MANUEL, FARIDA, FRANCIS ET LES AUTRES….

 

RETOUR AU PAYS

 

Le 2 octobre dernier, Manuel Valls, 56 ans, ancien Premier Ministre de François Hollande, démissionnait de son mandat de député de la 1 ère circonscription de l’Essonne et proclamait mettre fin à sa carrière politique en France afin de tenter de lancer dans la bataille des Municipales prévues au mois de mars prochain dans sa ville natale : Barcelone…… 

L’ancien maire d’Evry (de 2001 à 2012) était élu dans cette circonscription depuis 2002 et sa dernière réélection sur le fil contre la candidate de la France Insoumise, Farida Amrani fut autant difficile que tendue tant l’ancien ministre de l’intérieur suscitait des inimités aussi bien au niveau local que national. Il ne fut réélu qu’avec 140 voix d’avance. 

 

 

VOYAGE A L’INTERIEUR DE LA PREMIERE

 

Créée en 1986 à la suite du redécoupage électoral du territoire par Charles Pasqua, certes nécessaire dans un département comme l’Essonne qui ne comptait alors que 4 circonscriptions pour en avoir à présent 10, plus en adéquation avec une population qui avait connu une croissance exponentielle depuis la création du territoire en 1968. 

 

Auparavant, la première circonscription existait déjà avec comme bureau centralisateur Corbeil-Essonnes, et s’étendant de Montgeron à l’ancienne préfecture provisoire tandis qu’Evry, désigné chef-lieu appartenait à la deuxième circonscription, dite « Arpajon-Etampes », une vaste aire électorale s’étendant de la ville nouvelle aux confins du Loiret et de l’Eure et Loir ! 

 

La première vota traditionnellement à gauche de 1967 à 1986 avec comme candidat, le maire Communiste de Corbeil-Essonnes Roger Combrisson, battu cependant par le gaulliste Jean-Claude Fortuit entre 1968 et 1973, puis avec Michel Berson, Maire de Crosne et futur Président du Conseil Général, entre 1981 et 1986. 

 

La deuxième restera un « fief de la droite » de 1997 à 1981, avec le Gaulliste Michel Boscher, Maire d’Evry et meilleur ennemi de Roger Combrisson, puis en 1978 avec Bernard Pons, ancien Ministre, parachuté du Lot pour sauver une circonscription menacée de basculer à gauche après la défaite électorale de Boscher aux municipales de 1977. Mais il réussit à sauver le siège à la surprise générale avant de gagner, lors des élections de 1981, une circonscription plus facile à Paris, ce qui permit alors au socialiste Jacques Guyard, alors maire-adjoint d’Evry de l’emporter…. 

Après le retour au scrutin majoritaire uninominal à deux tours donnant suite à un éphémère scrutin à la proportionnelle (qui évita surtout à la Gauche sortante certes vaincue, une déroute électorale et également d’envoyer 35 députés FN au Palais-Bourbon, ndlr), une nouvelle première circonscription de l’Essonne vit le jour abritant en son sein : Evry et Corbeil-Essonnes, les deux plus grandes villes du département mais également deux communes qui se tournent le dos depuis la première a raflé la place de préfecture à la seconde. 

Corbeil-Essonnes refuse d’intégrer la ville nouvelle d’Evry et décide de faire cavalier seul. Le changement de couleur politique du chef-lieu devenu union de la gauche ne facilite pas pour autant le rapprochement avec sa voisine communiste.  

 

CHACUN CHEZ SOI 

 

Le « Chacun chez soi » est instauré aussi bien entre Combrisson et Jeanlin, tombeur de Boscher puis avec Jacques Guyard et ses éphémères successeurs…Avec Valls et Dassault, la donne sera un peu différente même si les deux villes sont à la tête de communautés de communes bien distinctes…. 

