PROLOGUE

 

50 ans !

Un demi-siècle déjà passé : généralement c’est l’heure des premiers bilans, une projection en accéléré sur une vie déjà bien remplie. 

Ce 5 décembre, Marine a soufflé ses cinquante bougies avec une toute petite pointe de nostalgie sur le temps qui passe mais son esprit n’est pas vraiment à la fête :  son mental est plutôt submergé par une grosse dose d’angoisse. La raison est toute simple : « Sa boite familiale est en péril »!

En effet, si elle a réussi à faire les paies ce mois ci et assurer les frais généraux, c’est surtout grâce à quelques généreux actionnaires qui ont permis ce petit « miracle » mais il faut se rendre à l’évidence : si elle ne trouve pas rapidement une solution à son problème financier :  sa PME familiale risque d’être mise en liquidation judiciaire et ça très rapidement : le couperet que lui tendent les juges se rapproche car l’audience a lieu le lendemain 6 août.

La toute fraîche quinquagénaire accuse le coup : il y a encore peu, elle espérait remporter un grand marché national qui l’aurait mise à l’abri, au moins pendant 5 ans. Alors qu’elle était dans la « Short List », son principal concurrent, un jeune freluquet de 39 ans a raflé la mise.

Et patatras, tout le travail en amont pour ce marché était réduit à néant : la grande femme blonde a été sonnée par ce ratage inattendu et comme tout malheur n’arrive jamais seul : ses propres employés, jusque-là inconditionnels et en ordre de bataille pour la conquête ont commencé à lui tourner le dos…

Ah, monde ingrat et cruel……

 

PAPA, MAMAN, MES SOEURS ET MOI 

 

Marine s’appelle en fait : Marion Anne Perrine. Elle est née le 5 août 1968 à Neuilly sur Seine (Hauts-de-Seine), une ville cossue de l’Ouest Parisien dont sont issus deux anciens présidents de la République, le premier, Nicolas Sarkozy (né en 1955) en a même été le maire tandis que le second, François Hollande y a attérit …en 1968, année de la naissance de Marion Anne Perrine. Il a fréquenté le très huppé lycée Pasteur où il a pu y croiser la future équipe du Splendid :  Christian Clavier, Gérard Jugnot, Thierry Lhermitte, Michel Blanc….

La future Marine est la fille d’un certain Jean Le Pen, devenu Jean-Marie au fil du temps et qui exerce la profession d’éditeur phonographique (sa société s’appelle la SERP) de 40 ans, ancien député du Quartier Latin, présumé Baroudeur à ses heures et de Pierrette Lalanne, 33 ans, une belle femme blonde, originaire de la bourgeoisie Landaise et qui fut un temps mannequin…. Le couple a déjà deux autres filles : Marie Caroline (née en 1960) et Yann (née en 1964).

Le père, Jean-Marie est originaire de la Trinité sur Mer (Morbihan), donc Breton pur souche. D’ailleurs Le Pen en Breton signifie : la tête, l’extrémité (tiens, tiens…), il est lui-même le fils unique de Jean Le Pen, un patron pêcheur qui meurt tragiquement en 1942 en sautant sur une mine.

Le petit Jean-Marie va donc devenir « pupille » de la nation. Fier d’avoir un père « mort pour la France », il déclarera par la suite avoir été un des « plus jeunes résistants de France » mais bon nombre des acteurs locaux de l’époque contestent ce présumé acte de bravoure : aucun en fait n’ont le souvenir d’avoir vu ce gamin en culotte courte rejoindre « l’armée des ombres » même de façon symbolique.

Jean-Marie continue ses études puis « monte à Paris » pour faire des études de droit. Il fait partie de la « Corpo » de Droit où il se fait remarquer par quelques actions « coup de poing » et des provocations en tout genre. « Le Pen, je me souviens de lui, c’était celui qui montrait ses fesses aux flics lors des manifs » confie le truculent cinéaste Claude Chabrol, qui l’a côtoyé sur les bancs de la fac à cette époque.

Il se lance dans la vie active, hésitant entre deux carrières : celle d’avocat ou celle de militaire. Il opte pour la seconde, en s’engageant dans les « Paras » au cœur du conflit Indochinois….

Mais, il quitte l’armée et il croise la route de Pierre Poujade en 1955. Ce leader syndical, originaire du sud-Ouest se veut être le porte-parole des petits commerçants « spoliés » par les puissants et également le pourfendeur d’une « quatrième République » qu’il juge déliquescente….

Entre l’ancien leader étudiant et l’ex serviteur de Vichy, rallié à la Resistance, la « mayonnaise prend » et les deux hommes sont persuadés que les opportunités politiques sont à saisir… Ce sera le cas, aux législatives de Janvier 1956, le parti Poujadiste obtient 11 % des suffrages et plus de 75 députés dont Jean-Marie qui devient à 27 ans le benjamin de l’Assemblée Nationale (comme le sera d’ailleurs sa petite-Fille Marion en 2012, à 22 ans, ndlr).

 Il restera parlementaire jusqu’en 1962, avec une interruption de plusieurs mois en reprenant du service en Algérie avec les polémiques que l’on connait puis connaîtra une longue traversée du désert…….

Une traversée du désert qui connaît un mirage lors de l’élection présidentielle de 1965, Jean-Marie tombe dans les bras du Ténor du Barreau, l’avocat Jean-Louis Tixier-Vignancour, homme clairement positionné à l’extrême-droite, qui a défendu notamment le général Salan, co-auteur du Putsch d’Alger ou l’écrivain Louis-Ferdinand Céline.

Il obtiendra 5 % des voix mais au second tour, par antigaullisme viscéral, il appelle à voter…François Mitterrand pour barrer la route au Général. Ce qui n’empêchera pas ce dernier d’être réélu avec 55 % des suffrages exprimés….

Une nouvelle fois, Jean-Marie déplore d’avoir soutenu le « mauvais cheval » et il retourne dans l’anonymat jusqu’en … 1972.

 

Cette année 1972 est une des dernières années fastes de l’après-guerre, elle annonce le glas des « Trente glorieuses » : ces trois décennies qui ont permis à la France ruinée par la Guerre de se hisser au rang des grandes puissances économiques affichant des performances économiques insolentes : faible inflation, taux de chômage très bas et une croissance avoisinant les 5 %.

Georges Pompidou est Président de la République depuis 1969. Ancien premier ministre remercié par le Général en 1968, il a pris sa revanche l’année suivante en remportant une élection face à un candidat centriste Alain Poher, Président du Sénat. La Gauche avait été éliminée dès le 1 er tour : le dirigeant communiste Jacques Duclos avait obtenu 21 % des suffrages exprimés mais étant arrivé en troisième position, il n’avait pu se maintenir.

Jacques Chaban-Delmas, Compagnon de la Libération, ancien Président de l’Assemblée nationale avait été nommé Premier Ministre et lancer, certainement pour décrisper une « France » marquée par les évènements de Mai 68, sa fameuse « Nouvelle Société », forme de doctrine social-libérale, prônant notamment le dialogue social et la liberté d’expression et surtout le rapprochement avec des personnalités non issues de la droite traditionnelle. Certains conseillers écoutés du locataire de Matignon seront plutôt marqués à Gauche : Jacques Delors, Simon Nora ou encore Michel Vauzelle…

Mais le torchon brûle entre le Président et son Premier Ministre qui finit par démissionner durant l’été 1972.  Plusieurs personnalités de la Majorité s’insurgent (déjà) contre cette volonté de briser le clivage Droite-Gauche.

Finalement, « Chaban » sera remplacé par un autre Compagnon de la Libération, l’ancien Ministre de la Défense, Pierre Messmer, plus en adéquation avec la ligne Présidentielle….

La Majorité parlementaire est composée alors d’une majorité absolue de Gaullistes, issus du « Raz de Marée » lié à la dissolution de Juin 1968. La Gauche y a été laminée, effaçant sa performance réalisée un an plus tôt. Les extrêmes qu’il soient de Gauche ou de Droite, de taille groupusculaire sont absents du champ parlementaire pour encore longtemps…….

 

En 1972, la petite Marine avait 4 ans. C’est également l’année où son papa va reprendre du service…. En effet, les groupuscules d’extrême-droite tentent de s’unifier pour devenir plus audibles…. Et c’est Alain Robert qui va croiser la route de Jean-Marie Le Pen.

Mais qui est cet Alain Robert, « fondateur » du Front National dont (presque) plus personne ne se souvient aujourd’hui ?

Né en 1945, il n’appartient donc pas à la même génération que Le Pen mais il a pu croiser celui-ci lors de la Campagne de Tixier-Vignancour en 1965. Leader du mouvement Occident, organisation musclée d’Extrême-Droite qui s’est illustrée en 1968 pour bastonner du « Gauchiste », résolument anti-communiste, elle compte parmi ses membres plusieurs futurs ministres de la Droite Républicaine : Alain Madelin, pourtant fils d’un ouvrier Communiste, Patrick Devedjian ou encore Gérard Longuet….

Lui, Alain Robert possède la parfaite panoplie du militant d’Extrême-droite : il fricote également avec le GUD (Groupe Union de Défense », très présent à la faculté de Paris-Assas, un groupuscule pas forcément composé de « mauviettes » qui aime bien les « actions coup de poing ». On ne se refait pas….

A la tête d’Ordre Nouveau, il décide de co-fonder « Le Front National » dont le but est de fédérer tous ces groupuscules éparpillés avec le journaliste François Brigneau, un Collaborateur notoire pendant la guerre, grand admirateur de Robert Brasillach et qui s’engagea un temps dans la Milice….

Mais les deux hommes ne se sentent pas présider le mouvement, ils font alors appel à Jean-Marie Le Pen qui voit dans cette proposition la possibilité de sortir de son purgatoire politique et de mettre en exergue ses talents d’organisateur et d’orateur prompt à haranguer les foules, mais à l’époque, elles se concentrent dans une cabine téléphonique……

L’ex Député devient donc Président du tout jeune Front National, il s’entoure d’une équipe composée pour partie d’anciens nostalgiques de l’Algérie Française (version OAS), de cathos intégristes, de Waffen SS à la retraite et de jeunes « loups » du Nationalisme.

Son premier cheval de bataille sera l’Anticommunisme, alors que dans « l’autre camp » on prône l’instauration de « L’Eurocommunisme », une forme de Communisme qui prend ses distances avec Moscou, tenté d’abandonner la « dictature du Prolétariat », ses instigateurs sont l’Italien Berlinguer, l’Espagnol Santiago Carrillo et le Français Georges Marchais que l’on ne présente plus….

Au niveau interne, le tout jeune parti connait les premières dissentions entre ses membres fondateurs. Alain Robert, secrétaire général du mouvement, veut rester également à la tête du mouvement Ordre Nouveau, ce dont s’oppose Jean Marie Le Pen. Il en profite pour évincer celui qui l’avait fait roitelet. Quelques temps, il y aura deux FN : l’un Le Peniste, l’autre Robertiste. Mais le premier finira par l’emporter finalement, broyant au passage le rival Parti des Forces Nouvelles….

