LA GUERRE DES ONDES

 

La nouvelle est tombée lors du dernier sondage Médiamétrie, France Inter est devenue la première radio de France !

Pour la première fois depuis la mise en place de ces mesures d’audience en 1985, la radio nationale a enfin soufflé la première marche du podium à RTL qui l’occupait de façon immuable et insolente depuis lors….

Certes, l’écart n’est pas gigantesque : 11.7% contre 11.3% de parts d’audience et peut-être provisoire mais Il mérite d’être souligné et surtout commenté…. Cela faisait plusieurs années déjà que la station de la Maison Ronde s’approchait des sommets, devenant leader des matinales radio et sur plusieurs créneaux horaires de la journée mais l’ex-station de la Rue Bayard continuait à occuper la première place de façon insolente.

 

 

ECOUTEZ LA DIFFERENCE

 

France inter, radio de service public a pâti dans le passé d’une fréquence (sans jeu de mots) de ses mouvements sociaux parfois de longue durée (près d’un mois) et d’une grille de programmes parfois chamboulée au point de faire fuir certains auditeurs des plus fidèles, comme ce fut le cas pour l’éviction de « grandes voix » de la station : Daniel Mermet, les humoristes Didier Porte et Stéphane Guillon, etc….

Mais depuis l’arrivée de Laurence Bloch à la tête de France Inter, la route du succès a été tracée pour ne plus s’arrêter jusqu’à ce jour. Ancien bras droit d’un Philippe Val qui dirigea la station sous l’ancien quinquennat, cette dernière a su consolider le travail de conquête effectué par son prédécesseur puis stabiliser une grille de programmes avec ces valeurs sûres en pariant notamment sur deux facteurs qui pourraient paraître contradictoires : garder les valeurs sûres de la station pour rassurer les auditeurs les plus anciens et apporter du sang neuf pour en amener de nouveaux vers elle…

France Inter peut ainsi se vanter d’avoir probablement la plus ancienne émission du Paysage Radiophonique avec le « Masque et la Plume » créée en 1955 par François-Régis Bastide et Michel Polac et qui continue d’attirer près d’un million d’auditeurs assidus (dont l’auteur de ces lignes) chaque dimanche soir en parlant de cinéma, littérature et théâtre ou encore de diffuser chaque midi le mythique « Jeu des Mille Euros » hérité du « Jeu des Mille Francs » apparu en 1958 et d’avoir recruté des talents célèbres venus souvent de la télévision comme Nagui, Edouard Baer ou Antoine De Caunes….

 

 

 

 

LE MATIN DES MAGICIENS

 

 

Mais le grand succès de France Inter c’est surtout son « 7-9 » sa matinale avec le tandem Nicolas Demorand- Léa Salamé qui a su s’imposer depuis deux ans face à son concurrent de RTL, Yves Calvi, même si ce dernier, ancien de France-Info, France Inter et France 5 propose un programme de qualité équivalent…….

D’ailleurs Yves Calvi est un homme de défi, il n’avait pas hésité à reprendre la matinale, avec toutes les contraintes que cela comporte : réveil avant l’aube, ne jamais déborder afin de ne pas dérègler une mécanique qui doit être toujours bien huilée…et il a gagné son pari, en sachant qu’il n’a pas quitté le petit écran qu’il occupe le soir…Longues journées en perspective….

Le point culminant de RTL s’est également la qualité de ses chroniqueurs, d’abord le plus corrosif d’entre eux : Laurent Gerra mais également du Éric Zemmour, la fine Alba Ventura, l’inoxydable Serge July ou encore Pascal Praud….

RTL qui avait connu un accident « industriel » à l’orée des années 2000, lorsque la direction de l’époque avait jugé bon se « débarrasser » de toutes ses valeurs sûres pour apporter du sang neuf afin de mieux assurer l’avenir finit par une perte sèche de près de deux millions d’auditeurs… Un rétropédalage s’effectua rapidement et de nombreux incontournables revinrent, à commencer par Philippe Bouvard et son emblématique émission « les grosses têtes » qui avait été provisoirement confiée à Christophe Dechavanne qui ne réussit pas à supplanter le maître, comme le fait aujourd’hui Laurent Ruquier….

Car comme France Inter, RTL a su conserver des émissions emblématiques comme les « Grosses têtes » depuis 1977 mais également « On refait le monde » animé par moults animateurs comme Hondelatte, Poincaré et Fogiel à présent. La station de la Rue Bayard avait également su prendre ce qu’il y avait de bon sur la station publique : comme le « multiplex foot » créé en 1972 par Jean-Paul Brouchon et qui fera donc des émules dans les autres radios mais également « la revue de presse » aujourd’hui dirigée par Amandine Bégot concurrençant celle excellente de Claude Askolowitz, 50 ans après celle créée par Roger Gicquel……

 

EUROPE 1 EN BERNE 

 

RTL comme France Inter ne sont des concurrentes que depuis le long mais inexorable déclin d’Europe 1. Dans les années 80, c’était la station de la rue François 1er qui caracolait en tête des radios, supplantant la rivale de toujours RTL alors que la radio nationale se trouvait loin derrière….

