LES CAPRICES DE MARIANNE

La plus insolite des Municipales de l’histoire de la V -ème République s’est donc achevée ce samedi 3 juillet 2020 vers 13 heures avec l’élection mouvementée (c’est un euphémisme) de l’Ecologiste Michèle Rubirola, médecin généraliste de 63 ans qui est devenue à la suite de rebondissements dignes d’une comédie de boulevard, la première Mairesse de la Cité Phocéenne, mettant ainsi un terme à un quart de siècle de règne de la Droite sur la deuxième ville de France….

Son prédécesseur, l'infatigable animal politique, Jean-Claude Gaudin, 81 ans dont 55 au service de Marseille, a souhaité  un sobre « bonne chance » à sa successeuse en lui transmettant son écharpe tricolore probablement sous la protection de "la Bonne Mère".....

Sur les bords de la Méditerranée comme partout ailleurs en France et dans les Outremers, cette page des Municipales s’est donc définitivement tournée, après le psychodrame de la Crise Sanitaire qui aura vu un second tour se dérouler trois mois après un premier qui fut sujet à de nombreuses controverses tout en étant riche d’enseignements de toutes sortes….

Généralement, ce type d’élection intermédiaire se transforme souvent en « sanction » voire de « défiance » envers le pouvoir en place, même si le « rôle de proximité » que joue le maire sortant, quelle que soit sa couleur politique peut être récompensé ou sanctionné de façon plus objective par les électeurs….

En 2020, la donne était différente car une fois de plus, on avait apporté une grosse couche d’insolite : le pouvoir en place était incarné par un Parti politique qui n’existait pas six ans plus tôt ! Le sortant ne risquait donc pas d’être sorti….

Cependant, il y a  eu quand même  « sanction » car le brillant score des législatives de 2017 et la bonne deuxième place des « Marcheurs » aux Européennes se sont transformés en gentille déconfiture lors de ce scrutin : le parti présidentiel, incarnation du « Nouveau      Monde » s’est vu « tailler des croupières » par « l’Ancien Monde » que sont les formations de Droite et de Gauche, que l’on pensaient très affaiblies voire exsangues dans certains cas, l’ont contraint à jouer les supplétifs ou à essuyer le plus souvent des revers humiliants……

En 2014, la Droite, surtout incarnée par l’UMP et les Centristes avait très largement remportée le scrutin, infligeant même une cuisante défaite à un Parti Socialiste au pouvoir, qui entama dès lors une lente mais inexorable « descente aux enfers » pour finalement quitter le pouvoir par la plus petite porte.

Des villes résolument à Gauche basculèrent (Angers, Niort, Tourcoing, Roubaix, Palaiseau, Limoges) la banlieue « rouge » de Seine St Denis vira légèrement au « bleu » et le parti d’un Nicolas Sarkozy, défait en 2012, retrouva alors de jolies couleurs en récupérant ses villes perdues en 2008 (Reims, St Etienne, Toulouse, Caen, Argenteuil,  etc…) et s’adjugeant en outre d’un joli trésor municipal composé de villes moyennes chipées à une Gauche déconfite…..

En 2020, le scénario est très différent et s’avère lourd de symboles forts : si la Droite conserve son joli trésor municipal de 2008, elle déplore la perte de deux « fiefs » historiques :  Nancy et Bordeaux qu’elle détenait depuis 1947 et que la Gauche, que l’on croyait disparue des « écrans radar » résiste plutôt bien en conservant ses fiefs : Rennes, Nantes, Dijon, Clermont-Ferrand, La Rochelle ou bien sûr Paris »

Après la vague « rose » de 1977 et celle « bleue » de 2014, on a parlé d’une « vague verte » en 2020.

 C’est vrai en ce qui concerne les grandes Métropoles comme Bordeaux, précédemment citée mais également Besançon, Annecy, Tours, Lyon qui a envoyé à la retraite Gérard Collomb, Grenoble qui avait ouvert la marche il y a six ans , où Éric Piolle est largement réélu face à un de ses anciens prédécesseurs, le revenant Alain Carignon, Strasbourg ou la candidate verte a également freiné les ardeurs d’une autre revenante : Catherine Trautmann sans oublier Marseille précédemment citée.

Mais il faut relativiser l’évènement qui ressemble plus à une « poussée significative » et non à une véritable « vague » comme dans les épisodes précédents et qui ne constitue en rien un boulevard menant au pouvoir suprême….

Toujours est-il que cela constitue un nouveau signal fort : une volonté de bon nombre d’électeurs ayant daigné se déplacer aux urnes à être demandeurs d’une nouvelle gouvernance municipale, loin des gestions traditionnelles souvent jugées dépassées ou trop marquées par les vieilles recettes de l’appareil politique……

Les victoires des uns ou la déroute des autres ont été  ternies par un taux de participation qui a la particularité désolante d’être le plus faible sous la Ve République : seulement 45 % des électeurs se sont déplacés aux urnes, tout comme au premier tour d’ailleurs.

Beaucoup ont donc rejoint le « premier parti de France » : celui des abstentionnistes, naguère surnommé : des « pécheurs à la ligne, adeptes de l’urne buissonnière », en prétextant la crainte du COVID 19, alors que des mesures de précaution avait été largement renforcées par rapport au premier tour….

Souvent, l’après-municipales est synonyme de changement de gouvernement. La tradition a été respectée avec la démission du Premier Ministre, Edouard Philippe, largement réélu au Havre et qui, après trois ans de bons et loyaux services qui l’ont transformé en l’espace de trois ans, de quasi-inconnu en homme d’Etat « en réserve de la République » ….

En outre auréolé d’une popularité remarquable, il pourra à présent préparer l’avenir de la Majorité face à l’Océan et loin des turbulences de l’Hôtel Matignon (« l’enfer, ce sera à présent les autres »), en savourant ce qu’il appelle « le plus beau mandat de la vie politique ». La messe est dite….

Les 35 000 maires de France, d’abord négligés par le Président de la République ont pu retrouver le devant de la scène grâce au Mea Culpa du Chef de l'Etat lors du Grand Débat qui lui aura permis d'aller à la rencontre des territoires et de ses représentants...

L'un d'entre eux, le Gascon Jean Castex, promu à Matignon et à qui le Normand Edouard Philippe a déclaré : « Soyez bon et bon vent » le conseil pourrait être adressé a tous ces nouveaux élus municipaux, à commencer par lui-même ……

Ceints de leur superbe écharpe tricolore, ces nouveaux élus pour les six prochaines années ne vont pas attendre la fin de cet été post-confinement pour se mettre au travail, ils devront tout de suite se jeter dans le grand bain de l’action municipale, effectuant une série de petits pas pour eux en espérant un grand bond pour la chose publique qui ne fera pas forcément d’eux des « Maires de la Tranquillité » …