Le Président du FN, débarrassé de son rival qui d’ailleurs, au fil du temps, s’éloignera de l’extrême-droite pour rejoindre les rangs de la droite parlementaire……

Entre temps, Jean Marie Le Pen s’entoure de compagnons de route plus fiables, tel François Duprat, connu pour ses thèses révisionnistes et qui connaitra un destin tragique en 1978, victime d’un attentat….

En 1974, il se présente à l’élection présidentielle provoquée par la disparition brutale de Georges Pompidou. Cette élection permet toujours aux petits candidats de « connaître leur heure de gloire » au moins au 1 er tour, avec des possibilités « d’audience » impossibles dans d’autres circonstances.

Affublé d’un bandeau sur l’œil gauche dont l’origine reste mystérieuse (problème médical ? suite d’une rixe ?), il parcourt la France et en profite pour prôner le « ni droite, ni gauche », condamner un système politique qu’il juge « en voie de déliquescence » et s’oppose surtout à un vote utile (c’est-à-dire voter Giscard afin d’éviter l’arrivée au pouvoir d’une coalition socialo-communiste).

Il n’obtient que 0,75 % des suffrages à l’issue du premier tour et n’empêchera pas l’élection de Valéry Giscard d’Estaing qui l’emporte de façon étriquée face à François Mitterrand... (50.81%).

Cette candidature a défaut d’être fructueuse, lui aura permis de retrouver un espace politique qu’il ne cessera d’explorer au cours de la décennie suivante….

Deux ans plus tard, Il réapparait à la Une de l’actualité : son domicile est plastiqué, Villa Poirier à Paris : c’est la que vit le leader du Front National, qui occupe les 4 et 5 e Etage. En effet, il occupe deux appartements : l’un réservé aux parents qui mènent une existence bohème et l’autre occupé par les trois filles du couple. Le choc est terrible, d’après les enquêteurs une charge de 5 kilos de dynamite a provoqué des dégâts considérables jusque dans le voisinage. Heureusement, il n’y a aucune victime à déplorer.

C’est le troisième attentat subi par le leader Frontiste, comme il le confiera au « journal télévisé », il en profite pour mettre en exergue la montée de l’insécurité dans le pays, lié selon lui à une politique intérieure trop laxiste et trop complaisante pour les ennemis de la nation. Il devra être relogé et c’est son ami Jean Marie Le Chevallier, futur maire FN de Toulon qui l’hébergera durant trois mois avant de vivre dans sa nouvelle résidence : à Montretout (commune de Saint Cloud) qui va bouleverser son existence et surtout son destin….

La petite Marine, 8 ans, rescapée de l’attentat avec ses sœurs, confiera que l’évènement lui a fait prendre conscience que « son père faisait de la politique » …avec les risques que cela comporte.

 

MONTRETOUT MAIS RESTE DISCRETE

 

La petite Marine est sortie indemne, comme le reste de la famille de l’attentat de l’appartement de ses parents. Juste quelques égratignures et une grosse frayeur et surtout le timide éveil d’une conscience politique….

On n’a jamais retrouvé les auteurs des méfaits, certains pensent qu’il s’agit d’un règlement de compte d’une organisation extrémiste rivale mais rien n’a pu être prouvé.  La famille Le Pen, surnommée « Les miraculés de la Toussaint » car l’attentat s’est produit un 2 novembre connait simultanément un deuxième miracle : celui de l’héritage Lambert……

Hubert Lambert est un militant assidu pour ne pas dire inconditionnel du jeune Front National. Cet homme chétif et malade est acquis aux idées nationalistes depuis des lustres. Il réside dans une vaste propriété des hauteurs de Saint-Cloud dans le quartier huppé de Montretout. Il compte parmi ses voisins, le célèbre acteur Lino Ventura. Rentier, le militant exemplaire est en fait l’héritier des Ciments Lambert. Il se lie d’amitié avec Jean-Marie Le Pen à tel point qu’il décidera, au soir de sa courte vie (il disparait à 42 ans), d’en faire son légataire universel….

Bingo pour la famille Le Pen !

Fini les lendemains incertains à la suite de la longue traversée du désert. Le petit éditeur de la SERP, maison spécialisée dans la diffusion des chants patriotiques avec un choix éclectique : des cœurs de l’armée rouge aux chants de la Waffen SS va pouvoir « vivre de ses rentes » et en faire profiter sa famille qui s’installe dans le domaine de Montretout. Le couple Le Pen toujours bohème devient mondain en organisant des soirées fastueuses comprenant tout le gratin parisien….

Le Front National reste cependant un micro-parti dont l’audience peine à croître au fil du temps. Mais Jean-Marie Le Pen étoffe son équipe avec l’arrivée de Jean-Pierre Stirbois en 1977. Cet ex-représentant devenu imprimeur à Dreux est né en 1945. Militant nationaliste de la première heure, il avait également participé à la campagne de Tixier-Vignancour en 1965 et devient donc, douze ans après, secrétaire général du mouvement. Il restera un fidèle lieutenant du « Menhir » jusqu’à sa tragique disparition en 1988 : sur la route de Dreux, à la hauteur de Jouars-Pontchartrain, il meurt dans un accident de la route. Il avait 43 ans.

Après la non-participation de JMLP à la présidentielle de 1981, faute de parrainages suffisants, le n° 2 du FN avait été le « catalyseur » du début de l’expansion du FN. Candidat aux municipales à Dreux en 1983 où il défie la maire Socialiste Françoise Gaspard, il obtient à l’issue du 1 er tour, un score totalement inédit pour le mouvement d’extrême-Droite : près de 17 % !

C’est un véritable coup de tonnerre dans le landernau politique. Comment un parti qui ne faisait que des scores confidentiels a-t-il pu « monter » si haut ? Certes, aux cantonales de 1982, le même Stirbois avait obtenu 10 %. Sa recette : elle est simple : omniprésence sur le terrain dans cette sous-préfecture d’Eure et Loir qui a connu une forte expansion démographique dans les années 60, triplant pratiquement sa population.

Le gros bourg commerçant et chargé d’histoire (lieu de la chapelle Royale) est éloigné des cités du plateau hébergeant une population issue en grande partie de l’immigration. Le taux de chômage y est élevé (+de 10 %), l’insécurité augmente.

Le secrétaire général du FN entame une campagne musclée et agressive, usant de slogans basiques mais porteurs, aux dires mêmes de ses amis politiques et cela porte ses fruits : l’immigration « massive » des années 60 est à l’origine de la plupart des maux de la société Française.

A l’issue du premier tour, deuxième « coup de tonnerre » : la droite traditionnelle RPR-UDF fusionne sa liste avec le Front National, ce qui provoque l’émoi dans la classe politique. Mais la « nouvelle alliance locale » échoue quand même de peu le soir du 2 -ème tour : la liste de Françoise Gaspard est réélue avec 8 voix d’avance….

Mais le soulagement sera de courte durée, l’élection ayant été entachée de nombreuses irrégularités sera annulée. Et rebelotte : fusion des deux listes RPR-FN qui cette fois-ci l’emportera facilement avec 55 % des voix. Jean-Pierre Stirbois devient Maire-Adjoint….

Le Front National est sorti de la marginalité pour faire une percée dans « la cour des grands ». Avec son thème porteur, celui de l’immigration, il va lentement mais surement progresser sur l’échiquier politique malgré une franche hostilité du personnel politique et d’une crainte d’une majeure partie de la population.

Mais Jean-Marie Le Pen se frotte les mains, il va pouvoir entamer la campagne des Européennes en toute quiétude, se servant à merveille de l’outil médiatique qui pourtant lui est majoritairement hostile mais ce provocateur né va pouvoir faire « le buzz » avec plusieurs d’avance….

Pendant ce temps, les filles Le Pen grandissent… Marine à 15 ans, elle assiste comme ses sœurs à l’irrésistible ascension de leur père doublée d’une notoriété avec les inconvénients que cela comporte : être mal vue par ses camarades de classe et « saquée » par les professeurs, souvent aux antipodes des idées frontistes.

Mais les sœurs Le Pen vont-elles échapper à la tentation politique ? Elles apparaissent au grand jour lors de l’émission politique « L’Heure de Vérité » dont leur père est l’invité en 1984.

Dans son ouvrage « La politique en héritage » la journaliste Annette Ardisson décrit bien le pour et le contre de l’engagement politique des « fils et fille de… ».  Une carrière politique implique un engagement complet et qui implique des sacrifices familiaux, surtout quand on veut jouer en « première division » celle qui mène aux portes du pouvoir.

En cas d’engagement, les enfants choisissent la même famille politique que leurs parents : Gilbert Mitterrand, député socialiste de Gironde, Jacques Barrot, député de Haute Loire, ancien ministre, Pierre Méhaignerie, ancien ministre, Jacques Médecin qui succède à son père à la mairie de Nice. Jean Louis et Bernard Debré. Mais parfois, les rejetons n’épousent pas les idées politiques du père : tel Pierre Joxe, socialiste pur et dur, fils d’un ministre de De Gaulle ou encore le Constitutionnaliste Olivier Duhamel, député européen apparenté socialiste, fils d’un ancien Ministre de la culture Centriste, Jacques Duhamel.

Mais pas de danger de sécession (à l’époque…) pour les filles Le Pen : peu de chances de les voir rejoindre la Ligue Communiste Révolutionnaire ou le parti Socialiste. Non la fibre Frontiste opère déjà notamment chez l’ainée, Marie-Caroline, promue à jouer un rôle majeur dans « l’organisation » et qui sait « succéder un jour au Chef ».

Marine, jeune fille bagarreuse, aimant bien se chamailler virilement avec ses sœurs est quant à elle un peu éloignée de la sphère politique : c’est une élève moyenne, qui aime faire la fête à cette époque mais regarde avec admiration son papa prendre de l’ampleur dans l’impitoyable univers politique….

Mais en 1985, un évènement majeur survient dans la galaxie Le Pen, le couple Jean-Marie/Pierrette bat de l’aile : Madame ne supporte plus cette vie trépidante et violente et décide de faire ses valises, laissant son futur ex-mari avec ses trois filles.

La jeune Marine ne verra plus sa mère pendant plusieurs années, le vivant comme une véritable déchirure. Le divorce sera très houleux, affaire de gros sous sans dote, et la brouille conjugale fera la « une de l’actualité ». Jean-Marie Le Pen ayant déclaré « Que Madame Lalanne aille faire des ménages », cette dernière le prendra aux mots en « s’affichant comme soubrette dans le magazine Playboy » …. Certains se rincent l’œil, d’autres grincent des dents…

Déjà l’émergence de la presse People….