Aujourd’hui, la station de la Rue François 1er (qui a déménagé depuis) est à la traîne de ses deux concurrentes, leur réussite est équivalente à sa dégringolade constatée lors de chaque enquête Médiamétrie, avec moins de 6 % d’audience, elle a été rattrapée par France Info et RMC.

Depuis deux ans, Arnaud Lagardère, propriétaire de la station a décidé de reprendre les choses en main en faisant appel à des professionnels venus de la concurrence et on ne peut pas dire que cela ait porté ses fruits.

Le mercato a toujours existé en radio comme à la télévision : il est normal que des journalistes ou des animateurs veuillent changer d’air pour des raisons diverses et variées : qu’elles soient financières ou une opportunité d’évolution ou bien les deux mais le débauchage est une autre histoire pour tenter de sortir de l’enlisement, c’est exactement ce que fait Arnaud Lagardère en allant chercher du côté de Radio-France : sa plus belle prise, c’est bien sûr Patrick Cohen, la star de la Matinale de France Inter depuis 7 ans. Mal vécue par les journalistes de la station nationale, ce départ est jugé par d’autres plutôt insolite voire saugrenu : être leader pour aller tenter de reconquérir ailleurs une audience en berne….

Patrick Cohen est un pur produit de ce mercato médiatique : ancien élève de l’ESJ Lille, il a déjà travaillé dans les trois stations : RTL, France Inter et Europe 1 tout en participant à la populaire émission du soir de la 5, « C’est à vous » avec Anne-Elisabeth Lemoine…Plus étonnant, par contre c’est Hélène Jouan, qui a fait toute sa carrière sur le service public où elle a même été Directrice de la Rédaction et qui décide d’accompagner le matinalier au sein de la même station…L’ancien exécutif de Radio-France dont Frédéric Schlesinger et Laurent Guimier sont également du voyage. On connait la suite : un chemin de croix pour Patrick Cohen qui n’arrive pas à redresser la barre malgré quelques signes encourageants : l’audience continue de fondre tandis que les deux autres concurrents continuent leur progression……

 

 

 

 

LES GRANDES FAMILLES

 

 

 

On le sait, lorsque vous quittez une station comme France Inter, il est peu probable que vos auditeurs vous suivent sur une autre antenne : ce fut le cas naguère pour Laurent Ruquier ou plus récemment de Stéphane Bern…. Car, il existait vraiment des familles d’auditeurs : celle d’Europe 1, née avec cette Radio périphérique apparue en 1955 et qui se distinguera avec sa ligne éditoriale autant audacieuse qu’irrévérencieuse qui connut son heure de gloire au moment du Conflit Algérien et surtout lors des évènements de Mai 68 qui lui valut le surnom de « Radio-Barricades » par opposition à une radio nationale, censée être « la voix de la France » avec des journalistes « aux ordres » mais pour l’occasion surtout «en grève »…

 La famille France Inter est souvent constituée d’auditeurs de longue date, plutôt intello, composés de profs ou retraités aisés, un peu bobo diront les mauvaises langues, du genre Libé-Télérama-Arte pour donner dans les clichés tandis que la famille RTL est plus populaire, la radio des concierges et des chauffeurs de taxi qui s’esclaffaient à l’écoute des vagues graveleuses des « Grosses têtes ». Les auditeurs d’Inter détestent la publicité tandis que ses concurrentes, qui en vivent, s’en accommodent aisément. Ils n’aiment pas les programmes des autres qu’ils jugent racoleurs tandis que les deux autres familles trouvent les programmes de la station nationale rébarbatifs voire prétentieux…

Mais foin des idées reçues, l’auditorat est bien plus complexe et les mentalités ont beaucoup évolué ces dernières années : la radio de « papa » à vécu laissant la place au numérique, au podcast : et oui, ou n’écoute pas toujours la radio en direct comme on regarde à présent la télévision en replay…. Les émissions sont visibles sur internet, permettant de mettre un visage sur l’animateur….

