L'HIVER DES DINOSAURES

L’un va partir, l’autre va rester du moins pour l’instant….

L’annonce a fait l’effet d’une bombe, non en fait d’une bombinette dans le Landernau médiatique : Patrick Sébastien ne sera plus sur l’antenne de France 2 à la rentrée 2019.

C’est vrai que le torchon brulait depuis quelque temps entre l’animateur vedette de la chaîne et Delphine Ernotte, la patronne de France Télévisions. Cette dernière, depuis son arrivée sur la télévision publique a décidé de faire le ménage au sein de ce mastodonte qu’est le secteur public de l’audio-visuel….

Mais ce sont surtout les déclarations provocantes de l’animateur « du plus grand cabaret » et des « années bonheur » tout le long de l’été qui ont scellé son destin : « si on me donne la même chose, je pars. Et si on me donne plus, je pars aussi ».

On pourrait penser que notre Patrick national a scié lui-même la branche sur laquelle il était assis, mettant un terme à vingt deux de bons et loyaux services sur la chaîne publique couronnés de nombreux systèmes d’audience. Une vie trop trépidante et certainement une certaine lassitude ont accéléré sa chute…

Mais on suspecte également la patronne de France Télévisions, qui a fait ses classes chez Orange de faire bouger les lignes, notamment en donnant la part belle à la gente féminine, en témoigne le remplacement du pourtant populaire David Pujadas   au profit d’Anne Sophie Lapix, transfuge de France 5, au journal de 20 heures…

Mais également de vouloir à tout prix « rajeunir » l’antenne, ce qu’elle a déjà fait en faisant partir quelques journalistes qui avaient déjà tous leurs trimestres depuis des lustres et de ne pas installer les animateurs dans des « niches », un type d’émissions qui peut traverser plusieurs générations sans changer leur ligne éditoriale comme c’était le cas pour Catherine Ceylac avec « Thé ou Café » et qui a été récemment remerciée malgré une audience toujours soutenue….

Patrick Sébastien qui pour l’instant va expédier les « affaires courantes » sur la chaîne qui l’avait fait roi continue à se répandre dans les médias pour clamer qu’il a été viré et qu’il compte mettre fin à sa carrière pour ensuite se rétracter en confiant qu’il veut faire un break….

Celui qui échappe aux fourches caudines de la diablesse Ernotte c’est Michel Drucker, 76 ans dont 55 de carrière et qui a encore et toujours des projets à revendre.  Cet été, le « gentil » Michel s’est également répandu dans les médias, lui l’enfant de Cognacq-Jay, professionnel inoxydable mais éternel anxieux sur son avenir qui devenait incertain juste avant l’été. Il fustigeait cette volonté de « faire la chasse aux vieux » qui sévit dans les couloirs de France Télévisions…

Mais il s’est également montré acide, ce qui n’est pourtant pas dans son ADN professionnelle envers un de ses jeunes confrères en la personne de Laurent Delahousse. Le beau gosse du PAF est accusé par le « taulier » Michel d’avoir voulu le pousser vers la sortie, susurrant qu’il était à prêt à être rangé définitivement dans les archives de l’INA.

Téléguidé par la direction, le présentateur du JT Week End qui avait chipé une des cases dominicales du dudit Michel, « Vivement Dimanche », s’était cassé les dents, faute d’audience ou de bouderie prolongée des inconsolables du « divan rouge ».

Mais l’animateur de « Un jour, un destin » souvent raillé par les imitateurs pour son supposé narcissisme était surtout suspecté par le Taulier d’avoir un « mauvais fond », une propension à vouloir faire carrière en écrasant tout sur son passage, et il n’y pas que moi qui le dit, Delahousse n’est pas un mec bien. ». Parole de Michel….

Bref, l’oncle Michel (celui de Marie et de Léa) a donc retrouvé son divan et sa « niche » seul épargné des foudres managériales.

Pourtant, cette volonté de vouloir rester aux manettes d’un créneau porteur inquiète jusqu’à son entourage. Sa femme Dany Saval lui rappelant qu’il ne va quand même pas continuer à faire des causeries sur son divan jusqu’à 80 ans….

Mais le toujours « pêchu » MD n’a cure des sages conseils que lui prodigue sa moitié. Pour lui arrêter c’est quelque part mourir. Ne confie-t ’il pas que lorsqu’il est en vacances, il est fatigué alors que le travail c’est la vitamine qui permet de se maintenir en forme…

Oh, bien sûr, il sait bien qu’un beau jour, il devra rendre les armes, il l’anticipe d’ailleurs en faisant de la « scène », en écrivant et en créant parfois même la curiosité avec un de ses souhaits les plus chers : reprendre la mythique émission de Jacques Chancel : « Radioscopie ».

