AMI, ENTENDRAS-TU ENCORE LE VOL NOIR DES CORBEAUX SUR LA PLAINE ? (Edito du 13 Octobre)

Philippe DUPONT

 

Hubert Germain, jusqu’à présent ultime survivant des 1038 Compagnons de la Libération s’est donc éteint à l’âge de 101 ans. C’est Florence Parly, ministre de la Défense qui a annoncé sa disparition suscitant une certaine émotion dans l’opinion publique, consciente qu’une page de notre histoire était en train de se tourner lentement mais sûrement : celle de la glorieuse épopée des acteurs actifs d’un deuxième conflit mondial qui ébranla le monde entre 1939 et 1945…

Mais n’oublions pas que fermer un livre n’est pas synonyme de de le voir rangé définitivement dans une bibliothèque poussiéreuse : bien au contraire, notre devoir de mémoire doit demeurer intact car l’histoire a tendance à bégayer parfois…

Hubert Germain n’était pas forcément connu du grand public, comme bon nombre des Compagnons de la Libération que l’histoire aura qualifié de « héros de l’ombre » qui aimaient à dire qu’ils n’avaient fait que leur devoir mais sa situation « singulière » de dernier Compagnon, avec le privilège d’être inhumé dans la Crypte du Mont-Valérien lui aura donné une notoriété évidente, notamment lors du 80ème anniversaire de l’Appel du 18 juin quand les honneurs lui furent rendus….

On se souvient de lui, devenu pensionnaire de l’Ordre de la Libération , calé dans son fauteuil roulant, l’œil malicieux,  avec son béret vissé sur la tête et dialoguant avec le Président de la République….

Cet ultime témoin d’une époque qui s’est agrégée à la Grande Histoire n’était pas peu fier d’appartenir à cette unique confrérie inspirée de la « Chevalerie » qu’instaura le Général de Gaulle, une sorte de noblesse d’épée et composée d’hommes et de femmes (malheureusement sous-représentées : elles ne furent que six) désintéressés mais qui avaient en commun de ne pas s’être « résignés » à subir l’humiliante défaite de 1940, préférant plutôt « continuer » le combat, persuadés comme leur inspirateur que la « France avait perdu une bataille mais pas la guerre »..

Beaucoup d’entre eux à l’instar d’Hubert Germain était jeune (voire très jeune, le plus jeune Compagnon périt à moins de 15 ans) lorsqu’ils rejoignirent « l’armée des Ombres », ce qui peut expliquer leur fougue et leur détermination (leur inconscience, pourra dire alors une majorité plus abasourdie que silencieuse).

Ces « 1038 » venaient pourtant d’horizons bien différents pour ne pas dire opposés : on y trouvait des royalistes, des socialistes, des communistes, des écrivains (tel Malraux, Romain Gary ou Joseph Kessel et Maurice Druon, ces deux derniers à qui l’on doit « Le chant des Partisans), des Religieux (comme Thierry d’Argenlieu, également officier de marine et qui fut le premier des « compagnons de la libération »), beaucoup de militaires (haut gradés comme simples hommes de troupe), des futurs ministres et chefs de gouvernement de la Vème République (Chaban-Delmas, Messmer, Galley, Savary, etc…), des prix Nobel (Cassin ou Jacob), etc…. Sans oublier des hommes d’état étrangers : Churchill, Eisenhower ou encore Mohamed V, roi du Maroc….

Cinq localités dont celle de l’Ile de Sein qui fut la première à répondre à l’Appel du 18 juin…Les trois-quarts des Compagnons eux appartinrent à la « France Libre » tandis que le dernier quart composa l’indispensable « Résistance intérieure »….

Hubert Germain était le fils un peu dilettante d’un Général alors favorable au Maréchal Pétain et qui ne comprit pas la curieuse décision de son fils de se rallier à un général à titre provisoire, déserteur de surcroit alors que le combat était perdu selon lui aggravé par le risque d’anéantir un « avenir prometteur » : celui d’officier de Marine.

L’aspirant-marin choisit en effet de rendre une « copie blanche » au concours d’entrée à l’Ecole Navale, donnant comme motif que « son combat était ailleurs » qu’entre ces murs.

A 20 ans, il prenait donc son destin en main : il parvint à rejoindre l’Angleterre, en embarquant à Saint-Jean de Luz puis poursuivit sa préparation militaire d’officier au sein de l’armée de la France Libre.

Il appartiendra désormais à cette France Combattante qui s’illustra lors de la Campagne de Syrie, servit sous les ordres du Général Koenig puis rejoindra la Légion pour combattre dans les « sables du Désert » notamment à Bir Hakeim, un des épisodes les plus héroïques d’une armée française exilée qui sut tenir tête au redoutable « Rat du Désert », le Maréchal Rommel ainsi qu’à El Alamein pour se prolonger durant la Campagne d’Italie et le débarquement en Provence, où il déplora d’ailleurs la « relative passivité » des autochtones alors que l’espoir de la libération du Pays s’ouvrait à eux…

L’après-guerre sera pour ce Compagnon (et pour tous ceux qui avait appartenu à la Résistance) sera souvent synonyme de « réussite sociale » dans une France en reconstruction : il intégra l’industrie puis les cabinets ministériels, dont celui de son compagnon d’armes : Pierre Messmer et dont il deviendra le Ministre des PTT puis des Relations avec Parlement, lors de son passage à l’Hôtel Matignon entre 1972et 1974.

Il embrassera d’ailleurs une carrière politique, en étant Député Gaulliste de Paris mais également Maire de Saint-Chéron (Seine et Oise, auj. Essonne) entre 1953 et 1965. A noter que cette coquette bourgade du Hurepoix peut s’enorgueillir d’avoir ultérieurement élu un autre maire issu de la  « France Libre », l’Amiral de Cazanove….

Hubert Germain n’oublia jamais cet esprit de « Compagnonnage » et de « fibre Gaulliste » en témoignent les clubs politiques ou autre loge maçonnique qu’il fréquenta (il créa même la « loge Pierre Brossolette », un autre célèbre Compagnon) et terminera sa carrière dans l’industrie….

Ainsi devenu Pensionnaire de l’Institution Nationale des Invalides, le vénérable centenaire a vu partir avant lui l’avant-dernier Compagnon : Daniel Cordier. Ce dernier, ancien secrétaire de Jean Moulin, confiait non sans humour qu’il n’aurait pas voulu de toute façon être inhumé dans la crypte du Mont-Valérien, car il doit y faire froid……

Lui, Hubert Germain ne dit pas non à cet honneur, fier d’être un « soldat connu » contrairement à celui de l’Arc de Triomphe » et savourera post-mortem les différents hommages qui lui seront rendus dans les jours et mois qui suivront…

Une page se referme donc mais comme l’a souligné Hubert Germain : avec sa disparition, la flamme va certainement s’éteindre, mais les braises survivront…Au-delà de cette jolie métaphore, on peut désormais entretenir ce devoir de mémoire et mieux comprendre les raisons du combat de tous ces « héros de l’ombre » qui réveillent nos consciences parfois engourdies….

4. Août, 2021

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