La nouvelle circonscription est composée des cantons de Corbeil-Nord et Sud avec Villabé, et Evry-Nord et Evry Sud avec Lisses, Bondoufle et Courcouronnes. 6 communes et un peu plus de 110 000 habitants à l’époque. On se demande ce qui a bien pu pousser Charles Pasqua à ce mariage forcé entre deux sœurs ennemies : « cadeau fait à la gauche » ou bien « anticipation au rapprochement indispensable de communes complémentaires et volonté de mettre fin à un Clochemerle anachronique ? ». 

« Cadeau fait à la gauche », la réponse est certainement oui. En 1988, cinq des six villes sont des municipalités de gauche. Seule la sixième, Bondoufle est dirigée par un maire de Droite, Henri Marcille qui a su résister à l’expansion urbaine de son village natal tout comme son collègue de Lisses, Jean-Pierre Vervant…. 

Au fil des années, la géographie électorale a sensiblement changé avec le basculement à droite de Corbeil-Essonnes en 1995, puis de Courcouronnes et de Lisses en 2001. Des nouvelles têtes politiques apparaissent (Stéphane Beaudet à Courcouronnes qui met fin à 24 ans de socialisme municipal à Courcouronnes ou Thierry lafon, à Lisses qui déboulonne Jean-Pierre Vervant, élu depuis 1965). Henri Marcille disparait en 2000 mais il est remplacé par Jean Hartz, qui était l’un de ses adjoints. 

 

Certains cantons basculent spectaculairement à droite en 1985 : Roland Oliver gagne Evry-Nord tandis qu’Henri Marcille remporte celui d’Evry-Sud face à Claude Jeanlin, élu sur le canton d’Evry depuis 1973. Si le canton d’Evry Nord rebascule rapidement à gauche, celui d’Evry Sud ne change de couleur politique qu’en 1998. Jusqu’à la suppression des deux cantons, les candidats de gauche l’ont toujours emporté largement.  

Lors de la réforme territoriale de 2015, la candidate sortante d’Evry-Nord, Fatoumata Koita conserve le canton en binôme avec Ronan Fleury. Les deux élus sont les rares rescapés de la déroute électorale que subit la majorité départementale menée par Jérôme Guedj. 

 

Le canton de Corbeil-Ouest est resté à systématiquement à gauche entre 1985 et 2015, d’abord avec Marie-Anne Lesage puis Bruno Piriou, l’éternel challenger (malchanceux) de Dassault puis Bechter tandis que Corbeil-Est alterne entre la droite et la gauche avec Aline Marti, Serge Dassault, Jean Michel Fritz puis Carlos Da Silva, suppléant de Manuel Valls. 

 

 

LE CŒUR A GAUCHE

 

Malgré ces changements politiques, la première circonscription a toujours été à gauche : Jacques Guyard, maire d’Evry est constamment réélu entre 1988 et 2002, malgré ses déboires judiciaires (affaire URBA), il est même un des rares rescapés de la Bérézina de 1993, en sauvant son siège d’un fils : 50.13 % face à Henri Marcille. 

Il cède la place à Manuel Valls en 2002 qui confirme alors le succès de son parachutage commencé un an plus tôt à Evry. Le futur ministre de l’intérieur bat Serge Dassault et entame alors une trajectoire politique qui va le mener vers les portes du pouvoir.......

Réélu en 2007 et en 2012, le député-maire obtient des scores confortables à chaque consultation électorale tandis qu’à Evry, il est réélu en 2008 dès le 1 er tour avec plus de 70 % des voix. S’il est incontestablement le « maitre des lieux » dans la ville-préfecture, insufflant un style nerveux mais efficace, un brin autoritaire selon certains, il n’en est pas de même à Corbeil-Essonnes où il n’est pas toujours le bienvenu, certainement victime du « chacun chez soi » pratiqué depuis la création de la première circonscription.

