LA DROITE EST MORTE, VIVE LA DROITE

 

 

LE PLUS MAUVAIS SCORE DE LA CINQUIEME REPUBLIQUE

 

 

Dimanche 26 mai 2019, il est 20 heures et les premières estimations du résultat des élections européennes tombent : comme prévu, le match La République en Marche versus le Rassemblement National a bien eu lieu comme le martelait les médias depuis des mois et a fini par tourner à l’avantage du mouvement de Marine Le Pen, certes d’une courte tête (un peu plus de 100 000 voix d’avance), contrariant ainsi la volonté du Président de la République, Emmanuel Macron d’occuper la première place du podium afin d’assoir définitivement son autorité..

Mais arriver en tête à une élection européenne ne signifie pas forcément devenir le « premier parti de France » comme le claironne hâtivement Marine Le Pen et d’inciter le Chef de l’Etat « à en tirer toutes conclusions » en quittant le pouvoir, à l’instar du Général de Gaulle, à la suite du référendum perdu en 1969.

 Rappelons-nous, cinq ans plus tôt en 2014, la même Marine Le Pen à la tête du Front National d’alors avait fait un score bien plus important et qui la plaçait déjà en tête. On connait la suite : malgré une qualification au 2 -ème tour de la Présidentielle qu’elle perdra largement face à Emmanuel Macron, elle n’enverra que 8 députés au Palais-Bourbon, n’étant même pas en mesure de constituer un groupe parlementaire….

Mais n’oublions pas que le « Maître des horloges » de 2017 est un jeune homme de 39 ans, totalement inconnu du grand public trois ans plus tôt et qui, malgré un cursus prometteur aurait dû jouer dans l’instant présent un « second rôle » s’il n’avait décidé de rompre avec son « mentor » François Hollande, le sympathique « Président normal » qui ne l’aura pas vu venir…

Mais il n’y a pas que l’ancien chef de l’Etat qui n’aura pas senti l’irrésistible ascension du ministre de l’Economie, pur produit de « l’élitocratie » à la française : la Droite, composée de l’UMP et du Centre (oui, car comme disait Mitterrand sous forme de boutade : le centre n’est ni à gauche ni à gauche) se voyait déjà en haut de la fiche, encouragée par une primaire de 2016 particulièrement réussie : avec plus de 4.5 millions d’électeurs, elle avait sorti du chapeau : l’outsider François Fillon, ancien Premier Ministre de Nicolas Sarkozy et chaque observateur affirmait avec certitude que « ce vainqueur » présiderait aux destinées du pays. Alors pensez-donc, après les premiers pas du « jeune homme pressé certes brillant, mais considéré comme un « novice » avec un palmarès d’élu totalement vierge n’avait aucune chance d’ébranler le « système ».

« Laissez-moi rire » entendait-on dans les rangs de la droite à l’endroit de l’ancien inspecteur des finances qui avait la « folle idée » de créer un mouvement politique susceptible d’accéder au pouvoir (comme beaucoup d’autres avant lui et qui se sont soldés par de cruelles désillusions). Ironie du sort : un nombre conséquent de sceptiques qui « ricanaient » finiront par le rejoindre, jusqu’à occuper à ses côtés, des postes ministériels de la plus haute importance.

Mais ce soir du 26 mai 2019, la « Droite » dirigée par le très contesté Laurent Wauquiez n’est pas d’humeur à « ricaner » ou alors à « rire jaune » car elle réalise un score autant inattendu que piètre : 8.5 % des voix ! Du jamais vu depuis…toujours.

Comme les autres partis : le Rassemblement National (avec Jordan Bardella) ou la France Insoumise (Manon Aubry), les Républicains, issu des décombres d’une UMP, minée par les scandales financiers, avait misé sur la jeunesse en la personne de François-Xavier Bellamy, un jeune professeur de philosophie de 34 ans, maire-adjoint de Versailles qui semblait correspondre aux « critères » exigés par Laurent Wauquiez.

Les débuts de campagne avaient été prometteurs, si prometteurs que l’hebdomadaire « Le Point » titrait à la Une : « Bellamy, l’homme qui réveille la Droite ».

En effet, le jeune homme, ancien élève de Normale Sup (comme Wauquiez), aux convictions bien ancrées dans une « droite catho et conservatrice » en adéquation avec la ligne défendue par son Président, joua de sa qualité d’outsider et son action sur le terrain, malgré des réticences sur l’opportunité de sa désignation (notamment chez les « modérés », tels Gérard Larcher, Valérie Pécresse ou Gael de Malan), sans oublier son combat anti-avortement (qu’il assumait mais qu’il préféra occulter durant la campagne), finit par porter ses fruits : les sondages lui prédisait un beau score avoisinant près de « 15 % » des suffrages !.

Enfin, une droite assommée par ses contre-performances de 2012 (échec de Sarkozy) et de 2017 (où elle fut éliminée dès le 1 er tour, à l’instar de la Gauche pour les raisons que l’on connait : le très mauvais feuilleton Fillon) allait renouer avec le succès sans pour autant rattraper son retard face aux deux favoris de la compétition, à savoir Le Rassemblement National et Les Marcheurs….

Au final, à « l’ivresse de la campagne » succéda « la gueule de bois » : la Droite traditionnelle se retrouva en quatrième position, même devancée par un autre outsider : l’Ecologiste Yannick Jadot qui avec près de 14 % réalisa un score si inespéré qu’il ne manquera pas de penser qu’il incarne «la véritable alternance à Macron » à gauche….tandis que la France Insoumise de Mélenchon enregistrait un échec cuisant avec seulement  6% des suffrages soit trois fois moins que lors de la présidentielle deux ans plus tôt et faisant pratiquement jeu égal avec un PS mixé avec « Place Publique » de Raphael Glucksmann….Sans commentaires ….

Laurent Wauquiez a non seulement raté sa tentative de reconquête d’électeurs partis chez les Marcheurs voire vers le Rassemblement national mais n’a pu éradiquer le vent de contestation qui soufflait concernant sa ligne ultradroitière qui mène droit dans le mur comme le craignent de plus en plus de cadres du parti….

Son élection à la tête du parti de droite avait déjà provoqué moults départs, dont celui des ténors de l’ex UMP : Alain Juppé, Jean Pierre Raffarin, Xavier Bertrand ou encore Dominique Bussereau… Cette contre-performance électorale pousser le Président d’Auvergne-Rhône Alpes vers la sortie, malgré sa volonté de se maintenir coûte que coûte….

L’ancien Député de Haute-Loire qui avait commencé sa carrière politique auprès du centriste Jacques Barrot, l’ancien ministre de Giscard puis commissaire Européen fut effectivement le mentor du jeune homme pressé mais dont beaucoup prévoyaient un brillant avenir. Laurent Wauquiez va rapidement devenir ministre de Sarkozy, puis durant la cure d’opposition de la droite sous la présidence Hollande, il s’impose assez facilement à la tête de la présidence de la nouvelle région Auvergne-Rhône Alpes, mettant fin à plus de 15 ans de domination socialiste. Pour l’emporter, il n’avait pas ménagé sa peine, jouant à fond la carte du terrain et composant une future majorité plurielle (composée de la Droite et du Centre et même de l’inclassable MODEM) sans subir la concurrence d’un Front National, qui dans d’autres régions jouent les trouble-fêtes……

Au niveau national, son heure n’est pas encore venue, mais il compte bien être un acteur engagé dans la reconquête du pouvoir en 2017. C’est évident, la « Droite » va revenir aux affaires et le futur président de la République sera, sauf cas de force majeure (ce qui arrivera) : François Fillon….

Ce dernier, élu Député de Paris en 2012 mais qui a fait toutes ses classes dans son département natal de la Sarthe depuis le mitant des années 70 est le grand vainqueur inattendu de la Primaire de la Droite, alors que tous les projecteurs étaient braqués sur l’éternel Alain Juppé qui va dévisser dans la dernière ligne droite permettant à l’ancien Premier Ministre de Sarkozy de pouvoir devenir le prochain président de la République succédant ainsi à un autre François : Hollande, qui a décidé, choix insolite sous la Ve République, de ne pas se représenter…

Une fonction qui devra lui permettre de jouer enfin le premier rôle :  lui qui a gravi tous les échelons et occupé toutes les fonctions politiques : Maire, Conseiller général, Régional, élu plus jeune député de France en 1981 (à 27 ans), Sénateur, Ministre et comme nous l’avons rappelé, Premier Ministre  d’un Sarkozy qu’il terrasse lors de la Primaire, prenant ainsi sa revanche sur celui qui ne l’estimait guère et réciproquement en le raillant sur ses déboires judiciaires : « imagine-t ’on un seul instant, le Général de Gaulle mis en examen ? ».