L’homme aime décidément les défis, lui qui a fait une très grande partie de sa carrière télévisuelle dans le public, a en revanche toujours travaillé sur des radios périphériques (RTL, Europe 1) et se verrait bien travailler sur France Inter…….

Reconnaissons que cela est toujours plus crédible qu’un Cauet souhaitant reprendre « Apostrophes » ou encore Arthur « Le cercle de minuit »,

Donc, la vie va continuer à ronronner pour l’ancien journaliste sportif tandis que celle du saltimbanque va devoir trouver d’autres chemins…

Le dénominateur commun entre les deux hommes, outre leur fidélité au service public, c’est certainement leur « niaque », leur revanche sur la vie. Une vie faite de réussites indéniables, mais aussi de fêlures, de galères ou d’accidents de parcours….

Michel Drucker, l’ancien « raté » de la fratrie Drucker qui confiait n’avoir rien appris, d’être hermétique au savoir les vingt premières années de sa vie, alors que ces frères Jean et Jacques collectionnaient les prix d’excellences. Lui, modeste titulaire d’un CAP de sténo, fils d’un médecin de campagne aurait pu devenir « l’andouille de Vire » du nom de sa ville natale mais le destin en a voulu autrement et son « intronisation » au service des sports auprès de ses idoles et maitres : Raymond Marcillac, Robert Chapatte, Léon Zitrone ou Roger Couderc a bouleversé le cours de sa vie…

On l’a découvert jeunot cravaté et intimidé en noir et blanc, on le retrouve un demi-siècle après à l’heure la TNT et d’internet…toujours fidèle à l’étrange lucarne. Doté d’un carnet d’adresses hors norme, il a invité tout monde ou presque (comme Marine Le Pen qui ne s’est jamais assise sur le divan rouge), été amis avec beaucoup de gens tous très célèbres, comme son poteau Johnny, comme Cloclo qu’il définit aujourd’hui comme un « givré » ou encore Jean Ferrat, comme quoi le présentateur préféré des Français est éclectique dans ses relations….

Ce fan de vélo et d’hélico aura fait ses humanités non pas à l’école mais à partir de son entrée à Cognacq-Jay. Considéré comme « gendre idéal trop lisse, limite cire-pompes », il contredit cette image avec quelques actes de bravoure : il fait de la résistance lors des évènements de mai 68, ce qui lui vaudra une mise a pied de plusieurs mois. Cela aura le mérite de faire basculer le journaliste sportif vers le monde de la variété.

Il reste cependant commentateur de foot notamment lors de la coupe du monde 1970 qui se déroule au Mexique, il sera par la suite sollicité pour d’autres événements sportifs…mais dès à présent, il trace son sillon dans le monde de la variété et des interviews de vedette.

Découvreur de nombreux talents dont beaucoup d’imitateurs, il succède en 1998 à l’incontournable Jacques Martin, victime d’un AVC pour ne plus quitter ce créneau dominical (même si l’émission est enregistrée en semaine). Prudent dans ses choix de carrière, il ne répond pas aux sirènes Berlusconiennes lors de l’éphémère chaîne la 5 comme le fit d’ailleurs Sébastien mais reste fidèle au service public avant quand même, pour donner suite à un désaccord de gagner la Une, dont le patron est Patrick Le Lay.

Le nom de Le Lay résonne comme un élément providentiel dans la vie de Michel Drucker. En effet, en pleine occupation, alors qu’il est sur le quai de la gare de Saint Brieuc avec sa mère, il échappe aux griffes de la Gestapo grâce à l’intervention du propre père du boss de TF1….

Malgré une réussite éclatante, sans véritable traversée du désert, notre ami Michel s’est quand même vu plusieurs fois menacé de « prendre la porte », on ne reviendra pas sur sa propension à inviter des provocateurs comme Le Luron, Desproges ou Gainsbourg, se résignant par la suite à éviter le direct, certes spontané mais porteur de dérapages incontrôlés….

Une angoisse concernant son avenir sera intervenue tout au long de sa carrière. Dès la fin des années 80, il se pose la question suivante « serai-je encore là dans dix ans ? » on connait la réponse. Dans les années 90, il se fait traiter de « Has been » par un directeur de chaine. Mais finalement, il rebondit toujours, même dans les récents moments critiques, on finit par le rattraper par la manche pour le rassoir sur son divan rouge, gage de bienveillance et d’audience jamais démentie….