 

 

MANUEL, CARLOS ET FRANCIS

 

En 2012, Manuel Valls devient ministre de l’intérieur de François Hollande, poste qui lui avait probablement été proposé par Nicolas Sarkozy en 2007 mais qu’il avait décliné, soucieux de ne pas trahir ses idéaux de gauche. Au niveau local, il laisse les clés de la circonscription à son suppléant, le Corbeillois Carlos Da Silva, également conseiller général de Corbeil-Est mais il reste très présent dans son fief et se voit congratuler par Serge Dassault pour ses premiers pas réussis Place Beauvau…. Ennemis en façade, les deux hommes se rapprochent lentement mais sûrement….

A Evry dont il était le maire depuis 11 ans, il cède son écharpe à Francis Chouat, son premier adjoint et conseiller général d’Evry-Sud depuis 2001. Les deux hommes se connaissent depuis la fin des années 70, lorsque le même Chouat était « pion » au Lycée Charlemagne à Paris où il a côtoyé (et peut être collé) l’élève Valls…

D’abord Communiste, Francis Chouat rejoint le Parti Socialiste et au fil du temps, il devient rose pale, il finira « centriste » plaisante Valls à son sujet. Il est réélu en 2014 mais au second tour avec un peu plus de 50.5 % des voix, mais loin devant l’éternel candidat centriste Joseph Nouvellon avec 31 % et Farida Amrani, du Front de gauche avec 18 %.

Alors qu’il n’avait obtenu que 5 % des suffrages lors de la primaire de la gauche en 2011, Manuel Valls devient Premier Ministre de François Hollande, succédant à un Jean-Marc Ayrault à bon de souffle et qui assume surtout la déroute électorale de la gauche aux municipales de 2014. Son passage à Matignon sera le théâtre d’évènements tragiques dont la vague d’attentats qui meurtrissent la France et également le difficile combat de la loi-travail, avec une opposition frontale au sein même de sa présumée majorité poussant le premier ministre à devenir le roi du 49-3, comme le fit naguère son premier maitre Michel Rocard…

L’arrivée de Valls à Matignon avait provoqué le départ de ses adversaires au cœur de la majorité : Cécile Duflot, Aurélie Filippetti, Benoit Hamon ou encore Arnaud Montebourg, tous se sentant aux antipodes de celui qu’il qualifie « d’homme de droite déguisé » …Mais il va trouver un nouveau caillou dans sa chaussure avec l’arrivée à Bercy, d’un jeune homme pressé, l’ancien secrétaire général adjoint de l’Elysée, un certain Emmanuel Macron……

 

L’ancien maire d’Evry voit d’un mauvais œil ce proche de François Hollande, le testant rapidement comme un rival et leurs rapports ne vont pas s’améliorer, même s’ils sont cordiaux en façade… On peut

Alors s’étonner de voir un Manuel Valls finalement se rapprocher d’un homme qu’il qualifiait naguère de « microbe », mais bon, il n’est pas le seul….

 

L’AMBITION AU PLACARD

 

De plus, le locataire de Matignon, qui ne cachait pas sa volonté d’être un recours si François Hollande ne se représentait pas voit ses ambitions personnelles fondre comme neige au soleil. Après avoir quitté Matignon fin 2016 pour se présenter à la primaire de la gauche où il compte bien imposer son leadership, il trébuche en finale face à Benoit Hamon, qu’il refuse de soutenir malgré des promesses antérieures…

Il se rapproche donc du nouveau mouvement sorti de nulle part « En marche » lancé par son ex rival, Emmanuel Macron et espère bien avoir son soutien, après avoir quitté le Parti Socialiste, sa famille depuis les années 80. Mais la vie ne va pas être un long fleuve tranquille, à défaut de soutien franc et massif, il doit se contenter de ne pas avoir un adversaire socialiste contre lui.

