LAURENT LE MALEFIQUE (EDITO DU 3 JUIN)

Alors qu’il était invité au journal dominical de TF1, Il a créé la surprise en annonçant sa démission. Laurent Wauquiez, 44 ans, Président des Républicains, a ainsi tiré toutes les conclusions de la déroute électorale de son parti aux élections européennes qu’il a assumée en décidant de tirer sa révérence afin de ne pas nuire au destin incertain de sa formation politique….

Attitude jugée pleine de panache pour les uns et digne d’un responsable politique ou a contrario le renoncement d’un stratège acculé et contesté au sein même de ses troupes ? La réponse est probablement entre les deux.

Elu facilement l’an dernier au sein de la nouvelle formation qui avait succédé à l’UMP, il avait parié sur un renouveau d’une droite sonnée après sa défaite de 2017. En optant pour une démarche droitière voire conservatrice, il espérait bien siphonner quelques électeurs d’un Rassemblement national, lui aussi sonné par la défaite et les « ennuis judiciaires » tout en espérant également surfer sur la vague de déception de l’action gouvernementale, engluée dans l’interminable conflit des gilets jaunes.

Joueur de poker dans l’âme, il avait également pensé trouver un joker en la personne de François-Xavier Bellamy, brillant jeune homme, Normalien comme lui et leader Versaillais de « Sens commun », qui s’était illustré lors de la « manif pour tous ». …Mais cette dérive droitière et teintée d’un retour aux valeurs chrétiennes a fini par faire peur aux électeurs traditionnels de la Droite qui ont préféré porter leurs suffrages vers d’autres listes moins passéistes….

Depuis ce piètre résultat (8,5%), le plus faible enregistré par la droite depuis le début de la Vème république, la situation du Président de la Région Auvergne-Rhône Alpes était des plus intenables car sa part de responsabilité était pour beaucoup plus de son fait que de la volonté d’Emmanuel Macron, selon ses dires, d’avoir voulu imposer un match La Rem/Rassemblement national….

« A sa place, je démissionnerai » a rapidement déclaré Valérie Pécresse tandis que Gérard Larcher était sollicité comme « recours » afin de sauver les meubles…La menace d’une vingtaine de parlementaires LR de faire sécession ont eu raison d’un Laurent Wauquiez qui n’a vraiment jamais réussi à redonner des couleurs à une formation qui voit ses espoirs de redevenir une force d’alternance, s’étioler au fil des jours….

Pour rebondir, les Républicains doivent tout remettre à plat et tenter d’éviter de voir se réaliser le scénario qu’elle craint le plus : disparaitre purement et simplement ou de voir sa frange la plus modérée rejoindre En marche et la plus radicale franchir le Rubicon pour flirter avec Marine Le Pen…

Il ne resterait alors qu’un petit parti comme peut l’être Debout la France de Dupont-Aignan, avec un électorat souvent très âgé (actuellement 70 % des électeurs de LR ont plus de 75 ans), donc peu porteur de renouveau politique. Paradoxalement, cette droite est en lambeaux, avec ou sans Laurent Wauquiez mais possède un gros capital : celui de son réseau d’élus municipaux, départementaux et régionaux qui eux sont majoritaires, issus des temps pas si lointains des triomphes électoraux…alors qu’En Marche et le Rassemblement National ont pour l’instant de minces effectifs du fait de leur essor récent….

Le prochain enjeu sera les municipales : cruciales pour le pouvoir qui espère bien réussir son implantation locale qui lui fait défaut en jouant sur un apolitisme déguisé (ni gauche ni droite) afin de continuer à siphonner les voix des élus de droite qui hésiteront à arborer les couleurs d’un parti bien mal en point mais également celle d’une Gauche trop divisée qui possède également un solide réseau d’élus mais qui pourrait également jouer la carte « sans étiquette ». Finalement, le traditionnel duel droite-gauche d’antan qui a connu le coup de grâce à la présidentielle ne serait plus qu’un lointain souvenir, pourrait-on penser……

L'ETOFFE DES HEROS (EDITO DU 10 JUIN)

Incroyable mais vrai : Rafael a donc remporté son douzième titre sur la surface de Roland Garros, quatorze ans après son premier sacre !  Il reste donc le champion incontesté de la terre battue de la Porte d’Auteuil malgré ses 33 ans, se permettant au passage de briser pour la deuxième fois consécutive les espoirs de son cadet, l’Autrichien Dominic Thiem de lui succéder….