 

PROPORTIONNELLE MON AMOUR

 

« Merci, François Mitterrand ». C’est le constat (amer) pour la Droite et le début de l’ascension politique pour le Front National……

En instituant le suffrage à la proportionnelle, jugé plus juste pour les minorités souvent exclues des suffrages de la Ve République, le président de la République va permettre de sauver sa propre majorité d’un désastre électoral, fruit de la cruelle désillusion des espoirs portés en 1981, de contrarier les ambitions de revanche magistrale de la Droite (qui l’emportera cependant, provoquant la première cohabitation de la Ve République) et d’envoyer 35 députés Frontistes ou apparentés au Palais-Bourbon !.

Le Front National sait qu’il va sortir de la marginalité politique grâce à ce mode de scrutin, il fait un accord avec le CNIP, parti naguère puissant mais ayant perdu de son influence à droite depuis le début de la Ve République et présentera des candidats sous l’étiquette « Rassemblement National » (déjà !).

Finalement, 3 Députés CNI seront élus (à Paris, dans le Val d’Oise et dans l’Essonne : avec Michel de Rostolan) et 32 nouveaux parlementaires FN, dont bien sûr Jean-Marie Le Pen, qui retrouve ainsi l’assemblée nationale après 24 ans d’absence. Il sera élu Président du Groupe FN.

Avec 2.700.000 suffrages exprimés en faveur du Parti Frontiste, ce qui représente un peu moins de 10 % des suffrages, l’Extrême-Droite représente la quatrième force politique de France.

Sa fraiche implantation concerne alors 8 des 22 régions Françaises : l’Ile de France dont chaque département aura au moins un élu, PACA qui obtient les scores les plus élevés (+ de 20%), dans des terres jusqu’à présent identifiées comme fiefs socialistes, le Nord Pas de Calais (11%), Rhône-Alpes (10%), l’Alsace-Moselle, le Languedoc-Roussillon, la Haute Normandie ou encore l’Aquitaine….

Parmi les élus figurent des vieux compagnons de route de Jean-Marie Le Pen : les anciens de l’OAS Roger Holeindre et Pierre Sergent, le nationaliste Jean Pierre Stirbois mais également des nouvelles têtes comme Bruno Gollsnich, universitaire, spécialiste du Japon et qui restera par la suite un fidèle parmi les fidèles du « Menhir », Jean-Claude Martinez, Universitaire également mais juriste, le dentiste Jacques Bompard, futur Maire d’Orange ou encore Jean-François Jalkh, élu en Seine-et-Marne.,

Des nouveaux élus, issus de la droite traditionnelle ont rejoint les rangs FN : les RPR Bruno Mégret ou Yvan Blot, Bruno Chauvierre ou encore Olivier d’Ormesson ou le très vieux Edouard-Frédéric Dupont, doyen de l’assemblée Nationale et déjà élu sous la III e République !

 

Mais cette année 1986 marque également l’entrée en politique de Marion Anne Perrine, dite Marine. Elle choisit de rejoindre le Parti paternel comme ses deux grandes sœurs, Marie-Caroline et Yann.

Malgré des brimades à l’école, de la part de ses camarades et surtout de ses professeurs, du fait de son patronyme devenu progressivement lourd à porter au fil des performances électorales : d’abord, prêtant à sourire, puis inquiétant et enfin terrorisant pour les plus farouches adversaires…, la cadette prend cependant le train du succès en marche avec des convictions pas encore très affirmées, aux dires de ses proches.

Alors qu’elle va entamer des études de droit à Paris-Assas, (pas vraiment un nid de gauchistes, ndlr) espérant devenir avocate, car comme chacun sait la politique, ce n’est pas un métier, sauf si l’on est énarque, bien sûr….

La jeune Marine est plutôt une élève très moyenne et qui aime bien faire la « teuf », elle évoquera d’ailleurs sa jeunesse bringueuse avec Karine Le Marchand et sa fameuse série de « portraits télévisés des candidats à l’élection de 2017 ».

La belle animatrice a troqué ses bottes boueuses de « l’amour est dans le Pré » pour une « confidence avec une tasse de thé » de candidats d’habitude moins diserts : c’est là qu’on apprendra que François Fillion, que l’on imaginait uniquement en clerc de notaire faisant la quête le dimanche à la messe est également un fondu de course automobile et d’alpinisme, une sorte de mix entre Steve Mc Queen et Gaston Rebuffat !

Elle Marine se la joue « bonne copine » prête à la déconne », à des années-lumière de l’image que s’en font ses adversaires les plus irréductibles…et qui fustigent l’attitude complaisante de l’intervieweuse…

 

LE CHEMIN DE PAPA

 

C’est clair, la présence notable du Front National au Palais-Bourbon n’aura été qu’une « parenthèse enchantée » pour le parti de Jean-Marie Le Pen.

En cette année 1988, après la réélection sans appel de François Mitterrand face à son Premier Ministre de cohabitation Jacques Chirac et la dissolution de l’Assemblée nationale, entraînant également le retour du scrutin majoritaire uninominal à deux tours ne permet pas aux sortants Frontistes de sauver leurs sièges, ce type de scrutin ne les favorisant guère….

Pourtant, une seule députée Frontiste sauve son siège en la personne de Yann Piat, « filleule » de Jean-Marie Le Pen. Réélue dans le Var, elle se brouillera cependant rapidement avec son « parrain » Jean Marie et rejoindra les rangs de la droite traditionnelle. Elle connaitra un destin tragique en étant assassinée.

Mais l’absence de représentation parlementaire n’empêche pas le « Menhir » de faire parler de lui via les médias, bien avant les réseaux sociaux, la télévision reste la vitrine idéale pour avancer ses pions sur l’échiquier politique….

La réélection de François Mitterrand ne lui trace pas pour autant un boulevard dans le monde politique. Le parti communiste refusant d’être associée à la majorité présidentielle, le gouvernement dirigé par le meilleur ennemi du Président, Michel Rocard ne possède alors qu’une majorité relative….

Le premier ministre tente alors l’ouverture vers les partis modérés, notamment vers l’UDF en captant vers lui des anciens ministres de Giscard : Jean Pierre Soisson, Michel Durafour ou encore Olivier Stirn mais cela ne suffit pas à éviter le risque permanent d’un « renversement du gouvernement » comme sous la Quatrième République……

Pendant ce temps, l’ex-député Jean-Marie Le Pen se fait toujours présent sur les radios et télévisions même s’il déplore que l’on ne l’invite pas assez par rapport aux autres leaders nationaux.

L’an passé, il a provoqué un tollé en annonçant que les « chambres à gaz » n’étaient qu’un « point de détail » dans l’histoire de la seconde guerre mondiale. En 1988, il déclame son fameux calembour de « Durafour crématoire » qui lui attire de nouveaux les foudres de ses opposants et surtout lui ouvre les portes des tribunaux avec des condamnations à la clé.

Mais le « Menhir » n’a rien perdu de sa fibre provocatrice née lors de sa vie étudiante et continue à tracer de façon durable son sillon dans le paysage politique français. Il dévoile les grandes lignes de son programme politique qui rappellent étrangement celles des partis politiques populistes d’avant- -guerre : l’antiparlementarisme, donner la parole au peuple par le biais de referendum d’initiative populaire sur des sujets sensibles : comme l’immigration, source de bon nombre de maux de la société du moment, selon lui ou encore la poussée endémique de l’insécurité provoquée d’une part par les populations venues d’ailleurs et surtout par le laxisme des partis au pouvoir, on voit déjà poindre le mythe de « la bande des quatre » (RPR, UDF, PC, PS) qui mènent la France vers une faillite économique et surtout morale.

Etudiante à Assas, la future avocate Marine Le Pen fricote avec le Cercle Etudiant, proche du FN et compte également beaucoup d’amis au GUD (Groupe Union Défense), groupuscule qui pratique aussi bien la violence verbale que physique….

Devenue avocate en 1992, Marion Anne Perrine décide de franchir le Rubicon politique en se présentant dans la 16 -ème circonscription de Paris (17 -ème arrdt) dont le sortant est Bernard Pons, Chiraquien pur jus, ancien Ministre des TOM DOM et ex Député du Lot puis de l’Essonne (1978-81).

Son baptême du feu même s’il se concrétise par une défaite dès le premier tour (remportée par le sortant) lui permet cependant de rencontrer un score prometteur : plus de 11 % des suffrages….

Mais ce n’est pas dans la Capitale que la fille du « Chef » va faire carrière. Il va falloir trouver un « fief », un endroit dans lequel on peut s’enraciner de façon durable….

Cela sera d’ailleurs la stratégie du Front National : s’implanter dans des endroits susceptibles de lui apporter des suffrages conséquents et d’être enfin élu malgré un suffrage uninominal à deux tours qui lui est défavorable contrairement à la proportionnelles et surtout « le plafond de verre » (la connivence de la « bande des quatre » pour lui barrer la route du succès).

Mais quelles sont ces endroits « favorables » ? 

On en trouve aux quatre coins de l’Hexagone mais particulièrement dans les anciens bassins industriels qui ont périclité au début des années 70-80 provoquant un chômage de masse et l’émergence de poche de pauvreté de façon durable. C’est le cas du Nord-Pas de Calais, de la Picardie, de la Lorraine ou encore de la région PACA dans le Sud.

Terres traditionnellement de gauche, rappelons que le Nord et les Bouches du Rhône par exemple abritent les deux plus grandes fédérations socialistes de France mais les récentes désillusions d’un électorat acquis depuis toujours aux valeurs de gauche va progressivement le voir glisser soit vers l’abstention soit vers un Front National porteur de solutions radicales (face à une émigration élevée dans les zones citées).

Si Papa choisit le «Sud » et notamment la région Marseillaise, la fille jette son dévolu le Pas de Calais. En 1998, elle figure sur la liste de Carl Lang, futur ex-grand espoir du FN qui entrera par la suite en dissidence pour mieux disparaître du champ poltique……

 

LA STRATEGIE DE L'ARAIGNEE

 

Cette année 1998, Marine Le Pen fête ses trente ans. Elle s’est mariée l’an passé avec Franck Chauffroy, proche du FN avec lequel elle aura ses trois enfants : d’abord Jehanne, puis les jumeaux Louis et Mathilde. Mais le couple ne tient pas et se sépare rapidement. Elle retrouve le bonheur avec Éric Lorio, un autre FN (on imagine mal un prétendant venu de l’extrême-gauche), qui lui servira également de conseiller lors de cette période d’ascension politique.

Avocate, la fille du « Chef » sait qu’elle ne sera jamais un « ténor » du barreau, comme Leclerc, Badinter, Lombard ou encore Gilbert Collard, le bouillant avocat marseillais dont le parcours professionnel est aussi divers et varié que ses orientations politiques…. Elle propose à Papa de créer le service juridique du Front National, en s’occupant notamment de la partie litiges, ce qui représentera un secteur d’activité prolifique au vu des nombreux dérapages de Jean Marie, entrainant des attaques en justice de plus en plus nombreuses……

Elue conseillère régionale dans son nouveau fief du Nord-Pas de Calais, elle assiste aux secondes loges au schisme qui se produit dans le mouvement paternel : Bruno Mégret, tête pensante de Jean-Marie Le Pen et n°2 du FN claque la porte pour donner suite à nombreux désaccords avec le « Chef », emportant un grand nombre de militants et de cadres pour créer un nouveau parti.

