LA FRANCE DE POUPOU (EDITO DU 19 Novembre)

Philippe DUPONT

 

Ce mardi 19 Novembre, la petite ville Limousine de Saint-Léonard-de-Noblat a rendu un ultime hommage à son plus glorieux enfant (depuis Gay-Lussac) : Raymond Poulidor, disparu quelques jours plus tôt à l’âge de 83 ans….

Plus de 2 000 personnes avaient tenu à saluer pour la dernière fois celui qui connut une « poupoularité exceptionnelle » comme le qualifiait Antoine Blondin qui fut une des plus fameuses plumes du Tour de France. Un tour de France que le célèbre coureur cycliste ne gagna jamais, se payant même le luxe de n’avoir jamais endossé le maillot jaune une seule journée.

Ils étaient donc nombreux à vouloir rendre un hommage (mérité) à leur champion, qu’ils s’appellent Bernard Hinault, Christian Prudhomme ou tous ces anonymes qui avait côtoyé le champion. Une belle pluie d’hommages avait précédé la cérémonie, venant parfois de la nouvelle génération de coureurs, eux aussi atteint de « poupoumania » sorte de ferveur intergénérationnelle….

On n’a jamais cessé de surnommer Raymond Poulidor « l’éternel second » surtout face à son frère ennemi Jacques Anquetil, qui remporta cinq fois l’épreuve reine du cyclisme et bien sûr au non moins légendaire Eddy Merckx qui a salué la disparition d’un « grand monsieur » ….

Mais ce qualificatif de « sempiternel second » repris ensuite dans tous les domaines pour designer ceux qui échouent à acquérir la première place :  « le Poulidor de la politique, des affaires, du cinéma, de la littérature » était largement erroné, le «sportif préféré des français » arriva souvent à la première place, riche d’un palmarès de plus de 189 victoires et non des moindres : Le Tour d’Espagne, deux Paris-Nice (dont un devant Merckx), la Flèche Wallonne, un championnat de France, etc… et même ironie du sort, le record de nombre de podiums dans le Tour de France….

Rien ne prédisposait ce fils de pauvres métayers de la Creuse, « émigrés » en Haute-Vienne à devenir un cycliste de légende. Pourtant, comme il le confiait : « le vélo m’a tout donné », c’était son « université » à lui qui avait dû s’arrêter au « certif » car ses parents avaient besoin de « bras » pour faire vivre l’exploitation familiale. Mais le jeune Raymond, en plus des bras, s’aperçut rapidement qu’il avait des « jambes en or », imitant ses frères aînés qui tâtaient du « guidon » chaque dimanche. Un de ses instituteurs lui offrit un abonnement à un hebdomadaire sur le cyclisme qu’il dévora avidement. Malgré des réticences familiales, il se lança alors vers sa destinée et supplanta rapidement son entourage familial en devenant une « valeur sûre » de sa région….

Après son service militaire en Algérie, il fut remarqué par un ancien coureur cycliste et agriculteur comme lui (à Livry-Gargan !), Antonin Magne qui devint alors son manager sportif pendant près de dix ans et qui forgea lentement mais sûrement la légende du futur Grand Raymond….

Sa première apparition dans le Tour de France est restée dans les annales : c’était en 1962 et son baptême du feu se fit avec un plâtre à la main une grande partie de l’épreuve. Déjà le courage et la rage de ne jamais céder.

En 1964, son duel au « coude à coude » avec Anquetil a fini de le faire entrer dans la « Cour des grands » : les deux hommes se détestaient alors cordialement et tout semblait les opposer : d’un côté, le « dandy » Jacques, fêtard invétéré, aux nombreuses conquêtes féminines, représentant d’une France moderne et émancipée et de l’autre : le « terrien » Raymond, sobre, un peu pingre, mari modèle et homme attaché à son terroir….

Pourtant, le public adula le second face au premier, scandant à tout va « vas-y Poupou », sobriquet inventé par un journaliste de l’Humanité, Emile Besson. Une popularité qui agaça probablement Anquetil l’éternel vainqueur mais qui devient curieusement lui aussi un inconditionnel de son adversaire dès qu’il arrêta sa carrière….