Non, on n’imaginait pas « l’incorruptible » Général être convoqué par un « petit juge » pas plus que le très lisse François Fillon, jugé intègre, entré en politique très jeune sous l’aile protectrice de son mentor : Joel Le Theule, ancien ministre de Pompidou et de Giscard, et indéboulonnable Député-Maire de Sablé sur Sarthe mais disparu prématurément en 1980, ce qui accéléra la carrière politique de son dauphin qui devient même le plus jeune député de France en 1981, on connait la suite….

Mais dans tout individu, il existe une face cachée et François Fillon n’échappe pas à la règle, la campagne des « primaires de la droite » puis la campagne des «présidentielles » vont apporter un éclairage nouveau sur la nature profonde du candidat que le commun des mortels pensait figée dans le marbre…

En cette année 2017, le « favori » de l’élection présidentielle a probablement réussi son pari de remporter la primaire de 2016, car il représente aux yeux de l’opinion, l’image d’un homme intègre, rigoureux, qui connait bien ses dossiers et surtout est « l’anti-Sarkozy » cet ex-président qui fascine autant qu’il révulse. Même le chanteur Renaud, connu naguère pour son engagement à gauche, se dit prêt à voter pour lui, ce qui fait quand même grincer des dents chez certains de ses proches, comme ce fut le cas de l’ex-Maoïste André Glucksmann qui soutint Nicolas Sarkozy en 2007.

L’ancien chef de gouvernement annonce la couleur : il sera un « père la rigueur » qui va proposer au pays un « remède de cheval » afin de pouvoir enfin se redresser après un quinquennat Hollande calamiteux, selon lui… Clairement marqué à droite, cette droite que certains aiment dénommer « décomplexée », François Fillon compte bien lui donner ses lettres de noblesse, quitte à « siphonner » l’électorat Frontiste, comme le fit Sarkozy, dix ans plus tôt.

Un programme radical qu’il juge donc nécessaire demandant à ses concitoyens de se « serrer la ceinture » comme l’exigea vingt ans plus tôt, un autre « favori » de la présidentielle : Edouard Balladur. Face à lui, plusieurs adversaires sérieux pour rejoindre l’Elysée : d’abord Marine Le Pen, qui compte bien réitérer l’exploit de « Papa » en 2002 mais qui a su, notamment « dédiaboliser » son parti qui ne cesse de progresser les sondages, même s’il continue de faire peur à une majorité d’électeurs. Les sondages la voient qualifiée pour le second tour. En toute logique contre François Fillion, à moins que ce ne soit : Emmanuel Macron….

Ce dernier est plus jeune que ses concurrents : 39 ans (Fillion pourrait être son père et Marine Le Pen, sa grande sœur). Ancien secrétaire général adjoint de l’Elysée puis ministre de l’Economie de François Hollande, on le dit pressé mais déterminé. Il s’est désolidarisé d’un pouvoir miné par les divisions internes (« les frondeurs » du PS qui condamnent ce qu’ils appellent les dérives dangereuses du Tandem Hollande-Valls) et a décidé de faire « cavalier seul » en créant de toutes pièces un mouvement qui se réclame en même temps « à droite et à gauche » et dont la volonté initiale est de ne pas être un « parti » au sens traditionnel du terme.

Entouré d’une petite poignée de fidèles, dont certains sont « encartés » au PS, à l’instar de Richard Ferrand, élu dans le Finistère et qui prennent le risque de se voir « centrifuger » du Parti à la Rose, au fur et à mesure que ce que l’on va appeler « En Marche » (EM, comme les initiales de son instigateur, ndlr) prend de l’ampleur….

La « mayonnaise » va prendre et bien que le « programme du candidat Macron » reste flou : sa jeunesse, sa fougue et sa volonté de sortir des sentiers battus va finir par payer, ringardisant les partis traditionnels de droite comme de gauche, insufflant un air de « dégagisme » qui ne veut pas dire son nom.

Mais le candidat « marcheur » dont la démarche laisse dubitatif bon nombre d’observateurs va connaitre une irrésistible ascension grâce à un évènement totalement inattendu : la « descente aux enfers » du favori : François Fillon….

 

 

PENELOPEGATE

 

La campagne est à peine commencée que le candidat de la Droite et du Centre se retrouve au cœur d’une polémique : le « Canard Enchaîné » révèle que l’ancien Premier Ministre aurait rémunéré son épouse[Penelope comme assistante parlementaire…Jusque-là, rien d’illégal, d’ailleurs bon nombre d’élus le font mais où le bât blesse c’est lorsque l’on apprend que ledit emploi serait fictif et la dévouée épouse aurait touché des sommes faramineuses, bien au-delà du salaire médian pour ce genre de poste : plus de 500 000 euros sur plusieurs décennies….

Celui qui se proclamait le « chantre » de la morale politique est pris les doigts dans la confiture. Il dément bien sûr ce qu’il appelle une « Infox » et promet de prouver rapidement son innocence, traitant au passage, les accusations de l’hebdomadaire satirique de : « misérable » …

On se souvient de la suite de cet étouffant feuilleton politique. L’ex député de la Sarthe se défend mal, laisse gonfler la polémique et finit par crier à « l’assassinat politique ». Mais en voulant rester « droit dans ses bottes », il finit par dévisser dangereusement dans les sondages, et de favori, il est relégué en troisième position, derrière le « petit nouveau qui monte », Emmanuel Macron et « La fille de » qui est de plus en plus persuadée qu’elle accèdera au second tour….

La Droite vit alors un nouveau psychodrame, déjà menacée d’implosion lors de l’affaire Bygmalion, elle risque de rencontre la même déconvenue s’il n’y a pas de réaction rapide…Chaque jour qui passe est un nouveau caillou dans la chaussure du désormais ex-favori de la présidentielle : on le découvre cupide, bien plus que celui qu’il pourfendait encore récemment : Nicolas Sarkozy….

La suite sera « anxiogène » pour Fillon et la Droite en général… On apprend que son épouse aurait également occupé un emploi de « conseillère » payé plus de 5000 euros par mois à la « Revue des Deux mondes » propriété de Marc Ladreit de Lacharrière, ami de l’ancien premier Ministre mais le directeur de la revue, Michel Crépu prétend qu’il n’a jamais vu Pénélope Fillon dans ses murs….

On apprend également, de la bouche même du candidat à la Présidentielle, que deux de ses enfants ont été « embauchés » pour des « jobs d’été » à des sommes astronomiques, sans oublier la fameuse « histoire des costumes généreusement offert par le trouble Robert Bourgui à l’ancien ministre). …

L’ancien député de la Sarthe finit par être mis en examen mais contrairement à ce qu’il avait affirmé auparavant, il décide de ne pas démissionner et de continuer un combat qu’il devine perdu mais il s’enferme dans une attitude rigide qui frôle le « baroud d’honneur » : dès lors, un grand nombre de ses « proches » préfèrent quitter le navire qui « coule » et de rejoindre le plus souvent…le clan du nouveau favori : Emmanuel Macron, tandis que d’autres préconisent de « remplacer » purement et simplement Fillon par un candidat moins « suicidaire »…..

On pense d’abord à Alain Juppé, l’ex grandissime favori défait lors de la Primaire, mais le Maire de Bordeaux n’est plus « candidat » puis à François Baron, éternel « espoir de la Droite » mais le Président de l’Association des Maires de France n’est pas chaud pour reprendre un flambeau faiblard tant le mal a été fait… Et de toute façon, il n’a pas été vraiment prévu de « remplaçant » pour pallier un cas de force majeure. Vaille que vaille, la quadrature du cercle s’impose à une droite en embuscade, le candidat Fillon continue le « combat », persuadé qu’il sera de toute façon au second tour…. Il organise la mortifère « manifestation » du Trocadéro, avec le soutien de « Sens Commun » le très réactionnaire micro-parti issu de la « Manif pour tous… » mais on le sait, les dés sont déjà jetés….

