INVENTAIRE 1969

 

PROLOGUE

 

Pour beaucoup d’entre nous, 1969 évoque deux choses dans l’imaginaire collectif : une année érotique, comme cette chanson symbolisée par le tandem Gainsbourg-Birkin mais surtout le premier pas de l’homme sur la lune qui reste encore et toujours un exploit technologique hors norme….

C’était surtout la France dans un Monde d’il y a 50 ans qui n’a plus rien à voir avec aujourd’hui. Ni mieux, ni pire mais tellement différent : deux blocs qui s’affrontaient alors : l’occident contre celui de l’est séparés par un « rideau de fer », la Chine en pleine « révolution culturelle » qui ne s’était pas encore éveillée mais qui croisait le fer avec son voisin Soviétique, une France pas encore remise du précédent moi de mai et qui s’apprêtait à dire non à son sauveur de juin 40, une Europe d’un marché commun de six membres qui cohabitaient avec trois dictatures : l’Espagne, le Portugal et la Grèce et une Allemagne coupée en deux depuis 20 ans, partenaire zélé du Bloc de l’Est….

Dans une Afrique en grande partie indépendante depuis 10 ans, la vie n’était pas vraiment un long fleuve tranquille : des tentatives de coups d’état comme en Guinée, d’autres réussis comme en Libye où un jeune Capitaine du nom de Kadhafi renverse la monarchie et tente de relancer l’idée d’un panarabisme affirmé sous l’égide d’un Nasser vieillissant, des guerres d’indépendance interminables dans les colonies portugaises du Mozambique et d’Angola, au Nigeria, la terrible guerre civile du Biafra fracture en deux le pays le plus peuplé du jeune continent…

L’Amérique latine est à l’aube de connaitre les dictatures sanglantes qui l’entacheront les deux décennies prochaines, victime de la crainte d’une contagion marxiste dans des territoires contrôlés par les Etats-Unis : encore la guerre froide en arrière-plan… tout comme au Vietnam, plutôt les deux Vietnam, celui du Nord aux mains des communistes et celui du Sud, pro-occidental qui ont entrainé les Etats-Unis dans une guerre indirecte avec l’URSS et dont le risque d’enlisement trouve toute sa quintessence… Ce qui incite, le nouveau Président Américain, Richard Nixon à vouloir sortir de ce conflit avant de connaître une humiliante défaite, comme naguère le colonisateur Français……

A la lecture de ce spectacle du monde, on sera peut-être enclin à penser qu’avant ce n’était pas vraiment mieux qu’aujourd’hui, non toujours différent avec des points très positifs que nous allons aborder durant ce long feuilleton dédié à cette année-là : d’abord au niveau musical, en France et dans le monde et qui fut particulièrement fécond, à un point tel qu’il hante encore nos mémoires.

Nous évoquerons longuement la Conquête spatiale qui trouva là son apogée un soir de juillet aux yeux d’une grande partie du reste de l’humanité. Voulue par feu John Kennedy dès son accession à la Maison-Blanche, comme pour donner la réplique aux premiers succès du rival Soviétique : il y eut Gagarine, il y aura bientôt Armstrong….

Nous reviendrons plus en détail sur un Monde en ébullition puis sur la France de cette époque, encore prospère qui faisait voler un drôle d'oiseau nommé Concorde mais qui commençait à toussoter, anticipant les premiers soubresauts d’une crise économique qui se profilait à l’horizon…

Enfin, nous aborderons le monde des arts et de la culture, de Beckett aux collégiens révolutionnaires de « IF » de Lindsay Anderson, à la consécration du bagnard Papillon ou encore d’ une histoire qui était une fois dans l’ouest. Les motards d’Easy Rider nous amèneront « on the road again », comme pour saluer ce bon routard de la « Beat Génération » Jack Kerouac qui venait de tirer sa révérence……

Very good trip….

 

VOYAGE AU COEUR DE LA PLANETE POP

Well it's 1969 okay
All across the USA
It's another year
For me and you
Another year
With nothing to do

-Iggy Pop and The Stooges-

 

 

DADDY NOSTALGY

 

Mettons-nous dans la peau d’un vieux rocker qui a vécu cette année-là. On sentira chez lui certainement pas mal de nostalgie car la dernière année des « sixties » fut indéniablement un grand cru que l’on redégustera sans modération avec un goût parfumé dans la bouche…. En refeuillant les pages jaunies de « Rock n’Folk », on marmonnera « P…, toute une époque ! »…

C’était l’époque de la rivalité entre deux groupes britanniques : « Les Beatles » et les « Rolling Stones » tous les deux nés en 1962 dans une Angleterre prospère tant au niveau économique que musical….

Le premier, composés de petits gars de Liverpool connaissait un succès planétaire phénoménal, provoquant même des émeutes lors de concerts mémorables à travers le monde, devenant des icones nationales au point que la Reine Elizabeth II leur décerna en 1965, la médaille de l’ordre de la couronne britannique au grand dam de l’ordre établi…

Les deux leaders (et rivaux) : John Lennon et Paul Mc McCartney composèrent la plupart des morceaux phares du groupe : du plus gentillet (surtout première période) au plus ambitieux (période 1966-70) jusqu’à ce fameux album « Abbey road » lorsque la pochette nous montre les « fab four » traverser le passage piétons à la queue Leleu » les pieds nus pour se rendre au studio… Mais ça sent plutôt le sapin car des menaces de séparation planent sur le groupe, ce qui se concrétisera au printemps 1970, bien que John Lennon ait déjà quitté le groupe dès l’automne 1969 pour entamer une carrière solo avec son épouse Yoko Ono….

D’ailleurs cet album sera le dernier que les Beatles enregistreront comme tous les précédents albums. Celui aura d’ailleurs été vendu à plus de 30 millions d’exemplaires dans le monde… Citons les morceaux phares : « Hère Comes the Sun » écrit et composé par George Harrison ou encore « Octopus’Garden » par Ringo Starr sans oublier bien sûr « Come together » du tandem Lennon-Mc Cartney. Fin de clap

Côté Rolling Stones, la séparation n’est pas à l’ordre du jour malgré le départ de celui qui est considéré comme le « fondateur » de la formation, Brian Jones. Longtemps leader, ce musicien autant surdoué que déjanté s’est perdu dans ses délires d’alcool et de paradis artificiels divers et devenu instable tant au niveau professionnel que sentimental, se fait progressivement voler la vedette par le tandem Jagger-Richards (pas forcément exempt de dérapages similaires, cependant). Un mois à peine après avoir quitté la formation, on le retrouve mort dans la piscine de sa propriété de la banlieue sud de Londres : il n’avait que 27 ans…intégrant ainsi ce qui constituera le fatal « club des 27 » : Jimi Hendrix, Jim Morrison, Kurt Cobain ou encore Janis Joplin….

Cette année-là, les « Stones » qui ont opéré le remplacement de Brian Jones par Mick Taylor tournent avec Jean-Luc Godard le documentaire « One plus One » dans lequel on les voit répéter « Sympathy for the Devil » puis ils organiseront une tournée Américaine qui se terminera par le tragique concert organisé lors du mini festival d’Altamont, sorte de Woodstock bis mais qui dégénèrera dans la violence la plus absolue avec cinq victimes de bagarres entre les Hell’s Angels et plusieurs spectateurs déjantés…..

Ce tragique concert d’Altamont sonne probablement le glas de ce que l’on appelé le phénomène hippie qui s’était surtout répandu sur la côte ouest des Etats-Unis mais dans quelques recoins de notre bonne vieille Europe…

Pourtant, il trouvera son apogée avec le mémorable festival de Woodstock qui se tiendra pendant trois jours de « paix, d’amour et de musique » en août 1969, dans une petite localité de l’Etat de New York. Prévu pour accueillir 50 000 spectateurs, il y en aura 20 fois plus !

L’évènement sera immortalisé par la caméra de Michael Wadleigh et permettra de découvrir les 32 groupes de folk, soul ou de rock qui se produiront. Malgré une météo peu clémente et des problèmes de logistique, l’évènement va entrer dans l’histoire non seulement musicale mais également sociologique. Il permettra également de « booster » la carrière de Jimi Hendrix, Carlos Santana ou Joe Coocker, l’ancien plombier de Sheffield qui entonnera pour l’occasion un morceau des Beatles….

Citons la présence des Who, de Grateful Dead, de Crosby, Stills, Nash and Young encore de Joan Baez alors que les Rolling Stones et les Beatles ou encore les Doors n’y participeront pas mais pour des raisons variées……

 

Ils sont arrivés dans l'île nue
Sans un bagage et les pieds nus
Comme un cyclone inattendu
Comme une fleur avant la saison
Comme une pluie de papillons
À laquelle on n’a jamais cru

Michel Delpech « Wight Is Wight”.

 

1969 sera vraiment l’année des « Festivals », même l’Europe s’y met avec Amougies, une petite localité rurale Belge non loin de la frontière Française qui remplaçait la manifestation initialement prévue à Paris mais qui fut annulée par peur de débordements (mai 1968 était encore tout proche) ou bien sûr l’Ile de Wight, au sud de l’Angleterre qui accueille 150 000 spectateurs cette année-là avec comme têtes d'affiche: les Who, Bob Dylan, King Crimson ou encore les Moody Blues et qui réitèrera l’évènement en 1970….

Mais cette année-là, si elle marque la fin de l’ère psychédélique et du mouvement hippie va voir l’émergence de grands groupes de légende : à commencer par Led Zeppelin, groupe britannique composé notamment de Robert Plant et de Jimmy Page, ancien des Yardbirds et qui sort alors son premier album avec le tube « Communication breakdown ». Il règnera sur la scène rock tout au long des deux décennies suivantes, tout comme les Who qui avaient démarré en 1965, notamment avec « My Generation » et qui sort alors « Tommy » qui deviendra un film à succès en 1975.

N’oublions pas les Kinks, groupe inoubliable de ces années 60, auteur de « You really Got me » et qui tentèrent de réaliser le premier opéra-rock de l’histoire « Arthur » mais le projet fut avorté faute de moyens.

King Crimson fut également un groupe de référence pour de nombreux artistes pop, lorsque sort l’album « In the court of Crimson King » propulse ce groupe de rock progressif au firmament de la planète rock en cette année 69 avec des morceaux comme « I talk to the wind »…

Les Doors, issu de la Côte Ouest des USA ont commencé leur carrière en 1965 avec à leur tête Jim Morrison, poète charismatique et provocateur jusqu’à l’obscénité sur scène comme ce sera le cas lors d’un concert à Miami qui manqua de tourner à l’émeute. Hormis les frasques du chanteur, retenons plutôt « Morrison Hotel » l’album qui sort cette année-là ainsi que « Absolutely live ». Mais le poète maudit, sorte de Rimbaud du Rock, finira sa courte existence à Paris à l’âge de 27 ans….

Jimi Hendrix, musicien américain exilé au Royaume-Uni et qui fut même l’éphémère guitariste de Johnny Hallyday, « inventeur » de la pédale wahwah et guitariste hors du commun, produisant avec son groupe « Experience » une musique et une tonalité très en avance sur leur temps. Il mourra subitement à l’âge de 27 ans a l’instar de Jim Morrison et Brian Jones….

Dans un genre très différent, Simon et Garfunkel, duo mythique, auréolé de son triomphe avec la musique du film « Le Lauréat » et Mrs Robinson, sort « The boxer » et enregistre le chef-d’œuvre « Bridge over trouble water » qui sortira début 1970.

Mais les deux copains d’enfance, habitués à des relations tumultueuses finiront par se séparer en 1970. Ils se retrouveront cependant en 1981 lors de leur mémorable concert à Central Park à New York….

Les Stooges, un groupe de Chicago créé en 1967 avec à sa tête James Osterberg, plus connu sous le nom d’Iggy Pop, personnage forcément déjanté voire sulfureux, hier comme aujourd’hui où il s’est révélé être un des précurseurs du mouvement Punk Rock qui perdure aujourd’hui comme ce fut le cas du Hard Rock en 1968 à Detroit, capitale de l’automobile, de l’écurie phonographique Motown qui révéla tant de talents dans cette décennie 60 : La tribu Jackson, Diana Ross, les Temptations, Marvin Gayes, etc… et bien sûr le mythique MC5, avec son leader Fred « Sonic » Smith  et ses « White panthers » prête à « foutre le bordel » avec le décapant « Kick out the Jams»…..

Cette année-là voit également éclore deux talents autant excentriques qu’uniques : Elton John et surtout David Bowie qui sort « Space Oddity » sorte de clin d’œil à l’épopée spatiale et au premier pas de l’homme sur la lune et qui traverseront les décennies ultérieures sans être jamais démodé….

Côté « variété pop », l’année est également un millésime savoureux : « It’s five o’clock » et « I Want to live » des Aphrodite’s Child, avec les exilés Grecs Demis Roussos et Vangélis qui passeront à la vitesse supérieure en 1970 avec un des plus grands chefs d’œuvre de l’histoire pop « 666 », le signe de la bête immonde, tout un programme…. Wallace Collection, groupe Belge comme on ne peut pas le deviner connaîtra son heure de gloire avec le lancinant « Daydream » mais qui restera leur unique tube ou encore « Sympathy » de Rare Bird qui caracoleront en tête des charts du monde entier….

 

MADE IN FRANCE

 

« Le Rock Français, c’est comme le vin Anglais »

John Lennon.

 

Cette phrase prononcée par l’ancien Beatles est d’un humour grinçant mais quelque peu injuste : non le Rock Français existe, même si dans ces débuts, surtout à l’époque des Yé-Yés, il se contentait de singer les « grands frères américains » avec des reprises de leurs tubes souvent approximatifs….

Cette année 1969 va porter sur les fonts baptismaux de nombreux groupes tricolores qui n’auront rien à envier aux voisins d’Outre-Manche ou d’Amérique….C’est l’année ou des formations musicales comme Zoo, Martin Circus (première version, avec Patrick Dietsch, Gérard Pisani et Bob Brault), Triangle, les trois Jean de Nantes (futurs Tri Yann), Ange ou encore l’hallucinant Magma, fondé par le batteur, Christian Vander font leur apparition pour tenir le devant de la scène durant toute la décennie suivante….

Ce dernier groupe va jusqu’à inventer un langage, le Kobaien (inspiré de beaucoup d’idiomes germaniques) certainement pour défier la (déjà) suprématie de l’Anglais en tentant d’imposer une sorte d’Esperanto musical….

Mais la plupart de ces groupes connaissent des débuts difficiles, nous l’avons vu auparavant, Mai 68 n’est pas loin et la possibilité d’organiser des manifestations musicales (comportant des risques de débordements) est très restreinte ainsi que les infrastructures pour les accueillir sont peu nombreuses. C’est l’époque glorieuse des MJC que le pouvoir Gaulliste peu connu pour être Rock n’Roll a mis en place depuis quelques années… L’absence de festivals sur l’hexagone ne facilite pas non plus l’essor de ces groupes.