Mais Raymond, malgré ses nombreux titres de gloire ne parvint pas à échapper à son cruel destin sur l’épreuve reine du cyclisme, alors qu’il allait enfin pouvoir la remporter en 1968, il fut contraint à l’abandon à la suite d’une sérieuse blessure provoquée involontairement par un motard de l’épreuve. Roi de la guigne, pourrait-on penser….

Philosophe, Raymond Poulidor finit par dire : « en fait, si j’avais gagné deux ou trois fois le Tour, peut-être ne parlerait-on plus de moi aujourd’hui ». C’est peut-être vrai, et finalement cet enivrant parfum de popularité du temps de sa carrière et qui se prolongea au-delà semble avoir conforté sa légende….

Dix-sept ans d’une longue et riche carrière qu’il terminera en apothéose en finissant 3 e du tour de France alors qu’il était le doyen de l’épreuve ont fini de faire entrer au Panthéon du sport,  l’homme resté simple, digne représentant de la « France d’en bas » qui n’a jamais pris la « grosse tête », certainement parce qu’il faisait partie d’une génération de sportifs de haut niveau, à l’instar d’un autre Raymond, Kopa, fils de mineurs Polonais qui avait connu lui aussi quelques années de labeur avant de connaitre la consécration et qui savaient que tout cela peut tourner un jour ou un autre si l’on se laisse griser….

Le Limousin avait entretenu sa légende en couchant ses souvenirs sur papier avec la complicité de son ami, Jean-Paul Brouchon, « voix du cyclisme » à Radio-France, enrichi d’une préface d’Eddy Merckx, excusez du peu……

Mais le sage Raymond, devenu agent de communication auprès de nombreux sponsors du cyclisme, est donc resté dans le « circuit », enfourchant jusqu’au bout une bicyclette ou un VTT, attaché à son terroir comme à la transmission du virus auprès de sa famille : son gendre et ses deux petits-fils ont fait ou font une carrière dans le cyclo-cross… La relève est assurée….

Raymond Poulidor est donc parti rejoindre son vieux complice Jacques Anquetil, parti à 53 ans des suites d’un cancer et qui lui avait soufflé par boutade : « tu vois Raymond, tu vas encore finir deuxième. Mais cette fois, n’en doutons pas, l’éternité les mettra à armes égales, ils pourront disserter sur ces petits hommes casqués et dotés d’une oreillette mais qui parcourt comme eux avec de la sueur et parfois des larmes les belles routes de France et d’ailleurs…ou quelques badauds hurleront un remake de « Vas-y Poupou » comme au bon vieux temps…

LE SOMMAIRE DU MOIS (cliquez sur les liens ci dessous)

17. Sept., 2019

FRANCE NOUVELLE SOCIETE

Quatrième épisode de l'inventaire 1969: En France....

7. Août, 2019

CINEMASCOPIE 69

Troisième épisode de l'inventaire 1969: Le cinéma...

15. Juil., 2019

ON A MARCHE SUR LA LUNE

Deuxième épisode de l'Inventaire 1969: la fabuleuse odyssée d'Apollo 11

12. Juil., 2019

FLANERIES EN ESSONNE ET AILLEURS

Découvrez quelques sites connus, moins connus et insolites du département
avec un petit fond musical sympa....

3. Juin, 2019

VOYAGE AU COEUR DE LA PLANETE POP

Panorama de l'actualité musicale très riche de 1969

16. Juil., 2019

JEAN LOUIS BORY, MEMOIRE D'OUTRE JUINE

Pour saluer le célèbre critique cinéma et écrivain disparu il y a 40 ans

23. Août, 2019

COMPOSTELLE

Paru l'an dernier dans la "Voix du Sud Essonne", rédigé par Christèle Dumas.
A (re)découvrir.

23. Août, 2019

RETRO 1998

Arrêt sur les évenements de cette année-là.

23. Août, 2019

ESSONNE ANNEE 0

Naissance d'un département le 1er janvier 1968.