IL ETAIT UNE FOIS …LE NOUVEAU GOUVERNEMENT (Edito du 07/07)

Philippe DUPONT

 

L’attente de l’annonce d’un remaniement ministériel est toujours un grand moment de solitude pour les observateurs de la vie politique qui se prêtent alors à tous les scénarii possibles d’entrée ou de sortie de ministres, comme pour donner un peu de « piment » à une actualité chatouillée par un suspense insoutenable….

N’oublions pas le stress ou la résignation d’une équipe sortante qui rappellent l’Officier Drogo qui guette un ennemi potentiel en scrutant le « Désert des Tartares » ou encore la fébrilité d’aspirants-ministres qui espèrent bien récolter les Moissons du Ciel au bal des Débutantes….

C’est vrai, choisir à présent un ministre n’est plus une partie de plaisir : il doit être incorruptible, d’où une indispensable enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon pour éviter les bévues des remaniements précédents afin d’éviter de se retrouver avec une sorte de « Clan des Siciliens » …

En concertation avec le Président de la République, la mission de Jean Castex n’est pas des plus aisées mais le nouveau chef du gouvernement, auréolé de son succès en tant que « Monsieur déconfinement » en plus d’être ce Gascon technocrate mais issu des territoires se veut également un homme de combat qui a su intégrer les « règles du nouveau Western », celles de la vie politique….

 Certes peu connu comme l’était son prédécesseur il y a trois ans, l ’homme est expérimenté, il fut Secrétaire général adjoint de l’Elysée comme son actuel patron et aime a rappeler que« peu importe si pour l’instant, mon nom n’est personne, je ne cherche pas la lumière dans une pièce mal éclairée mais plutôt des résultats »

On attendait un « remaniement de grande ampleur », du genre « il était une fois la révolution » que l’on entendait harmonieusement susurrer dans les antichambres du pouvoir, on aura eu droit à un casting parfois insolite, genre film du dimanche soir que l’on pourrait projeter au « Cinéma Paradiso » du quartier….

Certains y ont vu seulement un banal exercice de chaises musicales : exit ceux qui faisaient des couacs au sein de l’orchestre : Christophe Castaner va cesser d’entendre rugir les gyrophares de la colère pour retrouver celui du chant des cigales de Haute-Provence tout comme l’atypique mais gaffeuse Sibeth N’Diaye, ou encore l’ex DHR Muriel Pénicaud ou Nicole Bélloubet qui attendaient la vingt-cinquième heure, celle qui vous libère du bourbier dans lequel vous êtes empêtré(e)…

La plupart de ces sortants étaient pourtant des compagnons de la première heure du Président de la République, tous issus de l’aile Gauche des Marcheurs contrairement à ceux qui restent, où on dénombre beaucoup d’éléments issus de l’Aile droite, voire de la Droite tout court : Bruno Le Maire devient le véritable argentier du gouvernement, son complice Gérald Darmanin hérite de la Place Beauvau, le Maire de Coulommiers Frank Riester qui peinait au Ministère de la Culture retrouve un portefeuille au Commerce extérieur, il n'en fera certainement pas un fromage....

Il sera remplacé par une revenante de la vie politique, réhabilitée lors du confinement, une certaine Roselyne Bachelot qui va quitter « les grosses têtes » et les plateaux télé pour la Place de Valois au secours des « sinistrés de la culture ».

D’autres observateurs voient dans cette « droitisation » du gouvernement (dont le chef est comme son prédécesseur un transfuge des « Républicains ») une future assise pour préparer la réélection en 2022 et croient deviner le rôle occulte d’un conseiller dans l’ombre du Prince, qui jouerait un air d’harmonica qui rappellerait les rythmes entrainant d’une rhapsodie Hongroise……

Mais le gouvernail peut parfois se tenir de la main gauche, avec l’inoxydable Jean-Yves le Drian, né il était une fois dans l’Ouest à Lorient et qui continuera à rester amarré au Quai d’Orsay, retrouvant au conseil des Ministres son ancienne collègue des années Hollande, la Muse verte, Barbara Pompili qui va hériter du ministère de la transition écologique dont beaucoup attendent des résultats concrets….

Mais celui qui a fait le « buzz » lors de ce nouveau casting, n’est autre que le très médiatique et surtout bouillant Éric Dupond-Moretti, le Ténor du barreau, "la Grande gueule",  celui que l’on surnomme Acquittator et dont la nomination a immédiatement filé des boutons d’urticaire au Syndicat de la magistrature, dont le nouveau promu pense pis que pendre….

Il ne restera plus qu’à nommer une poignée de secrétaires d’état, ces valeureux soldats au service des ministres qui tenteront de ne pas jouer les hallebardiers sur ce théâtre ambulant qu’est un gouvernement : on se donne à fond, on y gagne parfois, on perd souvent en attendant l’entracte ». Allez, Chut!.... dans les rangs: les trois coups retentissent pour une représentation qui devrait durer (peut-être) deux ans……