Il existe pourtant des publications pour commenter l’actualité musicale : Rock n’Folk a été créé en 1966 par Philippe Koechlin, un journaliste fondu de Jazz et qui a vu que le créneau du rock et du folk pouvait être porteur à plus ou moins long terme…Les lecteurs peuvent découvrir aussi bien les groupes Américains, que Britanniques ou Français…

 

«24 heures sur 24, la vie serait bien dure, si l’on n’avait pas le Pop Club » avec …José Artur ».

Générique de l’émission de France Inter interprété par Les Parisiennes - (Musique de Claude Bolling)

 

Le paysage radiophonique est alors bien plus réduit qu’aujourd’hui, car les ondes sont un monopole d’état, cependant France Inter diffuse chaque soir le « Pop Club » de José Artur. Cette émission mythique (qui durera 40 ans) a été lancée en 1965, elle brille par l’impertinence de son animateur qui n’hésite pas à persifler et surtout diffuser à l’antenne les morceaux des groupes pop de l’époque. Des jeunes animateurs anglophiles et avertis qui ont pour nom Pierre Lattès, Patrice Blanc-Francart ou encore Claude Villers y font leurs premières armes, attirant un auditorat plus jeune…ils seront rejoints par la suite par Bernard Lenoir…….

Sur Europe 1, dans la non moins mythique « Campus » émission du regretté Michel Lancelot, apôtre de la Contre-Culture, la musique Rock a également une place de choix. L’émission sera supprimée en 1973…

La télévision avait diffusé jusqu’en 1968 une émission consacrée à la culture rock, appelée « Bouton rouge », produite par Alain de Sédouy et André Harris, elle était présentée notamment par Pierre Lattès et même par un certain…Michel Drucker ! Mais les évènements de mai avaient mis fin à son existence. Il faudra attendre Pop 2, cette nouvelle émission sera diffusée en 1970 sur la 2 -ème Chaîne et présentée par Patrice Blanc-Francart pour retrouver ce type de programmes. Il est vrai que l’étrange lucarne qui avait connu une grosse purge de ses effectifs les plus réfractaires (grande grève de mai-juin 68) connaissait une période de libéralisation voulue par le gouvernement de Jacques Chaban-Delmas (malgré la franche hostilité du Président Pompidou).

Mais l’expérience tournera court et il faudra attendre 1982 (un an après l’arrivée au pouvoir de la Gauche) et la création des « Enfants du Rock » par Pierre Lescure, futur patron de Canal Plus pour retrouver ce créneau à plus long terme…….

 

B-B-F

 

Au début de l’année, le journaliste François-René Christiani a la lumineuse idée de réunir autour d’un micro (celui de RTL), les trois grands de la chanson Francophone du moment : le français Georges Brassens, le Belge Jacques Brel et le Franco-Monégasque Léo Ferré. Qui ne connait pas cette célébrissime photo prise par Jean-Pierre Leloir dans un appartement Parisien où l’on découvre les trois hommes autour d’une table, dans une atmosphère enfumée et visiblement arrosée ? Cela donnera a posteriori un document phonographique unique portant sur les réflexions et la vision du monde de ces trois artistes aujourd’hui disparus….

Mais la France de cette époque, c’est également celle de la variété, avec des chanteurs aussi variés que Claude François, Joe Dassin, Mireille Matthieu, Gilles Dreu, Hugues Auffray, Pierre Perret, Richard Anthony, Sheila, Sylvie Vartan, David Alexandre Winter et son méga tube : Lady Mary, des petits nouveaux comme les trois Michel : Delpech, Sardou et Fugain qui ne vont pas tarder à squatter les podiums en matière de vente de disques….

Les chanteurs à textes occupent également les premières places, aussi bien sur les ondes que sur les scènes de France et de la Francophonie comme Guy Béart, Jean Ferrat, Barbara ou encore Gilbert Bécaud toujours branché sur 100 000 volts….

 

LE METEQUE

 

Mais le triomphe musical le plus surprenant sera celui de Georges Moustaki. Cet ancien compagnon de route d’Edith Piaf (amant+ musicien) à qui l’on doit notamment « Milord » passe subitement de l’ombre à la lumière grâce à ce qui va devenir un tube incontournable : « le métèque », chanson autobiographique que cet enfant Italien d’Alexandrie qui avait pris emprunté son prénom-pseudonyme à Brassens, une de ses idoles.

« Le métèque » lance donc la carrière de Moustaki, aussi bien au niveau national qu’international, donnant par la suite d’autres joyaux de la chanson français comme « Ma liberté » que reprendra d’ailleurs avec brio son ami Serge Reggiani.

 

 

QUE JE T’AIME

 

Jean-Philippe Smet fête ses dix ans de carrière, il chante cette année-là : « Que je t’aime » qui est enregistré en live au Palais des Sports de Paris. La chanson sera un énorme tube avec plus d’un million d’exemplaires vendus et fera partie du premier « grand spectacle » de l’idole des jeunes. L’ex-idole des jeunes avait fait appel à Gilles Thibaud (auteur de « Ma gueule ») pour les paroles et de Jean Renard pour la musique….

 

DUTRONC et POLNAREFF

 

Ils furent tous les deux, les révélations de l’année 1966 et depuis trois ans, ils accumulent les tubes. Jacques Dutronc et son parolier Jacques Lanzmann, véritables rois de la déconnade cartonnent, en témoignent « les cactus », « et moi et moi » ou encore « il est cinq heures, Paris s’éveille » qui fut un des tubes de 1968.

En 1969, ils commettent quelques joyaux dont le désopilant « L’Hôtesse de l’air », le très rock « Le responsable » ou « L’aventurier ». Leur collaboration durera encore un peu plus d’une décennie et sera l’une des plus fructueuses de la chanson française….

Michel Polnareff, ancien Beatnik au look androgyne, fils d’un compositeur d’origine ukrainienne a subi une formation musicale classique solide pendant son enfance. En rupture de ban avec un milieu familial qui l’étouffe, il connaitra une courte période de vaches maigres mais sa virtuosité va bientôt le rattraper. Son premier tube « la poupée qui fait non » est enregistré à Londres avec à l’accompagnement : Jimmy Page et John Paul Jones !

Avant de faire sa « Polnarevolution » et faire scandale avec ses provocations médiatiques, le compositeur enregistre alors « Dans la maison vide » ou « Tous les oiseaux, tous les bateaux », deux tubes parmi tant d’autres avant la fuite aux USA pour raison fiscale en 1974….

 

HAIR France

 

Ce spectacle en version française est présenté au Théâtre de la Porte Saint-Martin à Paris et est adapté de la comédie musicale américaine écrite par James Rado et Gerome Ragni sur une musique de Galt Mc Dermot. Créée la scène New Yorkaise en 1968, la comédie musicale a connu dès lors un succès colossal et restera à l’affiche plus de 5 ans. La réussite de l’œuvre est probablement dû aux termes qu’elle aborde : le milieu hippie et la guerre du Vietnam qui fait rage alors….

Curieusement, même la presse américaine loue les qualités artistiques de la version française, qu’elle juge meilleure à l’originale. Appréciation assez rare pour être souligné. En tête d’affiche, de cette version : Julien Clerc, 22 ans, qui a accompagné Gilbert Bécaud dans ses récitals. Le jeune compositeur qui commet cette année là son premier tube « La Californie » joue en alternance avec Gérard Lenorman qui comme son binôme occupera durant toute la décennie suivante, les premières places des Hits Parade….

L’adaptation française est écrite par un certain Jacques Lanzmann, dont nous avons déjà parlé du fait de sa collaboration artistique avec Jacques Dutronc. Le spectacle qui connait un grand succès également fait cependant scandale à cause de nombreuses scènes dénudées qui choquent un auditoire de l’époque encore un peu prude….

 

 

JE T’AIME MOI NON PLUS

 

Ce tube incontestable, vendu à plus de 750 000 exemplaires en France fit également le tour du monde provoquant autant d’enthousiasme que d’indignation. Certains y virent une œuvre obscène, une sorte d’hommage à la sodomie (je vais et viens, entre tes reins…). L’église catholique condamna fermement la chanson, jugeant indécent les râles et autres soupirs insupportables à écouter….

« Je t’aime moi non plus » marqua le début de la fructueuse collaboration entre Serge Gainsbourg, qui n’était pas encore Gainsbarre et sa muse (et compagne), l’ancienne Jane Birkin, alors jeunette de 22 ans et qui durera malgré leur séparation en 1980 jusqu’à la mort du compositeur en 1991.

Mais ce triomphe musical teinté d’un parfum de scandale ne fut pas destiné à l’origine à la jeune Anglaise. Une première version fut commise en 1967 mais connut bien des mésaventures qui contrarièrent (déjà sa diffusion). L’auteur de « la Javanaise » entretenait à l’époque une liaison passionnée avec la plus grande star française de l’époque : Brigitte Bardot. Cette dernière lui demanda un soir de lui écrire « la plus belle chanson d’amour du monde ».

Ce que fit Gainsbourg qui passa une nuit entière à composer la « perle rare ». La chanson fut enregistrée mais très rapidement, le mari (officiel) de Brigitte Bardot, le milliardaire Play-Boy Gunther Sachs s’opposa fermement à sa diffusion et menaça le compositeur de poursuites…

Résignés, les deux amants renoncèrent et se séparèrent douloureusement. En mettant fin à une liaison courte mais passionnée. On se souviendra de quelques morceaux mythiques de ce duo insolite : « Harley Davidson » , « Initiales BB » et bien sûr Bonnie and Clyde ».…

Le morceau original ressortira officiellement quelques années plus tard mais connut un succès confidentiel….

 

 

Un Moody Blues qui chante la nuit
Comme un satin de blanc marié
Et dans le port de cette nuit
Une fille qui tangue et vient mouiller

 

Léo Ferré- « C’est Extra »1969.

 

 

C’EST EXTRA

(Epilogue)

 

Les grandes chansons ne sont pas toujours le fruit d’un long travail mais parfois d’une pensée du moment, au cours d’une promenade ou d’un voyage en voiture. Cela sera le cas de « C’est Extra », un des plus gros tubes de Léo Ferré, notre anarchiste national qui en entendant à la radio le tube planétaire « Night in white satin » des Moody Blues, eut l’idée de cette superbe chanson teintée d’un érotisme poétique fort.

Cette année 1969, dernière d’une décennie riche en évènements économiques, sociologiques et culturels sonne peut-être le glas d’une « parenthèse enchantée » pour une jeunesse issue du baby-boom de l’immédiat après-guerre qui aura profité de l’abondance occidentale, de la relative libération des mœurs et d’une certaine insouciance face à un avenir qui commençait à afficher des signes d’incertitude palpable. Les « révoltes » du printemps 1968 auront certainement été un signe avant-coureur des futurs bouleversements à venir….

Le « grand chambardement » comme le chantait Guy Béart n’a pas encore eu lieu, mais au niveau musical on a pu constater cette année là le crépuscule du phénomène hippie, aussi intense qu’éphémère, l’émergence des supergroupes  de Rock qui inonderont les scènes du monde entier, le réveil de la musique folk, les balbutiements du Hard Rock, les débuts des futurs acteurs de la «nouvelle chanson française » ou encore l’apogée d’une variété française qui fera les grandes heures des shows télévisés où le service après-vente n’existait pas encore….

ON A MARCHE SUR LA LUNE

En 1954, le célèbre reporter Belge Tintin avait été le premier homme à marcher sur la Lune, accompagné de ses éternels compagnons de route : son chien Milou, le capitaine Haddock, les deux Dupont(d) et bien sûr le Professeur Tournesol, directeur scientifique du programme spatial lancé depuis la Syldavie, petit pays d’Europe centrale….

 Tout ça n’est bien sûr qu’une fiction provenant d’une bande dessinée qui a ravi notre enfance. Mais l’imagination du dessinateur Hergé va être rattrapée par la réalité. Quelques années après l’exploit de Tintin, un jeune président Américain John Fitzgerald Kennedy, fraichement élu à la Maison Blanche en 1961 va décider d’envoyer d’ici la fin de la décennie un homme sur la Lune….

 

 

“We choose to go to the Moon”

John Fitzgerald Kennedy, 1961.

 

 Ce projet jugé autant irréaliste qu’audacieux n’est pas sorti par hasard d’une lubie qui aurait hanté le Président Américain mais plutôt d’une volonté stratégique : en pleine guerre froide, les Etats-Unis avaient pris du retard face à l’ennemi Soviétique qui avait entamé son programme spatial dès 1957 en envoyant le premier être vivant sur orbite : la chienne Laika à bord de Spoutnik 2 mais le valeureux animal ne survécut pas, a contrario en cette année 1961, l’URSS venait d’envoyer le premier homme dans l’espace : Youri Gagarine…comme elle le fera pour la première femme, avec Valentina Terechkova en 1963….

Fort de cette prouesse technologique, l’URSS se voyait alors en position de force pour envoyer un premier homme sur la Lune, persuadée que les USA ne combleraient jamais leur retard. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, la rivalité technologique faisait rage entre le leader du monde capitaliste et celui du bloc socialiste.

Lors de la Conférence de Yalta en 1945, les vainqueurs du conflit coupèrent en deux : une Europe à bout de souffle, à l’ouest le monde dit « libre », à l’est « le bloc de l’est » …Mais les conséquences d’un tel partage ne furent pas que géostratégiques car les deux Grands ont cherché à se faire peur mutuellement pour mieux marquer leur territoire : ce sera la Guerre Froide qui sévira jusqu’à l’écroulement du Bloc Soviétique en 1991….

 

 

 

DOCTEUR FOLAMOUR

 

 

C’est la course à la bombe atomique qui va être l’épisode le plus marquant du début de la Guerre froide. Les deux blocs occidentaux comme socialistes vont se marquer « à la culotte » pour tenter d’obtenir le leadership en matière de force de dissuasion. L’idée de voir germer une troisième guerre mondiale sera omniprésente durant toutes ses années et alimentera l’imagination de bon nombre d’auteurs de romans d’espionnage ainsi que les joutes diplomatiques parfois au fil du rasoir des grands de ce monde : on se souvient de la crise des missiles entre Kennedy et Khrouchtchev.

Mais les visées impérialistes ou hégémoniques des uns et des autres vont dépasser le simple cadre terrien pour pointer leurs nez vers les étoiles…

 

LES GRANDS MOYENS

 

Les Etats-Unis ne vont pas rester longtemps à la traine car ils vont avoir les moyens de leurs ambitions…Déjà, quelques semaines après Gagarine, il envoie dans l’Espace leur premier astronaute : Alan Sheppard à bord du vaisseau Freedom 7 mais s’il rentre dans l’espace, il n’atteint pas l’orbite… Ce n’est qu’un début car onze ans plus tard en 1971, il marchera sur la Lune lors de la mission Apollo 14….