Et le soir du premier tour, il n’y a pas de miracle : les deux « favoris » Emmanuel Macron arrive en tête devant Marine Le Pen, tandis que François Fillon arrive bon troisième, flirtant avec les 20 % et contraint son camp à une élimination, la première sous la Ve République, suivi de très près par La France Insoumise d’un Jean-Luc Mélenchon, qui lui se voyait déjà au second tour et se révèle très mauvais perdant….

A droite, c’est le « coup de massue » :  la plupart des leaders (du moins, ceux qui n’ont pas quitté le navire) appellent dès lors à barrer la route à Marine Le Pen, permettant ainsi à Emmanuel Macron de devenir le futur Président de la République….

Certains autres, dépités par le désastre électoral préfèrent se réfugier dans l’abstention ou a contrario appellent à voter pour Marine Le Pen.  Nicolas Dupont-Aignan, député de l’Essonne se rapproche même de la présidente du Front National, aspirant même à devenir son Premier Ministre en cas de victoire….

C’est le début de la dislocation de la Droite et du Centre. Mais à gauche, ce n’est pas mieux, c’est même pire car le candidat « socialiste » Benoit Hamon fait un score très médiocre : 6 %, trois fois moins que Mélenchon mais au final : ni la droite ni la gauche traditionnelle ne seront au second tour. Un véritable séisme politique !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Entre les deux tours, un débat est organisé entre les deux finalistes. Marine Le Pen compte bien prendre l’ascendant sur le novice Emmanuel Macron en tentant de le déstabiliser mais c’est l’inverse qui se produit. Connaissant mal ses dossiers, la Présidente du Front National tente cependant d’ironiser sur le flou du projet présidentiel de son adversaire mais en vain, elle perd pied et sa piètre prestation lui sera fatale……

 

LE GRAND CHAMBARDEMENT

 

Emmanuel Macron devient à 39 ans le plus jeune Président que la France ait connu. Encore inconnu, il y a trois ans, il accède donc à la magistrature suprême avec plus de 65 % des suffrages. Marine Le Pen échoue largement mais enregistre cependant un score inespéré, au-delà ce que fit son père, quinze ans plus tôt (18%).

La Droite comme la Gauche traditionnelles sont donc les grands vaincus du scrutin et se préparent malgré tout à la bataille des législatives. La Droite brisée par son rêve de revenir aux affaires sait que le score flatteur de Macron est la résultante d’électeurs qui ont voté pour lui par défaut ou plutôt contre Marine Le Pen. Elle compte prendre sa revanche au Palais-Bourbon : n’a-t ’elle pas brillamment remporté les Municipales de 2014, repris la Présidence du Sénat et raflé les ¾ des conseils départementaux en 2015 ?

A contrario, la Gauche peut s’inquiéter : minée par ses divisions, plombée au sein même de sa majorité sortante par une « fronde » et des « guerres d’Ego » elle va tenter de limiter la casse……

Mais rien n’y fait : le parti Socialiste connaitra un revers équivalent à celui de 1993 : il ne lui reste plus qu’une trentaine de députés sur les 220 sortants. Des élus de longue date, anciens ministres ou personnalités de premier plan sont balayés par le nouveau rouleau compresseur : « la république en marche », ce mouvement qui n’existait pas deux ans plus tôt et qui remporte la majorité absolue avec comme force d’appoint, le MODEM de François Bayrou, rallié A Emmanuel Macron avant la campagne qui compte plus de 50 députés !

La Droite s’en tire mieux avec un peu plus de 100 députés, elle résiste donc au rouleau compresseur et promet une opposition constructive même si une partie de ses membres préfèrent faire sécession se déclarant « Macro-Compatible » : ils sont jugés « réalistes » pour certains et « carrément opportunistes » pour les autres….

Mais la Droite va vivre un psychodrame : Emmanuel Macron va nommer comme Premier Ministre, un membre des Républicains : le maire du Havre, Edouard Philippe. Alors peu connu du grand public, ce député Juppéiste de Seine-Maritime n’a jamais exercé de fonction ministérielle et cette nomination surprend autant qu’elle ulcère ces désormais ex-amis : il y a encore peu, le même Philippe émettait des doutes quant à la capacité de Macron à pouvoir gouverner la France.

Mais il n’est pas le seul, et d’autres compagnons de route de la Droite le rejoignent dans son équipe gouvernementale : le très Sarkozyste Gérald Darmanin, maire de Tourcoing et bien sûr Bruno Le Maire, ancien ministre de l’agriculture….

D’autres défections à droite se font tout comme à gauche, et le nouveau gouvernement Philippe abrite sous son aile : les centristes Bayrou et de Sarnez, les socialistes Jean-Yves le Drian et Gérard Collomb sans oublier l’écologiste Nicolas Hulot, la plus belle prise de guerre du nouveau chef de l’état qui a réussi là où ses prédécesseurs avaient échoué…… Le « nouveau monde » de droite et de gauche en même temps est né, balayant « l’ancien monde » vestige des traditionnels clivage Droite-Gauche….

On connait la suite, malgré les inévitables cafouillages de la nouvelle équipe gouvernementale, les démissions fracassantes, les évènements imprévus, la baisse dans les sondages n’ont profité ni n’a la gauche toujours aussi divisée et encore moins à la droite qui ne sait plus où elle habite……

Une Droite naguère aux portes du pouvoir et qui à présent risque d’être coupée en deux : un clan qui rejoindrait la majorité présidentielle que la plupart des observateurs jugent déjà de « droite » et un autre qui rejoindrait « la droite nationale » que d’autres appellent l’extrême-droite….

La marche de manœuvre notamment des Républicains est très étroite : le parti hérité de l’ancienne UMP se situe clairement dans l’opposition tout en approuvant une grande partie des mesures que prend le gouvernement, celles que naguère, ils n’ont pas su ou pas pu prendre. « Macron, c’est moi en mieux » aime à rappeler malicieusement Nicolas Sarkozy, l’ex-Président qui aime jouer les éventuels recours à une droite mal en point en sachant qu’il restera probablement celui dont on aime écouter prodiguer des conseils, comme son homologue à gauche, François Hollande mais avec le désagréable sentiment d’avoir toujours à leur coté le flacon de perfusion à leur côté. Ainsi, beaucoup d’analystes sont persuadés que les Républicains sont voués à disparaître à l’instar d’un Parti Socialiste qui ne peut ranimer les roses fanées de sa grandeur passée……

 

LA DROITE LA PLUS BETE DU MONDE

 

Une question se pose alors : « Comment la Droite en est arrivée là ? ».  Est-elle est devenue la « plus bête du monde » ? Cette question a souvent été posée par les analystes pas seulement aujourd’hui mais plutôt depuis la naissance de la Ve République, surtout à chaque fois que les divisions et les guerres d’ego ont mené les partis de droite à la défaite, la formule serait sortie de la bouche de Guy Mollet, président du Conseil socialiste en 1957…

Pourtant, l’année suivante, cette même droite retrouvera le pouvoir avec le retour du Général de Gaulle. Mais l’homme du 18 juin était-il vraiment un homme de droite ? Toujours est-il que le créateur d[PD1] u RPF d’après-guerre est soutenu par une majorité dominée par l’UNR qui est issu du parti précédemment cité. D’autres mouvements comme le Centre Démocrate de Progrès ou bientôt les Républicains indépendants vont constituer le socle d’une majorité qui restera 23 ans au pouvoir sans interruption !

Entre 1958 et 2017, la France va connaître cinq présidents de la République « classés à droite » (De Gaulle, Pompidou, Giscard, Chirac, Sarkozy) contre seulement deux à gauche (Mitterrand et Hollande).

Les gouvernements de droite, avec ou sans cohabitation, dureront 39 ans contre 20 à Gauche. Sur les 23 premiers ministres, 14 seront de droite contre 9 de Gauche…

Mais en 2017, rappelons que paradoxalement, c’est encore un Premier Ministre issu de la Droite, Edouard Philippe qui est nommé à Matignon par Emmanuel Macron……Il sera entouré d’anciens compagnons de route : Gérald Darmanin, pur Sarkozyste ou Bruno Le Maire, ancien candidat malheureux à la Primaire de la Droite….

