ECHEC A BARCELONE

L’ancien premier ministre Français Manuel Valls a donc échoué dans sa tentative de prendre la mairie de sa ville natale Barcelone. En effet, il n’est arrivé qu’en quatrième position à l’élection municipale dans la capitale Catalane avec 13 % des voix. Celui qui fut naguère le deuxième Espagnol d’origine maire d’Evry (après le richissime banquier et bienfaiteur Aguado au XIXe siècle) ne deviendra pas (du moins aujourd’hui) le premier Français Naturalisé maire de la deuxième ville d’Espagne.

Il faut dire que le pari était osé voire risqué pour lui mais le goût du challenge est visiblement dans les gênes de l’ancien ministre de l’intérieur de François Hollande. Son annonce de vouloir conquérir la capitale Catalane avait suscité autant de curiosité que de scepticisme….

On se souvient de la zone de turbulence qu’a connu cette ville et cette région d’Espagne et ses velléités indépendantistes qui n’ont cessé de croître depuis une vingtaine d’années. Malgré une autonomie concédée par l’état centralisateur Madrilène, la suprématie de la langue Catalane dans la vie quotidienne (alors qu’elle était interdite sous le franquisme) et une relative bonne santé économique avaient donné des ailes à la frange indépendantiste qui espérait bien se détacher d’une Espagne qu’elle ne veut plus pour devenir une république indépendante dans l’Union européenne.

L’organisation d’un referendum proposé de façon unilatérale par le gouvernent provincial de Carles Puigdemont, farouche partisan de l’indépendance comme l’étaient d’ailleurs ses parents et qui donna un vaste « oui » à l’autodétermination provoqua les foudres du pouvoir central qui le jugea inconstitutionnel et qui exhorta les parlementaires rebelles à renier cet acte jugé « séditieux » sous peine d’être mis sous tutelle du pouvoir avec le fameux article 155, ce qu’il a fini par faire à la suite de la fin de non-recevoir des leaders indépendantistes dont certains ont été embastillés tandis que d’autres comme Puigdemont a choisi l’exil (pour l’intéressé) voire la fuite (pour ses adversaires)…..

Le roi Felipe en tête, garant des institutions établies après la chute du Franquisme sermonna également les rebelles de rentrer dans le rang, comme l’avait fait naguère son propre père Juan Carlos avec les officiers factieux et nostalgiques qui avaient tenté renverser le pouvoir démocratique en 1981….

Mais on le sait, les plus ultras des indépendantistes voient en la monarchie espagnole, une digne héritière du Franquisme, n’est ce pas le Caudillo qui intronisa Juan Carlos afin de lui succéder ? C’est exact sauf que « l’héritier » s’est ingénié à contrarier le vœu de son mentor en instaurant un solide régime démocratique, optant pour un statut d’autonomie renforcé pour la plupart des provinces du Royaume…

Certains diront que ce système d’autonomie est un trompe-l’œil à l’instar de la Décentralisation opérée en France avec l’arrivée de la Gauche au pouvoir en 1981.Une année qui correspond au début de l’engagement en politique du jeune Manuel Valls. Né en 1962 à Barcelone, fils du peintre Xavier Valls, catalan par son père mais également Suisse Italien du côté maternel. Etudiant en histoire, il va rapidement embrasser les idées socialistes et compte bien jouer un rôle dans un pays dont il vient d’obtenir la nationalité Française…

On ne reviendra pas sur son irrésistible ascension qui va l’amener jusqu’au poste de Premier Ministre mais plutôt sur les raisons qui l’on poussé à revenir sur la terre de ses ancêtres de l’autre côté des Pyrénées

Celui qui aspirait à devenir Président de la République Française a vu ses ambitions fondre comme neige au soleil lors de la primaire de la gauche où il à trébuché face à Benoit Hamon, son rival. L’irrésistible ascension d’Emmanuel Macron, avec lequel il entretenait des relations conflictuelles n’ont pas arrangé ses affaires, dès lors il a certainement déjà à cette époque la tentation de Barcelone ou du syndrome de l’herbe plus verte ailleurs. Il a cependant réaffronté non sans panache les urnes vaguement soutenues par la République en marche, après sa rupture avec un PS à l’agonie et a retrouvé de façon rocambolesque son siège de la 1ère circonscription de l’Essonne avec un peu plus de 100 voix d’avance. Après avoir affronté plus de 23 candidats qui ne lui voulaient pas vraiment du bien…

Malgré le soutien (encombrant) de ses voisins Corbeillois, Serge Dassault et Jean-Pierre Bechter et de son ami Francis Chouat (qui lui succèdera d’ailleurs), notre ancien Premier Ministre, accusé de tricherie électorale ou d’absentéisme latent au Palais-Bourbon l’ont certainement poussé à franchir le Rubicon… Vous rajoutez un divorce avec sa 2 -ème épouse, la violoniste Anne Gravoin et on peut alors aisément deviner qu’un second souffle est nécessaire….