C’est en février 1962 que son collègue John Glenn deviendra le premier Américain à effectuer un vol orbital moins d’un an après Gagarine….

Le programme spatial américain coûtera la « modique » somme de 25 milliards de Dollars et emploiera plus de 400.000 personnes…Dix sept missions entre 1961 et 1972 verront le jour mais avec des fortunes diverses : le triomphe avec Apollo 11 en 1969 mais un échec avec Apollo 13, même si Lovell et son équipe ne pourront alunir suite à une panne d’oxygène, arriveront cependant à revenir sur terre….

 

 

APOLLO 11

 

Le vœu du Président Kennedy d’envoyer un homme sur lune avant la Saint-Sylvestre 1969 va être exaucé mais sans lui : la mort l’ayant fauché un jour de novembre 1963 à Dallas, c’est au nouveau locataire de la Maison-Blanche, Richard Nixon, ancien adversaire malheureux face à JFK en 1960, que va revenir l’honneur d’assister à l’apothéose de l’épopée spatiale….

Le 16 juillet 1969, la mission Apollo 11 est lancée avec son équipage composé de Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Michael Collins. Les trois astronautes, tous anciens pilotes aguerris ont subi un entrainement très dur et ils savent que leur vie risque d’être bouleversée s’ils réussissent cet exploit technologique….

 

 

 

UNE RANDONNEE DE 384 000 KILOMETRES

 

 

Les trois astronautes : Neil Armstrong (1930-2012), Buzz Aldrin (né en 1930) et Michael Collins (également né en 1930) vont effectuer le voyage aller de 3 jours sans problème majeur mais on s’en souvient, lors de l’arrivée dans l’orbite lunaire, une saturation de signaux de l’ordinateur de bord va poser des problèmes aux trois hommes qui seront obligés « d’alunir » à quelques kilomètres du point initialement prévu, au lieu-dit «la mer de la tranquillité » avec une jauge de carburant au bord de la rupture.

Le suspense sera à son comble mais l’exploit a été réalisé avec brio. A 20h56 (heure américaine, 3h56 heure française), Neil Armstrong devient le premier homme à fouler le sol lunaire sous le regard médusé de plus de 600 millions de téléspectateurs ou l’oreille attentive d’autant d’auditeurs des radios du monde entier. Il prononce sa phrase devenue culte : « c’est un petit pas pour un homme, mais un bond de géant pour l’humanité ».

Buzz Aldrin lui emboitera le pas tandis que le troisième homme, Michael Collins n’aura pas ce privilège en restant dans le vaisseau spatial…

Le trio passera plus de 21 heures sur la surface lunaire mais n’aura que deux heures pour rouler et marcher sur ce sol auparavant vierge de toute présence humaine. Le temps passé sera moins long que prévu suite aux avaries de l’alunissage mais n’en sera pas moins fructueux : les astronautes prélèvement un grand nombre d’échantillons lunaires (pas moins d’une vingtaine de kilos de roches lunaires qu’ils ramèneront sur terre et installeront un capteur de rayon cosmique ainsi qu’un sismomètre sans oublier le drapeau américain qu’ils planteront allègrement sur ce sol ingrat….

 

 

MONDOVISION

 

La pose du premier pas sur la lune par Armstrong a été photographié par ses équipiers puis filmé avec une caméra vidéo permettant à près de 600 millions de terriens de suivre en direct cette prouesse technologique…Ainsi les noctambules Français, dont beaucoup étaient en vacances ont pu être aux premières loges. Il faut signaler qu’a l’époque, 60 % des foyers français étaient équipés d’un récepteur de télévision. Aux USA comme en France, l’évènement a ainsi préfiguré ce qui sera la suite « l’évènementiel en télévision » : de l’info en continu avant l’heure : 30 heures d’antenne outre-Atlantique et édition spéciale en France, commentée à Paris, par Jean-Pierre Chapel et Michel Anfrol, tandis que Jacques Sallebert était à Houston…

Les équipes françaises étaient en fait sur le fil de l’actualité depuis le début de la mission le 16 juillet. Une édition spéciale, fait exceptionnel à l’époque se déroula entre deux et trois heures du matin pour commenter le premier pas de l’homme sur la lune….

C’est évident, si l’évènement médiatique est entré dans les annales, il est clair que la retransmission des images n’étaye pas d’une très grande qualité technique, émaillés de quelques incidents (images à l’envers), les fréquents « Allo, Houston » patiemment lancé par le binôme Chapel-Anfrol mais l’émotion était présente….

Une caméra installée à l’extérieur du Lem permit d’assister à la pose du premier pied humain sur le désert lunaire et d’entendre la phrase légendaire d’Armstrong « Un petit pas pour l’homme, un pays de géant pour l’humanité » ….

Un Richard Nixon téléphonant en direct aux deux astronautes pour les féliciter constituait une prouesse technologique qui nous mettait à des années-lumière du « 22 à Asnières » ….

 

Sur France-Inter, c’est Michel Forgit et Jean-Claude Bourret qui « couvriront l’évènement » La radio nationale s’était fendue d’une « spéciale Radio-Terre » dans les jours qui précédèrent l’instant historique et qui tiendra en haleine de nombreux auditeurs privés de l’étrange lucarne…

A Europe 1, le scientifique et journaliste légendaire Albert Ducros commente l’évènement avec François de Closets tandis qu’à RTL, c’est une autre figure du journalisme scientifique, Lucien Barnier qui couvrira l’évènement. La plupart écriront d’ailleurs des ouvrages ou participeront à des documentaires retraçant l’évènement…

 

 

RETOUR SUR TERRE

 

La mission étant terminée, il sera temps de rentrer sur terre mais un incident notable va se produire peu quelques heures avant le décollage : Buzz Aldrin, gêné par son encombrante combinaison casse par inadvertance le bouton du coupe-circuit qui permet la mise à feu Du moteur de l’étage de remontée du LEM donc du décollage. Quelques heures après, la légende veut que l’astronaute se soit saisi d’un stylo pour réactionner le bouton abimé….

Le voyage de retour durera 59 heures, soit une demi-journée de moins qu’à l’aller, grâce à l’attraction gravitationnelle de la terre étant plus grande que celle de la lune…. Les trois astronautes amerriront au large d’Hawaï…

Un escorter de l’US Navy avec à son bord le Président Nixon himself qui félicitera de nouveau les trois « héros nationaux » qui ne profitèrent que quelques secondes de la surface terrestre en rejoignant la capsule de confinement car on craignait qu’ils importent des virus extra-terrestres. Ils restèrent d’ailleurs dans cet état d'immunité durant près de trois semaines…avant d’arpenter les marches de la gloire….

 

EN ROUTE POUR LA GLOIRE

 

 

Pas toujours évident d’assumer son statut de star planétaire lorsqu’un an auparavant, on était un illustre inconnu et pas forcément friand de bains de foule…Pourtant c’est ce qui arrivera à nos trois astronautes. Le Président Nixon leur imposera une « tournée internationale » : après la parade triomphale de New York dans laquelle les trois héros de l’espace seront acclamés comme il se doit, la visite de 24 pays représentant plus de 100 millions de personnes. Ah, le vertige de la gloire n’a pas de prix !

Les astronautes rendirent également un hommage appuyé à John Kennedy qui était à l’origine de cette aventure lunaire. Les Etats-Unis avaient ainsi triomphé de l’Union Soviétique qui d’ailleurs occulta l’exploit d’Apollo 11, à l’instar de la Chine de Mao…

Les Soviétiques avaient pourtant tenté un dernier « coup de Poker » pour contrer le succès américain, en laissant la sonde Luna 15 dès le 13 juillet, espérant la poser sur la lune et ramener quelques échantillons mais elle se « crasha » à quelques 800 kilomètres de la Mer de la Tranquillité, au lieu-dit « La mer des crises » (ça ne s’invente pas…)

Malgré tout, la guerre froide et technologique était encore bien présente et ce, pour encore une vingtaine d’années…Mais l’heure était à présent à celle des navettes spatiales et autres stations scientifiques. Sans oublier, l’arrivée de nouveaux conquérants de l’Espace, comme la France avec son premier Spationaute, Jean-Louis Chrétien en 1980 et qui sera suivi par bien d’autres compatriotes par la suite (Patrick Baudry, Claudie et Jean Pierre Haigneré, Michel Tognini ou encore le médiatique Thomas Pesquet)…..

 

 

 

LES  MISSIONS SUIVANTES 

 

Fort de ce succès, les américains continueront les missions Apollo jusqu’à la 17 -ème du nom en décembre 1972 et qui épiloguera l’aventure lunaire, faute de crédits supplémentaires. 12 astronautes auront marché sur la lune, on les surnommera outre-Atlantique, les « Moonwalk ers » ….

Mais l’aventure spatiale ne s’arrêtera bien sûr pas là, ainsi que la rivalité avec l’Union Soviétique qui continuera dans le temps, annonçant les navettes et autres séjours longue durée dans les stations orbitales……

 

 

 

EPILOGUE

 

Un demi-siècle après, l’épopée d’Apollo 11 est dignement et les trois astronautes ne sont pas tombés dans l’oubli. Le premier homme sur la lune, Neil Armstrong est mort en 2012 tandis que ses deux compagnons sont toujours en vie. Aucun des trois n’est retourné dans l’Espace, préférant se consacrer à des activités terrestres comme l’enseignement, la politique ou même le Show-biz….

Aujourd’hui encore, quelques esprits chagrins, adepte des théories complotistes restent persuadés que la mission Apollo 11 comme toutes celles qui ont suivi n’ont jamais envoyé des hommes sur la Lune et que les « scènes lunaires » ont été tournées dans un quelconque studio Californien ou sur l’ile Ascension dont les paysages lunaires auraient pu faire l’affaire… En revanche, beaucoup d’autres salueront ce formidable exploit technologique même s’ils ne sont pas toujours persuadés des vertus scientifiques et économiques d’une telle aventure….

Une aventure lunaire être relancée notamment par l’inénarrable Donald Trump, toujours en quête d’une « America First » tandis que d’autres se voient déjà conquérir la lointaine Mars mais là c’est encore une autre histoire…….

 

CINEMASCOPE 69

C’ERA UNA VOLTA NELL’OVEST

 

A l’instar de l’actualité musicale, l’année 1969 fut également une année bénie pour le Septième Art…. Une actualité cinématographique qui sera marquée par un tiercé gagnant pour le nombre d’entrées : largement en tête, avec 14 Millions d’entrées, une coproduction Italo-Américaine : « Il était une fois dans l’Ouest » (C’era Una volta nell’ovest) qui va révolutionner les règles du western, genre pourtant en déclin à l’époque de l’autre côté de l’atlantique.

En France, Robert Hossein réalise et interprète « un colt et des fusils » avec la complicité de Michèle Mercier, qui fut sa partenaire dans la série « Angélique, marquise des Anges » mais cette tentative de « western-steak frites » n’aura pas de vraiment de suite a contrario de ce que l’on appellera « le Western-Spaghetti » qui donnera quelques pépites mais beaucoup de nanars aussi….

« Il était une fois dans l’Ouest » est donc à ranger dans la catégorie des pépites avec une distribution internationale éclatante : Henry Fonda, Charles Bronson, Jason Robards et bien sûr la belle Claudia Cardinale…entre autres. Tourné en Anglais puis postsynchronisé en Italien, le tournage se déroula sur le continent européen : en Espagne, dans la province d’Andalousie, en Italie mais également outre-Atlantique, dans la mythique Monument Valley, chère à John Ford….

On n’a pas oublié la longue scène silencieuse des premières minutes du film, les gros plans fixes et bien sûr la musique autant envoûtante qu’inoubliable d’Ennio Morricone qui est restée dans toutes les mémoires…La même année, le Maestro, ami de jeunesse de Sergio Leone composera également la musique d’un autre grand succès de cette année : « Le client des Siciliens » d’Henri Verneuil avec le trio Gabin-Ventura-Delon….

Sorti en Août 1969 à Paris, le western de Sergio Leone, ex réalisateur de Péplums à Cinecitta, temple du cinéma Italien alors à l’apogée avait déjà réalisé quelques classiques du genre auparavant tels « Pour une poignée de dollars » « le bon, la brute et le truand » ou « pour quelques dollar de plus » mis en musique pSar le même complice Morricone…

L'idée du film est pourtant venu de Bernardo Bertolucci qui évoluait dans un registre totalement différent (Prima della rivoluzione, La stratégie de l'araignée, bien avant le sulfureux Dernier Tango à Paris).....

Mais la plus grande curiosité de ces western italo-américains sera la confrontation de deux acteurs qui évolueront dans des genres totalement différents par la suite : l’Italien Gian-Maria Volonté, superstar du cinéma politique Transalpin et bien sûr Clint Eastwood, un des cinéastes majeurs outre-Atlantique….

 

 

  

MADE IN FRANCE

 

Loin derrière, mais avec cependant plus de 5 millions d’entrées : « Le Cerveau » réalisé par Gérard Oury, avec « Bebel », alias comme Jean Paul Belmondo, alors grande star du cinéma français qui a explosé dix ans plus tôt grâce à « A bout de souffle « de Jean-Luc Godard avec lequel il tournera également son film culte « Pierrot le Fou » (en 1965), l’ancien trublion du conservatoire, à la tête d’une belle bande composée alors de Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort, Françoise Fabian, Pierre Vernier ou Michel Beaune s’est imposé comme une valeur sûre du grand écran, aussi en France qu’en Italie, mais pas aux Etats-Unis (English, not fluent ?).

Les plus grands réalisateurs l’ont fait tourner : Jean-Pierre Melville, Louis Malle, Mauro Bolognini, Claude Lelouch, Jacques Rivette, Alain Resnais, Jacques Deray, Henri Verneuil, François Truffaut, etc.  Le film d’Oury s’inspire du fameux casse du siècle, l’attaque du train postal Londres-Glasgow.

 Ses partenaires s’appellent Bourvil, qui occupe le haut de l’affiche en France depuis la fin de la seconde guerre mondiale mais également dans des productions anglophones comme cette même année avec « L’arbre de Noel » de Terence Young et qui tournera dans la foulée un des ses meilleurs rôles « Le cercle rouge » de Melville avant de disparaître prématurément en 1970… David Niven joue « le cerveau » cet acteur Very british (mais parlant français) clôtura le trio vainqueur même si le nombre d’entrées décevra les producteurs qui espéraient bien transformé les cartons de «la grande vadrouille » et du « Corniaud «  qui avaient atteint des sommets quelques années auparavant (la « Grande vadrouille » avec ses 17 millions d’entrées en 1966 ne sera détrôné par les phénomènes « Titanic » et « Bienvenue chez les Ch’tis » que trente ans après !)