Paradoxalement, certains affirme que la « Droite » traditionnelle se délite tandis que d’autres prétendent qu’elle est « présente » dans un gouvernement qui se « droitise » de plus en plus…. Alors, oui pour reprendre la question : « Comment la Droite en est arrivée là ? »

 

 

 

TROIS OU QUATRE DROITES

 

La Droite est née au moment de la Révolution Française, placée dès lors de ce côté de l’hémicycle de l’Assemblée pour ne plus en bouger mais le véritable clivage droite-gauche va vraiment apparaitre sous la Ve République avec l’instauration d’un scrutin majoritaire qui empêche les combinaisons comme sous la troisième et surtout la quatrième république….

L’éminent universitaire René Rémond avait publié en 1954 un ouvrage considéré comme une référence incontournable en science politique « Les droites en France » qui sera réédité et partiellement réécrit au fil du temps. Le politologue mettait en exergue trois droites : une Légitimiste, d’essence antirévolutionnaire, la seconde Orléaniste, pas opposé à la révolution et oscillant au cours des régimes entre autoritarisme et libéralisme et la troisième Bonapartiste, cultivant le mythe du chef.

Pour faire un raccourci, on pourra assimiler les Orléanistes aux héritiers de l’UDF prôné par Valéry Giscard d’Estaing et les Bonapartistes aux Gaullistes qui ont donné le RPR….

Une quatrième droite pourrait être à présent incarnée par un mouvement nationaliste aux relents xénophobes, en fait situé à l’extrême-droite que représente le Rassemblement national, même si le mouvement de Marine Le Pen réfute ce placement sur l’échiquier politique….

 

La cinquième République a connu une longue période de stabilité politique avec le retour du Général de Gaulle au pouvoir en 1958, l’UNR, «pro- Gaulliste » issu du RPF et qui deviendra l’UDR en 1968 puis le RPR en 1976 avec comme emblème « la Croix de Lorraine » n’est à l’origine pas forcément un parti de « droite » ni forcément une « doctrine » politique mais plutôt un « mouvement » composé de « compagnons » terme qui trouve son essence dans le combat contre l’occupant nazi, avec l’idée sous-jacente de réunir en son sein, des individus d’horizons politiques divers et variés….

En 1958, la grande force politique à gauche est indéniablement le Parti Communiste qui représente plus de 25% du corps électoral et qui compte de solides bastions dans l’hexagone : la banlieue rouge de Paris, le Limousin, Le Nord ou encore le sud-Est. La SFIO, qui fit les grandes heures du Front Populaire est un parti vieillissant et sujet à de nombreuses divisions à l’instar d’un parti Radical, le plus vieux parti de France, naguère influent et qui est lui-même en passe de se marginaliser….

Pour résumer, la gauche, c’est avant tout un parti dominant dirigé par Maurice Thorez mais très inféodé à Moscou et une succession de petits partis de notables rad-soc’ vieillissants… Un boulevard se construit alors pour les Gaullistes.

Cette majorité présidentielle nouvelle incarnée l’Homme du 18 juin va rester au pouvoir sans interruption jusqu’en 1974… Quinze années dans laquelle elle va accumuler les succès électoraux : victoire aux législatives de 1958 à 1973, remporté plusieurs référendums : sur l’Algérie ou l’élection du président de la république au suffrage universel mais également quelques loupés : la mise en ballotage du Général par François Mitterrand en 1965, la victoire in extremis aux législatives de 1967 et le référendum perdu de 1969 qui entraine le départ de De Gaulle mais qui est remplacé à l’Elysée par son ex-fidèle Georges Pompidou…

La reconduite aux affaires du pouvoir en place est lié à la mise en place d’un implacable « leadership » politique : le président « préside », le premier ministre « gouverne » et la mise en place de «barons du gaullisme» sorte de gardiens du temple contribue au succès de la reconquête et  de la consolidation d’un pouvoir entamé en 1958….

La disparition brutale de Georges Pompidou en Avril 1974 permet l’ouverture de nombreuses spéculations politiques : une éventuelle victoire de la Gauche rendue possible par l’Union de la Gauche, sorte de pacte électoral conclu entre le Parti Socialiste, né en 1971 à Epinay sur Seine et incarné par François Mitterrand qui a le vent « en poupe », le Parti Communiste, du très médiatique Georges Marchais et le notable radical de gauche, Robert Fabre tandis que la Droite Gaulliste et le Centre Droit, incarné par le très ambitieux ministre des Finances, Valéry Giscard d’Estaing qui compte bien devenir à 48 ans, le plus jeune président de la République de son histoire, sont des alliés mais avec des divergences notables.

 

LA TRAHISON DES CLERCS

 

Les Gaullistes comptent bien investir Chaban, « l’homme de la nouvelle société » mais le maire de Bordeaux sera « trahi » par une centaine de députés UDR qui préfèrent se rallier à la candidature du Maire de Chamalières, que l’on ne va pas tarder à surnommer « VGE », à l’origine de cette manœuvre politicienne, on trouve la patte d’un ministre de Pompidou, âgé de 41 ans, député de Corrèze : il s’appelle Jacques Chirac, guidé par ses deux « conseillers» Pierre Juillet et Marie-France Garaud……

Et l’opération réussit : Chaban est éliminé au premier tour, n’obtenant que 14 % des suffrages, laissant le champ libre à Giscard qui va affronter François Mitterrand au second tour. On connait la suite : il l’emporte de justesse face au candidat d’une gauche qui échoue pour la 3 e fois consécutive sous la Ve République.

 

LE CENTRE DU MONDE

 

Le pouvoir Gaulliste « laisse » ou plutôt partage la place avec  les« libéraux et aux centristes », une nouvelle génération apparait simultanément…..Des nouvelles têtes d’affiche fleurissent dans les médias : les Michel Poniatowski, Jean-Pierre Soisson, Jean-Pierre Fourcade, Jean François-Poncet ou Jacques Duhamel, mais aussi des « revenants » comme Jean Lecanuet, révélé durant la campagne de 1965 et qui a définitivement rallié les centristes à la droite majoritaire……d’où la boutade de François Mitterrand : « Le Centre n’est ni à gauche ni à gauche »…..

Au cours du septennat, une nouvelle génération  de centre droit et d’essence libérale va occuper le devant de la scène, Ils s’appellent François Léotard, Gérard Longuet ou Alain Madelin, ils sont nés dans les années 40 mais ont déjà un long passé de militant : parfois à l’extrême-droite, dans le mouvement « Occident » comme Madelin, pourtant fils d’un ouvrier communiste mais qui n’a pas vraiment suivi le chemin paternel, ou Patrick Devedjian, fils d’un immigré Arménien, d’autres comme François Léotard, ont baigné dans la politique dès l’enfance, son père fut comme lui Maire de Fréjus (Var)…..

Lors de son accession au pouvoir, Giscard ne cherche pas à dissoudre l’assemblée nationale, craignant de voir la Gauche prendre sa revanche au vu de sa courte défaite et de provoquer ainsi la première cohabitation de l’histoire. Mais ce n’est pas à gauche que l’ancien maire de Chamalières doit avoir des craintes mais plutôt dans son propre camp : après avoir nommé Jacques Chirac à Matignon, les points de désaccord vont apparaître très rapidement entre les deux hommes jusqu’à leur rupture deux ans plus tard, avec la démission du Député de Corrèze……

En 1974, Giscard d’Estaing est devenu à 48 ans le plus jeune président que la France ait connu et le nouveau chef de l’Etat lance sa politique de « libéralisme avancé », s’affichant « moderniste » et désireux de rompre avec le « conservatisme » des quinze premières années de la Ve République. Il pratique avant l’heure une « forme d’ouverture » en nommant des personnalités de la Société civile comme Simone Veil, magistrate de formation, au portefeuille de la Santé et qui sera en charge de lancer l’audacieux projet de dépénalisation de l’avortement, non sans remous dans les rangs de la majorité : sa loi sur « l’interruption variable de grossesse » ne passera que grâce aux voix massives de l’opposition !