 

 

DU RIFIFI SUR LA PREMIERE

 

Mais le plus dur commence : lorsque démarre la campagne des législatives, l’ex premier ministre a décidé de ne pas médiatiser sa campagne, préférant jouer la carte du terrain pour mieux reconquérir son « territoire »

Il n’est pas au bout de ses peines lorsqu’il apprend qu’il aura face à lui 21 concurrents !  Beaucoup de candidatures folkloriques ou de dites de « témoignage » fleurissent avec en tête le probable « Tout sauf Valls ». Des « parachutés célèbres » participent à cette campagne tels Dieudonné ou encore Francis Lalanne. Parmi les « locaux », le communiste Michel Nouaille ou la conseillère générale LR de Corbeil-Essonnes, Caroline Varin et surtout la candidate de la France Insoumise, Farida Amrani, conseillère municipale d’Evry, anti-Valls viscérale et dont les sondages prédisent un gros score……

A l’issue du premier tour qui ne compte que 40 % de taux de participation, l’ancien maire d’Evry est en tête avec 25 % devant Fadela Amrani avec 17 % devançant la LR Caroline Varin avec 12 % ou le FN avec moins de 11 %. Le second risque d’être serré et il le sera en effet : Manuel Valls sait qu’il joue son va-tout, il confie que s’il perd, il abandonnera la vie politique….

Un second tour qui va donc opposer un ex-socialiste soutenu par une organisation politique nouvelle se proclamant de gauche et de droite face à une candidate de la France Insoumise, le rassemblement de la gauche radicale dirigé par un Jean-Luc Mélenchon qui était persuadé d’aller au second tour.

Ce qui ne manque pas de piquant, c’est l’absence de la droite classique qui compte pourtant cinq maires de droite sur les six que compte la circonscription. Aussitôt ces derniers soutiennent sans hésiter l’ancien maire d’Evry. Serge Dassault n’hésite pas non plus à soutenir son « ami » Manuel comme son successeur à la mairie de Corbeil, Jean-Pierre Bechter….

Avant la fin du dépouillement, l’ancien Premier Ministre proclame qu’il a sauvé son siège avec un peu plus de 160 voix d’avance sur sa concurrente. Cette dernière revendique également la victoire et accuse son adversaire de fraude dans plusieurs bureaux….

L’hôtel de ville d’Evry est le théâtre d’échauffourées tant le climat est électrique. Farida Amrani annonce qu’elle va poser un recours, ulcérée selon elle d’avoir vu sa victoire volée par son adversaire.

 

Donc réélu, Manuel Valls redevient un député de base mais se fait assez peu présent sur les bancs de l’Assemblée, honni par bon nombre de ses anciens amis socialistes, son acceptation dans le groupe des « marcheurs se fait dans la douleur », le cœur n’y est plus et le sentiment d’être devenu un « has been » se font ressentir.

 

Tandis que son adversaire est active pour faire annuler l’élection mais elle sera finalement déboutée par le Conseil constitutionnel, victoire donc pour l’ancien Premier ministre qui se fait cependant de plus en plus rare dans sa circonscription tout en alimentant les gazettes people : il annonce sa séparation avec sa deuxième femme, la violoniste Anne Gravoin puis son intention de briguer la mairie de sa ville natale : Barcelone !

Cette nouvelle fait l’effet d’une bombe tant elle est insolite dans l’histoire de la Ve République, aussitôt, ses adversaires à l’instar de Farida Amrani réclame la démission de ce député qu’il qualifie de « fantôme » et surtout l’incompatibilité de rester député Français et éventuel maire d’une grande ville étrangère….

Manuel Valls tranche : il se lance à fond dans la campagne des Municipales en Catalogne même si les sondages ne lui sont guère favorables et l’ancien maire d’Evry annonce dans la foulée qu’il abandonne son mandat de parlementaire et son intention de changer purement et simplement de vie : on reconnait bien l’homme de défi qu’il aura été durant sa carrière politique.

 

 

TOUT EST A REFAIRE….

 

On apprend que son « intention de retourner au pays de ses origines » est également motivé par la rencontre d’une femme, Susana Gallardo, une riche héritière catalane qu’il ne quitte plus.  L’ex député de l’Essonne se lance donc dans une nouvelle et rude bataille tout en rendant un hommage appuyé à un pays d’adoption, la France qui lui a tout donné….