Il est à noter que le « tiercé gagnant » du box-office de cette année 1969 compte deux films Français, puisque « Le Clan des siciliens » d’Henri Verneuil, « bon polar à l’ancienne » et qui réunit le « taulier » Jean Gabin et ses « fils spirituels » : Lino Ventura et Alain Delon ferme la marche du podium………

Mais le cinéma Français continue à résister à « l’invasion Américaine » qui déferle à l’époque sur le continent européen alternant entre le cinéma d’auteur de qualité comme « Ma Nuit chez Maud », un des « contes moraux » du très littéraire Éric Rohmer,  qui réunit à l’écran (et en noir et blanc) : Françoise Fabian et Jean-Louis Trintignant….et un cinéma populaire comme « Hibernatus » d’Edouard Molinaro, avec notre Louis de Funès national, grimacier hors pair mais surtout valeur sûre au box-office depuis quelques années (avec Oury notamment) : l’ancien cachetonneur des nanars des années 50 est devenu probablement l’acteur le mieux payé du cinéma français…..

Deux ex critiques impitoyables des « Cahiers du Cinéma » devenus les enfants terribles de la « Nouvelle vague » : François Truffaut et Claude Chabrol sont également très présents cette année-là : le premier réalise la « Sirène du Mississipi » avec un Belmondo, en héritier voué à sa perte en croisant la route d’une Catherine Deneuve, usurpatrice maléfique  (que l’on verra la même année dans « Tristana » de Buñuel avec Fernando Rey) mais malgré cette affiche alléchante, le film sera un échec commercial tandis que le second Claude Chabrol est au sommet de son art, en signant à la suite deux de ses meilleurs films : « Que la bête meure » opposant un Michel Duchaussoy, en quête d’une vengeance personnelle suite à la mort de son fils provoqué par un chauffard interprété par un Jean Yanne , garagiste ignoble qui martyrise son entourage puis « Le Boucher » toujours avec Jean Yanne, cette fois-ci, boucher psychopathe et tueur qui s’éprend de l’institutrice du village, Stéphane Audran, alors épouse et « muse chabrolienne » par excellence…..

Le coupe mythique Alain Delon et Romy Schneider est reconstitué au sein d’un thriller Tropézien au bord trouble de « La Piscine », avec comme partenaire la toute jeune Jane Birkin et le regretté Maurice Ronet.

L’ex fiancée autrichienne du ténébreux Delon est devenu une vedette incontournable du cinéma français et tourne également cette année-là une adaptation du roman à succès de Paul Guimard : « Les Choses de la vie » par celui qui deviendra son réalisateur fétiche : Claude Sautet, auteur de quelques chefs d’œuvres des années 70-90. Elle a pour partenaire Michel Piccoli qui est devenu l’un des acteurs les plus appréciés du cinéma européen, tournant notamment avec Marco Ferreri, Luis Buñuel, Alfred Hitchcock, Jean-Luc Godard qui le fait accéder au rang de vedette avec « Le Mépris » avec Brigitte Bardot, Jacques Demy ou encore Costa-Gavras.

Ce dernier, Français d’origine Grecque réalise cette année-là : « Z » avec Yves Montand et une belle brochette de vedettes : Jean-Louis Trintignant (qui obtient le prix d’interprétation à Cannes), Charles Denner, Irène Papas, Bernard Fresson, Renato Salvatori, Marcel Bozzuffi ou encore Maurice Baquet…Tourné en Algérie, le film dénonce la dérive autoritaire d’un régime corrompu qui ressemble étrangement au pays d’origine du réalisateur qui vit depuis 1967 sous la dictature des « Colonels avec le très explicite « Tout lien avec la réalité est purement volontaire » .

Jean Pierre Melville tourne « L’armée des Ombres » un hommage poignant à la Résistance, inspirés de faits réels et interprétés de façon magistrale par Lino Ventura, Paul Meurisse, Simone Signoret, Jean-Pierre Cassel et Christian Barbier.

On se rappelle un des passages les plus anxiogènes du film, lorsque dans le « couloir de la mort » dans lequel sont envoyés de façon sadique des résistants, on entend le célébrissime générique des « Dossiers de l’Ecran » qui donne toujours la « chair de poule » …. Cette Résistance et son contraire la Collaboration qui seront également évoqués dans le documentaire de Marcel Ophuls : « Le chagrin et la pitié » qui évoque la vie sous l’Occupation à Clermont-Ferrand, le film ne plait pas à tout le monde car il réveille certains souvenirs douloureux, car les feux de la seconde guerre mondiale sont encore loin d’être éteints à cette époque….

 

IF

 

Le cinéma Britannique est à l’honneur avec « If » réalisé par Lindsay Anderson qui obtient la Palme d’Or au festival de Cannes. Le film raconte l’histoire de collégiens d’une Public School huppée qui se révoltent contre l’autorité étouffante. Le souffle de la révolte de 1968 en Europe est encore très présent, ici certes poussé jusqu’à l’extrémité sans la scène ultime du film que nous ne raconterons pas et la plupart des thèmes récurrents d’une jeunesse en devenir y sont abordés dont la libéralisation des mœurs et surtout plus de permissivité. Interprété notamment par Malcom Mc Dowell qui connaitra la célébrité avec « Orange Mécanique » de Stanley Kubrick (1971). Il sera également dans deux autres films de Lindsay Anderson sans oublier le très déjanté « Caligula » dans les années 80…….

 

  

MADE IN USA

 

Le cinéma Made in USA de 1969 est bien à l’image d’un pays-continent qui vit les dernières heures du mouvement hippie, de l’envie de « faire la route » pour une génération de jeunes Yankees, issus du baby-boom qui suivit le second conflit mondial et qui auront été comme les jeunes européens les heureux bénéficiaires de la croissance économique, mais les premières failles de ce « miracle » sont palpables sur fond de guerre du Vietnam qui estompe peu à peu l’image d’une « Amérique » qui n’est plus considérée comme libératrice des peuples tandis que les grands foyers industriels connaissent les signes avant-coureurs de déclin, synonyme d’un chômage endémique…

L’envie de faire la route pour trouver une vie meilleure taraude les esprits dont celui notamment de Dennis Hopper qui produit, réalise et interprète « Easy Rider » œuvre majeure qui annonce une longue série de Road-Movies qui vont hanter les salles obscures pendant plusieurs années : La longue chevauchée à travers le pays de deux bikers  qui gagnent leur vie en vendant de la drogue, dont Dennis Hopper mais également par Peter Fonda sans oublier une des premiers grands rôles de Jack Nicholson, dans le rôle d’un avocat défenseur des droits civiques qui va se joindre au duo….

Les paumés ont donc la côte, avec également « Macadam Cowboy » de John Schlesinger, mettant en avant un duo improbable : un bon bourrin du Texas (pléonasme ?), interprété par Jon Voigt qui part à la conquête de Big Apple pour tenter de devenir (sans succès) gigolo et Dustin Hoffmann, dans le rôle d’un marginal souffreteux qui espère un jour regagner la côte Ouest, source de rédemption selon lui mais les deux compagnons d’infortune seront rattrapés par leur destin funeste[PD3] ….

Un autre raté poisseux, piètre braqueur va tenter de faire tourner la « roue de la fortune » mais jamais y parvenir, c’est bien sûr Woody Allen dans « prends l’oseille et tire-toi » qu’il réalise également et qui sera le signe annonciateur de nombreux films marquants pour un cinéaste au look d’anti-héros notoire….

D’autres font partie de l’Establishment, comme Kirk Douglas qui dans « L’arrangement » écrit et réalisé par Elia Kazan, dévisse soudainement (cherchez la femme interprétée par Faye Dunaway) comme rattrapé par ses vieux démons du passé…

Le western traditionnel US n’a pas complètement disparu sous le rouleau compresseur du « western-spaghetti, puisque trois œuvres marquantes du genre sortent sur les écrans : « Butch Cassidy et le Kid » avec le tandem Redford Newman, « la horde sauvage » avec William Holden et Ernest Borgnine ou « Cent dollars pour un Sheriff » avec l’incontournable John Wayne …. Wild West forever….

 

 

EPILOGUE

 

On l’aura compris, l’année 1969 aura donc été un « grand cru » cinématographique un peu partout dans le monde. Beaucoup des films sortis cette année-là ont fait beaucoup d’entrées et certains sont passés à la postérité sans vraiment se démoder. L’après 68 avait révélé une nouvelle génération de cinéastes à travers le monde, formant une sorte de « nouvelle nouvelle vague » sans pour autant ranger au placard les valeurs sûres du moment. Le cinéma d’auteur s’est affirmé sans être forcément gêné par les grosses machines commerciales : chacun était dans son rayon d’action, c’était l’époque des « ciné-clubs » mais le début des grands complexes cinématographiques, la télévision prenait pourtant de plus en plus d’importance dans les foyers mais laissait encore la part belle aux cinoches de quartier, bien avant les DVD et le streaming, la « dernière séance » n’était pas encore annoncée comme se sera le cas deux décennies après….

69 fut donc une année cinématographique…….

FRANCE NOUVELLE SOCIETE

APRES MAI, FAIS CE QU'IL TE PLAIT

 

Le 24 mai 1968, lors de son allocution radio-télévisée, Charles de Gaulle, Président de la République en exercice prônait pour la tenue d’un référendum concernant une réforme universitaire, sociale et économique en précisant que cette consultation devait se tenir dans le mois qui suivait afin de répondre urgemment aux requêtes exprimées lors du mouvement de Mai.

Mais son Premier Ministre, Georges Pompidou lui conseilla plutôt de différer une telle initiative et de procéder à contrario à la dissolution de l’assemblée nationale, afin de mieux « tâter » le pouls du corps électoral, ce qu’accepta le vieux Général qui avait plus ou moins perdu la main lors des évènements : l’homme providentiel de 1940 avait cédé la place à un dirigeant qui ne comprenait plus son époque…

Bien lui en prit : après la manifestation monstre du 30 mai organisée sur les Champs-Elysées à l’initiative des fidèles du pouvoir qui souhaitaient mettre un terme « à la chienlit », les élections qui suivirent constituèrent un triomphe sans précédent pour le pouvoir Gaulliste : un véritable « raz de marée », balayant une opposition qui pourtant, un an plus tôt avait failli renverser la majorité sortante….

Plus de 293 députés UDR élus sur les 491 sortants. « J’aurais présenté mon chien avec l’étiquette UDR, il passait » plaisantait alors le truculent Député Alexandre Sanguinetti. La majorité présidentielle était donc réconfortée après la grosse zone de turbulence qui avait failli la pulvériser, tandis que la Gauche sortait groggy du scrutin et se préparait ainsi à continuer sa déjà longue cure d’opposition entamée en 1958.

Le Général de Gaulle se sépara cependant de son sauveur, Georges Pompidou qui lui avait pourtant été très précieux, assurant l’intérim du pouvoir pendant sa curieuse éclipse en Allemagne et s’avérant un habile négociateur lors des « accords de Grenelle », réunissant les syndicats et le gouvernement et qui aboutit notamment à une forte augmentation du SMIC, fut épaulé par son secrétaire d’Etat à l’emploi, Jacques Chirac et son conseiller Edouard Balladur, ces deux derniers entamant une « amitié de trente ans » (rires).

L’Homme du 18 juin remplaça son fidèle serviteur par un grand commis de l’Etat, diplomate pur jus, Maurice Couve de Murville. Georges Pompidou se fit élire député dans son département natal, le Cantal tout en attendant son heure.

L’ex-chef de gouvernement ne tardera pas à sortir de son silence dès le début de l’année 1969, se déclarant « en réserve de la République » dès que cela se présentera comme s’il était saisi d’un pressentiment palpable…

L'APPEL DE QUIMPER

 

 

« Le Grand Charles » a été requinqué par le succès électoral de l’été précédent et semble avoir effacé le mauvais souvenir du « Dix ans, ça suffit » que scandaient ses détracteurs sur les barricades de Mai. En visite à Quimper (Finistère), il relance son idée de référendum avorté l’année précédente et propose de mettre à la question deux sujets majeurs : la réforme du Sénat (déjà) et des Régions (Idem).

Le chef de l’Etat préconise même la fusion entre le Sénat et le Conseil Economique et social (déjà considéré comme un « fromage de la république »). Aussitôt, Alain Poher, Président du Sénat centriste élu en 1968 monte en première ligne pour s’opposer à une telle initiative. Le maire d’Ablon-sur-Seine (Val de Marne) y voit une volonté de contrôle des « élus » qui sont les « grands électeurs » et surtout la tentative non avouée de faire disparaître une assemblée que certains jugent être « un refuge de notables » qui pantouflent tandis que d’autres l’assimilent à un contre-pouvoir inutile….

En ce qui concerne, les régions, la donne est toute autre : il s’agit d’une volonté de donner plus de pouvoir aux élus locaux, entraînant de facto une sorte de « décentralisation » avant celle qui prendra effet qu’en 1982.

 

PARIS ET LE DESERT FRANCAIS

 

Car la France demeure un état ultra-jacobin, celle où tout se décide à Paris et où les régions-programmes ne jouent pour l’instant qu’un rôle de faire-valoir.  La « tentaculaire » Région Parisienne dont la réforme a été entamée dès le début des années 60 concentre à elle-seule plus d’un ¼ de la population Française de l’époque et autant des richesses du pays…. Sa croissance démographique exponentielle inquiète les élus des autres régions qui voient poindre à l’horizon que l’apport de quelques miettes d’un gâteau copieux provenant de la croissance économique de l’époque (autour de 6 % du PIB).

Pourtant un certain rééquilibrage a été opéré depuis la fin des années 50, aux grandes régions traditionnellement industrielles (Le Nord, Le couloir Rhodanien et une partie de l’Auvergne, l’Est), ont été développés de nouveaux axes industriels : notamment dans le Grand Sud-Ouest et sur le pourtour méditerranéen : l’aéronautique à Bordeaux et Toulouse ou le développement du Port de Fos sur Mer, notamment.

C’est encore la période bénie du plein emploi (moins de 500.000 chômeurs) mais la « crise de mai 1968 » aura été un des signes avant-coureurs de la fin programmée des « trente glorieuses » : une industrie manufacturière génératrice d’emplois peu qualifiés qui s’essouffle lentement mais sûrement, les bassins miniers du Nord et de Lorraine qui n’osent envisager la fin des industries fossiles et même un monde agricole qui voit disparaître les petites exploitations familiales au profit de plus grandes et plus rentables…

Mais durant cette « parenthèse enchantée », la France demeure prospère, profite de son leadership au sein d’un « Marché Commun » avec ses partenaires Allemands, du Benelux et d’Italie qui ont tous connus un « boom économique » les hissant au sommet des grandes puissances économiques mondiales à l’instar du Royaume-Uni, dont la France a mis son veto pour son entrée dans le « cercle européen » ou encore les USA et le Japon….

