DEMI-MAROQUIN (Edito du 28 juillet)

Philippe DUPONT

 

 

L’attente fut longue, très longue même pour connaître la composition définitive du Gouvernement Castex. Entre la nomination des 31 Ministres et celle des Secrétaires d’Etat (qui seront finalement 12) : trois semaines se sont écoulées ! Du jamais vu sous l’histoire de la Ve République mais c’est vrai, la période que nous avons vécue depuis quatre mois ne ressemble à aucune autre……

On peut deviner l’état de « fébrilité » qui a pu animer les secrétaires d’état sortants qui attendaient de connaitre leur sort, tel un condamné pris d’angoisse existentielle dans « le couloir de la mort » ou un « Goal en lévitation au moment de la séance des tirs au but ».

Dans le précédent Gouvernement Philippe, on ne comptait pas moins de 17 secrétaires d’Etat, soit cinq de plus qu’aujourd’hui. Pourtant, dès l’annonce du gouvernement enfin complet, certains commentateurs ont raillé ce « gouvernement pléthorique » de 43 membres, à des années-lumière du « gouvernement resserré » souhaité en 2017 par le chef de l’Etat.

Les habituels opposants, dès l’annonce de la nomination des « douze élus » n’ont pas manqué de tacler un exécutif qui aime jouer les prolongations pour finalement « accoucher d’une souris » tandis que d’autres, issus des rangs de la Droite, ont pu pousser un « ouf de soulagement » craignant une énième tentative de débauchage, pour ne pas dire de siphonage de certains éléments lassés de vivre sine die dans une opposition peu constructive….

En regardant de plus près, on constate que les « mini-maroquins » distribués ont été équitablement répartis entre ceux issus de la gauche (dont une majorité de Strauss-Kahniens) et d’anciens compagnons de route de la Droite traditionnelle (Tendance Madelin et coup de patte Sarkozyste, notamment) mais qui ont tous comme dénominateur commun le fait d’être des « éléments méritants de la Macronie » même si certains esprits goguenards ricanent (à tort) sur le maigre « vivier de talents » que compterait l’actuelle Majorité LREM-MODEM…

Certes, près de la moitié des « heureux élus » étaient des sortants : Sophie Cluzel chargée des personnes handicapées depuis 2017 est reconduite tout comme Jean-Baptiste Lemoyne au Tourisme. L’ancien sénateur de l’Yonne aura fort à faire pour redynamiser un secteur très impacté par la crise sanitaire et qui ne représente pas moins de 8 % de notre PIB.

Cédric O, dont « l’histoire » se confond avec celle de la genèse des « Marcheurs » en 2016 continuera d’être en  charge du porteur dossier Numérique à l’instar d’Adrien Taquet, actif député des débuts de la mandature qui pilotera la Protection de l’enfance.

Laurent Pietraszewski, ex-DRH d’Auchan et surtout remplaçant de Jean Paul Delevoye, grand artisan de la réforme des Retraites, continuera à « marcher sur des œufs » pour ne pas froisser les susceptibilités des partenaires sociaux et d’une partie de l’opinion franchement hostile….

Gabriel Attal, qui avait succédé à la très contestée Sibeth Ndiaye au poste (délicat) de porte-parole continuera d’annoncer les mesures gouvernementales, on peut lui bon courage au vu de la rentrée difficile qui s’annonce …….

Les « petits nouveaux » sont pour la plupart issus de la majorité Parlementaire de 2017 et souvent inconnus du grand public, à l’exception d’Olivia Grégoire, vice-présidente de la Commission des Finances qui justement sera chargée de l’économie sociale, solidaire et responsable, ce qui l’amènera à travailler avec Bruno Le Maire, transfuge comme elle de la Droite.

L’ancien « Monsieur Europe » de l’Elysée, Clément Beaune travaillera sous les « auspices » de l’inamovible Jean Yves Le Drian, en héritant du portefeuille des « affaires européennes ».  Joel Giraud, élu des Hautes-Alpes se penchera sur son domaine de prédilection : celui de la Ruralité qui fut longtemps boudé par le chef de l’Etat qui a su faire amende honorable au fil du temps….

Nathalie Elimas, chargée de l’Education prioritaire et Sarah El Hairy, chargée de la jeunesse et de l’engagement, toutes les deux issues de l’alliée MODEM ont été reroutées pour épauler Jean-Michel Blanquer….

Enfin, Bérangère Abba, rejoint également « le groupe » en assistant Barbara Pompili à la « Biodiversité », le dossier écologique tentant de retrouver le sommet de la pile en matière de priorité, ce qui fera plaisir à ce bon Mr Hulot, probablement parti en vacances….

Et puis bien sûr, comme dans tout remaniement, il y a des heureux élus ou d’autres qui prennent du galon en devenant ministre comme Marlène Schiappa , Amélie de Montchalin ou Jean-Baptiste Djebbari) mais également des « recalés », le mois dernier plusieurs sortants (Castaner, Belloubet, Penicaud) avaient «  pris la porte », cette fois-ci l’issue a été identique pour Brune Poirson, pourtant grand espoir de la Macronie ou Christelle Dubos mais qui pourront se consoler en inscrivant « ancienne secrétaire d’Etat » sur leur CV, c’est toujours un plus…..

Secrétaire d’Etat comme Ministre, c’est une sorte de « CDD » que l’on signe en entrant au gouvernement. Il est loin le temps des débuts de la Ve République où les Couve de Murville, Malraux ou Messmer passaient toute une décennie au sein d’un même ministère… Aujourd’hui le « court-termisme » est plutôt de mise, faisant de vous un « intermittent des palais de la République ».

Mais il reste encore 600 jours à tous ces vaillants soldats du gouvernement pour faire leurs preuves dans un contexte particulièrement délicat, n’oublions pas de leur souhaiter bon courage en attendant…le prochain remaniement.