• Easy Rider

  • Que la Bête Meure

  • Il était une fois dans l'Ouest

CINEMASCOPIE 69

 

 

C’ERA UNA VOLTA NELL’OVEST

 

A l’instar de l’actualité musicale, l’année 1969 fut également une année bénie pour le Septième Art…. Une actualité cinématographique qui sera marquée par un tiercé gagnant pour le nombre d’entrées : largement en tête, avec 14 Millions d’entrées, une coproduction Italo-Américaine : « Il était une fois dans l’Ouest » (C’era Una volta nell’ovest) qui va révolutionner les règles du western, genre pourtant en déclin à l’époque de l’autre côté de l’atlantique.

En France, Robert Hossein réalise et interprète « un colt et des fusils » avec la complicité de Michèle Mercier, qui fut sa partenaire dans la série « Angélique, marquise des Anges » mais cette tentative de « western-steak frites » n’aura pas de vraiment de suite a contrario de ce que l’on appellera « le Western-Spaghetti » qui donnera quelques pépites mais beaucoup de nanars aussi….

« Il était une fois dans l’Ouest » est donc à ranger dans la catégorie des pépites avec une distribution internationale éclatante : Henry Fonda, Charles Bronson, Jason Robards et bien sûr la belle Claudia Cardinale…entre autres. Tourné en Anglais puis postsynchronisé en Italien, le tournage se déroula sur le continent européen : en Espagne, dans la province d’Andalousie, en Italie mais également outre-Atlantique, dans la mythique Monument Valley, chère à John Ford….

On n’a pas oublié la longue scène silencieuse des premières minutes du film, les gros plans fixes et bien sûr la musique autant envoûtante qu’inoubliable d’Ennio Morricone qui est restée dans toutes les mémoires…La même année, le Maestro, ami de jeunesse de Sergio Leone composera également la musique d’un autre grand succès de cette année : « Le client des Siciliens » d’Henri Verneuil avec le trio Gabin-Ventura-Delon….

Sorti en Août 1969 à Paris, le western de Sergio Leone, ex réalisateur de Péplums à Cinecitta, temple du cinéma Italien alors à l’apogée avait déjà réalisé quelques classiques du genre auparavant tels « Pour une poignée de dollars » « le bon, la brute et le truand » ou « pour quelques dollar de plus » mis en musique pSar le même complice Morricone…

L'idée du film est pourtant venu de Bernardo Bertolucci qui évoluait dans un registre totalement différent (Prima della rivoluzione, La stratégie de l'araignée, bien avant le sulfureux Dernier Tango à Paris).....

Mais la plus grande curiosité de ces western italo-américains sera la confrontation de deux acteurs qui évolueront dans des genres totalement différents par la suite : l’Italien Gian-Maria Volonté, superstar du cinéma politique Transalpin et bien sûr Clint Eastwood, un des cinéastes majeurs outre-Atlantique….

 

 

  

MADE IN FRANCE

 

Loin derrière, mais avec cependant plus de 5 millions d’entrées : « Le Cerveau » réalisé par Gérard Oury, avec « Bebel », alias comme Jean Paul Belmondo, alors grande star du cinéma français qui a explosé dix ans plus tôt grâce à « A bout de souffle « de Jean-Luc Godard avec lequel il tournera également son film culte « Pierrot le Fou » (en 1965), l’ancien trublion du conservatoire, à la tête d’une belle bande composée alors de Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort, Françoise Fabian, Pierre Vernier ou Michel Beaune s’est imposé comme une valeur sûre du grand écran, aussi en France qu’en Italie, mais pas aux Etats-Unis (English, not fluent ?).

Les plus grands réalisateurs l’ont fait tourner : Jean-Pierre Melville, Louis Malle, Mauro Bolognini, Claude Lelouch, Jacques Rivette, Alain Resnais, Jacques Deray, Henri Verneuil, François Truffaut, etc.  Le film d’Oury s’inspire du fameux casse du siècle, l’attaque du train postal Londres-Glasgow.

 Ses partenaires s’appellent Bourvil, qui occupe le haut de l’affiche en France depuis la fin de la seconde guerre mondiale mais également dans des productions anglophones comme cette même année avec « L’arbre de Noel » de Terence Young et qui tournera dans la foulée un des ses meilleurs rôles « Le cercle rouge » de Melville avant de disparaître prématurément en 1970… David Niven joue « le cerveau » cet acteur Very british (mais parlant français) clôtura le trio vainqueur même si le nombre d’entrées décevra les producteurs qui espéraient bien transformé les cartons de «la grande vadrouille » et du « Corniaud «  qui avaient atteint des sommets quelques années auparavant (la « Grande vadrouille » avec ses 17 millions d’entrées en 1966 ne sera détrôné par les phénomènes « Titanic » et « Bienvenue chez les Ch’tis » que trente ans après !)

