Au XII ème siècle, Compostelle s'approprie la Coquille, ancien symbole d'amour (mythe de Vénus) qui protégeait alors des mauvais sorts.
« Les pèlerins qui reviennent de Compostelle rapportent des coquilles, qui signifient les bonnes oeuvres… Il y a dans la mer de Saint-Jacques des poissons communément appelés vieiras qui ont sur deux côtés des protections en forme de coquilles, entre lesquelles se cache un poisson analogue à l’huître. Les valves de la coquille sont formées comme les doigts d’une main (les Provençaux les nomment nidulas, et les Français crousilles).

Les pèlerins les fixent au retour du tombeau de saint Jacques à leurs capes en l’honneur de l’apôtre comme en son souvenir et les rapportent avec grande joie chez eux en signe de leur long périple. Les deux valves du coquillage représentent les deux préceptes de l’amour du prochain auxquels celui qui les porte doit conforter sa vie, à savoir aimer Dieu plus que tout et son prochain comme soi-même… les valves qui sont disposées à la façon des doigts désignent les bonnes oeuvres dans lesquelles celui qui les porte doit persévérer. Et les bonnes oeuvres sont joliment désignées par les doigts, parce que c’est par eux que nous opérons lorsque nous faisons quoi que ce soit. Ainsi, de même que le pèlerin porte la coquille tant qu’il est sur le chemin de l’apôtre, de même il doit se soumettre aux commandements du Seigneur»

Ecrits anciens traduits par Bernard Gicquel.

Christèle Dumas et Philippe Dupont

LA VIA TOLOSANA

CHRONIQUES D’UN COMPOSTELLE PAS COMME LES AUTRES

 (17/29 AOUT 2020)

 

2 EME EPISODE

BIENVENUE EN OCCITANIE

Lundi 17 Août

 

 

Béziers…                                                        
Le jardin Les p’tits bouts de bois
De l’atelier
De tonnelier
Du père,
Navires
Qu’emporte le courant ivre
De la rivière.
Ils vont à la mer,
Fuyant à cordes et à mâts,
Se caletant vent arrière
À cause des bombes
Qui font trembler la terre,
Le ciel et la mer.

 

Jean Pierre DAUMAS, Poète Biterrois, né en 1941.

 

 

 

QUAI DES BRUMES

 

« Mesdames et Messieurs, nous arrivons en gare de Béziers ». Il est presque 12h30 et après un peu plus de quatre heures de voyage, nous foulons le sol de la gare Biterroise. A peine posé le pied sur le quai, l’impression de chaleur nous inonde le visage, tout comme les nombreux passagers qui nous entourent et qui se dirigent vers la sortie……

Avant de quitter le Hall des Arrivées, notre premier objectif avoué est celui de nous débarrasser d’emblée de ce qui sera notre compagnon de route et qui est plus connu sous le nom de sac à dos… Mais les consignes de bagages sont fermées probablement pour cause de COVID. Ce maudit  virus qui se rappelle soudainement à notre souvenir et qui ne va pas tarder à nous narguer tout au long de notre éminent périple….

 

LES FRUITS DE LA PASSION

 

Nous voici donc arrivés dans cette ville très ancienne dont les fondations remonteraient au Vie siècle avant Jésus-Christ, certains disent même qu’elle serait la plus ancienne cité de France que l’on attribue généralement à la Cité Phocéenne, l’antique Massilia….

Aujourd’hui, la perception que l’on a de la ville varie selon vos centres d’intérêt : le « fondu » de sport l’assimilera à une « Terre d’Ovalie » et c’est vrai qu’ici le Rugby à XV est une « religion » et son club, créé en 1911 a connu un des plus beaux palmarès sportifs qui soit avec pas moins de onze titres de champions de France et une coupe d’Europe, notamment dans les années 60, quand une grande majorité de ses joueurs s’illustraient dans l’Equipe de France, fêtant les victoires au QG du Cours-Riquet.

Une ville bouillante et sanguine pour les autres avec les « Olas » et la « Bronca » de ses Arènes, car Béziers n’échappe pas à la tradition Tauromachique solidement ancrée dans ces territoires qui vont longer notre Chemin de Compostelle, entre Arles et l’Outre-Pyrénées… et qui peut autant fasciner que révulser les habitants venus d’autres contrées plus au nord de la Loire….

Mais Béziers, c’est surtout une « terre viticole », une cité millénaire fière de son terroir avec ses milliers d’hectares de « vins de pays » qui accompagnèrent jadis les repas de nos concitoyens du Nord au Midi. La ville s’était même autoproclamée « Capitale du Vin » avant d’être bien sûr détrônée par Bordeaux ou Dijon mais elle ne jouait pas dans la même catégorie, tout en étant précurseur dans son domaine, avec la création de la première Coopérative dès 1901.

L’essor de la viticulture est surtout lié à trois facteurs essentiels : le percement du Canal du Midi, l’aménagement du Port de Sète et bien sûr l’arrivée du Chemin de Fer qui permirent de trouver de nouveaux débouchés économiques. Des fortunes locales apparurent, en témoignent encore les belles façades Haussmanniennes du Centre-Ville.