Ce Polytechnicien, né en 1949, ingénieur des ponts et chaussées et diplômé de Stanford ne supporte plus les écarts de langage de son patron et surtout de sa ligne politique isolationniste qui ne mène nulle part selon lui. Ces adversaires rétorquent qu’il est en fait une sorte d’Iznogoud, ce personnage de BD qui veut devenir Calife à la place du Calife….

Cet ex-du RPR, naguère candidat malheureux dans les Yvelines contre Michel Rocard souhaite un rapprochement avec la droite qui pourtant la déçu pour sa mollesse idéologique, ce qui l’a fait rejoindre en 1987 le parti extrémiste, dont il également pressenti les possibilités d’assouvir ses ambitions personnelles.

On le sait, à l’époque le FN manque cruellement de cadres qui lui permettrait de sortir de la marginalité. Les « historiques » tous issus des mouvements nationalistes des années 60-70 ne suffisent plus à faire rentrer le mouvement Le Peniste dans la « Cour des grands » ….

Le principal adversaire de Mégret, c’est le fidèle Bruno Gollsnich, issu de la mouvance citée plus haut et gardien du temple Frontiste. Ce brillant universitaire, spécialiste du Japon (d’ailleurs marié à une Nipponne) est aussi à l’aise dans les joutes verbales contre les (nombreux) adversaires frontistes que dans l’exposition des thèses chères au Front National (Emigration, Europe, révisionnisme, etc…).

La fille du chef qui affrontera plus tard le fidèle Gollsnich est pour l’instant son allié pour contrer voire éradiquer la véritable hémorragie que constitue le départ des « Mégrétistes » qui a véritablement coupé en partie en deux….

Le FN et à présent le MNR (Mouvement National Républicain) doivent se partager les miettes d’un gâteau naguère copieux tant son influence grandissait dans la sphère politique.

En 1997, la dissolution ratée orchestrée par le tandem Chirac-Villepin avait permis à la Gauche plurielle de retrouver le pouvoir et de provoquer la deuxième cohabitation de la Ve République avec à sa tête le duo improbable Chirac-Jospin. La victoire d’une gauche qui avait connu quatre ans auparavant le plus grand désastre électoral de son histoire était en grande partie due aux nombreuses triangulaires Droite-Gauche-FN qui avait été mortifère pour le parti au pouvoir, battu dans plusieurs circonscriptions avec une majorité relative….

Dans la circonscription de Mantes-la-Jolie, Jean-Marie Le Pen venu soutenir sa fille aînée Marie-Caroline avait rudoyé la candidate socialiste Annette Pleugast et insulté un opposant venu le provoquer. La fille ainée ne sera pas élue mais la candidate de gauche fera trébucher le sortant Pierre Bédier grâce au maintien du FN au second tour….

Mais là, patatras, la fille ainé chérie promise à reprendre les manettes du Parti de Papa dans un avenir encore non déterminé rejoint la mouvance Mégrétiste avec son mari Philippe Olivier, futur bourreau de Georges Tron dans son fief de Draveil….

La faute est jugée impardonnable pour le patriarche qui coupe net les ponts avec sa fille et son gendre, les assimilant aux « félons » qui ont fait un putsch à celui qui les avait faits princes dans la Lepénie intérieure.

Cette rupture familiale, aussi douloureuse soit-elle provoquée de facto l’envol de Marine vers la tête du FN…

La fin du XX e siècle est compliqué pour le parti d’Extrême-Droite qui doit composer avec son rival félon mais la petite formation de Bruno Mégret ne décollera jamais. Malgré des capacités intellectuelles puissantes, le manque de charisme de Mégret et sa stratégie de reconquête électorale déficiente le pousseront à ranger dans un placard ses ambitions politiques…. Au moins jusqu’en 2002.

Cette année 2002 qui marque la fin du septennat Chirac, avec un bilan très mitigé : élu en 1995 aux dépends du grandissime favori Edouard Balladur, l’ex outsider aura connu une période de cohabitation pour donner suite à la dissolution ratée. Il avait dû nommer comme Premier Ministre son ancien adversaire de la présidentielle Lionel Jospin. Obligés de travailler ensemble, les deux hommes se vouent une inimité profonde. Le leader de la Gauche Plurielle est persuadé de balayer ce « loser de Chirac » qui de plus est « vieux » (bien que Jospin n’ait que 5 ans de moins que lui) …

En coulisses, Le Pen continue de progresser dans les sondages et certains politiques lui prédisent un score conséquent à la présidentielle. …

Marine Le Pen continue quant a elle de peaufiner la « dédiabolisation » du Front National incarné par son Chef de Père en travaillant à une meilleure communication du Parti. Elle apparaît de plus en plus sur les plateaux de télévision, bien décidée de ne plus jouer les seconds couteaux….

Le 21 avril 2002 se produit un « cataclysme » politique, comme dit le présentateur David Pujadas sur France 2 : Lionel Jospin est éliminé dès le premier tour, devancé de peu par Jean Marie Le Pen qui affrontera Jacques Chirac au second tour.

Une première (mais pas la dernière) sous la Ve République !

La gauche est traumatisée par ce coup de théâtre. Assommé, Lionel Jospin annonce son retrait de la vie politique et appelle à faire barrage à l’extrême-droite sans forcément faire appel à voter Jacques Chirac….

Jacques Chirac, qui n’a obtenu que 19 % des suffrages au 1 er tour, le plus faible pour un candidat sortant au 1 er tour sera le président le mieux réélu au second tour avec 82 %.

Entre les deux tours, l’effervescence est à son comble…. La gauche anéantie et lâchée par son ex-champion qui est cependant resté provisoirement à Matignon à la demande du Président, s’organise dans un Front Anti-Le Pen, appelant à voter Chirac, même si pour certains cela constitue une option douloureuse.

D’innombrables manifestations souvent menée par une jeunesse fougueuse sont organisées à travers le pays pour sensibiliser les indécis…..

Le soir du premier tour, Jacques Chirac, certainement surpris par cet évènement inespéré qui va le reconduire dans ces fonctions pour cette fois-ci cinq ans annonce qu’il refuse d’affronter Le Pen lors d’un débat télévisé de l’entre-deux tours….

Le leader Frontiste quant à lui, prononce un discours lyrique pour appeler le « peuple de France » à venir le rejoindre pour renverser le cours de l’histoire…. Il ne voit venir vers lui qu’un seul allié, un certain…Bruno Mégret, candidat lui aussi au premier tour et qui a obtenu 2 %. Incroyable mais vrai, Iznogoud le félon appelle à voter pour le Calife….. Le Pen en prend acte mais ne se réconciliera jamais avec lui……

La réélection de Chirac va entrainer la victoire de la Droite aux législatives et malgré des triangulaires, l’effet ne sera pas mortifère comme en 1997. Jean-Pierre Raffarin est nommé Premier Ministre.

Le mouvement Frontiste boosté par ce succès historique à la présidentielle va continuer à tracer son sillon et tenter de devenir un « parti comme les autres » mais dans l’immédiat, cela reste un vœu pieu…..

En 2004, Marine Le Pen est élue Député Européen et vote non à la constitution européenne de 2005..

L’Europe, outre l’immigration va devenir un combat de premier ordre que l’héritière ne va pas cesser de mettre en exergue pour affirmer sa ligne politique et surtout sa lente et probable ascension……

 

L'ANNONCE FAITE A MARINE

 

Les années vers la conquête du pouvoir (en interne) se suivent et se ressemblent. Marine Le Pen continue de tracer son sillon dans le champ politique familial sous l’œil alors bienveillant du « Chef ». Cela n’empêche pas des frictions au sein de la famille politique : la rivalité montante avec Bruno Gollsnich, le « dauphin » présumé et la volonté d’instaurer une stratégie de « dédiabolisation » d’un mouvement politique qui continue à faire peur.

La benjamine des filles le Pen commence à penser que les incessantes déclarations fracassantes de son géniteur, accompagnées de calembours souvent douteux finissent par nuire à un Front National, condamné à connaître des hauts et surtout des bas peu propices à une sérieuse ascension vers le pouvoir…

En 2006, Marine Le Pen devient directrice de la Campagne de son père pour l’année suivante qui devrait sonner le glas pour un pouvoir Chiraquien vieux de 12 ans dont 5 de cohabitation forcée avec la gauche. La désormais Co-vice-présidente prône un « ni droite ni gauche », bien décidée à tirer un trait sur les 25 dernières années, symbole des années Mitterrand-Chirac, responsables, selon elle, par leurs jeux politiciens, de la décadence économique et sociale de la « Maison France ».

Mais cette présidentielle de 2007 va être marquée par l’âge d’or du « Sarkozysme » et va briser les ambitions d’un Front National persuadé de réitérer l’exploit de 2002. L’ancien ministre de l’intérieur va réussir à siphonner les voix de son adversaire d’extrême droite jusqu’à le ramener au score décevant de 10,5 %. Au second tour, il l’emporte facilement face à son adversaire Ségolène Royal avec 53 %....

Si le père peut définitivement renoncer à ses ambitions de magistrature suprême, la fille sent que le moment de la relève est venu et ne perd pas de vue le terrain, reprenant l’idée d’ancrage électoral solide sur un territoire donné que défendait naguère Bruno Mégret. Son choix se porte sur la Région Nord Pas de Calais, et notamment la 14e circonscription, autour d’Hénin-Beaumont (ex Hénin-Liétard) au cœur de l’ancien Bassin Minier disparu à l’aube des années 80…

Terre traditionnellement ancrée à gauche, ce territoire naguère prospère a vécu des épisodes douloureux en matière de restructuration économique et a vu monter un taux de chômage endémique….

La fille du chef s’est donc aventurée au cœur des corons qui sont à des années-lumière des maisons cossues de Montretout. Mais celle qui est devenue une « pro » de la communication a su capter les fondamentaux pour réussir une campagne électorale en milieu originellement hostile…

Elle fait preuve d’une grande empathie envers les populations locales en mettant en avant les grands thèmes porteurs : Chômage, délocalisation et Insécurité. Trois maux d’une société en déshérence, « bernée » par les mauvaises recettes du tandem Gauche-Droite….

En rajoutant un zeste « d’immigration massive », le discours peut s’avérer porteur mais pas pour tout le monde dans cette cité ouvrière nordiste qui compte beaucoup de travailleurs immigrés venus travailler dans les mines encore actives au début des années 60…

Habile, elle brouille les cartes en faisant diriger sa campagne électorale par un ancien militant socialiste et prend comme suppléant, un fidèle parmi les fidèles et qui lui, est un « enfant du pays » : Steeve Briois, infatigable et actif militant frontiste, petit-fils de mineur et qui laboure le terrain depuis l’adolescence voyant en Marine le Pen, « la championne » dont la région a besoin….

