BON ANNIVERSAIRE MONSIEUR AUDIARD !

Yves DIonay

« Quand on mesurera la connerie, tu serviras d’étalon, tu seras à Sèvres ! »

Bon anniversaire, monsieur Michel Audiard ! Vous auriez eu 100 ans cette année (eh oui, déjà !).

 

 

Un peu d’histoire

 

Des centaines de citations, telle celle énoncée ci-dessus, ont fait passer Michel Audiard à la postérité. Nombre des films qu’il a dialogués ou réalisés sont inconnus des jeunes générations, mais ses réparties, sentences et traits d’humour, sortent encore parfois de la bouche de personnes de tous âges sans en connaître toujours la provenance.

 

Mais qui était Michel Audiard ? Né dans le populaire 14ème arrondissement de Paris le 15 mai 1920, il en gardera ou imitera la gouaille des titis, « prolos » et marlous (il y avait à l’époque un vrai esprit parisien, englouti dans la plate uniformisation de notre société citadine), il vivra de petits boulots (après un simple CAP de soudeur) , tout en s’intéressant à la littérature puis au journalisme, avant de se faire remarquer et d’intégrer dans l’après seconde guerre mondiale le milieu du cinéma.

 

Il devient dialoguiste, sa notoriété s’accroit. Il rencontre Jean Gabin, pour qui il écrit des scenarii, des dialogues (le cave se rebiffe, les vieux de la vieille, le pacha, un singe en hiver- avec Jean-Paul Belmondo …) ; ils resteront très proches (malgré une brouille passagère). Puis ce sont les célèbres films pastiches de policiers de série B (les barbouzes, les tontons flingueurs, ne nous fâchons pas …) qui feront de lui une icône du cinéma populaire, mais aussi un cinéma de copains, avec Lino Ventura, Francis Blanche, Bernard Blier, André Pousse Il écrit pour Jean-Paul Belmondo (Cent mille dollars au soleil, l’incorrigible, le Guignolo …).

 

Ses films postérieurs seront plus sombres, après un évènement tragique : le décès de son fils aîné dans un accident de la route. Mais les dialogues sont toujours savoureux (garde à vue, mortelle randonnée, espion lève-toi, canicule …). Il décède d’un cancer, à l’âge de 65 ans, en 1985 (si jeune !) et est enterré au cimetière de Montrouge (14ème arrondissement de Paris).

Il aura écrit les dialogues, scénarisé ou réalisé près de 120 films (difficile de les citer tous ici), dont plusieurs ont dépassé le million d’entrées.

 

 

Plus complexe qu’on le croît

 

Michel Audiard a manié les oppositions et les paradoxes ; s’intéressant très tôt à la littérature et à la poésie (même s’il était d’un niveau scolaire assez peu élevé), il est fan de vélo, et assiste à de nombreuses courses, c’est ainsi qu’il rencontrera son idole, André Pousse (qu’il fera tourner dans de nombreux films). Résistant pendant la guerre, il publiera néanmoins un roman à épisodes dans des journaux collaborationnistes, écrivant parfois des phrases à fort relent d’antisémitisme.

 

Malgré sa gouaille de titi, l’humour qu’il faisait passer dans ses œuvres et son attitude de bon vivant, il ne se remettra jamais du décès de son fils et traînera à partir de là une déprime, un désappointement que l’on retrouve dans ses mémoires et les dialogues de ses derniers films (garde à vue, mortelle randonnée).

 

 Il se disait solitaire, mais avait un réel culte de l’amitié, des vrais amis, avec un sens du partage et de la simplicité. Ses films les plus anciens n’étaient souvent que des œuvres de série B, parodiques et sans prétention, mais il les truffait de dialogues ciselés, servis par une richesse de langage peu commune.

Autre opposition ne venant pas directement de lui : bien qu’attirant des foules immenses avides de ce cinéma populaire, il fut méprisé par les cinéastes de la nouvelle vague qui trouvaient ses films ringards et surannés.

 

 

Et l’Essonne ?

 

 

Michel Audiard épousa en 1949 une dourdanaise, Marie-Christine Guibert. Très attaché à la ville de Dourdan, il y possédait une propriété depuis 1955, au coin de la rue Lebrun et de la rue de L’Etang. Il y résida et y travailla par moments (il possédait aussi un logement parisien), tournant même quelques films dans la ville (Le rouge est mis, de Gilles Grangier).Son ami Lino Ventura possédait une propriété non loin de là, au Val Saint Germain.

 

C’est dans sa maison de Dourdan que Michel Audiard apprit, le 19 janvier 1975, la mort de son fils François dans un accident de la route (il travaillait alors avec Philippe de Broca sur les dialogues du film « le guignolo »).

Il ne se remettra jamais de ce drame. Ses dialogues devinrent alors plus sombres, il s’effondrera intérieurement peu à peu. Il exprima ses douleurs dans son roman paru en 1978 : «  La nuit, le jour et toutes les autres nuits ».

C’est à Dourdan qu’il décède le 28 juillet 1985, des suites d’une longue maladie. Son fils Jacques, metteur en scène reconnu, reprendra le flambeau familial dans le domaine cinématographique.

Maison de Michel Audiard à Dourdan