Pour Patrick Sébastien, c’est une toute autre histoire. De son vrai nom Patrick Boutot, il est né dix ans après Michel Drucker et loin du Bocage Normand, dans une terre d’élection des présidents de la République : la Corrèze.

Pour commencer, il ne connait pas son père (qu’il rencontrera bien plus tard), élevé par sa mère. Au niveau scolaire, c’est un peu plus brillant que Drucker, il fréquente le lycée de Brive mais en est exclu pour cause de paternité précoce, il n’a en fait que 17 ans lorsque son fils Sébastien nait (d’où son pseudonyme) Il passera son bac en candidat libre et entame des études de droit mais déjà l’ami Patrick fait l’artiste et a un gout certain pour les imitations comme le font à l’époque Thierry le Luron ou Yves Lecoq. Il monte à Paris et connait un peu la vache enragée, les cabarets, les galas-galères etc….

Puis en 1975, dix ans après Michel Drucker, il fait son apparition à la télévision qui est en encore partiellement en noir et blanc (la première chaîne) dans les émissions de l’incontournable Guy Lux, lui-même révélateur de nombreux talents aux origines diverses et variées….

Sa carrière d’imitateur décolle vraiment à cette époque, outre Guy Lux, on va le voir de plus en plus invité dans les grands shows télévisés de variétés dont celui des Carpentier qui apportèrent leur lettre de noblesse au genre mais également dans les « Rendez-vous du dimanche » d’un certain Michel Drucker….

Il aime tellement l’étrange lucarne qu’il finira par devenir animateur dans le mitant des années 70 souvent en binôme avec d’autres animateurs et animatrices….

Dans les années 80, notamment sur TF1 sa carrière d’animateur prendra le dessus sur celle d’imitateur. Toutefois, le Corrézien continue occasionnellement sa vocation première et adore se grimer pour mieux se « mettre dans la peau de ses personnages » 

Mais ce boulimique de travail a d’autres cordes à son arc : il devient également parolier de chansons festives qu’il adore faire découvrir dans ses émissions, certains adorent, d’autres déplorent un exercice de style plein de « beaufitude » …. Il écrit, fait l’acteur et s’investit également dans le management d’un club de rugby, celui de Brive. La presse relèvera d’ailleurs autant les prouesses sportives que les dérives d’après-match….

Eh oui, il est comme ça Patrick Sébastien : entier. On l’imagine bien à l’issue de la 3 -ème mi-temps, un verre à la main, entonnant quelques chansons grivoises, tout le contraire du Footeux Drucker, complice mais sirotant un verre de jus d’orange….

Côté sentimental, outre un mariage très jeune, il croise entre autres la route de la dernière gagnante Française de l’Eurovision, Marie Myriam qu’il invitera ultérieurement dans « les années bonheur » jusqu’à sa dernière épouse, Nathalie Boutot qui s’occupe la société de production de son mari tandis que Michel Drucker est marié à la même femme depuis 1973.

En 1990, Patrick Sébastien perd son fils aîné victime d’un accident de moto à seulement 19 ans, laissant une petite fille. C’est bien sûr une très rude épreuve pour l’animateur qui se produisait sur scène lorsqu’il apprendra ce tragique évènement. Malgré son accablement, il continuera son spectacle devant un public clairsemé. Chapeau, l’artiste……

Père de trois autres enfants plus un quatrième adopté, plusieurs d’entre eux épousent la carrière artistique sans bien sûr atteindre le même succès que le chef de tribu. Mais si le succès du « Plus grand cabaret du monde » est indéniable comme celui des « années bonheur », certains esprits chagrins les qualifiant de « télé à la papa » comme d’ailleurs celles de Michel Drucker, d’autres beaucoup ont été plus éphémères n’ayant pas trouvé leur public. C’est la loi de la télévision où il est souvent très dur de durer…….

On retiendra donc deux facettes de Patrick Sébastien : une sorte de « Monsieur Loyal » des émissions de variétés souvent méprisées par l’intelligentsia mais teintées de bienveillance et de franche camaraderie, ou l’on adore faire chantonner cette « France d’en bas » avec ses rengaines entrainantes et un personnage plus complexe, faits de fêlures et de combats parfois maladroits comme sa tentative d’entrée dans le monde politique, terrain souvent boueux pour les « saltimbanques ».