Plus de la moitié du terroir autour de Béziers était alors couvert de vignes…. Mais la prospérité insolente s’éclipsa peu à peu notamment avec la crise du Phylloxéra de 1905 qui anéantit la grande partie du vignoble français (dont notre vignoble Francilien) mais également l’implacable concurrence avec les Vins d’Algérie qui déferlaient alors sur le Continent, via le port de Sète….

Béziers connut dès lors les premiers germes d’un déclin avec le désarroi des petits viticulteurs ruinés, des ouvriers agricoles au chômage, acquis aux idées socialistes, apôtres d’un « Midi rouge » enclin à la révolte comme ce fut le cas en 1907 avec les violentes manifestations réprimées par le « premier flic de France » Clémenceau qui s'était déjà illustré lors des sanglantes emeutes des Carriers de Draveil-Vigneux….

Le « Midi rouge » de la révolte a changé de couleurs au fil du temps, devenant progressivement « rose », puis « bleu » avec à  présent une inclinaison pour le « brun » … Lors des Municipales de 2014, la Droite Républicaine qui tenait la ville depuis des décennies et la Gauche au pouvoir qui s’essouffle donnent les clés de la Mairie à Robert Ménard.

 

 

LE PETIT ROBERT

 

Robert Ménard…son nom est étroitement lié à la ville et à son goût immodéré pour provoquer des polémiques. Né en 1953 à Oran, alors deuxième ville d’une Algérie Française, il débarquera neuf ans plus tard de l’autre côté de la Méditerranée comme près de 800.000 « pieds-noirs » chassés de leur terre natale au moment de l’Indépendance de l’Algérie, après 130 ans de présence française…

Cet exode massif vers la « Métropole », cette terre de France dont beaucoup n’avaient jamais foulé le sol auparavant va provoquer un traumatisme chez la plupart de ceux que l’on surnomment d’emblée « les envahisseurs », une plaie qui aura beaucoup de mal à se refermer….

Outre la Région Parisienne qui pratiquera une discrimination positive en matière de priorité d’attribution de logements pour ces populations déracinées qui avaient le choix entre « la valise et le cercueil » au grand dam des autochtones franciliens , les Bouches du Rhône où sera d’ailleurs créée une ville nouvelle essentiellement constituée de « Rapatriés » : Carnoux en Provence mais également des villes comme Toulouse ou Montpellier qui vont connaître alors une croissance démographique exponentielle durant toutes ses années 60….

Béziers n’échappe pas aux flux de ces « nouveaux habitants » comme elle a pu le faire à chaque tragédie que procure l’histoire : déjà dès 1936, la Cité est devenue la terre d’exil des Républicains espagnoles fuyant la misère et la répression du régime Franquiste.

La famille Ménard s’y installe, après avoir vécu en Aveyron. Le père est syndicaliste et communiste tout en devenant un sympathisant de l’OAS, cette organisation nostalgique d’une Algérie Française qui basculera dans le terrorisme et sa volonté d’éliminer le « traitre » à leur cause : le Général de Gaulle….

Le jeune Robert a lui aussi la nostalgie du « paradis perdu » que certains continuent à honorer lors des « grands rassemblements » pieds-noirs d’Agde, située non loin de Béziers. Etudiant à Montpellier, le futur journaliste qui co-fonder « Reporters sans frontières » a d’abord eu comme livre de chevet « le petit livre rouge » de Mao, barbotta quelques temps dans les cercles Trotskystes devenant le compagnon de route des « amoureux du grand soir : celui de la Révolution » avant de basculer progressivement vers la Droite pour finalement tomber dans les bras de l’héritière de Saint-Cloud….

Hier, le militant Tiers-Mondiste, défenseur de la liberté d’expression absolue qui fit un coup d’éclat en fustigeant le régime autoritaire de Pékin lors des JO s’est peu à peu rapproché de cette extrême-droite qui veut éradiquer à tout prix la théorie du « grand remplacement », celle d’une minorité agissante, essentiellement musulmane qui menace selon lui sa bonne ville de Béziers…

Elu au second tour à la suite d’une triangulaire difficile en 2014 avec l’aide du Mouvement pour la France du Nobliau Vendéen Philippe de Villiers et de Debout la France de l’inénarrable Député de l’Essonne Nicolas Dupont-Aignan, le même Ménard sera par contre réélu triomphalement dès le 1 er tour en 2020, avec malgré tout un fort taux d’abstention lié au COVID ….