Ou encore de Françoise Giroud, directrice de « L’Express » nommée à la condition féminine et qui avait pourtant soutenu son adversaire François Mitterrand lors de la campagne des présidentielles… Son acolyte et fondateur du newsmagazine, Jean Jacques Servan-Schreiber sera nommé Secrétaire d’Etat aux réformes, mais l’homme pressé et (très ambitieux) ne fera qu’un passage éclair dans son ministère, étant peu amène à supporter quelque discipline gouvernementale que ce soit….

René Haby, « pur produit » de l’éducation nationale où il a gravi tous les échelons, dont celui de Proviseur du Lycée de Montgeron pour finir à la tête du Ministère, dans lequel il va lancer une des plus ambitieuses réformes depuis la Libération….

D’autres nouvelles têtes d’affiche composeront également l’équipe gouvernementale, tels Jean-Pierre Soisson, maire d’Auxerre, Olivier Stirn, Député-Maire de Vire (« future plus grande girouette de la Ve République »), Lionel Stoléru, Jean François-Poncet, issu d’une grande lignée de diplomates ou encore Michel Durafour, maire de Saint-Etienne….

« Les années Giscard » seront bien portées par un souffle nouveau, celui des grandes réformes sociétales : la dépénalisation de l’avortement, la majorité à 18 ans (qui ne portera pas chance à son promoteur, car en 1981, cette nouvelle tranche d’électeurs votera massivement pour le candidat Mitterrand), l’assouplissement du divorce (qui n’est plus seulement prononcé uniquement pour faute), l’instauration du Collège unique sans oublier l’éclatement de l’ORTF en plusieurs entités : les chaînes de télévision TF1, Antenne 2 et FR3, Radio-France (France Inter, Culture et Musique, FIP) et l’INA…..

Mais ces mêmes années coïncident avec la fin des « trente glorieuses » et la poussée d’un chômage de masse qui commence en 1974 et qui n’a cessé d’augmenter au fil des ans… Malgré une politique de rigueur et de relance entamé par Raymond Barre, Premier ministre qui a succédé à Jacques Chirac en 1976, le gouvernement n’obtiendra pas les résultats escomptés pour tenter d’endiguer la « crise », maintenant sous perfusion des secteurs comme la sidérurgie, les mines ou encore l’industrie manufacturière avant que tout ceci ne s’effondre au début de la décennie 80.

 

 

JE T’AIME MOI NON PLUS

 

La présidence Giscard d’Estaing, porteuse de grands espoirs réformistes se transformera, aux yeux de ses plus virulents détracteurs en « pouvoir gangréné par un dérive monarchique » d’un chef d’état hautain et déconnecté des réalités. Mais les plus virulentes critiques viennent parfois du camp de la majorité……

Rapidement, les frictions apparaissent entre le jeune Président de la République et son non moins jeune Premier Ministre jusqu’à la rupture en 1976 Chirac y est hospitalisé à la suite d’un accident de la route) dans lequel l’ex-chef de gouvernement dénonce « le parti de l’étranger » …dénonçant la politique européaniste d’un Giscard, bradant l’indépendance nationale de la France…

A partir de cette période le destin des Droites va changer à jamais : dans un premier temps, les deux « leaders » l’Orléaniste Giscard et le Bonapartiste Chirac ne vont pas cesser de se tirer par la barbichette jusqu’à l’impensable défaite de 1981 qui va les envoyer tous les deux dans l’opposition….

En 1977, Jacques Chirac devient le premier Maire de Paris pour donner suite au changement de statut de la Capitale qui n’avait plus de premier magistrat depuis le XIX è siècle, il bat largement le candidat « giscardien » Michel d’Ornano, qui avait quitté sa mairie de Deauville pour affronter l’ancien Premier ministre ainsi que le candidat de l’Union de la Gauche, le Communiste Henri Fiszbin….

Les querelles Giscard-Chirac, véritables fêlures au sein de la Majorité de l’époque font craindre à beaucoup l’éventualité d’une cohabitation, ce qui serait une « première » dans l’histoire de la Ve République. On évoque le nom de Michel Rocard, future montante de la Gauche, comme Premier Ministre car un certain nombre d’observateurs voit en lui une véritable alternative à l’hégémonie Mitterrandienne tandis que d’autres le décrivent comme un brillant technocrate mais peu disposé à gravir les plus hautes marches, bien que les plus moqueurs le surnomment « Rocard d’Estaing » …….

 

UNION POUR LA DEMOCRATIE FRANCAISE

 

En vue des élections Européennes, Giscard compte renforcer son pouvoir en fédérant ses alliés centristes et libéraux, il charge Michel Pinton de créer un mouvement susceptible d’arriver en ordre de bataille pour l’échéance électorale mais également de rivaliser avec l’encombrant « allié » qui ne lui veut pas que du bien, le RPR : cette synergie prendra le nom de UDF, Union pour la Démocratie Française. Elle regroupera aussi bien les adhérents directs, que le Parti Républicain (ex Républicains indépendants), créé l’année précédente sous la Houlette de Jean-Pierre Soisson, mais également les Radicaux Valoisiens (issu de l’aile droite des Radicaux, séparés de leur aile gauche, devenu le MRG et troisième composante de l’Union de la Gauche), le Parti Social -Démocrate (naguère à Gauche mais qui a refusé l’alliance avec le PC) ou le CDS, le parti Centriste de Jean Lecanuet, maire de Rouen….

Michel Pinton est Polytechnicien comme Giscard. Ce dernier l’a rencontré en 1968 lors d’une tournée aux USA. Le courant tout de suite passé entre ce spécialiste des stratégies électorales, qui conseilla Bobby Kennedy et le futur président de la République. Il dirigera le mouvement jusqu’à sa démission dans les années 80. Également tenté par la politique, il tentera une carrière politique : d’abord dans sa Creuse Natale contre l’indéboulonnable socialiste (mais ouvert aux Centristes) André Chandernagor où il se cassera les dents tout comme à Dourdan (Essonne) en 1983 où il trébuchera face au socialiste Yves Tavernier. Il sera finalement élu Député Européen puis maire de Felletin (Creuse) optant pour des positions ultra-conservatrices à la fin de sa vie politique….

Ainsi deux blocs solides au sein d’une Majorité incertaine peuvent-ils contrer l’irrésistible ascension d’une Gauche qui a remporté les municipales de 1977, s’emparant de villes importantes jusqu’alors tenues par la Droite et le Centre : le PS conquiert : Rennes (Edmond Hervé), Montpellier (Georges Frèche), Poitiers (Jacques Santrot), Brest (Francis Le Blé), Angers (Jean Monnier), Aix en Provence, Evry, Chilly Mazarin, Créteil, la Roche sur Yon, Cherbourg, Tourcoing, Chambéry, Le Creusot, etc….

Tandis que le PCF gagne Reims, Saint-Etienne, Le Mans, Poissy, Bourges, Epernay, La Ciotat, Chelles, Grasse, Béziers ou encore Châlons sur Marne ainsi que de nombreuses villes moyennes à travers l’Hexagone après avoir remporté de beaux succès aux cantonales de 1976, gagnant notamment les départements de l’Essonne et du Val de Marne (il détient d’ailleurs toujours ce dernier, ndlr).

 

Mais l’Union de la Gauche est logée à la même enseigne que la droite : elle se divise et finit par rater une nouvelle fois le coche en étant largement battu aux législatives… Raymond Barre, Premier Ministre en exercice, se succède donc à lui-même ….

Sortie victorieuse mais non sans dégâts, la Droite doit préparer les premières élections Européennes au suffrage universel et déjà les divergences entre les deux camps de la Droite réapparaissent au grand jour….

Chirac y est hospitalisé à la suite d’un accident de la route) dans lequel l’ex-chef de gouvernement dénonce « le parti de l’étranger » …dénonçant la politique européaniste d’un Giscard, bradant l’indépendance nationale de la France.

Simone Veil, magistrate de formation et Ministre de la Santé est partie à la conquête de ce nouveau parlement qui se tiendra à Strasbourg sous les couleurs de l’UDF et deviendra dans la foulée sa première présidente….