Michel Drucker, l’ancien « raté de la famille » qui a finalement bien réussi, s’il ne cache pas ses sympathies de gauche, n’est pas pour autant devenu à l’instar de son copain Guy Bedos, un porte-étendard de la gauche « caviar ». Non l’ami Michel préfère jouer la carte de la neutralité, à l’exception cependant de Marine Le Pen qu’il refuse d’inviter à « Vivement dimanche » ….

Alors qu’advientra-t’il de l’ancien gosse du Sud-Ouest, resté fidèle à son terroir, continuera-t-il à faire salle comble, là où son public chantonne en étant « serrés » dans une boite de sardine, rebondira-t ’il sur une autre chaîne pour continuer à exercer son indéniable talent ? Et du fils de juif roumain, débarqué d’une sous-préfecture du Calvados au milieu des années 60 à l’assaut de Paris et qui proclame toujours : « quand je suis en vacances, je suis fatigué, la seule thérapie c’est le travail ».

Seul l’avenir nous le dira….

On ne se refait pas dans le Jurassic Park médiatique….

FRANCOIS BUNEL SA MAJESTE DES LETTRES

Il continue de perpétuer la tradition des émissions littéraires qui existent à la télévision française depuis les années 50. A 49 ans, François Busnel est en effet le digne héritier de Pierre Dumayet, de Max Pol Fouchet, de Michel Polac ou de bien sûr de Bernard Pivot.

Ce dernier, président de l’académie Goncourt est d’ailleurs récemment invité à « La Grande Librairie » pour parler, en compagnie de sa fille, de leur amour pour les livres et la littérature en général.

Entre Busnel et Pivot, la filiation est évidente : un parcours identique de journaliste littéraire, notamment au magazine «Lire », de chroniqueur radio et bien sûr d’animateur de télévision sur une chaine publique….

François Busnel n’a pas révolutionné le genre en matière d’émission littéraire. Il reprend d’ailleurs exemple sur son glorieux aîné : un plateau composé de trois ou quatre invités qui viennent parler de leur ouvrage et donner un avis sur celui de leurs voisins.

L’émission est en direct, ce qui est de plus en plus rare, au vu des risques et aléas que cela comporte mais la « Grande Librairie » adopte un ton policé, rarement polémique comme ce fut le cas parfois pour « Apostrophes ».

L’audience n’est pas la même non plus (300 000 à 400 000 téléspectateurs alors que l’émission mythique du vendredi soir en comptait parfois jusqu’à 3 millions, mais l’offre télévisuelle des années 70 n’était pas la même qu’aujourd’hui avec la multiplicité des chaines et également les attentes des spectateurs…

Mais « La Grande Librairie » n’est pas non plus une émission pédante pour quelques lettrés ou autre élite nombriliste, elle est au contraire accessible à tous et se regarde sans être jamais rébarbative, car François Busnel, indéniable homme de culture sait rendre les débats captivants et tirer le meilleur de ses invités, qu’ils soient taiseux ou volubiles et dont parfois les parcours personnels sont très différents mais à chaque fois notre animateur sait trouver le bon dénominateur commun….

Une ambiance soft qui est renforcée avec le parfum musical qu’apporte le pianiste Richard Lornac, connu pour ses prestations dans plusieurs émissions à succès de France Inter (du « fou du Roi » de Stephane Bern à « La bande originale » de Nagui). En somme, la marque de qualité du service public comme on l’aime.

François Busnel est comme son ainé Pivot, un amoureux du livre dont il ne croit pas à la disparition annoncée car selon lui il y aura toujours des lecteurs et même toujours d’éternels libraires qui continueront à survivre.

Au cœur de la « République des lettres », l’animateur continuera certainement à faire partager sa passion pour la littérature, d’aller à la rencontre des écrivains Américains ou d’autres contrées d’ailleurs, en témoignent ces reportages diffusés ces dernières années…

On imagine l’homme vivre autour de ses livres mais également profiter des autres plaisirs d’une vie qui mérite d’être vécue, même si elle est parfois trépidante : l’amour, notamment celui de sa compagne, la romancière Delphine de Vigan, le bon vin ou encore le jardinage : il faut cultiver son jardin, comme aurait dit l’autre.

Jadis, les enfants attendaient le jeudi avec impatience pour pouvoir jouer, rire, oublier. A présent, les téléspectateurs regardent la « Grande librairie » pour constater que la télévision peut demeurer un outil d’épanouissement culturel indéniable….

 

 

 

LES CHAINES EN CONTINU

Entre agacement et fascination

 

Au premier jour de l’ère nouvelle de l’info en continu fut le commencement. C’était en 1987, sur les ondes de France Info, la France découvrait cette petite dernière de Radio-France, qui déclinait un concept explicite : « avant ce n’était pas l’heure, après c’était plus l’heure ».

