RIS AUX ARTISTES

Yves Dionay

 

Le 16 février de cette année, Graeme Allwright nous quittait. Ses chansons firent le bonheur de générations d’amateurs de feux de camp, ignorant dans les rires et les claquements de mains la profondeur des textes, militants, pacifistes et souvent angoissés et même désabusés.

Graeme Allwright nous fit découvrir, par ses traductions de chansons, Léonard Cohen, Woody Guthrie, Pete Seeger, Tom Paxton … bref les stars du protest-song nord-américain.

Néozélandais d’origine, ayant vécu la majorité de sa vie en France, il est décédé à Couilly-Pont-aux-Dames (77), dans la « maison de retraite des artistes de Pont-aux-Dames ».

 

Celle-ci fut fondée en 1903 par le comédien Constant Coquelin, pour accueillir les vieux artistes les plus nécessiteux. Premier établissement de ce genre en France, elle accueillit nombre d’artistes, provisoirement ou en fin de vie, dont la comédienne Edwige Feuillère. C’est maintenant un EHPAD, qui n’est plus réservé aux artistes.

 

Couilly-Pont-aux-Dames, c’est en Seine et Marne. Quel rapport avec l’Essonne ?

A Ris Orangis existe le même type d’établissement, le château de Ris, dit jusqu’à une période récente « château Dranem ».

Armand Ménard, dit Dranem, était un chanteur et fantaisiste de la fin du 19ème siècle et de la première moitié du 20ème, très populaire avec ses chansons humoristiques, parfois un tantinet scabreuses pour l’époque. « Les petits pois », chanson légère à la limite de la niaiserie, fut fredonnée par plusieurs générations de Français (Pétronille eut aussi beaucoup de succès). Il créa au début du 20ème siècle, grâce à une souscription, une mutuelle pour chanteurs lyriques. Il est enterré dans le parc du château.

 

 En 1911, Dranem achète, grâce à une souscription et un important gain à la loterie nationale, le château de Ris, datant du 18ème siècle (remanié aux siècles suivants)  et son parc de 12 hectares, alors en campagne, pour y installer une maison de retraite pour artistes nécessiteux, afin de leur éviter une fin misérable. Cette institution, inaugurée par le président de la République Armand Fallières,  eut une grande notoriété, elle fut financée tout au long de son histoire par nombre de célébrités, dont  Edith Piaf,  Charles Aznavour ou Lino Ventura Bien des grands noms du spectacle y passèrent, comme résidents ou simplement visiteurs.

Les arbres du parc portent le nom des généreux bienfaiteurs qui vinrent les planter.

 Elle accueillit jusque dans les années 80 de nombreux artistes en fin de vie, pour le compte de la « Société de secours mutuel des artistes lyriques ». Maurice Chevalier fut jusqu’à sa mort président de la fondation Dranem. Jusque dans les années 50, un théâtre en plein air dans le parc accueillait les célébrités de la scène.

Malheureusement, les contributions se firent peu à peu plus rares, les vieux artistes délaissèrent ce lieu, les difficultés financières s’accumulèrent. Le château fut revendu au début des années 2 000 ; c’est aujourd’hui un EHPAD classieux avec son mobilier d’époque, mais ouvert à toutes et tous … mais sans artistes.

 

Dernière anecdote ? Pendant la 2ème guerre mondiale, le parc servit de cache, et en 1945 le château abrita un centre de regroupement et d’évacuation des étrangers présents en France. Et témoignage des horreurs des deux conflits mondiaux, une plaque à l’entrée porte le nom des artistes morts pendant les guerres. Un poulbot tué d’une balle sert de monument aux morts.