Dix huit titres conquis lors des tournois du Grand Chelem,  n’étant plus très loin du record de son meilleur ennemi Roger Federer (vingt titres) et largement devant Nowak Djokovic, il peut se vanter d’être entré à jamais dans le Panthéon du sport, laissant de peu de places à ses concurrents…

La longévité est beaucoup moins évidente dans le Football, véritable opium du peuple, en témoigne la pitoyable performance de l’équipe de France, championne du Monde face à une équipe Turque, outsider mais bien décidée à donner une leçon au tenant du titre, ce qu’elle a fait. Coup de mou ou démonstration qu’une couronne peut rapidement vaciller dans ce milieu sportif ?

D’ailleurs l’évènement a été peu regardé (4,5 millions de téléspectateurs) a contrario de leurs homologues féminines, « les bleues » en lice pour tenter de remporter le trophée mondial, et qui en ont récolté environ trois fois plus, provoquant autant de surprise que d’engouement…

C’est tant mieux tant le Football féminin, bien que lancé dès 1970 par le mythique Stade de Reims a mis du temps à décoller.  Probablement victime d’une sous-couverture médiatique et d’un sexisme ambiant (le football est un sport d’hommes, a-t ’on souvent entendu, comme pour d’autres sports ou métiers qui depuis se sont féminisés sans problème) ….

Le Football a la particularité de séduire quelques intellectuels qui tentent inlassablement de l’élever au rang de sport noble, d’attirer nombreux bénévoles courageux et disponibles chaque week end sur les terrains mais également un nombre conséquent d’individus qualifiés parfois de « beaufs ». Vous savez, « le beauf » ce personnage sorti de l’imagination (en fait d’une connaissance) du regretté Cabu, synonyme de bêtise, de racisme, de misogynie, etc….

Heureusement, le Football peut être une thérapie, un moment de concorde pour des pays pessimistes comme les nôtres qui se retrouvent le temps d’une compétition et c’est pas si mal…..

Le bon résultat des Dames et la possibilité de rafler un nouveau titre de champion(ne), aidé par la ferveur des supporters et le dynamisme des réseaux sociaux ainsi cette fois-ci de la bonne couverture médiatique peuvent apporter un peu de baume au cœur à un pays encore riche mais inquiet, plus habitué à porter le gilet jaune que le maillot de la même couleur……

Comme disait le sympathique et toujours jeune, Gérard Holtz : « Vive le sport » …….

LES OMBRES CHINOISES (EDITO DU 18 JUIN)

Ils étaient plus de deux millions dans la rue comme l’attestent les drones qui ont filmé cette manifestation monstre : les Hong-Kongais n’ont pas hésité à défier un régime de Pékin peu connu pour son acceptation de la contestation. Les temps ont changé : depuis les tragiques évènements de la Place Tien-An-Men il y a tout juste trente ans, la Chine qui s’est hissée au deuxième rang mondial pour ses prouesses économiques en appliquant des recettes que les plus libéraux des occidentaux n’osent plus pratiquer et a paradoxalement conservée à sa tête une oligarchie communiste pure et dure qui honnit de son périmètre toute velléité démocratique quelle qu’elle soit…….

Mais pour le cas de Hong-Kong, minuscule territoire de 1 000 km2 et peuplé de 7 millions d’habitants : la donne est différente. Cette ancienne colonie Britannique a été rétrocédée à la Chine en 1997 (comme sa voisine,  l’ex colonie Portugaise Macao, paradis du jeu et du tourisme en 1999)  mais avec une condition préalable : avoir un statut particulier pendant une période de 50 ans : maintien des libertés démocratiques et de circulation, autonomie économique, internet non censuré, monnaie propre avant d’éventuellement rejoindre le « grand frère » en 2047.

« Un pays, deux systèmes », Ce deal avait été accepté par Pékin et le petit pays a continué à prospérer, certes beaucoup moins que son voisin depuis « son grand bond en avant « mais il est cependant considéré aujourd’hui comme la 11 -ème puissance économique mondiale, avec un PIB par Habitant proche de celui de la France.  L’économie est très majoritaire tertiaire (+ de 90 %) et connait donc une liberté d’expression totalement impensable chez le grand voisin.