 

 

LE SOUFFLE LEGER DE LA DEFAITE

 

Malgré le succès aux législatives de 1978, la Droite a savamment développé ses divisions, et l’émergence de ses deux familles Bonapartistes et Orléanistes censées être soudées malgré leurs divergences pour garder un pouvoir de façon durable va au contraire continuer à se fissurer jusqu’à la défaite du 10 mai 1981 qui va amener François Mitterrand au pouvoir (et qui y restera deux septennats) …

Pourtant, un an auparavant, personne ne donnait le Premier Secrétaire du PS vainqueur possible du scrutin. Giscard, bien qu’éclaboussé par « l’affaire des Diamants » de Bokassa et surtout en constante opposition face au RPR est donné largement favori face à un Mitterrand gêné par la montée en puissance d’un Rocard.

Mais l’ancien leader du PSU ne résista pas au formidable animal politique que fut le Député de la Nièvre et il dût s’incliner pour faire de son adversaire le seul à Gauche à pouvoir enfin battre la Droite après deux tentatives infructueuses avec près de 52 % des suffrages exprimés. A Gauche, c’est l’explosion de joie, c’est la fin de « l’ancien régime » scandent à tue-tête les militants à la Rose les plus virulents. A droite, c’est le « coup de massue », l’impensable qui s’est alors produit : la défaite. Mais déjà, malgré le ralliement d’un Jacques Chirac, candidat éliminé au 1 er tour à son meilleur ennemi de la Majorité, certains pensent que le Député de Corrèze est pour une grande partie responsable de la défaite du président sortant, n’ayant cessé de lui « savonner la planche » depuis un certain temps.

Il est clair même qu’une partie de son électorat (un quart au moins) a préféré porter ses suffrages sur le candidat socialiste. Mais au soir du 10 mai qui se fête dans la plus grande allégresse et sous la pluie à la Bastille, une grande partie de la Droite pense encore pouvoir sauver les meubles lors des législatives anticipées qui se profilent : le nouveau chef d’Etat va devoir dissoudre l’Assemblée nationale issue de 1978 afin de se trouver une majorité lui permettant de pouvoir gouverner……

Il nomme un gouvernement provisoire avec à sa tête Pierre Mauroy, 53 ans, Député-Maire de Lille.

Valéry Giscard d’Estaing quitte l’Elysée sous les sifflets déplacés de certains spectateurs revanchards. Quelques jours plus tôt, il avait fait ses adieux aux Français lors d’une allocution télévisée ponctuée par un départ en direct accompagné par les premières mesures de la Marseillaise. Cette séquence pathétique continue à faire le buzz, trente-huit ans après avec le fameux « au revoir ». Ce ne sera effectivement qu’un au revoir, l’ancien président ne retrouvera jamais le chemin de l’Elysée mais retrouvera cependant le chemin des urnes en retrouvant son siège de Député du Puy de Dôme puis la Présidence de la Région Auvergne….

Son meilleur ennemi, Jacques Chirac s’impose comme le nouveau chef d’une toute fraîche opposition mais qu’il pense provisoire. « Je sens un petit frémissement » énonce t’il lors du lancement des élections législatives : selon le Maire de Paris, les Français se sont égarés en votant Socialiste, certainement par aversion pour Giscard mais vont se ressaisir en votant pour les listes de la Majorité RPR-UDF car le pays est foncièrement à droite….

Il va vite déchanter : le résultat est sans appel, la Gauche menée par Lionel Jospin remporte largement les élections législatives. 335 élus de gauche sur 491 vont faire leur entrée au Palais-Bourbon, un grand nombre d’entre eux pour la première fois.

Le PS à lui seul obtient la majorité absolue avec 266 sièges, loin devant le Parti Communiste avec 44 sièges qui a entamé alors un déclin qui ne cessera de se confirmer au fil du temps….

La Droite sous la houlette de Jacques Chirac se contente de 158 Députés. Il est clair que l’électorat de l’ancienne majorité, sonnée par sa défaite à la présidentielle s’est démobilisée laissant le champ libre à une gauche triomphante avec près de 54 % des suffrages exprimés….

Plusieurs députés sortants et anciens ministres ont été battus, dont l’emblématique Alain Peyrefitte en Seine et Marne, Jean-François Deniau dans le Cher, Maurice Charretier dans le Vaucluse, Jean-Charbonnel en Corrèze, Jacques Sourdille dans les Ardennes, André Rossi dans l’Aisne, Gabriel Peronnet dans l’Allier Michel Durafour et Lucien Neuwirth dans la Loire, Jean-Philippe Lecat ou Robert Poujade en Côte d’Or. En Dordogne, Yves Guéna trébuche face à Roland Dumas, à Paris, le Giscardien Roger Chinaud est battu par Claude Estier, Gérard Longuet échoue dans la Meuse tout comme Paul Dijoud dans les Hautes-Alpes

D’autres sauvent leur siège comme Jacques Chirac dans son fief d’Ussel où il bat facilement un jeune énarque socialiste parachuté nommé François Hollande. D’autres résisteront également à la « Vague rose » comme les deux ex-ministres de l’Intérieur  Raymond Marcellin et Christian Bonnet (Morbihan),  René Haby et le Général Bigeard (Meurthe et Moselle), Roland Nungesser (Val de Marne), Gabriel Kaspereit (Paris), François Léotard (Var), Jean-Pierre Soisson (Yonne), Jean-Claude Gaudin (Bouches du Rhône), Jacques Médecin (Alpes Maritimes), Michel d’Ornano et Olivier Stirn (Calvados),Bernard Stasi (Marne), Robert Galley (Aube),  Alain Madelin (Ille et Villaine), François Fillon (Sarthe), ce dernier étant le benjamin de la Nouvelle Assemblée, il a succédé à son « père en politique », Joel Le Theule, ancien ministre de la Défense disparu prématurément. Jacques Toubon réussit même à s’imposer dans le 13 e arrondissement de Paris… tout comme Bernard Pons, qui réussit son parachutage Parisien aussi bien que celui dans la 2 e circonscription de l’Essonne en 1978….

La victoire de la Gauche a provoqué une certaine inquiétude dans certains étrangers, surtout à l’annonce de la nomination de quatre ministres communistes (Jack Ralite, Charles Fiterman, Anicet le Pors et Marcel Rigout) dans le deuxième gouvernement Mauroy… Ils resteront en place jusqu’en 1984.

 

La Droite peut se consoler de conserver le Sénat, toujours présidé par Alain Poher et surtout sait qu’elle doit se ressouder impérativement pour tenter de retrouver le pouvoir le plus tôt possible. Mais on sait que pour remporter une élection, il faut un nouveau leader. Tout naturellement, Jacques Chirac est l’homme de la situation, profitant de l’affaiblissement de ses « alliés » centristes et libéraux….

Il faut également éviter l’opposition systématique à un « nouveau régime » qui a été élu pour provoquer « le changement ». Des grands chantiers sont alors en cours : les nationalisations, la décentralisation, la libéralisation des ondes, la création d’un ministère du temps libre, etc …..

C’est aussi l’émergence de nouvelles têtes d’affiche socialiste de premier plan : Michel Rocard, Laurent Fabius, Jean-Pierre Chevènement, Jack Lang, Pierre Joxe, Henri Emmanuelli, Edwige Avice, Catherine Lalumière, Edith Cresson, Jean-Pierre Cot sans oublier Jacques Delors, ancien conseiller politique de Chaban-Delmas qui hérite du ministère de l’Economie et des Finances.

C’est également le retour d’anciens ministres sous la Quatrième République, outre Mitterrand, c’est le fidèle Gaston Defferre, Maire de Marseille qui devient le locataire de la Place Beauvau tandis qu’Alain Savary, Compagnon de la Libération devient Ministre de l’Education Nationale.

D’autres personnalités de la vie civile, tel Pierre Dreyfus, patron de Renault et bien sûr Robert Badinter, le brillant avocat qui devient…Garde des Sceaux….

Ce dernier va être à l’origine de l’abolition de la Peine de Mort votée à l’assemblée nationale et pas seulement par la nouvelle majorité de Gauche mais également par une partie de la nouvelle opposition de Droite : Jacques Chirac est de ceux-là….

Mais l’Euphorie de l’arrivée de la Gauche au pouvoir va être de courte durée puisque dès janvier 1982, un premier signal d’alarme va retentir dans l’arène politique : quatre circonscriptions gagnées de justesse par le parti socialiste en juin 1981 et dont le scrutin avait été invalidée rebasculent à droite et qui renvoient au Palais Bourbon, les anciens ministres Alain Peyrefitte et Jacques Dominati….