Sortie ruinée comme ses voisines du second conflit mondial, la France de 1969 s’est depuis beaucoup enrichie, en faisant profiter au passage ses ouailles de cet essor économique. C’est l’émergence d’une classe moyenne qui aspire pleinement à profiter de cette société de consommation au grand jour. Les ménages s’équipent des biens les plus courants : l’automobile, l’électroménager, la télévision dont le développement s’est accéléré durant la décennie : près de 60 % des foyers sont équipés, sans oublier le logement qui fut à la fin des années 50 marqué par une grave crise qui sera pallié par la mise en œuvre de nombreux chantiers à travers l’hexagone : c’est la naissance des « grands ensembles » dans la périphérie des grandes villes et bien sûr la Région Parisienne avec Sarcelles, Massy-Antony ou encore Créteil….Et bientôt, ce sera l’avènement de la « Maison individuelle », des « villages à la Française », plutôt réservé à la classe moyenne supérieure, composée de cadres comme à Mennecy ou à Breuillet avec Port-Sud (incluant un village dans la ville : avec piscine, commerce, réseau de télévision interne, etc…).

 

LA THEORIE DES GRANDS ENSEMBLES

 

La France encore rurale de l’après-guerre va peu à peu laisser la place à un pays de plus en plus urbanisé : les campagnes se vident, et la mécanisation des tâches agricoles nécessite moins de main-d’œuvre, d’où un exode rural accéléré à la fin des années 60. C’est certainement le début des « métropoles régionales » dont certaines connaissent alors une croissance démographique exponentielle : Montpellier, Rennes ou Toulouse.

Si Paris intra-Muros a perdu un million d’habitants depuis 1936, c’est au profit de sa périphérie et pas seulement la petite couronne mais également la grande couronne qui est constituée des nouveaux départements créés en 1968 : l’Essonne, le Val d’Oise et les Yvelines sans oublier la Seine et Marne qui n’a pas été scindée en deux comme prévu mais qui représente la moitié de la superficie de la région.

Le risque d’Hypertrophie de la Région Parisienne est latent, c’est pourquoi, il sera décidé de créer plusieurs villes nouvelles autour de la Capitale, afin de permettre aux nouveaux habitants de pouvoir vivre et travailler sur place. Plusieurs sites sont choisis mais tous ne seront pas retenus, seules cinq villes nouvelles verront le jour : Evry, Cergy-Pontoise, Melun-Sénart, Marne la Vallée et Saint-Quentin en Yvelines….

Ailleurs en France, quatre villes nouvelles verront également le jour : Le Vaudreuil (Eure), L’Isle-D’abeau (Isère), Les Rives de l’Etang de Berre (Bouches du Rhône) et Villeneuve d’Asq (Nord).

En cette année 1969, le site d’Evry est le plus avancé : dès 1967, des préfabriqués ont été implantés, au milieu des champs, non loin de la Nationale 7. La première phase, Evry I est lancé, avec le chantier de la future Préfecture de l’Essonne (qui ne sera inaugurée qu’en 1971). Des urbanistes, des architectes et des géographes travaillent et vivent sur place : comme André Darmagnac, Michel Mottez ou Eloi Boulakia….

Le premier Préfet de l’Essonne sera Michel Aurillac, futur député de l’Indre et Ministre de la Coopération qui s’installe provisoirement à Corbeil-Essonnes. Son rôle sera capital dans la conduite de ce « vaste chantier urbain » qui sort de nulle part, sans oublier le rôle de médiateur entre les différents acteurs politiques, notamment dans l’opposition de l’époque (dominé par le Parti Communiste, très influent en Essonne) qui sont opposés à la Ville nouvelle et le risque d’hégémonie (« le Grand Evry » ou encore certains notables, comme le Président du Conseil Général, Pierre Prost qui avoue être un peu dépassé par les évènements….

Cergy-Pontoise suit le pas. Comme Evry-Petit-Bourg, Cergy est jusqu’au milieu des années 60, un simple village de trois mille habitants, enlacé par les rives de l’Oise, à l’allure champêtre. Son site a été choisi pour abriter la future Préfecture du Val d’Oise et le Conseil Général, mais fait unique en France le Chef-lieu sera Pontoise.

Bernard Hirsch, Polytechnicien et Ingénieur des Ponts et Chaussées sera le « Maître d’œuvre de Cergy » et jouera un rôle déterminant dans le développement fulgurant du site, avec toujours l’idée sous-jacente entretenue de permettre aux habitants de pouvoir vivre et travailler sur place. Le père de Martin Hirsch sait comme beaucoup d’urbanistes que bâtir une « vraie ville » implique la conception d’infrastructures attractives : zones d’activités commerciales, loisirs (cinémas, spectacles, théâtre), environnementale : création de plan d’eau ou lacs artificiels, habitat mixte : lotissements et immeubles, zones industrielles, transports (création de routes et de voies ferrées), entités administratives sans oublier l’accompagnement d’un tel chantier près d’un centre urbain traditionnel déjà équipé (ici avec Pontoise, comme Evry avec Corbeil-Essonnes, ou St Quentin en Yvelines avec Trappes et surtout Versailles).

Saint-Quentin en Yvelines, dont le noyau originel est Trappes mais qui se déplacera par la suite vers Montigny-Le-Bretonneux est placé sous la houlette de Serge Goldberg, qui appartient comme Hirsch à la famille des technocrates-visionnaires, dont le cursus est identique (X-Ponts) et la capacité de transformer « l’idée en matière » est primordial, accompagné d’une équipe de « pionniers » un peu allumée mais qui croit à la réussite de cette mission qui comporte cependant plusieurs inconnues, dont celle d’arriver à transformer un petit village agricole comme Montigny-Le-Bretonneux qui en 1969, compte un peu plus de 500 habitants pour en atteindre 70 fois plus à l’orée de l’an 2000 !.

L’immense Seine et Marne ne sera pas en reste, avec la création de deux villes nouvelles sur son territoire : Marne-La Vallée (qui s’étend du Val de Marne jusqu’au futur site d’Eurodisney, avec comme centre de gravité Lagny sur Marne) et Melun-Sénart (qui deviendra ultérieurement : Sénart) avec les mêmes objectifs que ces homologues de la Grande couronne….

 

CINQUANTE MILLIONS DE CONSOMMATEURS

 

La France de 1969 est donc un pays entré pleinement dans la modernité et qui peut être fière du chemin parcouru depuis les décombres de l’immédiat après-guerre. Devenu une puissance nucléaire, snobant même le « grand frère américain » en quittant en 1966 les rangs de l’OTAN, ce « beau et vieux pays » peut se targuer d’avoir « cinquante millions de consommateurs » qui se précipitent dans les premiers centres commerciaux qui ouvrent à la périphérie des villes, annonçant la mort programmée du « petit commerce », ce qui provoque la création du CID-UNATI, créé par le jeune et turbulent Gérard Nicoud qui sera le héraut durant toute la décennie d’un combat voué à être perdu…..

La France devient leader en Europe sur les technologies de pointe, aussi bien au niveau spatial qu’aéronautique. Cette année-là un curieux « oiseau » supersonique, issu d’un mariage franco -britannique s’envole pour la première fois du tarmac de Blagnac-Toulouse, piloté par André Turcat. Il pour nom « Le Concorde » permettant d’atteindre New York en trois heures ! .

Mais paradoxalement, l’Hexagone est en retard au niveau de ses infrastructures autoroutières par rapport à ses voisins européens. Pourtant, dès les années 30, à l’instar de l’Allemagne et de l’Italie, la France projette un développement de ces « infrastructures » du futur mais la Guerre contrarie ses plans, et le premier tronçon entre Saint-Cloud et Orgeval (future autoroute de l’Ouest) est inauguré en 1946.

 En 1969, le pays compte moins de 1 000 kilomètres de voies rapides. L’axe le plus développé est celui de Lille à Marseille qui sera achevé en 1971 et que l’on surnommera « L’Autoroute des vacances ».

L’aventure de la future « autoroute du Soleil » a commencé dès 1953 et en 1960, le premier tronçon entre Paris et Corbeil-Essonnes est inauguré. Il faudra encore dix longues années pour le voir rejoindre la cité Phocéenne, via des tronçons provisoires inaugurés au fil du temps….

Un vaste plan de construction va être mis en place pour pallier ce retard conséquent : à l’Ouest (jusqu’à Rouen, Caen et Le Havre), au sud-Ouest (vers Bordeaux) ou à l’Est (vers Metz et Nancy). Le péage constituera la principale source de financement desdites autoroutes et de leur entretien….

Mais la France est également en retard au niveau du téléphone : en 1969, un Français sur dix est équipé du précieux combiné. Ce qui est encore l’administration des PTT impose des délais très longs (variant entre six mois et deux ans) pour l’obtenir…. Comme pour les autoroutes, elle comblera son retard en un peu plus d’une décennie, devenant même leader dans la télématique (avec le mythique Minitel).

1969 marque également l’ouverture du plus gros marché d’intérêt national du monde situé aux abords du village rural de Rungis (Val de Marne) qui remplace les Halles de Paris souffrant d’exiguïté voire d’insalubrité , laissant pour quelques années un « trou » au cœur de la Capitale qui deviendra le « Forum des Halles » dans un Paris qui se transforme toujours et qui inaugure son premier RER (Réseau Express Régional) qui traverse la Capitale d’Ouest en Est afin de réduire les « temps de transport » et contredire le fameux adage « Métro, boulot, dodo » qui apparait à cette époque…..

C’est aussi l’époque où les nouveaux territoires de la future Ile de France (remplaçant le vocable Région Parisienne, sous l’égide du Président de la Région, Michel Giraud, qui sera à l’origine du terme Francilien pour désigner ses habitants, au milieu des années 70) se rebellent : les habitants de Toussus le Noble et de Châteaufort, intégrés dans l’Essonne demandent leur rattachement au département des Yvelines, ce qu’ils obtiendront par voie de consultation locale.

 

Le NON l'EMPORTE

 

 

A propos de consultation, c’est l’organisation du Referendum concernant la Régionalisation et La Réforme du Sénat, dont nous avons évoqué plus haut l’opposition de nombreux élus, c’est celle d’une partie de la majorité présidentielle qui fait campagne pour le « non », notamment, Valéry Giscard d’Estaing, leader des Républicains Indépendants.

Et ce dimanche 27 avril, la participation va être élevée (près de 80 %) et le…NON arrive en tête avec près de 53 % des voix. Aussitôt, le chef de l’Etat en tire toutes les conclusions du résultat en annonçant dans la foulée sa démission qui prendra effet dès le 28 à midi. Onze ans après avoir été rappelé aux « affaires » par son prédécesseur René Coty, l’homme du 18 juin décide de quitter le pouvoir non sans panache et laissant par la même occasion le champ libre à tous les prétendants à sa succession.

La Gauche se frotte les mains car elle peut saisir une nouvelle opportunité à s’emparer du pouvoir face à une majorité divisée. François Mitterrand qui avait créé la surprise en mettant en ballotage le Général en 1965, ne peut se présenter car son image a été ternie lors depuis les évènements de mai, il ne peut se représenter et cède la place à Gaston Defferre. Le maire de Marseille décide d’associer Pierre Mendès-France à sa campagne et promet de le nommer Premier Ministre s’il l’emporte. Mais ses chances sont très minces car la gauche socialiste est très divisée et moribonde à l’image d’une SFIO qui va disparaître cette année-là, remplacée en partie par le Nouveau Parti Socialiste qui fédérera toute ses forces lors du Congrès d’Epinay en 1971, ressuscitant un François Mitterrand qui élimine au passage son adversaire direct, Alain Savary….

Mais la force de frappe de la Gauche, c’est surtout le Parti Communiste, premier parti d’opposition dirigé par Waldeck-Rochet. Ce dernier ne sera cependant pas candidat et cède sa place à Jacques Duclos, ancien chef du parti communiste clandestin sous l’occupation et alors Député de Seine Saint-Denis…

 

 

A cette Gauche de la Gauche surgit un candidat alors sous …les drapeaux, il s’appelle Alain Krivine, il a 27 ans et est à l’origine avant son départ au service militaire, de la création de la Ligue Communiste Révolutionnaire et entame ainsi sa longue carrière politique à l’Extrême-Gauche qu’il ne quittera jamais même s’il fait des émules comme Olivier Besancenot ou Philippe Poutou, quelques décennies après….

Obtenir des signatures à cette époque est moins compliquée qu’aujourd’hui, il suffit alors d’une centaine de parrainages d’élus pour être qualifié pour cette deuxième élection au suffrage universel direct de la Ve République, ce qui permet également à un industriel originaire du Nord-Pas de Calais, Louis Ducatel d’être candidat pour la première mais également ultime fois. Une sorte de « quart d’heure de célébrité » en somme.

 

LE RETOUR DE POMPIDOU

 

Pour rappel, Georges Pompidou avait annoncé son intention de se présenter le cas échéant et il saisit l’opportunité pour se porter candidat et d’être adoubé par la majorité gaulliste, y compris celle des gaullistes dit de « gauche » qui ne l’aimait guère….

Né en 1911 à Montboudif (Cantal), l’ancien Premier Ministre du Général de Gaulle est fils d’instituteurs, dont le père Léon, deviendra professeur d’Espagnol et auteur d’un « Dictionnaire » portant son nom. Lycéen à Albi, il intègre par la suite l’Ecole Normale Supérieure et se lie d’amitié avec certains de ses condisciples tel Léopold Sédar Senghor, futur président de la République du Sénégal.

Agrégé de lettres, Georges Pompidou commence une carrière d’enseignant notamment à Marseille puis Paris. Mobilisé en 1939, il ne démérite pas sur le Front de « la drôle de guerre » mais ne jouera aucun rôle dans la Résistance, a contrario de futurs collègues premiers ministres (Jacques Chaban-Delmas et Pierre Messmer, tous les deux Compagnons de la libération). Ce qui ne l’empêche pas de devenir un des plus proches collaborateurs du Général dès 1945. La légende veut que le résident de la Boisserie voulût à ses côtés un « agrégé qui sait écrire » ….

Mais durant la longue « traversée du désert » du Général, elle durera pratiquement douze ans, suite à sa démission de la présidence du Conseil en 1946 à son « retour aux affaires » en 1958, amène Georges Pompidou à se recycler dans le milieu bancaire, notamment chez Rothschild (tiens, tiens), dont il deviendra le directeur général….