En effet, auparavant l’info n’était distillée qu’une fois par heure et ce nouveau média révolutionnaire permettait aux auditeurs d’être informés 24 heures sur 24.

On se souvient ainsi d’avoir assisté au feuilleton de la chute de Ceausescu, à la fin du monde Soviétique ou encore de la chute du mur de Berlin…. Trente ans ont passé, France info existe toujours….

Puis le son s’est transformé en images avec l’explosion des chaines de télévision via le satellite. Des centaines de chaînes alors qu’auparavant cinq chaînes généralistes et une à péage (CANAL +) occupaient le paysage audiovisuel français….

Des chaines multithématiques : cinéma, vieilles séries, auto, sport et…d’informations. Ces dernières sont apparues au milieu des années 90, inspirées du modèle américain CNN, très présente pendant la fameuse « guerre du Golfe » en 1987.

 Depuis elles sont devenues incontournables mais parfois contestables quant à leur ligne éditoriale…

Elles fascinent autant qu’elles irritent le téléspectateur moyen, devenu addict à l’info en direct

La pionnière fut LCI, filiale de TF1, créée en 1994 et qui proposa rapidement un ton nouveau, voire pointu, et assez éloigné des idéaux de la maison-mère….

N’ayant pas pris le virage de la TNT, elle a bien failli disparaitre il y a deux ans….

Finalement intégrée dans l’élargissement des chaines de la Télévision numérique Terrestre, elle a ainsi pu survivre et rejoindre ses concurrentes que sont : BFM, devenu leader sur le marché, CNEWS, ancêtre de I Télé et la petite dernière : France Info, pendant de la pionnière radio mais en partenariat avec France Télévisions et France 24.

Mais n’est-ce pas trop d’avoir réservé 4 canaux à l’info, ce qui constitue un record en Europe. Y-a-t-il vraiment de la place pour tout le monde ?

Rappelons que c’est plutôt une faible audience qui caractérise ces chaînes. Si BFM se targue d’avoir 2.5 % de part d’audience, les autres ne dépassent pas les 1 %.

On est bien loin des 20 % de TF1 et de France 2   qui n’ont pas été « torpillées » comme ces dernières pouvaient le craindre à l’apparition de ces nouvelles chaînes. Outre l’audience modeste, une des principales faiblesses de ces entités est l’absence de moyens logistiques traditionnels en matière d’info : les reportages, les magazines sont absents au profit de talk-shows très nombreux et des images qui tournent en boucle.

L’immédiateté de l’information peut présenter une « plus-value » : être au « cœur de l’actu », suivre en temps réel l’évolution d’un évènement majeur ou non.

Malheureusement, l’info en temps réel finit aussi par imposer de grands moments de solitude à ceux qui la présente et la désagréable impression de « meubler » est souvent criante….

L’analyse d’une situation, la vérification des sources et leur recoupement ne sont possibles qu’avec un recul décent. Ce que ne permettent pas forcément ces « robinets » qui déversent de l’info sans retenue, avec des risques d’amalgame, de contre-vérités ou le (trop) fréquent « emploi » du futur à la place du conditionnel peut devenir fâcheux….

Appartenant à de grands groupes financiers, ces nouvelles chaînes peuvent s’infliger une dose d’auto-censure afin de ne pas froisser les susceptibilités de leurs employeurs : tel BFM avec le très hégémonique Patrick Drahi ou encore CNEWS, ex I télé sous la coulpe du très têtu Vincent Bolloré qui, en voulant changer la ligne éditoriale de sa chaîne et le recrutement d’un animateur jugé sulfureux, a provoqué une grève sans précédent dans l’audiovisuel Français et l’hémorragie de ses troupes (plus de 80 départs !)

Pourtant, ces chaînes ne présentent pas que des aspects négatifs, elles permettent à de jeunes journalistes de s’affirmer sans oublier de recycler les « vieilles gloires » de l’audiovisuel traditionnel qui trouvent souvent une seconde jeunesse dont on ne se plaindra pas.

En définitive, il est clair que l’on ne pourra plus faire « cinq colonnes à la Une » avec des équipes de reporters travaillant sur le long terme, même si le métier existe toujours (avec le reportage d’investigation), mais il est souhaitable de ces chaînes trouvent rapidement un juste milieu entre ce que fut l’info d’hier et ce que sera le nouveau journalisme numérique, sans oublier que si les techniques évoluent, les fondamentaux du métier demeure ad vitam aeternam….