Une nouvelle chance est accordée à Farida Amrani de s’emparer d’une circonscription qui lui a échappé de peu en 2017. Les sondages lui prédisent des chances sérieuses de victoire pour une élection partielle qui devrait avoir lieu les 18 et 25 novembre 2018.

Mais on le sait, en politique, la vie n’est jamais un long fleuve tranquille : la candidate de la France Insoumise, un parti qui suscite à présent de la méfiance suite aux récents dérapages de Jean-Luc Mélenchon va devoir affronter un adversaire de poids : Francis Chouat, maire d’Evry et Président de Grand Paris Sud, ami de Valls , en rupture avec le PS, se présentant comme «Sans Etiquette » mais soutenu par tous les maires de droite de la circonscription dont Jean Pierre Bechter et Stéphane Beaudet, maire de Courcouronnes qui prépare la fusion de sa commune avec celle de Chouat.

A gauche, c’est la division : le communiste Michel Nouaille, hostile à Farida Amrani repart au combat tout comme une revenante : l’Ecologiste Eva Sas, ancienne députée de la 7 -ème circonscription (Savigny sur Orge) qui prend le risque de connaître la même déconvenue qu’en 2017.

 

A droite, l’adjoint de Bechter à la mairie de Corbeil, Jean François Bayle est investi par les Républicains, au grand dam de son Maire qui préfère se mettre en congé des « LR » pour soutenir son ami Francis et surtout tout faire pour empêcher une Mélenchoniste de plus d’être élue.

D’ailleurs, la candidate confiait récemment être victime du « Tout sauf Amrani » largement attisé par la droite locale et par quelques amis qui ne lui veulent pas que du bien qui peut lui rappeler le « Tout sauf Valls » qu’elle-même prônait naguère, ironie du sort.

 La grande inconnue de ce scrutin sera surtout la participation qui est généralement très faible lors d’une partielle. Jean Pierre Bechter, récemment réélu Conseiller départemental de Corbeil ne l’a été qu’avec 10 % des inscrits, d’où un sentiment de légitimité un peu bafoué, selon ses propres dires….


 

LE CHEMIN DES DAMES OU LE LONG PARCOURS DES FEMMES POLITIQUES EN ESSONNE

 

 

LES PIONNIERES

 

1970. Geneviève Rodriguez est élue Conseillère générale du canton de Viry-Châtillon. La maire Communiste de Morsang-sur-Orge a battu le notable centriste Henri Longuet. Cela constitue un évènement notable dans l’échiquier politique, d’autant plus qu’elle est première femme élue au sein de l’assemblée départementale mais c’est également la seule sur vingt-sept conseillers !

Geneviève Rodriguez possède la particularité d’être également à la tête d’une mairie qui élit des femmes depuis 1953. La tradition sera d’ailleurs perpétuée par sa successeuse : Marjolaine Rauze….

Les femmes maires sont alors très peu nombreuses parmi les 196 communes que compte le département. A noter qu’une femme, Josèphe Jacquiot avait été élue de façon éphémère à la tête de la mairie de Montgeron entre 1945 et 1947. Elle était à l’origine de l’installation du lycée pilote de cette commune, annexe d’Henri IV.

Il faudra attendre 1976 pour voir une deuxième femme occuper les bancs du conseil général en la personne de la communiste Aline Marti, élue de Corbeil-Essonnes. Mais les deux conseillères restent très minoritaires face à leur trente-trois collègues masculins (huit nouveaux cantons ayant été créés cette année-là).

 

MADAME LA MINISTRE

 

En 1977, Marie Noelle Lienemann devient à 26 ans, maire-adjointe de Massy, commune dirigée par le socialiste Claude Germon depuis 1974. Ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure de l’Enseignement technique de Cachan, cette professeure de Physique-Chimie appartient au courant Rocardien. Elue Conseillère générale du canton de Massy en 1979, elle succède au communiste Charles Guyonneau élu depuis 1967 et devient la benjamine de l’assemblée départementale. Depuis 1976, le conseil général est dirigé par le communiste Robert Lakota….