Mais un Front Républicain est mis en place pour barrer la route au tandem, ce qui permet au député sortant, le socialiste Albert Facon, d’être réélu….

Pas découragé pour autant, le même binôme se représente à la tête d’une liste FN aux municipales et connait le même écueil que lors des législatives, malgré la présence du sortant et dissident Gérard Dallongeville, accusé de détournement de fonds publics. La liste officielle PS-PC l’emporte finalement mais voit un FN dépasser les 40 %....

Candidate aux européennes de 2009 dans le Nord-Ouest qui inclut sa « région d’adoption », elle prend comme assistant parlementaire à mi-temps, son nouveau conjoint, le catalan Louis Alliot qu’elle salarie plus de 5 000 euros par mois. « Normal, il a quand même un bac + 5 » rétorquera la future présidente du FN lors du calamiteux épisode « Fillion Penelopegate » jetant des soupçons sur ledit emploi jugé fictif pour certains…

La campagne des régionales en 2010 en Nord-Pas de Calais constitue le dernier marchepied avant son accession au trône frontiste. Placée en 3 -ème position avec plus de 22 % des suffrages derrière la droite et surtout la gauche qui conserve la présidence…elle se prépare donc à prendre la tête d’un mouvement.

Mais l’année qui va suivre ne constitue pas un long fleuve tranquille pour celle qui veut toujours dédiaboliser un Front National qui demeure simultanément un défouloir et un repoussoir pour une grande partie d’un électorat lassé d’un personnel politique qu’elle juge sclérosé. En effet, la vieille garde frontiste n’entend pas voir la fille du chef prendre les manettes d’un mouvement qui doit revenir en toute légitimité au fidèle Bruno Gollsnich.

En outre, la frange catholique conservatrice (pour ne pas dire intégriste) est hérissée par l’assouplissement de l’héritière en matière sociétal ou d’autres rappelant le passé de « night-clubbeuse » de la prétendante, synonyme de légèreté pour ne pas dire de vacuité morale….

Mais lors du « Congrès de Tours » en 2011, Marine Le Pen triomphe face à Bruno Gollsnich avec plus de 67 % des voix et peut entamer « l’après-Le Pen » tout en confirmant que le Front reste une affaire de famille….

 

LE DIABLE DANS LA BOITE

 

DU COTE DE TOURS

 

Ah, le Congrès de Tours… 91 ans après celui qui provoqua la scission de la SFIO en deux : d’un côté une gauche socialiste et de l’autre voyant l’émergence de la SFIC, embryon du futur parti Communiste.

Parlons-en du Parti Communiste qui fut le mouvement politique leader de la gauche jusqu’en 1981 avant de connaître un long mais inexorable déclin qui peut s’expliquer de différentes façons : le coup politique génial de François Mitterrand qui fut l’artisan majeur d’une Union de la Gauche susceptible de faire vaciller l’inamovible pouvoir de droite tout en donnant une image de modernité avec un parti à la Rose, porteur de renouveau politique et séduisant une classe moyenne, avide de changement …

 Tout le contraire d’un parti à la « faucille et le marteau » qui a tardivement abandonné la « dictature du prolétariat » et est resté aveugle face à l’effondrement inévitable du grand frère Soviétique, sans oublier la désindustrialisation de la France, réduisant considérablement une classe ouvrière prompte à voter pour le parti de la Place du Colonel Fabien….

Mais une classe ouvrière qui existe toujours et qui va se détourner du parti déclinant pour être sensible aux sirènes d’un Front National qui compte bien récupérer cet électorat populaire souvent situé dans les territoires sinistrés de la République.

 

DEMANDEZ LE PROGRAMME

 

Fraîchement élue, Marine le Pen veut définitivement imprimer sa griffe sur le mouvement co-fondé par Papa mais en tentant de gommer les côtés les moins reluisants qui nuisent à l’essor du parti : exit les calembours douteux et autres dérapages du géniteur et de développer une vaste stratégie de « dédiabolisation » d’un mouvement qui fait toujours peur à la majorité des électeurs….

Pour percer en politique, il faut surtout utiliser les médias et pas toujours avec modération surtout quand le succès est au « rendez-vous » lors des prestations télévisées. A tel point, que les sondages pour la Présidentielle de 2012 qui annoncent un score de 24 % des intentions de vote au premier tour plaçant même le FN en pole position. Du jamais vu….

Puis dérouler un programme contenant des mesures chocs : d’abord fustiger le libéralisme et le mondialisme, doctrines selon elle qui conduisent des pays comme la France à la ruine mais plutôt de prôner le retour à l’indépendance de notre beau et vieux pays, tant au niveau économique, monétaire et bien sûr institutionnel. En bref, couper le cordon ombilical avec Bruxelles et ses fameux diktats….

Le grand dada du Front National, outre la réduction de l’immigration et l’exclusion systématique de tous les clandestins, c’est également la sortie de l’Euro et le retour au bon vieux Franc…Une augmentation des budgets de l’Etat et surtout du SMIC sans oublier la défense de la ruralité sont à l’ordre du jour.

Un programme économique et social autant alléchant qu’irréaliste pour une frange non négligeable d’un électorat déboussolé vivant les territoires oubliés de la république, ceux que l’on va surnommer la « France périphérique ».

Mais Marine Le Pen frappe ou ça fait mal, se posant en recours face à ce qu’elle appelle : « la bande des quatre » qui se réduira par la suite à « L’UMPS », en clair l’UMP et le PS co-responsables selon elle de tous les maux qui rongent la France depuis trois décennies : chômage endémique, immigration de masse et insécurité », perte de souveraineté de l’Hexagone….

 

MEDAILLE DE BRONZE

 

A l’orée de la campagne présidentielle qui s’annonçait très favorable à l’héritière du mouvement frontiste, voila que celle-ci se plaint de peiner à obtenir les fameuses 500 signatures d’élus, sésame indispensable pour espérer conquérir à la magistrature suprême. Info ou intox, toujours est-il que MLP fait durer le suspense et pointe du doigt certaines personnes très haut placées pour l’empêcher d’arriver à ses fins….

Le principal responsable de cette obstruction ne serait autre que : Nicolas Sarkozy, président sortant menacé de non réélection parce que les sondages la donne perdante face à un François Hollande, naguère outsider et qui a bénéficié de la disgrâce du favori de la gauche, Dominique Strauss-Kahn pour s’imposer lors de la primaire socialiste et qui mise tout sur « l’anti-sarkozysme viscéral » et sur « l’ennemi à combattre qu’est le monde de la finance ».

Finalement, Marine Le Pen obtient ses signatures mais ne terminera qu’en troisième position à l’issue du premier tour avec un peu plus de 18 %, un score décevant pour elle mais cependant meilleur que celui de son père qui s’était cependant hissé au 2 -ème tour en 2012.

Elle ne donne pas de consigne de vote, préconisant le vote blanc. Même si une petite majorité porte leurs suffrages sur Sarkozy, celui échoue cependant face à François Hollande….

 

LE PLAFOND DE VERRE

 

Mais Marine Le Pen repart à l’assaut des législatives et surtout de la 14ème circonscription du Pas-de-Calais, celle d’Hénin-Beaumont, devenu son fief électoral qu’elle compte bien ravir au parti socialiste.

Elle va trouver sur sa route, outre le socialiste Philippe Kemel, une vieille connaissance en la personne de Jean-Luc Mélenchon, alors député Européen et leader du parti de Gauche, qui s’auto-parachute sur cette terre ancrée à gauche pour être prêt à en découdre avec sa meilleure ennemie….

Mais le futur leader de la France Insoumise trébuche dès le premier, ses talents d’orateur n’ont pas convaincu les habitants d’Hénin-Beaumont qui ne lui accordent que 11% des suffrages exprimés laissant sa rivale, arrivée en tête, affronter le candidat socialiste……

Mais une fois de plus, Marine Le Pen est victime du « plafond de verre », cette fusion des voix venues d’électeurs d’horizon politique différente qui l’empêche de l’emporter mais avec un score qui chatouille les 50 %….

 

LE DUO

 

Battue mais confiante pour l’avenir, elle peut se réjouir (ou pas) de voir de deux ses candidats se faire élire : d’abord Gilbert Collard dans le Gard. En effet, le célèbre avocat Marseillais s’est fait élire dans la circonscription de Saint-Gilles du Gard mais sous l’étiquette « Rassemblement Bleu Marine » un nouveau mouvement connexe au Front National qui abrite les déçus de la droite classique avec pour dessein d’élargir le spectre frontiste trop étroit. L’avocat médiatique atterrit dans un mouvement proche de la droite extrême, lui qui avait commencé au Parti Socialiste, puis voguer vers l’UDF et les divers droites….

La deuxième candidate est elle encartée au Front National, c’est une étudiante de 22 ans qui se fait élire dans le Vaucluse, surtout grâce au maintien d’une candidate socialiste qui avait refusé de se retirer à l’issue du premier. Elle s’appelle Marion Maréchal Le Pen, qui n’est autre que la nièce de la patronne du Front et bien sûr la petite-fille de l’ancien chef, Jean-Marie.

Cette ravissante jeune femme est la fille de Yann Le Pen, la plus discrète des filles Le Pen et de Samuel Maréchal, valeur montante du FN dans les années 90. On apprendra par la suite que Marion est la fille naturelle de Roger Auque, journaliste à RTL et ancien otage au Liban….

La novice en politique, à la vocation peu affirmée va rapidement se transformer en rivale de sa Tata, ne tardant pas à regrouper autour d’elle un réseau de partisans conséquents pour l’emmener à briguer la présidence de la région Paca en 1995.

Deux député(es) c’est bien peu, tellement peu que ces deux derniers doivent s’inscrire chez les non-inscrits, c’est-à-dire chez les obscurs, les sans-grades, comme diraient d’autres. On est loin des 35 députés de 1986 lorsque le scrutin était à la proportionnelle, seul moyen pour le FN de pouvoir peser sur l’échiquier politique.

 

LE CONSEILLER DE MADAME

 

Mais la nouvelle patronne du FN ne se décourage pas, elle est bien décidée à continuer la dédiabolisation du parti. Son nouveau conseiller est Florian Philippot, un trentenaire, énarque et HEC, qui a fait ses classes avec Jean-Pierre Chevènement période souverainiste et qui va souffler à sa patronne les bonnes recettes pour séduire un électorat élargi, c’est-à-dire issu des traditionnels bataillons frontistes….

Et la mayonnaise va prendre, malgré des réticences en interne, quand les vieux briscards du parti ne voient pas forcément d’un bon œil la nouvelle ligne directrice qui remet en question certains des fondamentaux de la « doctrine Le Peniste » … Certes l’immigration et l’insécurité restent des thèmes majeurs mais d’autres font leur apparition comme la sortie de l’Euro, responsable de l’appauvrissement des classes populaires, ou encore de l’anti-mondialisme et surtout la défense des territoires en déshérence. Le Front National nouvelle version veut devenir un parti comme les autres mais avec les vertus en plus, mettant en avant les dérives démocratiques de l’UMP-PS, plombées par les « affaires ».

