tandis que nos voisins se sont déjà reconfinés, y compris l’Allemagne, l’ex-bonne élève à présent emportée par la « flambée » et qui ne peut plus servir de référence pour les éternels polémistes qui inondent nos plateaux télés….

Dès 18 heures, chacun d’entre nous peut allumer un cierge pour prier que la vaste campagne de vaccination qui commence ce jour nous fassent redécouvrir « la vie presque comme avant » ….C’est le souhait de bon nombre de Français qui demeurent dans les moments critiques, de sympathiques Gaulois râleurs et versatiles : hier majoritairement opposés audit vaccin, aujourd’hui les voilà de plus en plus nombreux à vouloir être chatouillés par la seringue salvatrice….Comprenne qui voudra....

Probablement, un juste retour à la réalité des choses : un peu moins d’un an après cet « accident de l’histoire » qui a bouleversé notre quotidien, un seul objectif dans notre ligne de mire : en sortir (très) lentement mais sûrement de ce qui est un véritable bourbier qui éclabousse la Planète toute entière...

Et puis ces chiffres qui nous parlent : deux millions de victimes à travers les cinq continents et qui continuent à flamber dans certaines contrées, dont 70 000 en France, des mutations du virus qui s’ingénient à nous narguer avec férocité…et qui nous rappellent que « le printemps du vaccin » ne fera pas disparaitre ce fléau comme une « baguette magique » dans un conte de fées….

C’est sûr, à court-terme, nous pourrons peut-être reprendre des apéros qui ne seront plus virtuels sans toutefois oublier d’avoir toujours un masque dans notre poche et de conserver nos reflexes acquis, parfois malgré nous, depuis la pandémie et de ne pas lever notre verre « a la der des der » car l’histoire malheureusement ne se répète pas mais elle a tendance à bégayer…. A la vôtre pour cette nouvelle année d’espérance !.... avec les cloches de Pont-Audemer comme fond sonore….