Au conseil municipal de Massy, elle côtoie le « poulain » de Claude Germon, un certain Jean-Luc Mélenchon, leurs routes ne cesseront alors de se croiser même si elles divergent souvent sur la ligne politique à suivre….

Elle quitte Massy pour Athis-Mons pour ravir la mairie à René L’Helguen, pourtant bien implanté dans sa commune natale dont il restera cependant conseiller général jusqu’en 1998….

Marie-Noelle Lienemann quitte le courant Rocardien pour celui de la Nouvelle Gauche et progresse rapidement sur l’échiquier politique. Elue Députée de la 7 -ème circonscription de l’Essonne (Athis-Savigny) qui vient d’être créée lors du redécoupage en dix circonscriptions du département, elle est nommée ministre du logement en 1992, dans le gouvernement Bérégovoy.

Elle devient la première élue Essonnienne à entrer dans un gouvernement mais la troisième parlementaire du département après Léo Hamon en 1969 et Jacques Guyard la même année qu’elle-même….

C’est aussi l’époque où elle croise le fer avec ses camarades socialistes Jacques Guyard ou son ex-mentor, Claude Germon (surnommé « Mégalo Béton » par ses adversaires) pour leur gestion urbanistique outrancière.

En 1993, elle subira le même sort que bon nombre de ses collègues de la majorité sortante en étant battue dans sa circonscription par le maire de Savigny sur Orge, le RPR Jean Marsaudon (surnommé le « taureau de Savigny ») qui la battra de nouveau en 1997, malgré cette fois un courant favorable à la gauche

Dans la 6 -ème circonscription voisine, Claude Germon trébuche face à une autre femme, la RPR Odile Moirin qui avait déjà ravi son siège de Conseillère générale à une autre femme, Marie-Pierre Oprandi en 1992. Cette dernière avait d’ailleurs succédé à Marie-Noelle Lienemann en 1988….

Elue Députée Européenne, elle réapparait dans le gouvernement de Lionel Jospin en 2001, pour retrouver le portefeuille du logement mais cette fois-ci comme Secrétaire d’Etat. Elle quitte Athis-Mons pour les brumes du Pas de Calais où elle compte entamer une nouvelle carrière politique, elle sera élue adjointe à Hénin-Beaumont, futur fief de Marine Le Pen, sur la liste de Gérard Dallongeville qui rapidement se retrouvera empêtré dans une affaire de corruption qui l’enverra sous les barreaux et ouvrira un boulevard au Front National….

Marie-Noelle Lienemann, après un revers électoral aux législatives face à un élu UDF quitte la région pour se retrouver dans la Capitale où elle sera finalement élue Sénatrice en 2011.

Elle a très récemment faire parler d’elle en quittant le PS après en avoir été membre depuis plus de 40 ans et annoncer vouloir rejoindre les Insoumis une vieille connaissance des Années Massy : Jean-Luc Mélenchon.....

 

LE SONGE DE NATHALIE

 

Les années 90 seront donc l’émergence des femmes dans le Paysage Politique des femmes : au conseil général et parmi les députées : Geneviève Colot, maire de Saint-Cyr sous Dourdan, suppléante de Jean de Boishue, le remplace lors de sa nomination au gouvernement Juppé en 1995.

Battue en 1997 par Yves Tavernier, Maire de Dourdan et Député entre 1981 et 1993, elle retrouvera son siège entre 2002 et 2012, dans une circonscription, la 3 -ème (Brétigny-Dourdan) qui a la particularité de basculer à chaque changement de majorité législative. Cela se confirmera par la défaite de Geneviève Colot face à Michel Pouzol (PS) en 2012 et par la victoire d’une « Marcheuse », Laetitia Romero Dias face au même Pouzol en 2017.

En 2002, Nathalie Kosciusko-Morizet, 29 ans, espoir prometteur de la nouvelle UMP apparaît dans le paysage politique Essonnien.