Le tandem MLP-PHILIPPOT veut accéder au pouvoir et non le snober comme voulait le faire Jean Marie Le Pen. Mais pour arriver à ses fins, il faut des alliés sinon point de salut…Le duo joue la carte de la communication, en multipliant les apparitions télévisées, surtout le conseiller Philippot, omniprésent sur les chaînes qui devient le meilleur VRP de son parti…

Bon client pour les chaînes, ayant toujours réponse à tout en bon énarque qu’il est, dénonçant à volo l’incurie des gouvernants qui ont mené le pays à la ruine depuis 30 ans, selon lui. L’année 2014 va constituer un grand cru pour le Front National, c’est l’année des élections municipales et celle des régionales. Ces consultations électorales intermédiaires ont souvent la particularité de sanctionner le pouvoir en place.

Le tandem Hollande-Ayrault connait des difficultés croissantes, doublé d’une grogne au sein de la majorité et d’une impopularité record pour le chef de l’état. Les belles promesses du discours du Bourget ne sont plus que de lointains souvenirs pour un électorat traditionnel de gauche pour laisser la place à une dure réalité du terrain….

 

QUATORZE ECHARPES TRICOLORES

 

Et la sanction tombe : une débâcle pour la gauche à ces municipales ou elle perd plusieurs de ses bastions au profit de la Droite (UMP et UDI) qui prend sa revanche sur 2012 en s’affichant comme grand vainqueur de la consultation : outre la récupération des grandes villes perdues en 2008 (Amiens, Caen, Reims, Toulouse, Saint-Etienne ou Argenteuil), elle conquiert Tours, Limoges pourtant socialiste depuis un siècle ou Tourcoing et Roubaix. Cependant, elle échoue à prendre Paris, où Anne Hidalgo succède à Bertrand Delanoë et bat la parachutée essonnienne Nathalie Kosciuszko-Morizet et Lyon ou Gérard Collomb triomphe. Marseille est conservée par Jean-Claude Gaudin ainsi que Bordeaux avec Alain Juppé.

Mais le triomphe de la Droite concerne surtout les petites et villes moyennes. Il en ravit 155 de plus de 9 000 habitants à la Gauche !  Le FN lui qui avait misé sur la conquête d’une quinzaine de villes gagnables réussit son pari. D’abord, à Hénin-Beaumont, le fidèle Steeve Briois est récompensé de ses années de terrain en prenant la ville dès le 1er tour.

D’autres villes suivent au nord comme au sud : A Villers-Cotterêts, Beaucaire, Fréjus ou le jeune David Rachline profite de la division de la droite pour s’emparer de l’ancien fief de la famille Léotard, à Béziers, soutenu par le FN sans y appartenir, Robert Ménard, fondateur de Reporters sans frontières, ancien militant gauchiste y est largement élu. Citons encore Le Pontet, Cogolin ou Le Luc (Var) ou encore Hayange (Moselle) ou l’ancien militant CGT Florent Engelmann remporte l’ancienne cité sidérurgique.

Mantes-la-Ville est la seule ville Francilienne a tomber sous les griffes du parti Frontiste avec Cyril Nauth. Le bilan est donc positif pour un parti traditionnellement hermétique au scrutin majoritaire même si la moisson reste modeste.

 

LE TRIOMPHE EUROPEEN D’UN PARTI ANTI EUROPE

 

Mais le Front National connait son heure de gloire lors des Elections européennes de cette année 2014 en obtenant le meilleur score de son histoire avec 25 % des suffrages exprimés, le plaçant en tête devant l’UMP avec 21 % et surtout le PS-MRG avec 14 % qui signe là sa plus mauvaise performance. « Nous sommes devenus le premier parti de France » claironne Marine Le Pen, à l’annonce des résultats qui vont lui permettre d’envoyer à Strasbourg pas moins de 24 députés, contre 20 à l’UMP qui ne consolide pas son triomphe des municipales et 13 à un PS qui fait son score le plus faible depuis 1984. Le reste des sièges se répartit entre les centristes de l’UDI et du Modem, du Parti Communiste ou Europe Ecologie les Verts…

Le taux de participation reste faible avec 42 % des inscrits, ce qui est classique pour ce type d’élection sans véritable enjeu, d’ailleurs le FN qui se targue d’être devenu leader ne sera pas dans un premier temps enclin à former un groupe regroupant les principales composantes de la droite extrême …. Elle le fera a posteriori mais verra cependant plusieurs de ses membres faire sécession, pas moins de six….

Marine Le Pen qui quittera Strasbourg en 2017 pour rejoindre l’Assemblée nationale, son compagnon Louis Alliot qui fera de même, Bruno Gollnisch, Jean-Marie Le Pen, Florian Philippot ou encore Marie-Christine Arnautu sont les élu(e)s du moment et affichent pour certains une unité qui n’est que de façade…..

 

LE REVE BRISE DES REGIONALES

 

Le vent en poupe : la navigatrice Marine Le Pen, épaulé par le tacticien Florian Philippot continue de surfer sur la vague de mécontentement général concernant l’action du pouvoir en place. Jean Marc Ayrault a été évincé à la suite des revers électoraux pour céder la place à l’ambitieux mais très minoritaire (dans son parti) Manuel Valls.

Boostée par des sondages flatteurs la plaçant en tête pour la future présidentielle, l’héritière continue de ratisser ce qui est devenu un terrain vague : le paysage politique français…… C’est clair la présidente du FN a l’ambition d’être au second tour de l’élection présidentielle et de remporter cette-ci. D’abord en attirant vers elle la frange la plus conservatrice de la droite et de récupérer tous les déçus de la gauche.

Son stratagème fondé sur la fin de l’hégémonie de l’UMPS s’affine au fil du temps, jouant sur la lassitude des électeurs, sur l’envie de renouveau politique, sur les craintes voire les peurs générées par la mondialisation qui met à mal, selon elle, le modèle Français.

Haro sur l’Europe de Bruxelles, retour à la Nation et à l’indépendance nationale, éradication de l’immigration clandestine, renforcement de la sécurité, sortie de l’euro, mise en place d’un Frexit sont les thèmes qui sont rabâchés lors des interventions télévisées de la leader du parti ou de son fidèle et devenu indispensable Florian Philippot.

A défaut de gagner des sièges à l’assemblée nationale, la conquête des territoires parait bien plus plausible. Les sondages prédisent au FN la possibilité de rafler au moins 5 des 13 nouvelles régions françaises à la suite de la réforme territoriale de 2014.

Les deux régions les plus gagnables semblent à présent être celle des Hauts de France, comprenant les anciennes régions Nord Pas de Calais et Picardie, terres propices à l’essor du Front national qui a trouvé dans ces territoires ayant subi depuis trente ans les méfaits de la désindustrialisation qui ont développé un chômage souvent supérieur à la moyenne nationale et une population en quête d’un second souffle économique….

Au Nord, terre d’élection de Marine Le Pen, le succès de remporter l’élection est très fort. Ce territoire, naguère fief indéboulonnable du Parti Socialiste est fortement menacée. Le parti présidentiel sera représenté par un bras droit de Martine Aubry, Pierre de Saintignon, lointain cousin de Philippe de Villiers et vice-président sortant de la désormais ancienne région Nord-Pas de Calais. Pour l’affronter, La Droite classique présente l’ancien ministre des Affaires Sociales, Xavier Bertrand, Député-Maire de Saint Quentin

On craint une triangulaire qui risque d’être fatale pour les partis traditionnels. A l’issue du premier tour, Marine Le Pen arrive largement en tête avec 40 % des suffrages exprimés, loin devant Xavier Bertrand avec 24 % et la Gauche sortante avec seulement 18 % est bien mal en point. Ce qui incite Pierre de Saintignon à préférer se retirer pour laisser la voie libre à Xavier Bertrand afin d’empêcher Marine Le Pen d’accéder à la Présidence de la Région.

Son sacrifice qu’il juge salutaire implique qu’il n’y aura aucun élu de gauche dans la future assemblée régionale. Une première. Au second tour, l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy l’emporte avec 57 % des suffrages, il peut remercier la Gauche qu’il promet d’associer indirectement à sa future action politique.

Au Sud, Marion Maréchal Le Pen, benjamine de l’assemblée nationale semble en bonne voie pour succéder au cacique socialiste Michel Vauzelle. Celui-ci ne se représente pas, cédant sa place à un élu des Alpes de Haute-Provence, le maire socialiste de Forcalquier : Christophe Castaner (eh oui, l’actuel Ministre de l’intérieur, futur très proche d’Emmanuel Macron) tandis que la Droite présente l’indéboulonnable maire de Nice, Christian Estrosi….

L’élection va se dérouler avec le même scénario que dans les Hauts-de-France :  Marion Maréchal Le Pen arrive largement en tête avec 40 % des suffrages exprimés, loin devant Christian Estrosi avec 26 % et Christophe Castaner avec 17 %. Ce dernier décide de se retirer pour empêcher les risques d’une triangulaire qui permettrait à la Nièce de s’emparer de la Région….

Au second tour, Christian Estrosi sera élu avec 57 % des suffrages grâce à une Gauche sortante qui n’aura également aucun élu. Cruel destin, d’autant que Christian Estrosi abandonnera la Présidence pour retrouver son fauteuil de Maire de Nice et Marion Maréchal abandonnera purement et simplement la vie politique (provisoirement) tandis que Christophe Castaner quittera le PS pour rejoindre les rangs d’En Marche…… 

Au soir du 2 -ème tour, aucune région n’aura à sa tête Aucun élu Frontiste, les treize régions métropolitaines seront dirigées par 7 élus de Droite (Hauts-de-France, Rhône-Alpes, Normandie, Ile de France, PACA, Grand Est, Pays de la Loire) et 5 de Gauche (Centre Val de Loire, Bourgogne-Franche Comté, Occitanie, Bretagne) et 1 par les Nationalistes (Corse).

Grosse déception pour Marine Le Pen qui lorgne désormais sur la Présidentielle de 2017.

 

PAPA OUTE

 

Les calembours et autres provocations du « Menhir » ont fini par lasser la nouvelle direction du Front National. Le co-fondateur du mouvement constitue à présent un obstacle pour sa propre fille qui compte bien accéder au pouvoir et non se contenter du contre-pouvoir permanent. Avec son titre de Président d’honneur, le vieux Jean Marie pourrait se satisfaire de jouer les « sages » mais ce n’est pas dans son tempérament d’éternel provocateur.

Lors du rassemblement du 1 er mai, il tente de « voler » la vedette à sa fille, visiblement satisfait de ne plus jouer les « has been » le temps d’une journée mais cela reste une illusion. Il est loin le temps ou le « Chef » faisait l’unanimité, à présent même s’il garde la sympathie de la vieille garde, les nouveaux militants ne reconnaissent que la légitimité de son héritière, sans parler des nouvelles têtes d’affiches du parti (Collard, Philippot) qui ne cache pas leur inimité pour le co-fondateur du Front….

