MAIRE COURAGE (Edito du 30 Juin)

Philippe DUPONT

Imaginez un enfant à qui les parents demandent : « que comptes-tu faire quand tu seras plus grand ? » Et lui de répondre du tac au tac « Eh bien, je veux être…Maire ». « Maire ? Ah, le joli métier, si petit et déjà de l’ambition ! » répondront certains avec fierté tandis que d’autres soupireront : « Maire, mais tu n’y penses pas, c’est un métier dangereux, tu veux finir comme les Balkany ? »

Après la plus longue campagne municipale de l’histoire de la Cinquième République pour cause de pandémie, on aura vu un second tour se dérouler trois mois après le premier, agrémenté de quelques épisodes aussi insolites que cocasses : des maires battus au premier tour condamnés à jouer les prolongations tandis que leurs « tombeurs » trépignaient sur les « bancs de touche » sans oublier les trente mille heureux vainqueurs du Marathon du 1 er tour qui scrutaient au loin, non sans inquiétude, les cinq mille autres potentiels vainqueurs du second tour afin de pouvoir fermer « la boucle » avec ces retardataires malgré eux……

Mais ce dimanche 28 juin, la page des élections municipales a pu se refermer ou presque car vendredi prochain, ce sera le 3 -ème tour concernant alors l’élection du maire et de ses adjoints et qui clôturera définitivement cette consultation électorale ….

35 000 maires seront tous élus en Métropole comme dans les Outremers. Un mandat de six ans, plus long que celui du Chef de l’Etat ou d’un Député mais identique à un sénateur ou un conseiller départemental.

Six ans, dans une vie c’est court mais au cours d’un mandat c’est plutôt long et surtout très chronophage…

Sitôt élu, le premier magistrat se transforme presqu’en moine-soldat : les trente-cinq heures, les week-ends prolongés ou autres vies de loisirs sont à ranger au placard, sans parler d’une vie de famille parfois un peu mise entre parenthèses car on devient maire 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 et 365 jours par an…….

Mais pour autant, est-ce un métier ou plutôt « une fonction » que l’on occupe en plus de son travail quotidien ? La question mérite d’être posée tant l’image qu’incarne le premier magistrat d’une commune a pu évoluer de façon considérable…

On peut affirmer qu’il s’agit à présent d’un véritable « statut » depuis les lois de 1992 qui ont mis en exergue plusieurs mesures concernant aussi les codifications des indemnités de fonction, que les droits à la formation ou encore un régime de retraite et de congés ouvrant les voies à une professionnalisation évidente…

Aux dires de beaucoup, il reste le « mandat politique » le plus apprécié par la majorité des Français même si ces derniers s’abstiennent de plus en plus (même hors COVID) tout en contestant paradoxalement la légitimité des édiles municipaux élus par un faible nombre d’électeurs inscrits !

Naguère, le maire pouvait se contenter d’être uniquement un notable qui déposait des gerbes de fleurs sur les monuments aux morts lors des célébrations ou qui faisait des courbettes dans les salons lambrissés des sous-préfectures…

Aujourd’hui, les concitoyens exigent qu’il soit disponible, dynamique, compétent, porteur de projets emballants et surtout porteur de valeurs d'honneteté sans faille....

Le couperet peut vite tomber si le Maire s’égare dans le « hors-piste » : celui qui mène au clientélisme, au copinage, conflits d’interêts ou aux autres abus de pouvoir qui ont pu entraîner une forme de judiciarisation de l’action publique, incitant de facto certains élus à ne pas vouloir se représenter par crainte d’avoir en permanence l’épée de Damoclès au-dessus de leur tête tandis que les aspirants-candidats d’abord attirés par le chant des sirènes au son de « que Marianne était jolie » craindront finalement de susurrer « que diable suis-je venu faire dans cette galère ? »

La crise des vocations n’est jamais très loin mais restons optimistes « Devenir maire » reste tendance et s’avère être  une expérience qui enrichira personnellement (à défaut de financièrement) tout homme ou toute femme ceint de l’écharpe tricolore qui occupera la fonction.

C’est vrai, les récentes enquêtes ont montré que le portrait-robot du maire est celui d’un homme blanc, de plus de cinquante ans, souvent retraité et issu des Catégories moyennes et supérieures. Les femmes, malgré la parité n’occupent le fauteuil de maire à moins de 20 % tout comme les catégories populaires….

Le maire est généralement élu à la tête d’une majorité large et solide et peut affirmer  ainsi son leadership durant les six ans de son mandat face à une opposition certes représentée mais qui ne peut  pas constituer un réel danger pour lui….

Oui, le maire contrôle tous les rouages de l’action municipale, est officier de police judiciaire et peut retirer ses délégations à des adjoints frondeurs ou récalcitrants…Il sait cependant que deux craintes peuvent le hanter durant son mandat : être dans le viseur de la Cour régionale des Comptes en cas de gestion hasardeuse et en fin de mandat subir les foudres d’électeurs mécontents de son action qui peuvent alors mettre un terme à son bail….

Avec le développement imposé des Communautés de communes, (elles sont plus de 1200 en France), le maire qui naguère aimait « Clochemerle » doit a présent composer avec ses collègues, craignant toutefois de perdre la majorité de ses pouvoirs au profit de l’intercommunalité, d’où l’idée de développer des « conseils de maires » au sein de ces instances afin de pouvoir renforcer de façon significative la position de chacun d’entre eux….