Cependant, la République Populaire de Chine a revu à la baisse la tenue de ses promesses d’autonomie et a vu poindre la crainte de la tentation du petit voisin de s’orienter vers l’indépendance plutôt que d’intégrer la Chine toujours Maoïste…Surtout le Président Xi Jinping qui ne cesse depuis quelque temps de vouloir revenir aux fondamentaux qui permettent de maintenir le régime en place depuis 1949…

Et puis, Pékin qui subit de plein fouet la guerre économique imposée par Donald Trump est confronté à deux autres problèmes majeurs : un ralentissement sensible de la croissance lié à la conjoncture internationale et la crainte de voir une contagion de la contestation gagner le continent, malgré des médias sous contrôle.

Mais ce qui a provoqué ces grandes manifestations populaires, c’est l’annonce de la possibilité d’extradition de Hong Kong vers la RPC afin se débarrasser de la corruption qui mine l’ancienne colonie Britannique. Cette mesure avait été décidée par Carrie Lam, cheffe de l’exécutif certes démocratique élue mais considérée comme une marionnette de Pékin : la majorité de la population y a vu plutôt un prétexte fallacieux pour une remise en ordre des éléments perturbateurs, à l’instar de Joshua Wong, figure du « Mouvement des parapluies », ces grandes manifestations qui ont secoué l’ile afin de maintenir sa situation privilégiée.

Carrie Lam a décidé de retirer cette initiative contestée et à même présenter ses excuses : rien n’y fait, la plupart ont demandé purement et simplement sa démission…

Pour l’instant, la situation évolue dans le flou : Hong-Kong est très lié économiquement à son voisin qui joue la carte pragmatique afin de gagner du temps : Pékin doit composer avec ses enfants rebelles que sont Taiwan et Hong-Kong qui entendent bien rester dans le giron démocratique, soutenus par les acteurs actifs de la guerre froide économique qui sévit mais avec l’espoir sournois de pouvoir un jour mieux les récupérer…….

HAMMAM (EDITO DU 24 JUIN)

Cette semaine, la France et une grande partie de l’Europe vont connaître une vague de chaleur insolite pour un mois de juin mais hier soir, c’est un gros coup de chaud qui a été constaté dans une partie du monde à cheval entre notre continent et l’Asie : A Istanbul, capitale économique de la Turquie, dix millions d’électeurs étaient appelés aux urnes pour élire leur maire après l’invalidation du précédent scrutin gagné de justesse par un illustre inconnu, M. Imamoglu sous les couleurs du principal parti d’opposition Kémaliste à l’homme fort de la Turquie, M. Erdogan….

Les sondages donnaient une réélection confortable pour le nouveau maire que certains jugeait victime d’une décision très contestable provoqué par un Erdogan qui a influencé la commission électorale à annuler un scrutin qui ferait tâche dans sa maîtrise de tous les rouages de l’appareil d’état…

L’Hyper-Président pouvait a la rigueur accepter une opposition mais réduite à la portion congrue. Aussi claironnait-il haut et fort « Qui contrôle Istanbul, contrôle la Turquie » : il semblerait que les électeurs stambouliotes dont il fut lui-même l’édile dans les années 90 et qui fut le point de départ de son irrésistible ascension, sont restés peu sensibles à cette maxime, en témoigne le résultat sans appel en faveur de M. Imamoglu : 54 % !

Le candidat de l’AKP,  Mr Yildirim, ancien Premier ministre a reconnu sa défaite et M. Erdogan s’est donc vu infliger un camouflet sans précédent. Ce revers s’ajoute à celui déjà enregistré à Ankara, capitale administrative, pourtant située au cœur d’une Turquie à la botte d’Erdogan lors des précédentes municipales

L’avenir devient soudainement plus incertain pour un président autoritaire qui avait tué dans l’œuf la tentative de coup d’état destinée à le renverser pour faire le « ménage » dans la maison Turquie : élimination des éléments subversifs, contrôle des médias, reprise en main des institutions politiques et judiciaires, recul de la laïcité et des libertés individuelles…

Un nationalisme exacerbé censé galvaniser les foules contre une Europe arrogante qui refuse de la faire entrer sous son giron et de bons résultats économiques constituaient au départ les moteurs de l’ascension du leader Turc mais le vent a tourné depuis : les problèmes fondamentaux demeurent : la poussée d’un islam de moins en moins modéré, la question Kurde, le problème de Chypre et le refus d’un peuple qui a une autre conception de la liberté que celle de son dirigeant laisse présager l’obligation pour Erdogan de revenir aux fondamentaux de la Turquie, celle héritière de Mustapha Kemal et de l’arrivée d’une nouvelle génération politique pluraliste pour l’instant réduite au silence, enfin presque…..