Les choses ne vont pas s’arranger et Jean-Marie Le Pen va forcer le trait dans la provocation…Il ressurgit l’histoire des « Chambres à gaz, point de détail de l’histoire de la seconde guerre mondiale » qui lui a valu plusieurs condamnations devant les tribunaux et contrarie la volonté du FN de gagner ses galons de respectabilité….

La fille conseille au père d’abandonner sa carrière politique et de laisser le FN changer sa ligne politique pour enfin accéder au pouvoir, mais le « Menhir » est persuadé que sa fille est sous l’influence de Florian Philippot qui pourrait également être le nouvel « Iznogoud » comme le fut naguère Bruno Mégret pour lui-même et entend bien continuer à jouer un rôle au sein du parti qu’il a cofondé….

Lors d’une assemblée extraordinaire, il est « exclu du parti » malgré les protestations de ses fidèles et surtout de sa petite-fille, Marion Maréchal, qui avait été incitée par lui de se présenter aux législatives de 2012 dans le Vaucluse pour devenir la plus jeune députée de l’histoire de la République à 22 ans…

On connait la suite du feuilleton politico-judiciaire, Jean Marie Le Pen fait appel de cette exclusion qu’il juge illégale et finira par gagner son procès en étant « réhabilité » sans pour autant pouvoir siéger au siège de Nanterre….

Après avoir « rompu les lieux familiaux » avec sa fille aînée Marie-Caroline lors de la terrible scission entre Lepéniste et Mégrétiste, le voilà qu’il se brouille avec sa benjamine, jusqu’à ordonner qu’elle ne porte plus son nom qu’il juge Sali….

Il faudra attendre 2018 et les gros ennuis de santé du Patriarche pour que celui-ci se réconcilie avec sa progéniture, du moins en façade… C’est parfois dur de travailler en famille, comme l’évoque parfois le fameux adage….

 

LA GRANDE ILLUSION

 

Outre la brouille avec Papa, c’est également la concurrence avec sa nièce qui empoisonne la vie de la présidente du Front National. La jeune députée du Vaucluse a gagné en maturité et semble faire de l’ombre à sa tante sur le terrain des idées…

Marine Le Pen, épaulée par l’indispensable Florian Philippot continue la dédiabolisation du Front National et compte bien élargir son audience en cherchant des alliances, seule condition pour espérer l’emporter. Elle espère bien « débaucher » les éléments les plus « à droite » de la Droite.  Elle pense qu’elle affrontera au deuxième tour la principale force d’opposition tant les chances de la gauche de se qualifier sont minces.

La popularité de François Hollande est au plus bas. Son changement de cap politique est aussi courageux que mortifère pour lui. Une partie non négligeable de la majorité, celle qu’on appelle les frondeurs s’opposent à lui et son premier Ministre, Manuel Valls, accusé de faire une politique « clairement à droite ». Sa rupture très médiatisée avec la bouillonnante journaliste Valérie Triel Weiller qui publie un brûlot vengeur sur son compagnon qui devient un best-seller l’affaiblit encore plus.

François Hollande a le tort d’aimer parler aux journalistes, corporation habituellement mal aimée des dirigeants politiques. En se confiant aux deux journalistes d’investigation du monde, Davet et Lhomme dans « un président ne devrait pas dire ça », il brouille encore plus son image déjà ternie....

La droite organise sa primaire fin 2016. Le grand favori est Alain Juppé, 70 ans, ancien Premier ministre de Jacques Chirac qui le considérait comme « le meilleur » au sein du RPR. Cette même droite qui aura été très présente lors de la « Manif pour tous », toujours prompte à combattre les réformes sociétales même si elle en était à l’origine (La loi Neuwirth sur la pilule abortive, la loi Veil sur l’avortement) ou encore le PACS en 1998.

Marine Le Pen reste très discrète sur ces manifestations. En fait, la présidente du FN est « gay-friendly ». En effet, plusieurs de ses proches sont ouvertement homosexuels, notamment Steeve Briois, Bruno Bilde, le transfuge de l’UMP, Sébastien Chenu ou encore Florian Philippot, bien que ce dernier ait été victime d’un « coming-out » forcé….

Florian Philippot qui continue à jouer un rôle prédominant dans le parti Frontiste, cassant quelque peu « les fondamentaux » : on le voit se recueillir sur la tombe du Général à Colombey le jour anniversaire de sa disparition, ce qui peut provoquer des boutons aux historiques des « comités Tixier-Vignancour » farouches adversaires de l’homme du 18 juin….

De nouvelles têtes apparaissent sur l’espace médiatique : notamment Nicolas Bay qui alterne sur les plateaux télé avec Florian Philippot, toujours prêts à fustiger « L’UMPS », responsables de tous les maux de la France depuis 30 ans.

Le Front National se veut une force nouvelle, la fameuse « troisième voie » qu’il faut pour la France, ni à Gauche ni à Droite, niant son appartenance à « L’extrême-droite », se targuant au contraire de représenter « les patriotes voulant redonner un sens à l’idée de nation qui a été maltraité par le diktat de Bruxelles » (sic).

Malgré un « Front Républicain » qui sévit toujours lors des élections cruciales, certains électeurs occultent de moins en moins leur « vote FN », d’autres le revendiquent même. Aux régions propices au vote FN (Nord Pas de Calais et PACA), s’ajoutent de futurs fiefs notamment dans le Grand Est et dans la plupart des zones sinistrées du territoire, celles minées par la désindustrialisation provoquant un[PD1]  chômage de masse ou d’autres dans les banlieues défavorisées gangrénée par une insécurité grandissante.

Marine le Pen fait la tournée des popotes dans les fédérations pour vendre son « projet politique » le seul selon elle capable de sortir la France de son inexorable déclin. Les grands thèmes y sont incessamment abordés devant une foule de plus en plus convaincue que le grand soir peut arriver « Marine ça urge » voit-on inscrits sur certaines affiches de propagande électorale…

A la gauche et la droite qui ont vendu la « maison France » aux eurocrates de Bruxelles, elle propose de redonner du lustre « à notre cher et vieux pays », d’abord en quittant la zone Euro pour un retour au Franc dans les plus brefs délais, puis sortir de l’union européenne, prendre à bras le corps le problème de l’immigration que les adversaires politiques continuent de favoriser. « Plus de dix millions d’étrangers sont entrés sur le sol français depuis les années 60. » clame-t ’elle.

La dirigeante du Front préconise la « Préférence nationale », faisant ressurgir les vieux fantasmes xénophobes de l’entre-deux-guerres, mettant en avant le fait que nous n’avons plus les moyens d’accueillir autant de populations, souvent d’origine musulmane qui constitue un danger pour une France laïque et républicaine…

Le Front National nouvelle version, aidé par ses organisations connexes (le Rassemblement Bleu Marine) souhaite devenir le parti des « ouvriers », de la France périphérique, des « patriotes » avec une politique très axée sur un renforcement de l’outil sécuritaire……

 

LA METEO MARINE TRES PERTURBEE

 

Les primaires de la Droite se déroulent fin 2016 et connaissent un grand succès : plus de 4.5 millions de votants (dont un bon tiers qui n’est pas de droite). On pensait une finale entre Alain Juppé, grand favori et Nicolas Sarkozy, ancien président de la République et la surprise est de taille : à l’issue du premier tour, c’est François Fillon qui arrive très largement en tête devant Alain Juppé. Nicolas Sarkozy, bon troisième est contraint de mettre une croix sur ses ambitions de retour……

Au deuxième tour c’est François Fillon qui l’emporte très largement face au grandissime favori Alain Juppé. L’éternel second rôle de la vie politique accède enfin au premier rang et déjà les observateurs lui prédisent un destin enviable : celui d’accéder sans nul doute à la magistrature suprême et ce malgré les « remèdes de cheval » que le Sarthois veut imposer aux Français pour sortir enfin de la crise…

On connait la suite……

Côté pouvoir, François Hollande annonce fin novembre qu’il ne se représente pas pour un second mandat : une première dans l’histoire de la Ve République. Les raisons invoquées sont la farouche volonté de ne pas faire perdre son camp de façon humiliante, la division des « forces de gauche » provoquerait l’élimination dès le premier tour et risquerait de provoquer un nouveau duel « UMP-FN », imposant une fois de plus un « front Républicain » qui d’ailleurs s’effrite au fil des élections……

Mais le fond du problème est également la situation du sortant Hollande : celle de la quadrature du cercle. Son impopularité qui a atteint des sommets ne lui permet pas de jouer les recours et l’idée de le faire participer à la « Primaire de la gauche » est pour lui autant risqué qu’humiliant tant ses chances de succès sont minces.

Son retrait va permettre d’envoyer au charbon son Premier Ministre, Manuel Valls (qui ne cachait pas son envie d’y aller), seul espoir de « sauver les meubles » et surtout de contrer la montée en puissance de son ex-ministre des finances, Emmanuel Macron qui a décidé de se lancer dans la bataille avec son mouvement sorti de nulle part « En Marche » ….

On connait également la suite, le « favori » de la gauche, Valls connaitra le même sort qu’Alain Juppé à droite, il trébuche face à l’outsider Benoit Hamon au deuxième tour. Acceptant mal sa défaite, l’ancien Premier Ministre refuse de soutenir « à la loyale » le vainqueur dont les idées sont aux antipodes des siennes. La guerre des deux gauches est enclenchée pour filer droit…au désastre….

Marine Le Pen se frotte les mains, jubilant même des guerres fratricides à droite comme à gauche : elle en est persuadée elle se qualifiera pour le second tour espérant plutôt un adversaire de gauche, ce qui lui permettrait plus aisément de gagner son pari : devenir la première femme Présidente de la République….

Cependant, l’ascension de Jean Luc Mélenchon peut l’inquiéter car une partie de l’électorat populaire et celui d’une jeunesse, en quête d’un renouveau politique peut lui siphonner des voix qu’elle commençait à gagner depuis quelques années….

 

UN PRINTEMPS POURRI

 

Mais le printemps 2017 va être celui de toutes les surprises : c’est le début de l’affaire Fillion qui deviendra le « Penelopegate », un feuilleton plein de rebondissements dont le sujet initial est une histoire familiale d’emploi fictif concernant en premier lieu « Penelope » la discrète épouse de l’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy puis ultérieurement ses enfants. On assiste alors à la longue dégringolade d’un candidat promis à franchir le perron de l’Elysée après 40 ans de marathon politique.

Se défendant mal, le très lisse Fillon fait apparaître donne l’image d’un personnage complexe, quelque peu cupide et pas forcément sympathique qui contraste avec la bonne opinion qu’il avait laissée jusqu’à présent dans les esprits….