Polytechnicienne, issus d’une lignée d’industriels et de diplomates, fille du Maire de Sèvres, François Kosciuszko-Morizet, sœur de Pierre, co-fondateur de Prime Minster et arrière petite fille d’André Morizet, maire SFIO de Boulogne-Billancourt, elle ne cache pas ses ambitions et devient suppléante de Pierre-André Wiltzer, élu dans la 4 -ème circonscription de l’Essonne depuis 1988 (Tendance UDF). Ce dernier, éphémère maire de Longjumeau est nommé au gouvernement, laissant le siège à sa suppléante qui va tracer sa route pour ne plus la lâcher, du moins jusqu’en 2017….

Belle, brillante et assez consensuelle malgré son ancrage dans une droite conservatrice, elle affiche une fibre « écolo » qui va jusqu’à séduire les rangs de la gauche. Conseillée par son mari, Jean-Pierre Philippe, sans lieu de parenté avec l’actuel Premier Ministre, ancien militant socialiste qui fut maire de Bellefontaine (Isère), elle arpente sa circonscription et devient même Maire de Longjumeau en 2008, bien qu’elle réside à Longpont-sur-Orge, non loin de la Basilique….

Devant rapidement « NKM », elle participe à la campagne présidentielle qui va mener Nicolas Sarkozy au pouvoir. Le doux mixage de la noblesse d’origine Polonaise à l’Hongroise ; Elle entre dans le gouvernement Fillion en 2007, comme Secrétaire d’Etat à l’Ecologie puis prend du galon en 2010 avec un poste de ministre de l’Ecologie. Très impliquée dans la campagne Présidentielle de 2012 du candidat sortant. Elle survit à la défaite de son patron en 2012 en se faisant réélire députée de l’Essonne.

Mais l’ambitieuse Nathalie ne peut se contenter de régner sur la grande banlieue sud, elle regarde avec insistance sur la Capitale où elle compte bien remporter la primaire de la Droite visant à affronter la successeuse de Bertrand Delanoë : Anne Hidalgo. Elle remporte la primaire mais trébuche face à l’ancienne première adjointe.

Elle siège au Conseil de Paris, tout en restant députée de l’Essonne, comme le firent naguère les Corréziens : Jacques Chirac : un pied dans son fief, l’autre dans la Capitale ou encore Jean-Pierre Bechter , conseiller général de Saint-Privat et Maire-adjoint à Paris (qui deviendra plus tard Maire de Corbeil-Essonnes) ….

Mais le vent à tourné pour l’ancienne ministre, elle abandonne sa circonscription Essonnienne pour celle Parisienne d’un certain François Fillon, l’ex futur président de la République qui a dû renoncer à ses ambitions politiques à la suite des démêlés judicaire-politiques que l’on sait…. Et la « battante » trébuche une nouvelle fois et assez sévèrement  cette fois-ci face à Gilles Le Gendre, actuel président du groupe LREM à l’Assemblée….

Certains bruits circulent laissant apparaitre la volonté de NKM de rejoindre en marche et de retrouver un maroquin cinq ans après. Mais il n’en sera rien, l’ancienne ministre et députée, après s’être séparée depuis quelque temps de son époux, décide de tout plaquer et de rejoindre le privé. Elle démissionne du Conseil de Paris pour rejoindre les Etats-Unis et le groupe CAP GEMINI. En bref, elle retrouve son métier « d’ingénieure ». Un retour aux sources provisoire ?

 

UNE NOUVELLE GENERATION EN MARCHE

 

En attendant, son ancienne 4 -ème circonscription a été conquise par une « marcheuse » : Marie-Pierre Rixain.  D’ailleurs ces élections législatives de 2017 voient d’autres femmes élues députées : outre la 3 -ème que nous avons déjà évoquée, les 6 -ème, avec la brillante Amélie de Montchalin qui fait trébucher dès le 1 er tour l’ancien président du Conseil Général Jérôme Guedj.