Il faut le rappeler, la radio a survécu à la télévision comme cette dernière survivra aux nouveaux médias mais de façon différente à aujourd’hui. France Inter et RTL l’ont compris, malgré l’obligation de répondre à des contraintes budgétaires : disparition programmée de la redevance pour la première, d’où l’obligation de trouver des nouvelles ressources avec le risque de faire des suppressions d’effectifs ou de supprimer les émissions de nuit pour la première ou la baisse des recettes publicitaires qui incite la deuxième à faire de même…

Le cas d’Europe 1 est plus préoccupant, car outre la chute de l’audience, l’absence d’un management qui tient le cap, l’incessant renouvellement des animateurs ou changement de grille à chaque mauvais sondage ne sont pas de bonne augure car il entraine également des problèmes budgétaires et l’émergence de la précarisation de certains emplois entrainant un climat social délétère : récemment, les journalistes de la station ont voulu porter une motion de défiance envers leur dirigeant Lagardère, dont certains craignent sa volonté de vouloir se débarrasser de cet ex bijou de famille, malgré les dénégations de l’héritier…..

Dans ce landerneau médiatique, les coups de poker ne sont pas de mise, seule une stratégie bien réfléchie en amont peut s’avérer salutaire pour toutes les équipes qui œuvrent chaque jour pour permettre à l’auditeur de trouver un plaisir intact : écouter et savourer et vive la radio avec un grand R !

 

 

DANIEL MORIN


L’ECLAT DE RIRE DE 6H57


6h57, l’heure du rire…


Le radio-réveil démarre avec la voix de Mathilde Munos, l’animatrice du 5-7 de France-Inter qui annonce la chronique de celui que tout le monde attend : Daniel Morin., l’homme des « réveils difficiles » qui vont devenir des « réveils-bonheur ».


N’y allons pas quatre chemins, cet homme est très drôle et en plus, toujours drôle, ce qui n’est pas toujours facile surtout lorsque l’on exerce ce type de billet humoristique quotidiennement, notamment du lundi au jeudi.


Ses collègues de la station se cassent parfois les dents comme la pourtant pétillante Charline Vanhoecker ou encore Tanguy Pastureau plutôt inégal…. Certes, on ne peut les blâmer l’exercice tant l’exercice s’avère très difficile, il l’est moins lorsque l’on a la délicate poésie du vétéran François Morel qui n’opère que le vendredi mais qui fait mouche itou…


Alors la question se pose : comment fait-il pour toujours être aussi drôle, notre Daniel Morin national qui devient de facto « l’homme le plus drôle de France » à l’orée de la « Matinale » la plus écoutée de France, ?


D’abord, ce solide gaillard barbu de 53 ans possède un grand talent et travaille certainement beaucoup pour réussir son billet. Vous rajoutez une bonne dose de bienveillance, une toute petite once de vulgarité bien placée et le tour est joué.

Au fil d’une chronique qui dure près de trois minutes, accompagnée par les gloussements de ses collègues du studio et de quelques onomatopées radiophoniques, un ou plusieurs « costards » pour habiller ses collègues de la station et la chute finale pour présenter sa « tête de turc » la star du 7-9, hier Patrick Cohen, aujourd’hui Nicolas Demorand, l’humoriste finit par nous réveiller définitivement et on sait que la journée sera alors peut-être meilleure que prévu….

Né en 1966, Daniel Morin a fait ses gammes au sein des radios libres dans le courant des années 90, d’abord journaliste à OUI FM, il rejoint l’équipe de Frédéric Martin, dit Monsieur Fred, fils du Grand Jacques Martin et c’est là qu’il obtient la notoriété. Puis c’est l’aventure du MOUV’, la radio musicale de Radio-France avant de rejoindre France Inter en 2005 où il officie comme « bouffon » dans l’émission culte de Stéphane Bern « Le Fou du roi » aux côtés des Guy Carlier, Régis Mailhot ou encore Stéphane Guillon…


Après le départ de l’animateur de « Secrets d’Histoire » pour RTL, il préfère rester sur la station et a bien raison : le succès ira croissant d’abord avec les successeurs de Bern : Isabelle Giordano, Frédéric Lopez, André M anoukian et enfin avec Nagui qui réussit à imposer son style dans le service public avec « la bande originale » ….


Mais il faut également saluer son brillante émission dominicale : « Vous les femmes » diffusée entre 17 et 18 heures, avec ses complices Hervé Pauchon et Albert Algoud, dans laquelle il invite deux femmes aux destins aussi variés qu’inédits qu’elles relatent à l’antenne…


A l’occasion, Daniel Morin retrouve sa casquette de journaliste des débuts, mais il continue à mêler sa force de frappe : l’humour et toujours cette bienveillance pas toujours évidente dans ce milieu et savoir traiter n’importe quel sujet avec brio : c’est là la force du bonhomme, comme tient à le souligner l’animatrice des soirées d’Europe 1, Emilie Mazoyer, ancienne du Mouv’ qui partage également sa vie….


Alors tant qu’il y aura des Daniel Morin, la radio aura encore de beaux jours devant elle pour le plus grand plaisir des auditeurs et auditrices que nous sommes ….