Sa campagne se transforme en calvaire, certains de ses amis l’exhortent à renoncer et même mis en examen, lui qui taclait lors des primaires son ex patron, Nicolas Sarkozy avec le  «  on imagine mal le Général de Gaulle mis en examen » ,  décide de continuer le combat, une sorte de baroud d’honneur au grand dam d’une partie de son électorat qui voit alors poindre le chant du cygne….

Pendant ce temps, Mélenchon continue de séduire une gauche qui ne veut pas d’un Benoit Hamon jugé pas assez combattif et surtout pas très soutenu par le pouvoir qui ne lui pardonne pas son passé de « frondeur ».

Au Front National, on peaufine sa stratégie avec des slogans porteurs : sortir de l’Euro-renforcer la sécurité-stopper l’immigration sauvage, redevenir un pays libéré des diktats de Bruxelles. Bref réussir le « Frexit » comme les Britanniques ont réussi leur « Brexit », clame Marine Le Pen en relisant les fiches de lecture que lui confectionne sa tête pensante, Florian Philippot.

L’élection approche et les sondages prédisent une première place pour Marine Le Pen avec près de 25 % mais elle est talonnée par celui que l’on attendait pas : Emmanuel Macron,  le novice, le banquier de chez « Rothschild » qui fait une percée fulgurante jusqu’à débaucher quelques ténors de la majorité, comme Gérard Collomb, maire de Lyon ou Jean Yves Le Drian, ministre de la Défense mais également de l’opposition ou des élus LR ulcérés par l’obstination suicidaire de François Fillon vont humer le nouvel Macronien, beaucoup sont des juppéistes mais on découvrira que bien d’autres sont Sarkozystes….

Quelques jours avant le premier tour, la pole position de Marine Le Pen et d’Emmanuel Macron est figée dans le marbre. Malgré tout, François Fillon et Jean Luc Mélenchon continue de clamer qu’il se hisseront malgré tout au second tour……

Le verdict tombe : il y aura bien un second tour Emmanuel Macron / Marine Le Pen. Le premier arrive en tête avec 24 % contre 21 % à sa rivale….

Après le père, c’est la fille qui se qualifie pour le second tour, quinze ans après le « cataclysme politique » qui avait vu l’élimination de Lionel Jospin mais également pour la première fois sous la Vème République, il n’y aura aucun candidat de la droite parlementaire au second tour. François Fillon apparaît bon troisième et voit l’aboutissement de sa déjà longue carrière politique se réduire à une sortie de « route », un comble pour un fana de sport automobile.

Jean Luc Mélenchon, égal à lui-même, fulmine de n’arriver qu’en quatrième position, talonnant François Fillon. Ce score décevant pour lui (et ses militants) va le laisser longtemps groggy mais le leader de la France Insoumise créé le trouble en ne donnant pas de consignes de vote claires pour le second tour….

Le résultat insolite de ce premier tour qui provoque pour la première fois l’absence et de la droite et de la gauche traditionnelles au second tour, laissant la place à deux candidats hors système : l’un certes ancien ministre de François Hollande mais se revendiquant « à droite et à gauche…en même temps et une candidate d’Extrême-droite même si elle réfute cette appartenance….

 

FATAL DEBAT

 

Marine Le Pen aborde la préparation du second tour avec confiance même si ses chances de l’emporter sont faibles mais la possibilité de réaliser un score inédit n’est pas exclu, ne serait-ce qu’en déstabilisant son adversaire, c’est du moins ce que lui souffle son entourage….

Cet adversaire n’est qu’un jeunot de 39 ans, pur produit de l’élite à la Française, celle que fustige la Présidente du Front National. Jamais élu, l’ancien ministre de François Hollande est considéré comme un Rastignac des temps modernes mais trop éloigné des réalités du terrain donc aux antipodes de celle qui se définit comme la représentante des « classes populaires et des zones oubliées de la république ».

Emmanuel Macron est considéré comme un OVNI de la politique, il compte casser tous les codes en vigueur depuis le début de la Ve République et sa volonté de briser la bipolarité Droite-gauche qui a fait son temps selon lui n’est pas du goût de tout le monde mais elle trouve des adeptes au sein d’une population en quête de renouveau politique……

L’idée se répand qu’il compte bien gérer la France comme une entreprise et surtout imposer une « obligation de résultat » à son action, en bref : « tenir ses promesses » à contrario de ses prédécesseurs et permettre ainsi à notre cher et vieux pays d’éviter de connaitre un déclin inexorable par manque de courage politique….

Marine Le Pen pense et elle n’est pas la seule, que ce petit jeune homme est un peu « court » et que ses nerfs ne sont pas assez solides pour l’affronter lors d’un débat qui peut être considéré comme un « match de boxe ». L’idée sous-jacente est de la faire sortir de ses « gonds » pour le déstabiliser….

Entretemps, Nicolas Dupont-Aignan, éternel trublion d’une droite qui se veut souverainiste et libérée des diktats de Bruxelles créé la surprise en apportant son soutien à la candidate du Front National. Cette « alliance » sème le trouble au sein même de son propre parti « Debout la France » provoquant des démissions en cascade…

Mais le Député-Maire d’Yerres justifie son choix en clamant que « Marine Le Pen n’est pas d’extrême-droite » et que le rapprochement entre les deux formations ne sont pas incompatibles comme en témoignent leurs programmes respectifs qui pourraient faire émerger une « droite sociale, patriote, antilibérale et préconisant une Europe des Nations » ……

Celui qui se proclame « Gaulliste » comme Florian Philippot se verrait bien « Premier Ministre « de la présidente Le Pen. Après tout, le « centriste inclassable » François Bayrou s’est bien rallié à Emmanuel Macron en lui proposant le même genre de « deal » ……

Un débat va donc être organisé à quelques jours du second tour. Il est accepté par Emmanuel Macron, contrairement à ce qui s’était passé quinze ans plus tôt en 2002, lorsque Jacques Chirac avait refusé une « confrontation » avec le père de l’actuelle finaliste………

On sait généralement que les débats de second tour ne sont plus déterminants depuis belle lurette…Sauf peut-être en 1974 lors du débat Giscard-Mitterrand avec la fameuse phrase du premier à l’endroit du second « Vous n’avez pas le monopole du cœur » qui avait peut-être fait basculer l’issue du scrutin….

Et pourtant, ce fameux débat va déjouer tous les pronostics, contrairement à ce qu’espérait Marine Le Pen, celui qu’elle pensait être un « petit jeune un peu court prêt à péter les plombs à la moindre saillie » va dominer la confrontation, restant calme et surtout goguenard face à une adversaire qui va révéler sa méconnaissance des dossiers pour ne pas dire une ignorance crasse qui va lui être fatale….

L’héritière du Front National tentera bien quelques escarmouches qui lui permettront d’éviter le naufrage complet. Ce qu’elle réussissait dans ses meetings à coups de « slogans vengeurs » et de formules toutes faites face à un auditoire acquis s’effondre là devant un adversaire bien plus pointu qu’elle en matière économique….

A peine terminé, ce débat va laisser des traces auprès de son électorat. L’image de la Présidente s’effrite au sein même du parti.  Certains cadres contestent à présent sa légitimité, d’autres voient plutôt sa nièce, Marion aux manettes du parti.

Un « front républicain » se reforme, laissant augurer une large victoire pour celui qui va devenir le plus jeune Président de la République que la France ait connue….

Avec 66 % des suffrages exprimés, l’ancien ministre de François Hollande écrase sa concurrente avec 34 %, bien loin de ce qu’elle escomptait au départ mais ce résultat est aussi décevant qu’encourageant pour une formation qui a réussit à se hisser en finale pour la deuxième fois et en doublant le score qu’avait fait son géniteur en 2002.

Les jours et semaines suivantes vont être très dures pour Marine Le Pen tant son image est écornée.

Elle va entamer la bataille des législatives en étant fortement affaiblie, si elle réussit à enfin se faire élire dans la 14 -ème circonscription du Pas de Calais, elle ne pourra se contenter de n’avoir à ses côtés dans l’Hémicycle que sept autres compagnons de route dont son conjoint, Louis Alliot et une poignée d’élus du Nord, dont Bruno Bilde ou le transfuge de l’UMP, Sébastien Chenu. Florian Philippot ne parvient pas à se faire élire à Thionville et sa nièce Marion ne se représente pas dans le Vaucluse, préférant mettre « entre parenthèse » sa jeune carrière politique (pour mieux rebondir après et remplacer Tata ?) …….

Pas suffisant pour constituer un groupe à l’Assemblée, ce qui signifie : rejoindre les « non-inscrits » dont l’influence et la possibilité d’intervenir dans les débats est souvent réduite à la version congrue. La ligne politique qui avait assuré la montée en puissance du parti, notamment axée sur la sortie de l’Euro est mise à mal par le renoncement de Marine Le Pen, ce qui provoque la rupture avec son fidèle conseiller, Florian Philippot, instigateur en chef de cette « doctrine Frontiste ».

Le député Européen claque la porte avant d’être obligé de la prendre et lance un nouveau mouvement « les patriotes » qui veut ratisser large. Il espère bien provoquer la même onde de choc que celle de 1998 lors de la rupture Jean-Marie Le Pen/Mégret, mais les quelques départs notables ne suffiront pas à fissurer le parti pourtant mal en point….

Non, tout ceci n’est qu’un épiphénomène face aux difficultés ultérieures que va rencontrer l’héritière : notamment au niveau financier ou elle sera lâchée par les banques, puis politique : déjà durant la campagne présidentielle, des soupçons d’emplois fictifs au sein du parlement européen la verront être mise en examen, comme le même François Fillon, qu’elle fustigeait il y a encore peu et voir certains remboursements de campagne gelés, de quoi provoquer une banqueroute inexorable...

La justice se révèlera plus clémente que prévue et la générosité de dévoués donateurs et militants permettront au « paquebot » de continuer à reprendre la mer mais pour combien de temps ?

Bref, pas la joie et ce n’est pas le changement de nom en « Rassemblement national » qui va rebooster des troupes qui se déciment, des permanences qui ferment et une image personnelle dégradée….

Mais en politique, on n’est jamais vraiment mort et le malheur des uns peut faire le bonheur des autres, les difficultés actuelles que rencontrent « Jupiter », celui qui l’avait terrassée lors d’un fatal débat du second tour permettront-elles à Marine Le Pen de trouver un second souffle ?

Les jeux sont ouverts notamment en matière de leadership de l’opposition : La France Insoumise ou le Front National ? ou une large alliance entre la frange la moins modérée des Républicains, debout la France de Dupont-Aignan et le Rassemblement qui continue à nier sa seule appartenance à l’extrême-droite… ?

Les prochaines élections intermédiaires (notamment Européennes) permettront certainement à tous les partis protestataires de réaliser des scores importants et déstabilisants pour le pouvoir. Mais on le sait ça ne suffit pas toujours pour gagner par la suite.

Certains croient au miracle, d’autres sont abonnés au mirage. On peut deviner aisément l’espoir secret de Marine Le Pen, à moins que certaines personnes de son entourage n’étouffent ce que l’on peut appeler le combat d’une vie….