Cette ancienne Juppéiste, spécialiste des questions économiques et financières est issue d’une famille de riches agriculteurs du plateau de Saclay (Fermes de Viltain et de Courtabœuf) ou encore Marie Gévenoud dans la 9 -ème (fief de Georges Tron et de Thierry Mandon).

La réforme territoriale opérée sous le quinquennat Hollande en 2015 a permis d’instaurer une parité Homme/Femme au niveau des cantons, passant de 42 à 21 mais avec toujours autant d’élu(es) : 21 hommes et 21 femmes…. On est très loin du cas marginal de Geneviève Rodriguez, seule élue en 1970 ! et c’est tant mieux…Des nouveaux noms apparaissent : Aurélie Gros (Mennecy), Caroline Varin (Corbeil-Essonnes), Dany Boyer (Dourdan) ou sont confirmées (Marjolaine Rauze, Caroline Parâtre)

Mais à partir de 1998, lorsque la Gauche avait ravi le conseil général à une Droite, embourbée dans le système Dugoin, la place des élues n’a cessé de grimper même si aucun de ces dernières n’ont occupé la présidence, encore et toujours tenu par un homme depuis 1967 !

Citons Claire-Lise Campion, élue dans le canton d’Etréchy Monique Goguelat à Arpajon, Marjolaine Roze à Morsang sur Orge (depuis 2015), Geneviève Iznard Lebourg à Draveil, Simone Dussart à Savigny sur Orge, Marie-Laure Oprandi qui retrouve son siège à Massy….

Les élections législatives de 2012 ont permis à trois femmes de siéger au Palais-Bourbon : Maud Olivier (5e, Maire PS des Ulis), Eva Sas (7e, Savigny), élue Europe Ecologie Les Verts qui bat la sortante Françoise Briand (ex-suppléante de Jean Marsaudon) ou encore NKM, précédemment citée…

La représentation Sénatoriale sera essentiellement masculine entre 1968 et 2000 avant que n’accède au Palais du Luxembourg, une Claire-Lise Campion, conseillère générale d’Etréchy qui remplace un Jean-Luc Mélenchon, nommé Ministre dans le gouvernement Jospin… L’ancienne maire de Bouray sera réélue en 2004 et 2011, tandis que Marie-Agnès Labarre, élue du Parti de Gauche la rejoint au Palais du Luxembourg, remplaçant … Jean Luc Mélenchon, devenue Député Européen !

En 2017, deux nouvelles sénatrices sont élues : la Centriste Jocelyne Guidez, maire de Saint Chéron et la LR Laure Darcos, conseillère départementale de Gif sur Yvette et femme de l’ancien ministre de l’Education Nationale, Xavier Darcos….

 

LA FETE DES MAIRESSES

 

Sur les 196 communes que compte l’Essonne, près de 30 % ont à leur tête des femmes, en grande majorité dans les communes rurales, mais plusieurs municipalités urbaines ou semi-urbaines ont une première magistrate : Outre Marjolaine Rauze à Morsang sur Orge, Christine Rodier à Athis Mons, Sophie Rigault à Saint Michel sur Orge, Martine Cartau-Oury à Saintry sur Seine, Elisabeth Dailly à Etréchy, Catherine Aliquot-Vialat à Saint Pierre du Perray ou encore Véronique François à Epinay sur Orge… Dans le passé, Marie-Anne Lesage avait succédé à Roger Combrisson à Corbeil-Essonnes tout comme Laurence Spicher-Bernier à Jean Marsaudon mais elles ne firent qu’un mandat….

N’oublions pas pour conclure, l’éclosion de nombreuses candidates qui ont parcouru souvent  avec plus ou moins de bonheur le rude espace politique, quelque soit leur appartenance politique, donnant de leur temps avec un retour sur investissement parfois minime, notamment dans les communes rurales ou les moyens d’actions sont limités même si l’intercommunalité redonne des couleurs à ces petites localités et un sentiment de fierté pour les actrices du terrain……