LE BOJO NOUVEAU EST ARRIVE ! (EDITO DU 13 DECEMBRE)

Philippe DUPONT

Il était devenu le 14 -ème ministre de sa très gracieuse Majesté après la démission de Teresa May le 24 juillet dernier et à l’époque beaucoup d’observateurs ne donnait pas cher de la durée de vie gouvernementale de Boris Johnson, alias « Bo Jo.

 L’ancien maire de Londres, connu pour ses excentricités et surtout pour sa responsabilité dans le succès du « Yes » au Brexit et dont beaucoup d’ électeurs lui reprochaient d’avoir mis en exergue des arguments fallacieux pour mener à bien son entreprise ne pouvait qu’atterrir dans le même « cul de sac » que la pourtant opiniâtre Teresa May face à l’intransigeance des négociateurs européens et surtout  plombée par une classe politique autant tatillonne que divisée pour mener à bien une sortie honorable  de l’imprévisible Albion du carcan européen….

D’autant que le bouillant Boris avait donné des coups de menton lors des rencontres Bruxelloises ou du G7 en affirmant que le Royaume-Uni quitterait l’UE avec ou sans accord avant le 31 octobre dernier pour finalement changer d’avis, rattrapé par les impératifs législatifs, provoquant une faute politique (la mise en quarantaine du Parlement) et surtout conscient du risque d’un réveil brutal en cas de baroud d’honneur….

Il décida alors de jouer son va-tout en provoquant des élections anticipées et finalement bien lui en a pris car ce jeudi 12 novembre il a remporté la majorité absolue : 365 sur les 650 que compte la Chambre. Du jamais vu depuis les années Thatcher, infligeant une humiliante raclée à son meilleur ennemi, le travailliste Corbyn qui doit se contenter de 200 élus et déplorer la perte de plusieurs circonscriptions ancrées depuis toujours à gauche…

Boris l’ébouriffé et le débraillé, pur produit de l’élite Made in England a rondement mené sa campagne électorale, optant pour un style simple mais didactique  qui a séduit un électorat populaire avec comme ligne de mire  de transformer « l’Arlésienne » du Brexit  en « lady prête à s’émanciper » du grand méchant Bruxellois a contrario de Jeremy le Rouge, idéologue jusqu’aux ongles qui aura constamment joué hors-jeu, vantant un retour à l’état-providence des années 60 et dont les supporters se trouvaient curieusement dans les rangs des Bobos des beaux quartiers cher à BoJo. Le monde à l’envers….

Cette victoire claire et nette va permettre de déclencher enfin la procédure de divorce qui devrait intervenir au soir du 31 janvier 2020 et mettre ainsi fin à quarante-six ans d’une relation du type « je t’aime moi non plus » entre le Continent et l’Albion plus ou moins perfide….

Enivré par un tel succès, le bouillant BoJo s’est mis à rêver d’une Grande-Bretagne émancipée, en quête d’un nouveau contrat social, économique[PD1]   et financier, reprenant au passage son idée d’un plan Marshall contre la misère hospitalière qui gangrène le pays et qui a été au cœur de la campagne…

Toujours à l’affût en matière de com’, le Président-Entrepreneur Trump s’est empressé de le féliciter et de lui tendre la main pour générer derechef un partenariat économique, toujours prêt à tacler l’ennemi européen qui le méprise allègrement….

Mais passé l’euphorie du succès électoral, le Royaume-Uni ne deviendra pas pour autant un électron libre le 1 er février car les finalités du divorce risquent de trainer en longueur : d’abord la divorcée doit encore verser cinquante milliards d’euros de dédommagement à son ex-partenaire et s’engager dans une année encore très chargée en matière de détricotage des accords commerciaux concoctés au fil du temps avec les instances européennes et qui ne vont se délier aussi facilement, tant les rouages qui les composent sont autant complexes qu’ardus. On a déjà assisté aux nombreux bras de fer entre les négociateurs British et l’intraitable Michel Barnier pour savoir que la porte de sortie n’est pas encore vraiment ouverte à tous les vents. En fait, la fin du « tunnel sous la Manche « ne pourrait trouver trouver son épilogue que d’ici trois ans….

C’est vrai, fort de sa majorité écrasante  qui peut jouer en sa faveur,  BoJo, soudain auréolé d’une légitimé incontestable qui contraste avec les années précédentes ou les Tories devait composer avec un improbable allié unioniste nord-Irlandais pourrait accélérer de facto le processus de divorce, faisant fi de ses nombreux obstacles et se lancer dans le grand vide de la reconquête d’un monde hors des frontières européennes, sauf que le Royaume-Uni, en  convalescence économique avec une croissance en berne a autant besoin de ses toujours partenaires que l’inverse….

Et puis, à moyen terme, un autre évènement pourrait contrarier les ambitions de nos voisins d’Outre-Manche, c’est le regain du courant indépendantiste écossais qui avait naguère renoncé à quitter le navire britannique étant donné son attachement à l’Europe. A présent, la donne est complètement différente et les soixante élus écossais qui sont le deuxième « vainqueur de l’élection de jeudi » pourront donner un signal alarmant à un Boris Johnson, farouchement hostile à une telle démarche….

Dans l’immédiat, le Royaume-Uni, s’il a gagné une bataille, n’a pas pour autant gagné la guerre. Outre les interminables négociations qui vont suivre, un scénario des plus cocasses va s’écrire dans les prochains mois, avec notamment des Députés Britanniques élus aux dernières élections européennes qui devraient en toute logique quitter le navire européen au 31 janvier, mais ce n’est pas si simple que ça : être député à Strasbourg, c’est représenter l’Europe en général mais pas son pays en particulier, d’où la possibilité de jouer les prolongations…

 Incredible but True……

 

CLIQUEZ SUR LES LIENS SUIVANTS:

2. Juin, 2019

EDITOS DE JANVIER

2. Juin, 2019

EDITOS DE FEVRIER

2. Juin, 2019

EDITOS DE MARS

2. Juin, 2019

EDITOS D'AVRIL

2. Juin, 2019

EDITOS DE MAI

10. Juin, 2019

EDITOS DE JUIN

30. Juil., 2019

EDITOS DE JUILLET

31. Août, 2019

EDITOS D'AOUT

30. Sept., 2019

EDITOS DE SEPTEMBRE

30. Oct., 2019

EDITOS D'OCTOBRE

30. Nov., 2019

EDITOS DE NOVEMBRE

9. Déc., 2019

EDITOS DE DECEMBRE