Il est à noter que le « tiercé gagnant » du box-office de cette année 1969 compte deux films Français, puisque « Le Clan des siciliens » d’Henri Verneuil, « bon polar à l’ancienne » et qui réunit le « taulier » Jean Gabin et ses « fils spirituels » : Lino Ventura et Alain Delon ferme la marche du podium………

Mais le cinéma Français continue à résister à « l’invasion Américaine » qui déferle à l’époque sur le continent européen alternant entre le cinéma d’auteur de qualité comme « Ma Nuit chez Maud », un des « contes moraux » du très littéraire Éric Rohmer,  qui réunit à l’écran (et en noir et blanc) : Françoise Fabian et Jean-Louis Trintignant….et un cinéma populaire comme « Hibernatus » d’Edouard Molinaro, avec notre Louis de Funès national, grimacier hors pair mais surtout valeur sûre au box-office depuis quelques années (avec Oury notamment) : l’ancien cachetonneur des nanars des années 50 est devenu probablement l’acteur le mieux payé du cinéma français…..

Deux ex critiques impitoyables des « Cahiers du Cinéma » devenus les enfants terribles de la « Nouvelle vague » : François Truffaut et Claude Chabrol sont également très présents cette année-là : le premier réalise la « Sirène du Mississipi » avec un Belmondo, en héritier voué à sa perte en croisant la route d’une Catherine Deneuve, usurpatrice maléfique  (que l’on verra la même année dans « Tristana » de Buñuel avec Fernando Rey) mais malgré cette affiche alléchante, le film sera un échec commercial tandis que le second Claude Chabrol est au sommet de son art, en signant à la suite deux de ses meilleurs films : « Que la bête meure » opposant un Michel Duchaussoy, en quête d’une vengeance personnelle suite à la mort de son fils provoqué par un chauffard interprété par un Jean Yanne , garagiste ignoble qui martyrise son entourage puis « Le Boucher » toujours avec Jean Yanne, cette fois-ci, boucher psychopathe et tueur qui s’éprend de l’institutrice du village, Stéphane Audran, alors épouse et « muse chabrolienne » par excellence…..

Le coupe mythique Alain Delon et Romy Schneider est reconstitué au sein d’un thriller Tropézien au bord trouble de « La Piscine », avec comme partenaire la toute jeune Jane Birkin et le regretté Maurice Ronet.

L’ex fiancée autrichienne du ténébreux Delon est devenu une vedette incontournable du cinéma français et tourne également cette année-là une adaptation du roman à succès de Paul Guimard : « Les Choses de la vie » par celui qui deviendra son réalisateur fétiche : Claude Sautet, auteur de quelques chefs d’œuvres des années 70-90. Elle a pour partenaire Michel Piccoli qui est devenu l’un des acteurs les plus appréciés du cinéma européen, tournant notamment avec Marco Ferreri, Luis Buñuel, Alfred Hitchcock, Jean-Luc Godard qui le fait accéder au rang de vedette avec « Le Mépris » avec Brigitte Bardot, Jacques Demy ou encore Costa-Gavras.

Ce dernier, Français d’origine Grecque réalise cette année-là : « Z » avec Yves Montand et une belle brochette de vedettes : Jean-Louis Trintignant (qui obtient le prix d’interprétation à Cannes), Charles Denner, Irène Papas, Bernard Fresson, Renato Salvatori, Marcel Bozzuffi ou encore Maurice Baquet…Tourné en Algérie, le film dénonce la dérive autoritaire d’un régime corrompu qui ressemble étrangement au pays d’origine du réalisateur qui vit depuis 1967 sous la dictature des « Colonels avec le très explicite « Tout lien avec la réalité est purement volontaire » .

Jean Pierre Melville tourne « L’armée des Ombres » un hommage poignant à la Résistance, inspirés de faits réels et interprétés de façon magistrale par Lino Ventura, Paul Meurisse, Simone Signoret, Jean-Pierre Cassel et Christian Barbier.

On se rappelle un des passages les plus anxiogènes du film, lorsque dans le « couloir de la mort » dans lequel sont envoyés de façon sadique des résistants, on entend le célébrissime générique des « Dossiers de l’Ecran » qui donne toujours la « chair de poule » …. Cette Résistance et son contraire la Collaboration qui seront également évoqués dans le documentaire de Marcel Ophuls : « Le chagrin et la pitié » qui évoque la vie sous l’Occupation à Clermont-Ferrand, le film ne plait pas à tout le monde car il réveille certains souvenirs douloureux, car les feux de la seconde guerre mondiale sont encore loin d’être éteints à cette époque….