Avec le retour du « Grand Charles » aux affaires, il atterrit au Conseil Constitutionnel avant de remplacer finalement Michel Debré à Matignon en 1962 où il restera 6 ans, ce qui reste un record inégalé sous la Ve République. Puis, le Chef de l’Etat le nomme ainsi Premier Ministre, lui qui n’a jamais été élu auparavant (comme plus tard Raymond Barre, Dominique de Villepin ou Emmanuel Macron).

Son premier gouvernement est constitué de valeurs sûres de la Ve République : Maurice Couve de Murville, aux affaires étrangères, Pierre Messmer à la Défense, Jean Foyer à la Justice, Roger Frey à l’intérieur, Pierre Joxe à la Réforme Administrative ou Edgard Pisani, à l’Agriculture et bien sûr André Malraux aux affaires culturelles….

Cinq gouvernements Pompidou se succèderont jusqu’en 1968, avec l’apport de nouveaux ministres ou secrétaires d’état comme : Maurice Schumann, Georges Gorse, Joseph Fontanet, Jean de Broglie, Valéry Giscard d’Estaing, Joel le Theule, Robert Galley, Robert Boulin, Alain Peyrefitte ou …Jacques Chirac….

Un habile cocktail composé des différentes tendances de la majorité de l’équipe, certes dominée par l’UDR (ancêtre du RPR), mais également des MRP (plutôt centriste) et de la Gauche démocratique…. L’action du gouvernement est indissociable des « grands projets » portés par une croissance économique insolente des « Trente glorieuses » et synonymes dans l’imaginaire collectif de modernisation accélérée de la France, d’indépendance militaire (avec la force de frappe) et de contrat social déployé….

Il y aura cinq gouvernements Pompidou successifs mais la gouvernance ne sera pas toujours de tout repos : entre la sortie du douloureux dossier algérien, la grève des mineurs de 1963, des referendums risqués mais finalement gagnés, des élections gagnées sur le fil en 1967 et enfin « la crise de Mai 1968 » que Georges Pompidou dénoue avec brio mais qui provoque paradoxalement sa sortie de route…

Il va connaître une courte traversée du désert, bien qu’élu Député du Cantal, son département natal mais également une bien désagréable mésaventure susceptible de mettre fin à sa carrière politique : en 1968, l’ancien garde du corps d’Alain Delon, Markovic accuse l’épouse de Georges Pompidou de participer à des « parties fines », communiquant à la presse des photos compromettantes de Claude Pompidou.

L’ancien Premier Ministre passe à l’offensive, criant au complot politique (venant selon lui des gaullistes de gauche, hostiles à sa candidature à l’Elysée) et obtiendra gain de cause : il s’agissait de photo-montages et ne nuiront en rien à son ascension politique ultérieure. Il démarre donc la campagne en position de favori, même s’il trouve sur sa route : Alain Poher, le Président du Sénat qui s’était opposé avec virulence à la réforme de sa vénérable institution et qui, ironie du sort, est devenu le locataire provisoire de l’Elysée, suite à la démission du Général de Gaulle et doit le rester le temps de l’élection, a moins qu’il transforme l’essai….

Né à Ablon sur Seine (aujourd’hui Val de Marne), Alain Poher est issu de la Bourgeoisie Bretonne, fils d’un Ingénieur des Chemins de Fer. Lui-même sera Ingénieur des Mines et se lance dans l’action politique après la seconde guerre mondiale, devenant Maire de sa commune natale tout comme son voisin d’Athis-Mons René L’Helguen, dans un secteur géographique où la diaspora Bretonne est très importante…

Issu de la mouvance Démocrate-Chrétienne qui donnera le MRP, Alain Poher participera à plusieurs gouvernements sous la Ve République. Il finit par adhérer au Centre Démocrate, incarné par Jean Lecanuet, élu Maire de Rouen en 1968 et surtout connu pour avoir été candidat à la présidentielle de 1965. Ce parti centriste est clairement dans l’opposition au pouvoir Gaulliste et ne se ralliera à la majorité que lors de l’élection de Valéry Giscard d’Estaing en 1974, laissant augurer la création de l’UDF….

Il restera 24 ans président du Sénat (record absolu) mais cette année-là, il compte bien forcer son destin et le résultat du premier tour peut lui donner quelque espoir : la « gauche » traditionnelle est éliminée, malgré le bon score du Communiste Jacques Duclos, qui obtient 21 % des suffrages mais qui est largement devancé par Pompidou avec 42 % et Poher 23 % qui vont donc s’affronter au second tour, ce qui fait dire à Jacques Duclos son fameux : « Bonnet blanc et blanc bonnet » a propos de deux adversaires de droite selon lui…..

Georges Pompidou va l’emporter largement avec 58 % des suffrages, avec une abstention beaucoup plus forte qu’au premier tour. Mieux entouré que son adversaire avec la majorité sortante et les giscardiens et surtout fort de son long passage à Matignon, il devient donc le deuxième président de la Ve République et entame donc un septennat qu’il n’achèvera pas, emporté par la maladie cinq ans plus tard….

Entre temps, il compte bien continuer de faire de La « France, un pays comme la Suède, mais avec le soleil en plus » comme il aime à plaisanter, le pays scandinave étant souvent cité alors comme une démocratie exemplaire et dynamique…

 

LA NOUVELLE SOCIETE

 

Il faut donner des réponses à la Grande agitation de Mai 1968 et la très large majorité de députés-godillots (comme aime à le marteler l’opposition) qui est sortie des urnes en Juin ne doit pas s’endormir sur ses lauriers. Aussi, Georges Pompidou nomme à Matignon, un des barons du Gaullisme : Jacques Chaban-Delmas.

Agé de 54 ans, le Maire de Bordeaux, Compagnon de la Libération et surtout Président de l’Assemblée nationale depuis 1958 est un personnage autant apprécié à Droite qu’à Gauche. Sportif accompli (Tennisman et Rugbyman), travailleur énergique et infatigable, il est probablement l’homme de la situation, l’idéal pour décrisper une société en constante évolution……

Il décide alors de lancer un vaste chantier de « réformes »

 

Il n’hésite pas à s’entourer de collaborateurs venus de tous les horizons pour mener à bien cette mission. A commencer par sa pièce maitresse : le syndicaliste Chrétien Jacques Delors…Ce dernier, fils d’un employé de banque originaire de Corrèze, a suivi les traces de son père en intégrant la banque de France. Ambitieux et travailleur, il intègrera jusqu’à sa nomination à Matignon, le Commissariat général au Plan.

Se définissant comme un Chrétien de Gauche, il a adhéré à la CFTC et devient un militant actif et en 1964, bien que Catholique pratiquant, il rejoint cependant la scission partisane de la déconfessionnalisation du syndicat qui deviendra la CFDT.

Cette nouvelle organisation syndicale sera dirigée Eugène Descamps, avant d’être reprise en 1971 par Edmond Maire. Elle prône alors l’autogestion dans les entreprises mais favorise le dialogue social et non l’affrontement frontal comme le fait la CGT, alors toute puissante.

Le dialogue social c’est ce qu’il faut pour « décrisper » cette société Française fracturée en mai 1968 et Delors est l’homme de la situation pour trouver des solutions à ce traumatisme. Dans son entreprise, il côtoie Simon Nora, Mendésiste pur jus, donc rompu aux négociations délicates mais également l’économiste François Bloch-Lainé et quelques jeunots comme Patrick Ollier, futur Député-Maire de Rueil Malmaison et actuel boss du « Grand Paris » ou Michel Vauzelle, ancien président socialiste de la région PACA…….

 

FAIRE BOUGER LES LIGNES

 

Jacques Chaban-Delmas prononce son discours de politique générale à l’Assemblée le 16 septembre 1969, prônant une « société « prospère, jeune, généreuse et libérée ». De sa voix nasillarde qui fera le bonheur de l’imitateur Thierry le Luron, le maire de Bordeaux énonce les grandes lignes de son projet. Ce dernier séduit la Droite modérée et les Centristes, mais également une partie de la Gauche pragmatique, que l’on surnommera ultérieurement : « la deuxième gauche ».

Le chef du gouvernement veut donc lancer un « grand chantier » de réformes (déjà à l’époque…) : concernant le développement du secteur industriel jugé en retard par rapport aux voisins européens, réduire la part jugée trop importante de l’Etat jugé trop centralisateur et technocratique, de libéralisation des ondes, de remettre en question cette France des Monopoles (énergie, télévision, chemin de fer, télécommunications, etc…) et de favoriser la Formation professionnelle et la participation dans les entreprises….

C’est vrai, un souffle nouveau va se propager sur la France, notamment dans les médias, où une liberté de ton va apparaître principalement à la Télévision, avec la nomination de Pierre Desgraupes accompagné de journalistes, dont beaucoup avaient été sanctionnés lors des grèves du mois de Mai.

Un souffle nouveau donc qui devrait plaire à Georges Pompidou, un Président de la République élu sur un programme de transformation économique, social et sociétal mais qui ne veut pas complètement rompre avec une forme de pouvoir hérité des dix dernières années du Gaullisme, socle de sa majorité…

Rapidement des désaccords apparaissent entre le Chef de l’Etat et son Premier Ministre, le premier s’agaçant de voir le second tirer la « couverture » vers lui. Georges Pompidou est entouré de deux conseillers très influents (Pierre Juillet et Marie-France Garaud) qui pense pis que pendre du chef du gouvernement : « Sans Delors, Chaban n’est rien » clame même la redouble Marie-France Garaud et qui saura lui savonner la planche lors de la Présidentielle anticipée cinq ans plus tard……

Mais le tandem Pompidou-Chaban durera trois ans avant la démission du maire de Bordeaux en Juillet 1972, sonnant alors le glas d’une « nouvelle société » qui avait nourri beaucoup d’espoir pour décrisper cette France de l’Après 68…

Chaban retourne à Bordeaux et est remplacé à Matignon par Pierre Messmer, symbole de la reprise en main de la frange conservatrice du Gaullisme et qui restera en poste jusqu’à la disparition prématurée de Georges Pompidou en Avril 1974….

En 1981, clin d’œil de l’histoire : François Mitterrand confie à son ami Chaban : « Tu sais, si tu avais réussi ton entreprise (« la nouvelle société ») il y a 12 ans, nous ne serions probablement pas là….

 

 

LA CONFERENCE DE PRESSE

 

En septembre 1969, Georges Pompidou tient sa première conférence de presse à l’Elysée devant un parterre de journalistes avides de questions. Au moment de clôturer le débat, le Président de la République est interrogé par le journaliste de Radio-Monte Carlo, Jean Michel Royer à propos d’un fait-divers qui a bouleversé la France : « l’Affaire Gabrielle Russier », du nom de cette professeure de Lettres à Marseille qui s’est donnée la mort après avoir été poursuivie en justice et écrouée pour avoir eu une relation passionnée avec l’un des ses élèves.

Court silence pesant de Georges Pompidou, visiblement affecté par ce drame (lui aussi fut professeur de lettres dans la cité Phocéenne) et qui donne son sentiment en clamant quelques vers de Paul Eluard « Comprennes qui voudra :  Moi, mon remords ce fut la victime raisonnable au regard d’un enfant perdu, celle qui regarde les morts et qui sont morts pour être aimé » ….

Georges Pompidou était un fin lettré et un amateur de poésie, il publia même une « anthologie de la poésie française » en 1961. Ami des gens de lettres et du spectacle (Françoise Sagan, Guy Béart), amateur d’Art Moderne, promoteur d’un musée qui portera son nom après sa mort, il affichera plusieurs images contradictoires : éclectique et avant-gardiste dans ses affinités culturelles, homme du terroir aimant se ressourcer à Cajarc et à Orvilliers (Yvelines) mais Mondain auprès de la Jet-Set Tropézienne et des Rothschild, Conservateur en Politique tout en ayant été indéniablement l’architecte de la « modernisation » de la maison France dans les années 60-70…..

 

L’ETRANGE LUCARNE

 

Malgré la libéralisation des ondes (sans toutefois briser le monopole de la radio-télévision), l’audio-visuel devait rester « la voix de la France » selon Georges Pompidou. Cependant un souffle de liberté souffla durant les trois ans de la période Chaban. Et de nouvelles émissions apparurent sur le petit écran pour y rester très longtemps : « les animaux du monde » de François de la Grange, « le Francophonissime » jeu populaire hommage à une francophonie triomphante, animé par Georges de Caunes et Anne-Marie Peysson, « Alain Decaux raconte », déjà animateur de « la tribune de l’histoire » sur France-Inter et de « la caméra explore le temps » à la télévision , le futur académicien relate les grands évènements de l’histoire de France comme s’il présentait le Journal Télévisé : ce concept original connaitra un grand succès d’audience…

Le légendaire « Schmilblick » jeu produit et animé par Guy Lux s’installe également sur les écrans, consistant à trouver un objet insolite. Ce nom insolite était déjà apparu sous l’imagination féconde de Pierre Dac, quelques années plus tôt. Dans les années 70, il sera parodié par Coluche lors de l’un de ses fameux sketches, invitant même Guy Lux à s’auto-caricaturer….

Coluche, né Michel Colucci et Romain Bouteille fondent le « Café de la Gare » cette année-là, avec la complicité de futures têtes d’affiche telles Patrick Dewaere, Miou-Miou, Henri Guybet et Sotha…. Une « institution » qui existe toujours, pratiquant l’esprit anar et qui fait des émules comme « les solistes » créé par l’infatigable Romain Bouteille et son épouse Saida Churchill à Etampes……

Un feuilleton « Jacquou le Croquant » interprété par le jeune Éric Damain, récit d’un enfant misérable dans le Périgord du XIX e siècle émeut la France télévisuelle. D’autres fictions comme « L’Homme du Picardie » magistralement interprété par Christian Barbier, tranche de vie d’un marinier courageux mais têtu  ou « Les cahiers du Capitaine Coignet », « grognard » de Napoléon connaissent également une grande notoriété, concurrençant les séries françaises déjà existantes comme les cultissimes « Saintes Chéries » avec le duo Gélin-Presle ou « Vive la vie »avec  Daniel Ceccaldi ou américaines comme « Mannix », « L’homme de fer » ou encore « Mission Impossible »…..

 

AU FIL DES PAGES

 

L’actualité littéraire n’est pas en reste avec le Prix Goncourt qui est décerné à Félicien Marceau, futur académicien Français d’origine Belge pour « Creezy » qui sera adapté quelques années plus tard au cinéma sous le titre « La race des Seigneurs » par Pierre Granier-Deferre avec Alain Delon…. Pierre Schoendoerfer, cinéaste et écrivain (« La 317 e section », « Le Crabe-Tambour ») obtient le prix Interallié avec « L’Adieu au Roi » qui sera lui aussi adapté au cinéma mais à Hollywood. René Barjavel, auteur du premier roman français de science-fiction en 1943 avec « Ravages » obtient le « Grand Prix de l’académie Française » pour la « Nuit des temps » ….