Donc ce sera Barcelone, d’abord annoncé comme hypothèse puis comme une réalité, Manuel Valls a toujours assumé avec fierté ses origines Catalanes, s’est souvent affiché comme un inconditionnel du Barça, il parle couramment Castillan et bien sûr Catalan, alors il est déjà un peu chez lui, non ?

Tout le monde n’est pas convaincu, jugeant son initiative plus opportuniste que sincère. A Barcelone, certains pensent qu’il vient tenter de réussir dans sa ville natale ce qu’il a échoué dans son pays d’adoption… Il reste un Français qui vient se mêler des affaires locales qu’il connait finalement assez peu. De plus, dans le psychodrame qui se joue quant à l’autodétermination, il joue la carte anti-indépendantiste à fond. Pas sûr que cela plaise à tout le monde. Il fustige l’action de la maire sortante, Ana Colau, issue de la Gauche Radicale, l’accusant de faire le jeu des indépendantistes et met en exergue un de ses chevaux de bataille : l’éradication de l’insécurité qui mine la ville comme il le fit naguère à Evry….

Mais peut-on comparer Evry avec Barcelone : pas vraiment, les 70 000 habitants (depuis la fusion avec Courcouronnes) en font une ville moyenne en comparaison des 1.600.000 habitants intra-muros de la cité catalane (et 4,5 millions avec les banlieues). La deuxième ville d’Espagne est un port et une ville touristique : plus de 9 millions de visiteurs chaque année. Mais c’est surtout devenu une métropole qui compte à l’échelle européenne au niveau économique d’où son désarroi quand elle s’est vu lâcher par l’UE qu’elle pensait être un allié dans sa croisade séparatiste….

Notre Manuel national arrive avec « ses gros sabots » selon ses plus farouches adversaires mais lui croit dur comme fer à sa victoire, d’abord son passé de Premier ministre habitué à rencontrer les grands de ce monde plaide en sa faveur et de plus n’est-il pas le plus bel exemple d’un citoyen d’Europe ?

Sa stratégie de conquête est axée sur de nombreuses actions sur le terrain comme il le fit naguère à Evry : quand vous êtes parachuté, vous devez redoubler d’efforts pour vous faire accepter : réunions d’appartements ou publiques, participations à des manifestations et surtout des appuis politiques : l’ex socialiste et éphémère apparenté Marcheur s’allie avec Ciudadanos, une nouvelle formation politique modérée et hostile à l’indépendance mais également des soutiens financiers : une bonne fée va veiller sur l’ex ministre de l’Intérieur en la personne de Susanna Gallardo, riche héritière d’un grand groupe Espagnol qui devient également sa nouvelle compagne. Manuel Valls le jure : il est bien revenu ici pour gagner et s’installer définitivement ici….

La campagne sera semée d’embûches, de railleries de la part de ses adversaires : « comment peut on élire un homme qui ignore le prix d’un ticket de métro » ou qui a une connaissance approximative des quartiers d’une ville qu’il prétend vouloir diriger » entend-on régulièrement dans la rue ou la presse….

Il ne décollera pas vraiment dans les sondages qui prédisent plutôt la victoire des indépendantistes, en l’occurrence celle d’Ernest Maragall, fils de l’ancien maire de Barcelone aux dépens d’Ana Colau…. Le « Barcelonais » d’adoption va payer son anti-indépendantiste intransigeant et son acoquinement avec la droite voire l’extrême-droite, même s’il réfute ce flirt supposé va l’amener à se retrouver à la quatrième place avec un peu plus de 13 %. La mayonnaise n’a donc pas pris et les indépendantistes arrivent en tête mais le système électoral à la proportionnelle permet des combinaisons étonnantes pour propulser un outsider vers le fauteuil de maire et notre Manuel national à choisi de soutenir celle qu’il fustigeait il y a encore peu : Ana Colau qui risque de retrouver un siège qui était perdu, au nez et à la barbe des indépendantistes…Tralala….

Comprenne qui pourra, mais Manuel Valls reste droit dans ses bottes et n’a aucune intention de revenir en France, sa vie est à présent en Espagne et il compte bien jouer un rôle : il a déjà commencé en jouer les faiseurs de reines…. ce n'est qu'un début assurément.....