 

IF

 

Le cinéma Britannique est à l’honneur avec « If » réalisé par Lindsay Anderson qui obtient la Palme d’Or au festival de Cannes. Le film raconte l’histoire de collégiens d’une Public School huppée qui se révoltent contre l’autorité étouffante. Le souffle de la révolte de 1968 en Europe est encore très présent, ici certes poussé jusqu’à l’extrémité sans la scène ultime du film que nous ne raconterons pas et la plupart des thèmes récurrents d’une jeunesse en devenir y sont abordés dont la libéralisation des mœurs et surtout plus de permissivité. Interprété notamment par Malcom Mc Dowell qui connaitra la célébrité avec « Orange Mécanique » de Stanley Kubrick (1971). Il sera également dans deux autres films de Lindsay Anderson sans oublier le très déjanté « Caligula » dans les années 80…….

 

  

MADE IN USA

 

Le cinéma Made in USA de 1969 est bien à l’image d’un pays-continent qui vit les dernières heures du mouvement hippie, de l’envie de « faire la route » pour une génération de jeunes Yankees, issus du baby-boom qui suivit le second conflit mondial et qui auront été comme les jeunes européens les heureux bénéficiaires de la croissance économique, mais les premières failles de ce « miracle » sont palpables sur fond de guerre du Vietnam qui estompe peu à peu l’image d’une « Amérique » qui n’est plus considérée comme libératrice des peuples tandis que les grands foyers industriels connaissent les signes avant-coureurs de déclin, synonyme d’un chômage endémique…

L’envie de faire la route pour trouver une vie meilleure taraude les esprits dont celui notamment de Dennis Hopper qui produit, réalise et interprète « Easy Rider » œuvre majeure qui annonce une longue série de Road-Movies qui vont hanter les salles obscures pendant plusieurs années : La longue chevauchée à travers le pays de deux bikers  qui gagnent leur vie en vendant de la drogue, dont Dennis Hopper mais également par Peter Fonda sans oublier une des premiers grands rôles de Jack Nicholson, dans le rôle d’un avocat défenseur des droits civiques qui va se joindre au duo….

Les paumés ont donc la côte, avec également « Macadam Cowboy » de John Schlesinger, mettant en avant un duo improbable : un bon bourrin du Texas (pléonasme ?), interprété par Jon Voigt qui part à la conquête de Big Apple pour tenter de devenir (sans succès) gigolo et Dustin Hoffmann, dans le rôle d’un marginal souffreteux qui espère un jour regagner la côte Ouest, source de rédemption selon lui mais les deux compagnons d’infortune seront rattrapés par leur destin funeste[PD3] ….

Un autre raté poisseux, piètre braqueur va tenter de faire tourner la « roue de la fortune » mais jamais y parvenir, c’est bien sûr Woody Allen dans « prends l’oseille et tire-toi » qu’il réalise également et qui sera le signe annonciateur de nombreux films marquants pour un cinéaste au look d’anti-héros notoire….

D’autres font partie de l’Establishment, comme Kirk Douglas qui dans « L’arrangement » écrit et réalisé par Elia Kazan, dévisse soudainement (cherchez la femme interprétée par Faye Dunaway) comme rattrapé par ses vieux démons du passé…

Le western traditionnel US n’a pas complètement disparu sous le rouleau compresseur du « western-spaghetti, puisque trois œuvres marquantes du genre sortent sur les écrans : « Butch Cassidy et le Kid » avec le tandem Redford Newman, « la horde sauvage » avec William Holden et Ernest Borgnine ou « Cent dollars pour un Sheriff » avec l’incontournable John Wayne …. Wild West forever….

 

 

EPILOGUE

 

On l’aura compris, l’année 1969 aura donc été un « grand cru » cinématographique un peu partout dans le monde. Beaucoup des films sortis cette année-là ont fait beaucoup d’entrées et certains sont passés à la postérité sans vraiment se démoder. L’après 68 avait révélé une nouvelle génération de cinéastes à travers le monde, formant une sorte de « nouvelle nouvelle vague » sans pour autant ranger au placard les valeurs sûres du moment. Le cinéma d’auteur s’est affirmé sans être forcément gêné par les grosses machines commerciales : chacun était dans son rayon d’action, c’était l’époque des « ciné-clubs » mais le début des grands complexes cinématographiques, la télévision prenait pourtant de plus en plus d’importance dans les foyers mais laissait encore la part belle aux cinoches de quartier, bien avant les DVD et le streaming, la « dernière séance » n’était pas encore annoncée comme se sera le cas deux décennies après….

69 fut donc une année cinématographique…….