Georges Perec qui avait obtenu le prix Renaudot pour « La vie mode d’emploi » publie le très original « La disparition » dont la particularité qu’aucune des 300 pages que compte l’ouvrage ne comporte la lettre « e » !  Membre de l’OULIPO, cet écrivain atypique, ancien élève du Collège d’Etampes comme Jean-Louis Bory (Prix Goncourt 1945), Verbicruciste fameux au « Point » est parti trop tôt en 1982, à l’âge de 45 ans…

Mais l’année 1969 est surtout marqué par le triomphe de « Papillon » récit autobiographique romancé dû à l’ex-bagnard Henri Charrière qui s’était évadé du centre pénitentiaire de Cayenne pour se réfugier au Venezuela… Revenu en France en 1967 grâce à la prescription, Charrière est publié par Robert Laffont qui tient là le jackpot : plus de 2 500 000 exemplaires vendus dans l’Hexagone et près de 10 millions à l’Etranger… Il sera adapté au cinéma par Franklin Schnaeffer en 1974, avec Steve Mc Queen, qui joue le rôle de « Papillon » et Dustin Hoffmann et qui connaîtra également un grand succès commercial….

Enfin, Samuel Beckett, venu de la sauvage et captivante Irlande, qui écrit en Anglais comme en Français, qui fut l’auteur notamment de « En attendant Godot » obtient le Prix Nobel de Littérature….

 

 

 

FAITS MARQUANTS

 

L’Ecole est finie… c’est que décide le gouvernement Chaban-Delmas, du moins le samedi après-midi où il n’y aura désormais plus de cours mais le jeudi est maintenu comme jour de repos dans la semaine (jusqu’en 1972 où il sera remplacé par le mercredi).

Autre mesure phare : Le Franc est dévalué de 11 %. La principale raison de cette mesure économique trouve son origine dans la forte augmentation des salaires décidée lors des accords de Grenelle après les évènements de Mai 1968. Le gouvernement compte ainsi effacer la perte de productivité qui influait sur la balance commerciale….

Un fait divers sanglant se produit rue Richard Lenoir (bien connue du fictif Commissaire Maigret qui y réside) au cours d’un braquage où deux pharmaciennes sont assassinées ainsi qu’un client. Le principal suspect est le militant d’extrême-gauche, Pierre Goldman, demi-frère du célèbre chanteur, bien que celui-ci niera toujours son application jusqu’à son assassinat par un mystérieux commando surnommé « Honneur de la police » en 1979…

L’année 1969 sera également marquée par la fameuse « affaires des vedettes de Cherbourg », en fait des navires de guerre que l’Etat israélien avait commandé à la France. Construites au cœur des chantiers navals de la métropole du Cotentin, leur livraison avait été gelée par un embargo provoqué par « la guerre des six jours » entre Israël et l’Egypte….

Les autorités israéliennes jouèrent de plusieurs subterfuges pour s’approprier les fameuses vedettes : lors d’essais en mer, hors des zones territoriales puis en se faisant passer pour une société norvégienne intéressée par la récupération de ces navires pour ses besoins personnels….

 

 

EPILOGUE

 

Ainsi s’achève ce long périple au cœur d’une année mémorable au XX e siècle mettant en lumière une France prospère qui va connaître les premiers signes avant-coureurs d’une « crise » énergétique, économique et sociale qui va s’installer durablement. Un pays qui a renvoyé dans ses foyers celui qui fut son « sauveur » en 1940 mais qui s’avéra dépassé en 1968….

Une année qui vit des hommes marcher sur la Lune, sous le regard émerveillé du reste du monde, un drôle d’oiseau supersonique Franco-Britannique, le Concorde qui décolla pour de longues années pour rejoindre des destinations lointaines en un temps-record, un RER qui permettait à des Parisiens et à des banlieusards de « circuler mieux et plus vite », un « ventre de Paris » qui se mettait au vert à Rungis, des « villes nouvelles » qui voulaient inventer « l’habitat de l’an 2000 », des hippies rêveurs qui ne voulaient plus de la vie de leurs parents, et qui sniffaient de l’utopie sur fond de guitares gémissantes, des cow-boys solitaires qui jouaient de l’harmonica en quête de vengeance et un monde qui était à l’aube d’un bouleversement sans précédent……..

Toute une époque…..

 

LE MONDE EN 1969

DEMOGRAPHIE ET ECONOMIE

 

Trois milliards et six cents millions d’habitants. C’est la population mondiale de la planète Terre en 1969. Plus de la moitié réside sur le Continent Asiatique : la Chine Communiste de Mao compte près de 800 millions d’habitants, soit déjà plus que dans la célèbre chanson de Jacques Dutronc tandis que l’Inde dirigée par Indira Gandhi, fille de Nehru, la suit avec près de 600 millions……

L’Europe (incluant une partie de l’URSS) est loin derrière avec toutefois 700 millions d’âmes, représentant près de 17 % tandis que les Amériques en comptent 14 % et l’Afrique près de 10 %. Ce dernier continent va doubler dans les cinquante ans qui vont suivre ce chiffre de représentativité humaine tandis que l’Europe va le baisser de moitié…….

Cette année-là, l’humanité s’enrichit de près de 75 millions de nouveaux habitants mais avec des conditions de vie bien différentes d’un continent à l’autre. Si l’Europe connait la paix depuis 1945, elle demeure un continent coupé en deux : à l’ouest, le monde Capitaliste, avec un marché Commun économique qui a vu le jour en 1957 et qui abrite en son sein : la France, l’Allemagne de l’Ouest, l’Italie et les trois pays du Bénélux (Belgique, Pays-Bas, Luxembourg) tandis que la Scandinavie et les Iles Britanniques font (pour l’instant) cavaliers seuls, la France Gaullienne ayant  notamment mis son véto à l’entrée du Royaume-Uni dans le Marché Commun….

Tandis qu’à l’Est, un COMECON, sorte de marché commun Socialiste a été mis en place : l’URSS et ses satellites qui s’étendent de la frontière Allemande à la Mer Noire sont les architectes d’une économie collectiviste…Quelques réfractaires comme l’Albanie ou la Yougoslavie n’ont pas adhéré à cet axe économique pour voler de leurs propres ailes tout en se revendiquant Communistes…. A l’ouest, des régimes parlementaires et démocratiques se sont succédé depuis la fin des hostilités tandis qu’à l’Est, des « démocraties populaires » ont vu le jour avec leurs leaders respectifs et de préférence aux « ordres de Moscou », enfin…presque….

Mais hors de ces deux sphères antagonistes, il en existe une troisième, celle des dictatures qui se sont établies ou qui s’éternisent dans le monde dit « libre » : L’Espagne, le Portugal et la Grèce…Les deux premières le sont depuis plus de 30 ans tandis que la dernière sévit dans le berceau de l’Europe depuis le coup d’état des Colonels en 1967….

L’Asie abrite deux grandes puissances communistes : l’URSS (de l’autre côté de l’Oural) et la Chine Populaire qui fête cette année-là ses vingt ans d’existence avec à sa tête, le « Grand Timonier », Mao Tsé Toung mais qui entretient des relations très tendues avec son voisin Soviétique jusqu’à envisager un conflit militaire voire une guerre nucléaire avec ce dernier pour des raisons territoriales mais la tension finit par retomber suite à un accord….L’ancienne Indochine Française, composée en partie d’un Vietnam coupée en deux : au Nord, sous influence soviétique et au Sud, sous contrôle Américain continuent d’être en état de guerre qui plonge le pays de l’Oncle Sam dans un bourbier dont il ne sortira pas indemne six ans plus tard…..

L’Amérique Latine n’est pas loin d’être une poudrière :  peu de pays peuvent se targuer d’être stables et les coups d’état militaires au Brésil (qui connaissait déjà la dictature depuis 1964) ou en Bolivie confirment la fragilité de ces nations sud-américaines, minées entre la tentation marxiste et l’exercice d’un pouvoir nationaliste et autoritaire. L’Argentine, le Paraguay ou le Pérou vivent également sous la botte des militaires tandis que le Salvador et le Honduras, pays voisins vont se déclarer la guerre de façon éphémère, c’est ce que l’on appellera « la guerre du Football » ….En effet, un match de football entre les deux pays va être le catalyseur d’un conflit territorial larvé (les Salvadoriens à l’étroit dans leur pays surpeuplé émigraient  en masse vers le voisin Hondurien, plus vaste et plus prospère) qui les minent depuis plusieurs années et qui coûtera la vie à plusieurs milliers de personnes au court d’un conflit de quelques jours mais dont les plaies resteront ouvertes bien plus longtemps….

L’Afrique continue d’être mal partie. Dix ans après l’indépendance de la plupart des états qui la compose connaissent de nombreux foyers de conflits guerriers et d’instabilités démocratiques.  Des coups d’état fréquents nuisent à la bonne santé démocratique de ces jeunes pays….

En Guinée-Conakry, dans ce pays rebelle qui s’émancipa de la France dès 1958, un groupe d’officiers tentent mais sans succès de renverser le très autoritaire Sékou Touré. En Centrafrique, Jean Bedel Bokassa, ancien sous-officier de l’armée Française et futur « empereur » qui a pris le pouvoir lors d’un coup d’état à la Saint-Sylvestre 1965 est victime lui aussi d’une tentative de coup d’état qu’il réussit à déjouer. A contrario, la Somalie, le Soudan et le Dahomey (futur Bénin) connaissent des renversements du pouvoir par les militaires.

Seules quelques pays connaissent une relative bonne santé démocratique : le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la Haute-Volta ou encore le Gabon. On verra par la suite que bon nombre d’entre eux tomberont entre les mains de dirigeants exaltés et souvent autoritaires….

Quelques pays vivent encore à l’heure coloniale, à l’instar de l’Angola, du Mozambique ou de la Guinée Bissau qui luttent pour leur indépendance contre le colonisateur Portugais, embourbé dans une guerre  absurde et sans fin….

L’ONU s’insurge de l’annexion forcée de la Namibie, ex-colonie Allemande, par l’Afrique du Sud, tandis que la Rhodésie du Sud (futur Zimbabwe) dirigée par le blanc Ian Smith est un pays qui pratique l’apartheid comme son grand voisin, entretenant des relations exécrables avec l’ancienne puissance coloniale Britannique, ayant même claqué la porte du Commonwealth….

La France possède toujours le Territoire des Afars et des Issas, autour de Djibouti, sur les bords de la Mer Rouge dont elle accordera l’indépendance qu’en 1977 sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, tout en restant un lieu stratégique pour l’armée Française…

En Libye, le roi Idriss est renversé par un groupe de jeunes officiers, avec à leur tête Mouammar Kadhafi, 28 ans environ et qui proclame la République Arabe Libyenne. Le nouveau dirigeant qui se rapproche immédiatement de son voisin Egyptien Nasser, adhère à cette idée du développement du panarabisme cher au Rais……

Au Nigéria, pays le plus peuplé du continent africain, une guerre civile fait rage dans la province séparatiste du Biafra depuis l’année 1967 et qui durera jusqu’en 1970.  Le pouvoir central organise le blocage terrestre et maritime de la province rebelle provoquant une famine dramatique : personne n’a oublié ces images d’enfants ballonnés …Très présent sur le terrain, les médias du monde entier, par le biais du photojournalisme vont provoquer une prise de conscience des occidentaux sur la dure réalité du tiers-monde, donnant d’ailleurs naissance à l’action humanitaire……

  

 

WHO'S WHO

 

Cette dernière année de la décennie 60 va être marquée par l’apparition de nouvelles têtes d’affiche sur la planète des dirigeants : aux Etats-Unis, Richard Nixon est devenu en janvier le 37 -ème Président de la première puissance mondiale. L’ancien vice-président Républicain d’Eisenhower qui avait échoué de justesse face à Kennedy en 1960 et qui a donc pris sa revanche en triomphant de l’ancien Vice-Président Démocrate de Lyndon Johnson, Humbert Humphrey.

Face à celui que les occidentaux peuvent considérer comme le nouveau leader du « Monde libre », une « Troïka » dirige l’URSS, la superpuissance adversaire du « Bloc de l’Est » : Alexis Kossyguine dirige le Conseil des Ministres, Anastase Mikoyan le Praesidium du Soviet Suprême et Leonid Brejnev, le Secrétaire général du Parti Communiste, faisant de ce dernier le véritable Chef de l’Etat….

Deux blocs qui se sont constitués au lendemain de la seconde guerre mondiale, lors de la Conférence de Yalta où les leaders vainqueurs de la Barbarie Nazie : Roosevelt, Staline et Churchill se sont partager le monde, faisant des alliés de circonstance les nouveaux protagonistes d’une « guerre froide » qui va durer plus de quarante-cinq ans….

On n’oublie pas la Chine Communiste de Mao en pleine « Révolution Culturelle » (qui n’avait de Culturel que le nom), le « Grand Timonier » a pris le pouvoir vingt ans plus tôt, à l’issue d’une « Longue marche » avec ses compagnons de route et instaure un régime communiste pur et dur, il a publié son « petit livre rouge », sorte d’ouvrage de propagande communiste qui sera diffusé à travers toute la Chine et qui deviendra le livre le plus vendu au monde après la Bible….Ce « petit livre » est en fait une compilation des citations et autres discours du Président Mao et qui aura des adeptes au sein même d’une certaine intelligentsia Française durant toute la décennie…..

En attendant, Mao et ses proches ont lancé cette « révolution culturelle » dans le dessein de consolider un pouvoir qu’il juge menacé par les ambitions secrètes et surtout révisionnistes de certains cadres du Parti. La purge durera plusieurs années et fera de nombreuses victimes. C’est avec l’aide des « Gardes rouges », composés de jeunes recrues que le « Grand Timonier » effectuera cette sinistre purge……

Mais pour l’instant, la République Populaire de Chine ne s’est pas encore éveillée comme l’écrira quelques années après Alain Peyrefitte et a été reconnue officiellement par la France dès 1964 puis le sera en 1971 par les Etats-Unis, Richard Nixon effectuera d’ailleurs là-bas un déplacement historique….

L’Allemagne nazie qui voulait « durer mille ans » s’est donc effondrée et s’est vue occupée militairement par les vainqueurs du conflit, dont la France et ce, pendant plus d’un demi-siècle. Deux nouveaux états vont voir le jour, quatre ans après la chute de Berlin : à l’Ouest, la République Fédérale Allemande, la RFA, à l’Est, la République Démocratique Allemande, la RDA ….

