LA SOLITUDE DU COUREUR DE FOND (Edito du 22 juin)

Philippe DUPONT

Quatre jours plus tôt, le 18 juin 1940, Il avait déjà lancé un premier appel au micro de la BBC, invitant toutes les forces vives tricolores (militaires, ingénieurs, ouvriers) se trouvant sur le sol britannique à venir le rejoindre pour dire non à un armistice signé la veille entre une France vaincue et son adversaire Allemand triomphant, qui avait déjà commencé à faire claquer le bruit des bottes dans toute la partie nord de l’Hexagone……

Bien que passé à la postérité, l’appel en question ne fut guère entendu par nos concitoyens et plus grave encore, faute de moyens techniques, il ne fut pas enregistré. De toute façon, à l’époque :  pas de réseaux sociaux pour relayer l’évènement et les « followers » se seraient comptés de toute façon sur les doigts d’une main, ni de chaînes d’info avec le point de vue d’éditorialistes éclairés pour « décortiquer » le contenu du texte…. Non, juste quelques lignes dans quelques rares journaux régionaux (« le petit Provençal »), notamment…

Mais la détermination de l’auteur de l’appel ne fut pas pour autant anéantie par ce « flop médiatique » car il en fallait plus pour faire renoncer Charles de Gaulle, 50 ans, Général de Brigade à titre provisoire qui se faisait de la France, « une autre idée que celle d’un pays vaincu « ad vitae aeternam » par la Germanie et son allié Italien….

Il enregistra donc un deuxième appel rendu nécessaire par l’humiliant armistice imposé par un Hitler, enivré par son triomphe insolent et surtout son obsession de revanche sur ceux qui avaient également fait signer à son pays l’acte de la capitulation dans le wagon de « Rethondes » le 11 novembre 1918 avec des conséquences également humiliantes pour l’Allemagne suite au « Traité de Versailles », décida sans accorder la moindre concession de retourner dans le même wagon pour réécrire l’histoire cette fois à sa façon……

Mais ce deuxième appel avait surtout pour dessein de générer le premier embryon de « résistance nationale », nécessaire dans toute lutte armée face à un opposant mais en partant du principe qu’il n’y a pas de « citadelle imprenable » ….

En somme, un peu le combat entre « David et Goliath », rendu encore plus incertain dans l’instant présent : qui pouvait souscrire aux « propos de reconquête » d’un quasi-inconnu, « déserteur de surcroit » qui n’allait pas tarder à être « condamné à mort », « déchu de sa nationalité française avec confiscation de tous ses biens » face à un Maréchal Pétain, « héros de Verdun » qui avait accepté de « faire le don de sa personne » à une France défaite et dont lui seul pouvait sauver l’honneur, adoubé par près de « quarante millions de Maréchalistes » ?.

Peu de monde, mais du monde quand même : dans une ile perdue aux larges des Côtes Bretonnes : Sein qui trompa le dicton « qui voit Sein voit sa fin » le tronqua pour « Qui est à Sein, voit son destin », une centaine d’hommes entre 14 et 67 ans, soutenus par leur « Recteur » s’embarquèrent pour une Albion, devenue salvatrice laissant la perfidie aux belliqueux chevaliers teutons….

Ils constitueront avec le concours de quelques intellectuels inspirés qui côtoieront durant les quatre ans de lutte, de plus en plus d’hommes et de femmes souvent jeunes, animés par autant d’audace que d’insouciance mais qui furent sensibles au discours de celui qui allait devenir le chef de la « France Libre » qui reconnaissait à voir perdu une bataille mais certainement pas la guerre….

L’appel du 22 juin sera donc celui de la Résistance Extérieure grâce au Ralliement de l’Empire Colonial tout en portant sur les fonts baptismaux la Résistance intérieure et mutualisant toutes les différences idéologiques ainsi que les multiples compétences stratégiques, porteuses de « combattants de l’ombre » dont beaucoup connurent des destins aussi héroïques que tragiques.

Mais le déjà visionnaire De Gaulle savait qu’il ne parviendrait à la reconquête désirée que grâce au concours de ses « alliés », d’abord les Anglais avec un Churchill, complice de la première heure et a posteriori les Américains (ce sera plus compliqué avec un Roosevelt soupçonneux) pour bouter les « Germains » hors de sa terre natale tout mettant en exergue non pas seulement la résolution d’un combat « franco-allemand » mais l’éradication d’un « conflit mondial » dont on connaitra par la suite les conséquences en perte humaine et en bouleversement des équilibres territoriaux……

On connait la suite : quatre ans après l’appel, le « paria » de 1940 entra dans un « Paris martyrisé mais libéré » et les « cloches de Notre Dame » sonnèrent avec ardeur pour mieux faire étouffer les ultimes bruits de botte de la déroute.

« Quarante millions de Gaullistes » l’acclamèrent sans faille, qu’ils soient inconditionnels ou convertis de la « dernière heure », le considérant comme celui qui privilégia « l’intérêt supérieur de la Patrie » contre le nauséabond « travail, famille, patrie » prôné par le vieux Maréchal, héros soudain banni mais qui sera gracié par celui qu’il avait lui-même condamné à mort quatre ans plus tôt...

Le vainqueur du jour n’appliqua pas « le malheur aux vaincu » en « raison de son grand âge » ou peut-être subconsciemment pour éviter de mettre « la cerise sur le gâteux », en souvenir du temps où le futur homme de Colombey l’avait pour mentor et servait de « plume » au futur exilé de l’Ile d’Yeu….

Quatre-vingts ans après, l’événement a été dignement célébré, aussi bien par les acteurs de moins en moins en moins nombreux de cette incroyable page d’histoire que par les générations nouvelles afin que nul n’oublie les raisons de ce combat contre la barbarie.

Certains observateurs aiment à rappeler que chacun d’entre nous « a été, est ou sera Gaulliste », belle formule mais dont la résonnance porte désormais plutôt sur la dimension historique que politique ou sociale, à moins qu’elle ne fasse allusion ,de façon subliminale, a rien d’autre que l’idée du « rassemblement » pour un projet commun qu’un homme exceptionnel a su incarner un moment donné……