Cette même année 1982, les élections cantonales confirment le succès de la Droite qui gagnent plusieurs départements : l’Essonne, perdue six ans plus tôt est reconquise, la Savoie, la Saône et Loire ou l’Allier notamment.

Cependant, la Gauche peut se consoler de rester majoritaire en nombre de voix (51%) et le PS ne perd que quelques sièges tandis que le Parti Communiste, qui a déjà entamé son déclin en 1981 perd près de 45 sièges. Le grand vainqueur reste le RPR qui en gagne près de 190 devant une UDF avec 90 sièges.

Encouragé par cet indéniable succès électoral, Jacques Chirac et ses alliés Centristes et Libéraux partent à la reconquête du pouvoir, profitant des premières difficultés du gouvernement de l’Union de la Gauche et surtout met en avant une nouvelle génération d’hommes politiques susceptibles de faire gagner son camp…..

 

LES CADETS DE LA DROITE

 

Cette « traversée du désert » va donc être bénéfique pour une droite sonnée par sa défaite de 1981. Elle avait fini par penser que le pouvoir exécutif lui appartenait ad vitam aeternam, à défaut de perdre quelques élections intermédiaires.

Alors que la victoire de la Gauche en 1981 a fait apparaître une nouvelle génération d’élus dont quelques-uns ont fait l’apprentissage accéléré du pouvoir, la Droite opposante fait éclore de nouveaux talents qui ne vont pas tarder à s’affirmer…

Les élections municipales de 1983 constitueront un premier « marqueur » vers la reconquête du pouvoir pour une Droite requinquée par les premières difficultés rencontrées par le pouvoir socialo-communiste et l’amorçage de « la rigueur » prônée par le gouvernement Mauroy.

C’est le véritable premier vote sanction pour le pouvoir en place. Les coalitions RPR-UDF qui ont compris que l’union faisait la force récupère des municipalités perdues en 1977 et en gagne près d’une trentaine de plus de 10 000 habitants.

Dans les trois premières villes de France, bénéficiant du statut PLM (scrutin d’arrondissement) : Jacques Chirac connait un triomphe dans la Capitale en faisant un Grand Chelem : il s’empare des vingt arrondissements. A Lyon, Francisque Collomb est confortablement réélu. Cependant, à Marseille, Jean-Claude Gaudin, bien que majoritaire en voix échoue face à Gaston Defferre, majoritaire en arrondissements gagnés.

Des villes comme Nantes avec Michel Chauty où Grenoble qui voit Alain Carignon, 34 ans déboulonner dès le 1er tour celui que l’on surnommait le « meilleur maire de France », Hubert Dubedout. A Roubaix, socialiste depuis des lustres voit l’élection du Centriste André Diligent….

A Savigny sur Orge, Jean Marsaudon que l’on surnommera par la suite « le Taureau de Savigny » bat le sortant communiste Bockelandt.  A Athis-Mons, René L’Helguen retrouve son fauteuil de maire perdu en 1977.

La conquête de nombreuses petites villes va placer à leur tête de jeunes maires qui auront une carrière politique de premier plan ou qui deviendront de véritables barons locaux, du fait de la loi de décentralisation adoptée en 1982, citons en vrac : Gérard Larcher (Rambouillet), Philippe Seguin (Epinal), Dominique Perben (Chalon sur Saône), Patrick Balkany (Levallois-Perret), etc….

C’est donc l’émergence de ce que l’on va appeler les « Cadets de la Droite », issus des rangs du RPR mais également des ex-giscardiens, des radicaux et des Centristes….

Outre le Parti socialiste, c’est surtout le Parti Communiste qui avait fait une belle percée en 1977, qui trébuche douloureusement face à la droite et parfois en ayant procédé à des fraudes électorales, ce qui provoquera un certain nombre d’invalidations du scrutin qui seront bénéfiques à la Droite : à Antony, où Patrick Devedjian finit par s’imposer, à Sarcelles avec Raymond Lamontagne, à Aulnay sous-bois avec Jean-Claude Abrioux, à Brétigny sur Orge avec Jean de Boishue…. En revanche, deux autres villes invalidées : Etampes, où Xavier Dugoin ne réussit pas à battre Gérard Lefranc et Trappes, ou Bernard Hugo s’impose face à Jeannine Cayet demeurent des exceptions notables….

A Neuilly sur Seine, banlieue très cossue de l’ouest Parisien, la mort brutale d’Achille Peretti, maire depuis 1947 va entrainer l’élection d’un nouveau maire, on pense logiquement à adouber son dauphin Corse : Charles Pasqua mais à la surprise générale, c’est un jeunot de 28 ans qui devient le premier magistrat de la commune : il s’appelle Nicolas Sarkozy. Fils d’un émigré Hongrois, il a rejoint le mouvement gaulliste dès l’âge de 18 ans. Militant de base, il s’est fait remarquer par Jacques Chirac, l’homme d’un Congrès du RPR à Nice en 1975…Ce sacre à Neuilly constitue la première pierre à l’édifice qui va l’amener bien des années après au plus haut sommet de l’état…….

 

LE PIEGE DE LA COHABITATION

 

La rigueur amorcée, le nouvel échec enregistré aux élections européennes et l’abandon de la réforme Savary sur l’Education Nationale vont être fatals au gouvernement dirigé par Pierre Mauroy : le Premier Ministre est remercié et va être remplacé par Laurent Fabius, qui devient à 37 ans le plus jeune chef de gouvernement de la Ve République. Déjà Ministre du Budget depuis 1981, l’élu de Seine Maritime connait alors une ascension fulgurante et plait aux médias qui l’avait découvert treize ans plus tôt à « Cavalier seul » l’émission culte de Pierre Bellemarre ou ce très brillant élève (Normale Sup, Sciences Po, ENA) révélait ses talents de cavalier : depuis ce fils d’antiquaires aisés du Faubourg Saint Honoré s’est découvert le « cœur à gauche » et s’est rapproché de François Mitterrand dès la fin des années 70. Il s’est implanté politiquement bien loin des beaux quartiers Parisiens, choisissant une banlieue ouvrière de Rouen, Le Grand -Quevilly….

En arrivant à Matignon, le jeune Chef de Gouvernement hérite d’un climat social détérioré et d’une grande déception ressentie par un électorat de gauche sur la politique de rigueur entamée par l’équipe précédente. Une politique qu’il va poursuivre et qui provoque le départ des alliés Communistes.

Durant les deux ans qu’il passera à Matignon, Laurent Fabius va avoir plusieurs points de désaccord avec François Mitterrand, notamment dans le domaine réservé au chef de l’Etat, celui des Affaires Etrangères quand il s’oppose notamment à la venue du Président Sud-Africain Botha, à la tête d’un pays qui pratique l’Apartheid.

Mais c’est surtout un scandale d’état qui va affaiblir l’ex- Député de Seine-Maritime : l’affaire du Rainbow Warrior :  il s’agissait d’une opération commando montée par les services secrets français, avec l’aval de l’Elysée pour saboter le navire amiral de Greenpeace, très hostile aux essais nucléaires français dans le pacifique. Le bateau écologiste avait accosté en Nouvelle-Zélande mais l’opération ne se passa pas comme prévu et coûta la vie à un photographe présent sur le bateau.

Deux agents furent arrêtés (les faux époux Thurenge), les relations devinrent très houleuses entre la France et la Nouvelle-Zélande et la France et Charles Hernu, Ministre de la Défense du Gouvernement Fabius dût démissionner à contrario du Premier Ministre qui sortira cependant très éclaboussé par le scandale.

En 1985, lors d’un débat télévisé entre Laurent Fabius et Jacques Chirac, le premier Ministre en exercice est mis en difficulté par le chef de l’opposition sur les questions économiques et sociales et le nargue en l’accusant de « s’agiter comme un roquet » ce qui fera sortir de ses gonds son interlocuteur qui d’un geste condescendant le rappelle à l’ordre en clamant « vous parlez au Premier Ministre de la France ! » …..

 

 

LE PIEGE DE LA PROPORTIONNELLE

 

La première mandature d’une gauche au pouvoir va donc s’achever, ayant apporté autant d’espoirs fous que de désillusions laissant présager une lourde défaite aux législatives, une sorte de vote sanction mais c’était sans compter sur le fin stratège politique qu’était François Mitterrand qui décida d’adopter le suffrage départemental à un tour à la proportionnelle afin de limiter les dégâts….