Deux pays : un même peuple, une même langue mais une idéologie bien différente : à l’Ouest, Le Social-Démocrate Willy Brandt vient d’accéder au poste de Chancelier à Bonn, alors capitale du jeune état tandis que son Homologue de l’Est, Walter Ulbricht demeure un des gardiens les plus zélés du « socialisme triomphant prôné par le grand frère soviétique » à Berlin-Est.

Willy Brandt avait succédé à Arthur Kiesinger qui avait défrayé la chronique en 1968 en se faisant gifler en public par la chasseuse de nazi, Beate Klarsfeld qui ne supportait pas de voir ce serviteur naguère zélé du régime Nazi être le Chancelier d’une Allemagne de l’Ouest encore hantée par ce passé douloureux….

Berlin, l’ancienne capitale du Reich, au cœur même de la RDA, possède une partie occidentale, aux mains du Bloc occidental mais s’est vue séparée de sa partie orientale, sous joug socialiste par un « mur » que l’on surnommera « le mur de la Honte » … Jusqu’à sa chute, bon nombre d’opposants au régime de la RDA tenteront de le franchir, utilisant tous les subterfuges possibles, parfois avec succès mais très souvent échoueront tragiquement….

Le Royaume-Uni a comme Premier Ministre Harold Wilson, un Travailliste de 53 ans qui est arrivé au 10, Downing Street cinq ans plus tôt…… En cette année 1969, il se voit contraint d’envoyer des troupes militaires en Ulster (Irlande du Nord) où ont éclaté des troubles entre Catholiques et Protestants laissant présager un conflit sanglant qui s’éternisera dans le temps avant un quelconque accord d[PD1] e paix, sorte de « bête noire » pour tout locataire du 10, Downing Street….

A Madrid, le Général Franco, 77 ans, au pouvoir depuis la fin de la Guerre Civile prépare sa succession et adoube le fils du Comte de Barcelone, Juan Carlos de Bourbon, descendant de Louis XIV qui deviendra donc Monarque à la mort du Caudillo.

Le vieux dictateur a jeté son dévolu sur un personnage qu’il pense fade et prompt à continuer son œuvre, celle d’un état autoritaire, très centralisé et totalement hermétique à tout particularisme régional (interdiction de parler une autre langue que le Castillan sous peine de prison). La longévité de Franco réside dans la prudence de ses choix : méprisé par Hitler, il ne s’engage pas complètement auprès de celui-ci et survit donc à l’après-conflit mondial et surtout ne rechigne pas à accepter la coopération économique notamment avec les américains…

Son voisin Portugais, Salazar a quitté le pouvoir en 1968 mais a placé un de ses disciples Caetano aux manettes. Economiste de formation, cet intellectuel austère, menant une vie ascétique a lancé dès sa prise de pouvoir en 1932, l’idée d’un « Estado Novo », portant les germes de ce qu’il pense être une rigueur économique mais finira par laisser à la traine son pays qui devient rapidement un régime autoritaire avec une police politique brutale (« la Pide »), un système autarcique et comme nous l’avons déjà évoqué va s’engluer dans des guerres coloniales pourtant perdues d’avance……

 

 

MADE IN USA

 

Les Etats-Unis sont de loin la première puissance économique mondiale avec un PNB de plus de 900 milliards de dollars et un confortable excédent budgétaire de sept milliards de dollars, c’est l’époque du « Plein emploi » avec seulement 3.5 % de la population active au chômage.

Le pays est doté d’une avance technologique considérable sur ses adversaires comme sur ses alliés. L’année est d’ailleurs marquée par le succès de la mission Apollo 11, où pour la première fois dans l’histoire de l’Humanité, deux hommes ont marché sur la Lune : Neil Armstrong et Buzz Aldrin. En plantant le drapeau Yankee sur le sol lunaire, ils permettent de confirmer la suprématie américaine en matière de conquête spatiale face à une Union Soviétique, qui jouait pourtant la course en tête dix ans plus tôt…….

Le début de l’année a vu la passation de pouvoir entre le Démocrate Lyndon Johnson, successeur de John Kennedy et le Républicain Richard Nixon qui a remporté l’élection de novembre 1968 alors qu’il avait échoué de peu face au président assassiné en 1960.

Sa première année de présidence va être marquée par plusieurs évènements, outre le succès d’Apollo 11, c’est l’organisation d’un festival pop gigantesque organisé à Woodstock, les sanglantes émeutes de Stonewall, quartier New-Yorkais entre la minorité Gay et les forces de l’ordre, qui va voir la naissance d’organisations de défense du droit des homosexuels, ancêtre des LGBT et surtout de la Guerre du Vietnam, conflit dans lequel le pays de l’Oncle Sam s’est engagé au début des années 60, soutenant le régime sud-vietnamien qui tentait de résister aux assauts du voisin communiste du Nord. Si le budget militaire représente 10 % du PIB, près de 45 % sont alloués au seul conflit Vietnamien.

Plus d’un demi-million de soldats américains ont foulé le sol de ce pays d’Extrême-Orient et qui malgré une logistique bien supérieure à celle de ses adversaires, le pays qui délivra l’Europe occidentale en 1944-45 n’est absolument pas sûr de remporter la victoire face à une « armée des ombres », la même qui fit plier le colonisateur Français quinze ans plus tôt…..

 

En outre, on accuse les Américains d’avoir orchestré des frappes aériennes sur le voisin Cambodgien. Nixon amorce les premières tentatives de sortir d’un conflit dans lequel son pays s’enlise inexorablement. De nombreuses manifestations sont organisées dans le pays pour protester contre cette guerre sans issue qui laissera de nombreux traumatismes dans l’inconscient collectif américain…

Une Amérique qui vit encore avec le spectre de l’inégalité raciale, malgré l’émergence des« droits civiques » prônés par le Pasteur Martin Luther King, assassiné rappelons-le un an plus tôt, quelques semaines avant Robert Kennedy, ancien Attorney général de son frère, candidat aux élections de fin d’année mais qui connut alors le même destin tragique.

Dans l’Amérique de 1969, la population noire est celle qui compte le plus de poches de pauvreté dans un pays jugé alors prospère, et généralement le niveau de vie d’un noir est près de 60 % inférieur à celui de son voisin blanc….

Le petit dernier de la tribu Kennedy, Ted se verra dans l’impossibilité de reprendre le flambeau familial à la suite d’un scandale de mœurs qu’il l’éclaboussera : victime d’un grave mais curieux accident de la route à Chappaquiddick, il en réchappera à contrario de sa passagère et néanmoins maîtresse présumée… 

 

GOLDA MEIR COURAGE

 

A 71 ans, la vieille militante, actrice de l’indépendance d’Israel vingt ans plus tôt devient le 4 -ème chef du gouvernement de l’histoire du pays et surtout la première femme aux manettes du pays. Née en Pologne, elle a émigré aux Etats-Unis, a milité pour un Sionisme socialiste avant de rejoindre le Parti Travailliste. Ancienne Ministre des Affaires Etrangères dans le précédent gouvernement, elle est donc choisie par le Parti pour diriger « d’une main de fer » le pays pendant 5 ans. Elle réfutera l’existence d’un quelconque peuple Palestinien et s’opposera fermement à la restitution des « territoires occupés » depuis le triomphe Israélien de la « Guerre des Six Jours ».

 

 

ARAFAT

 

A 40 ans, Yasser Arafat devint cette année- là le nouveau président de l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine), né au Caire en 1929, cet ancien ingénieur des Travaux Publics est déjà un militant rôdé de la cause Palestinienne, il avait pris la tête du FATAH à la fin des années 50 et trouve là la consécration en accédant à l’organisation née cinq ans plus tôt, fruit de l’union de plusieurs organisations palestiniennes de libération. Mais cette nouvelle vie ne sera pas un long fleuve tranquille et dès lors, l’OLP est considérée comme une organisation terroriste, organisant alors des prises d’otages, des détournements d’avion ou d’attentats sanglants…. Tout au long de sa tumultueuse existence, le petit homme à l’éternel Keffieh demeura un infatigable acteur de la cause Palestinienne, vivant alternativement dans la lumière comme dans la clandestinité jusqu’à sa mort en 2004 à l’Hôpital Percy de Clamart où il avait été admis…

 

VIETNAM

 

Nguyễn Sinh Cung (dit Ho-Chi-Minh) (1890-1969).

 

Il ne verra jamais la réunification des deux Vietnam et l’apogée du combat d’une vie : l’instauration d’un régime communiste et la victoire face à toute forme de colonialisme.

Disparu à 79 ans, curieusement au même âge et la même année que l’ex-président Eisenhower qui libéra l’Europe occidentale de la barbarie Nazie, « l’oncle HO » comme on le surnommait voua donc une très grande partie de son existence à mener un combat pour l’indépendance de son territoire natal qui était une colonie Française.

Très tôt séduit par les idées communistes, il fut à l’origine de la création du parti Communiste Indochinois, aidé par son voisin Chinois : Mao Tse Toung. Présent au Congrès de Tours en 1920 qui vit la naissance du parti à la faucille et le marteau Français et qui sera par la suite de toutes les luttes anticoloniales, Nguyen Sinh Cung résidera plusieurs années à Paris, travaillant même pour le journal « L’Humanité ».

De retour en Indochine dans les années 30, il sera de toutes les luttes pour l’indépendance, combattant l’invasion Japonaise durant la seconde guerre mondiale, puis contre les Français, aidé par le futur Maréchal Giap qui réussira à faire capituler les Français à Dien Bien Phu en mai 1954….

Cependant, il manquera de peu d’être capturé par l’armée Française et vivra dans la clandestinité avant de s’installer au moment de l’indépendance du Nord-Vietnam, à Hanoi où il meurt donc cette année-là.

Au moment de la réunification du Vietnam en 1975, l’ancienne Saigon devient Ho-Chi-Min Ville mais la capitale du pays est alors fixée à Hanoi……

  

LE SACRIFICE DE IAN PALACH

 

Il n’avait pas 21 ans et était étudiant en Economie politique à Prague, Capitale de la Tchécoslovaquie. Militant actif, il n’a pas supporté l’intervention des chars soviétiques en août 1968 dans son pays, mettant fin aux quelques mois d’espoirs engendrés par le « Printemps de Prague », cette nouvelle politique prônée par Aleksandr Dubcek, proposant un « socialisme à visage humain » : une liberté de la presse, de la liberté d’expression, donnant la parole aux intellectuels et à l’opposition jusqu’à présent bâillonnée. Mais c’était sans compter sur l’irritation de Moscou qui après moults avertissements décida d’un retour à la « normale » en utilisant la force et le retour dans le giron du « bloc soviétique » ….

Ian Palach décida de mettre fin à ses jours à l’endroit le plus animé de la capitale Tchécoslovaque : «la Place Venceslas » : il entendait protester contre l’indifférence de ces concitoyens quant à l’intervention soviétique et réveiller les consciences par son geste autant spectaculaire que symbolique. Très gravement brûlé, il agonisera à l’Hôpital quelques jours après et sa disparition provoquera une très vive émotion dans le pays mais également dans le monde entier….

 

 

ULSTER BLOODY COUNTRY

 

Vus de France, les « évènèments » d’Irlande du Nord apparaissent aussi incompréhensibles qu’une partie de Cricket…Depuis le début de la décennie des troubles ont commencé dans ce petit pays de 20.000 kilomètres carrés et peuplé de 1.5 millions d’habitants : la minorité Catholique se sent victime de discriminations sociales face à la majorité Protestante.

Des marches de protestations et des sit-in se développent alors au mois de janvier 1969 à travers tout le pays, d’abord pacifiques, ces manifestations vont prendre un virage beaucoup plus violent avec les forces de l’ordre qui vont réprimer les protestataires toujours plus durement….

Deux communautés vont alors s’affronter : la première composée de Loyalistes, en grande majorité protestante et partisane de rester au sein de la couronne Britannique et la deuxième, composée d’une population Catholique et majoritairement Républicaine et Nationaliste, désirant la réunification d’une Irlande fractionnée après la Première guerre mondiale….La grande majorité du territoire nommée « Irlande du Sud » a donc acquis son indépendance tandis qu’une petite portion est resté sous le joug Britannique…

Les trente ans qui vont suivre vont être marqués par ce que certains appellent : « des troubles », d’autres « une guerre civile » voire de « religion », avec de nombreux attentats meurtriers (le conflit fera plus de 3.500 victimes civiles et militaires), une occupation permanente des troupes Britanniques, le spectre de l’IRA, jugé libérateur pour les uns, purement terroriste pour les autres. Il faudra attendre les « accords du Vendredi Saint » en 1998 pour assister à un « cessez-le-feu » mais les feux de la réconciliation resteront encore longtemps mal éteints….

 

LE GOUROU SANGUINAIRE

 

Dans la nuit du 8 au 9 aout 1969, l’actrice Sharon Tate, épouse du réalisateur Roman Polanski (qui était alors en repérage à Londres) et quelques amis sont sauvagement assassinés dans la villa du couple à Bel Air, quartier de Los Angeles par un groupe de hippies drogués et fanatisés. La malheureuse actrice, pourtant enceinte de 8 mois ne sera pas épargnée par ses bourreaux et connaitra une fin atroce. Les assassins inscriront la mention « Pigs » sur les murs de la propriété….

Il faudra près de 2 ans pour mettre la main sur les auteurs de ces faits sanglants et surtout sur son commanditaire : un nommé Charles Manson, 35 ans, un « gourou », chef d’une « famille » qui lui est totalement dévouée autant pour commettre des vols ou être ses esclaves sexuels. Cet homme de petite taille (1,57m) a déjà un lourd passé carcéral (depuis l’adolescence, il a passé les trois quarts de son existence en prison), persuadé d’être le nouveau « messie » satanique prêt à sauver une Amérique « blanche » de la décadence.

Musicien raté, furieux de ne pas avoir été « reconnu » par un producteur, il tente de se venger de celui-ci en l’attaquant dans sa villa mais ce dernier a récemment déménagé. Une autre version atteste qu’il aurait également voulu s’en prendre en fait à Polanski, auteur du récent film « Rosemary baby » qui narre l’histoire d’une femme enfantée par le diable en personne….

Manson et les auteurs des faits seront arrêtés en 1971. Le « Gourou » qui n’a participé personnellement à aucun des « expéditions meurtrières » est reconnu coupable d’être « le commanditaire » de la tragédie de Cielo Drive mais aussi d’une autre série de meurtres à travers la Californie et devient alors le plus « célèbre » criminel de l’histoire judiciaire américaine de l’époque : son procès sera le plus long et le plus cher que les Usa aient connu…. Il passera ensuite les quarante dernières années de son existence derrière les barreaux où il mourra en 2017……