Ah, la Proportionnelle !

Ce scrutin était jugé plus juste car plus représentatif que le scrutin majoritaire qui avait le mérite de dégager des majorités claires mais excluant toutes les minorités dans lesquelles pouvait se reconnaitre une partie de l’opinion.  Ce changement va permettre l’éclosion de nouveaux partis qui pourront être représentés à l’assemblée nationale : notamment, le Front National et les Verts….

François Mitterrand est malin : il sait que le Front National est un parti en pleine mutation. Créé en 1972 et présidé depuis par Jean-Marie Le Pen, un ancien député Poujadiste sous l’Ive République et début de la Ve, ce « petit parti » clairement marqué à la droite de la droite, et dont le combat contre l’eurocommunisme est la marque de fabrique.

 En 1974, quand François Mitterrand échoue de peu face à Valéry Giscard d’Estaing, Jean-Marie Le Pen, alors âgé de 46 ans a également été candidat à cette présidentielle, reconnaissable avec son bandeau de pirate et surtout à un score qui est resté confidentiel à l’époque …..Entouré de nostalgiques de l’Algérie Française, de quelques Waffen SS français et surtout d’anciens des comités Tixier-Vignancour, du nom de l’avocat nationaliste qui fut candidat à la première élection du Président de la République au suffrage universel en 1965 mais également des quelques transfuges du RPR….

La Droite remporte les élections mais d’une courte majorité, gênée par l’envoi de 35 députés « Frontistes », qui créent ainsi leur propre groupe, véritable force de nuisance pour le pouvoir fraîchement élu….

Jacques Chirac est nommé Premier Ministre par François Mitterrand et revient donc à Matignon douze ans après sa première nomination. C’est toujours un cas unique dans l’histoire de la Vème République. Le député de Corrèze et Maire de Paris va mettre en place une politique censée détricoter les mesures de la première mandature socialo-communiste : à commencer par un vaste plan de privatisations qui doit pallier les dégâts des nationalisations de 1981. A la manœuvre, le ministre de l’Economie et des finances, Edouard Balladur, son ex-camarade de cordée lors des accords de Grenelle en mai 1968.

Le nouveau gouvernement est d’ailleurs constitué de revenants, tel Albin Chalandon, ancien ministre de l’équipement de Georges Pompidou qui obtient le maroquin de la Justice, tandis que les centristes Monory et Méhaignerie, membres du gouvernement Barre, héritent respectivement des portefeuilles de l’Education Nationale et des Transports tout comme André Giraud, alors ministre de l’industrie qui récupère la Défense ou encore Bernard Pons qui hérite de l’Outre-Mer……

Charles Pasqua, Gaulliste Musclé et « patron » des Hauts de Seine rejoint la Place Beauvau, ce[  qui fait grincer des dents à gauche, au vu de son implication passée dans le fameux SAC (Service d’Action Civique), « service d’ordre du Gaullisme » mais aux dérives bien connues. Il sera assisté par Robert Pandraud, député de Seine-Saint-Denis….

Mais c’est surtout l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle génération politique, apparue à la fin des années 70, à l’instar de François Léotard : beaucoup prédisent à ce séduisant quadra une destinée prometteuse. Elu maire de Fréjus (Var) en 1977, reprenant une ville dont son père avait été l’élu entre 1959 et 1971…il est élu député l’année suivante et devient une des figures incontournables du Parti Républicain, héritier relooké des Républicains Indépendants et aile libéral de l’UDF, la deuxième composante de la majorité de l’époque….

D’abord tenté de rentrer dans les « ordres » (notamment au « Prieuré de la Pierre qui vire, en côte d’Or), il poursuit ses études à sciences po puis réussit le concours de l’ENA par le tour extérieur, choisissant la voie préfectorale….

Mais en ce printemps 86, le jeune homme ambitieux aurait aimé obtenir le portefeuille de la Défense, mais François Mitterrand pose son veto : il devra se contenter de celui de la Culture et de la communication, il sera par la suite « épaulé » par un secrétaire d’Etat, Philippe de Villiers, sous-préfet comme lui et surtout fondateur du fameux spectacle du « Puy du fou » dans sa Vendée natale….

Avec ses amis Alain Madelin, Gérard Longuet, Jacques Douffiagues et Claude Malhuret, tous entrés au gouvernement avec lui, il constitue ce que l’on va appeler « la bande à Léo » qui se réunit chaque semaine pour parler du présent afin  de préparer l’avenir.  Ce qui prête à sourire, ce sont les affinités entre des acteurs politiques qui au départ étaient parfois aux antipodes : en 1968, Madelin et Longuet fricotaient avec Occident, groupuscule violent d’extrême-droite tandis que Malhuret, futur patron de Médecins sans frontières était un compagnon de route de Cohn-Bendit et Geismar !

Au RPR, toutes les composantes du parti néo-gaulliste créé dix ans plus tôt sont représentés au gouvernement : dont notamment, le club 89, présidé par Michel Aurillac, député de l’Indre et qui fut le premier préfet de l’Essonne en 1969, héritant du portefeuille de la Coopération.

Mais c’est surtout l’émergence politique de valeurs sûres appelées à prendre la relève à moyen terme : les « révélations » des précédentes élections législatives et municipales : Jacques Toubon, Alain Carignon, Philippe Seguin ou encore Michel Noir…. Certains connaîtront une ascension fulgurante avant…de s’écraser en plein vol…….

Les deux ans du gouvernement Chirac, premier d’une cohabitation entre un Jacques Chirac se préparant à conquérir l’Elysée et un François Mitterrand, affaibli autant par la défaite de la Gauche que par la maladie va plutôt jouer en faveur du second….

Le gouvernement va lancer un grand programme de privatisations, notamment dans l’audio-visuel : TF1 quitte le service public pour être revendue au Groupe Bouygues, géant du BTP et bientôt des Télécoms. La Droite qui défilait hier contre la réforme Savary à l’époque de la Gauche au pouvoir  doit affronter les nombreuses manifestations contre la réforme des universités menée par le ministre de l’enseignement supérieur Alain Devaquet, universitaire de formation et ancien secrétaire général du RPR mais à la suite de la mort tragique d’un étudiant, Malik Oussekine, frappé par des « voltigeurs » ce dernier préfère démissionner et le projet sera retiré avant de faire retomber la colère….

 

 

 

 

 

 

AMERE DEFAITE

 

François Mitterrand a su jouer avec les institutions de la Ve République qu’il avait pourtant tant combattu dans le passé : après avoir « favorisé » la percée du Front National qui va empoisonner pour de longues années la Droite classique, il décide de se représenter face à son premier ministre de cohabitation qu’il dominera très nettement lors du débat télévisé du second tour. En effet, Jacques Chirac, arrivé d’une courte tête devant celui qui lui avait succédé à l’Hôtel Matignon en 1976, Raymond Barre et dont l’entente n’est que de  façade va très sévèrement échouer face au président sortant : 45 %. De nombreux observateurs prédisent la mort politique de l’ancien grand espoir des années 60, à commencer par lui-même, en proie au doute.

Les législatives qui vont suivre font toutefois créer une surprise de taille : si le Parti Socialiste arrive en tête en nombre de sièges, il ne parvient pas toutefois à obtenir la majorité absolue et son allié traditionnel le Parti Communiste s’inscrit dans une opposition de principe : en clair cette majorité relative va empoisonner le deuxième septennat de François Mitterrand, avec toutefois un soulagement pour la droite : le Front national n’a pas résisté au retour du scrutin majoritaire.

Michel Rocard, dont on connait les rapports très compliqués avec François Mitterrand est nommé à Matignon où il succède à son ex-condisciple de Sciences Po et lance une opération séduction auprès d’un électorat de centre droit afin de constituer une majorité moins inconfortable. Ce sera l’avènement des ministres d’ouverture qui acceptent de rejoindre le nouvel exécutif : les giscardiens Jean-Pierre Soisson, Jean-Marie Rausch, Olivier Stirn ou Michel Durafour sont de la partie tandis que d’autre, tel Bernard Stasi refuse finalement de franchir le Rubicon......

 

A suivre……