Comme quoi, ses dérapages verbaux et ses initiatives douteuses (recensement des enfants musulmans dans les écoles) suscitent autant d’indignation que d’approbation sous cape… Homme de communication, aidé par son épouse, Députée de la Circonscription, il reste un homme de médias qui sert faire le buzz en réussissant à marabouter ses électeurs……

 

 

LE DECLIN

 

Le succès électoral de Robert Ménard est malheureusement lié à l’image que donne la ville et qui est marquée par le signe d’un déclin palpable. La charge du premier magistrat de la commune languedocienne concernant la surreprésentation de la population musulmane de la ville, porteuse de pauvreté et d’insécurité qui gangrènerait sa ville et le rôle de preux chevalier qui tenterait de les bouter hors de ses murs n’expliquent pas tout…

Un Robert Ménard, porteur des valeurs d’une « France blanche et Catholique » passe sous silence le piètre bilan économique de Béziers qu’il n’a pas su enrayer comme ses prédécesseurs : quatrième ville la plus pauvre de France, un chômage endémique deux fois supérieure à la moyenne nationale et une population aujourd’hui inférieure à celle qu’elle était en 1968….

Aujourd’hui, c’est une simple sous-préfecture de l’Hérault, devenue la deuxième ville d’un département largement dominé par le tentaculaire chef-lieu et son agglomération : Montpellier, surnommée "La surdouée",  qui elle a gagné plus de 100 000 habitants depuis 1968, au cœur de l’ancienne région du Languedoc-Roussillon aujourd’hui intégrée dans la vaste région Occitanie depuis la réforme territoriale de 2015….

Béziers n’est pas un port, comme sa proche voisine Sète : elle est située cependant à moins de quinze kilomètres de la Méditerranée et est arrosée par la rivière l’Orb qui  finit pas se jeter dans la « Grande Bleue », non loin des stations balnéaires fréquentées par les Biterrois : Valras-Plage ou Sérignan, etc…. Mais la vieille cité Occitane garde également une relative proximité avec les massifs de moyenne montagne du Haut-Languedoc distants d’une soixantaine de kilomètres à l’Ouest. Elle reste une zone de confluences, pour le meilleur comme pour le pire….

 

 

 

 

ON DIRAIT LE SUD

 

Passées ces considérations géographiques, Notre deuxième objectif consiste à vouloir trouver le Centre-Ville et surtout un restaurant car c’est bien connu l’appétit vient en voyageant..

On peut se forger une première impression de cette ville qui est caractéristique des agglomérations typiquement méditerranéennes  et qui peuvent  constituer un  joli trait d’union entre les deux Sud qui composent la France : l’un situé à l’est qui revendique son rattachement à la Provence tandis qu’à l’ouest, l’Occitanie lui ouvre les portes pour ne plus les refermer jusqu’à l’Espagne…..

Nous avançons un peu à l’aveuglette, apprenant à « dompter » notre sac et notre lente progression nous fait découvrir une longue artère assez fréquentée par une population cosmopolite composée autant de badauds que de petits commerçants spécialisés qui peuvent nous rappeler certains quartiers de Paris ou de Marseille. Il fait de plus en plus chaud, un panneau indique la direction du Centre et de la Cathédrale…

Les petits immeubles colorés rencontrés depuis la sortie de la gare vont bientôt disparaitre de notre champ visuel pour faire place à une architecture Haussmannienne et à un plan urbain bien ordonné qui change radicalement de ce que nous avons vu quelques mètres avant …Les faubourgs laborieux s’évanouissent au profit d’une Opulence venue d’un passé glorieux mais qui semble révolu….

Nous débouchons sur la place des Trois-Six, situé non loin de l’Office de Tourisme et qui est un des points névralgiques de la ville…. D’abord, tentés de nous y rendre pour se renseigner et surtout espérer y laisser nos sacs, nous changeons d’avis et allons-nous installer à la terrasse d’un Restaurant….

 

PLACE DES TROIS SIX

 

Rien n’est plus agréable que de se poser au milieu d’une place autant animée qu’ensoleillée et qui constitue un signe tangible de dépaysement… Nos voisins, dont beaucoup sont des autochtones en pause-déjeuner nous regardent, mi amusés, mi intrigués avec notre lourd barda et nos chaussures de marche….

Lorsqu’elle apprend que nous comptons arpenter dès demain le « Chemin de Compostelle », la serveuse nous confie avec son accent chantant le sempiternel refrain : « vous êtes courageux de faire autant de kilomètres. Moi, personnellement je ne pense faire ça un jour ».

Tout en sirotant mon verre de vin de Pays, l’idée de trouver une « Crédenciale » me revient à l’esprit. Comme nous ne sommes pas loin de la Cathédrale et de l’Office de Tourisme, j’ai donc toutes les chances d’en trouver un facilement….

Ah, le Crédenciale, outre d’être le fait d’être le passeport de tout pèlerin qui se respecte jusqu’aux marches de la Cathédrale de Santiago fait également de vous un « pèlerin prémium » : dans certains cas vous paierez moins cher l’hébergement et la restauration si vous l’avez en votre possession et de connaitre le plaisir jouissif  de voir apposés une multitude de tampons sur ce document cartonné en accordéon.

Outre le fait de ne pas avoir pu le trouver assez rapidement sur Internet, j’aurais pu passer par la paroisse de ma commune, comme me l’avait suggéré Christèle. Mais à dire vrai je ne suis pas un bon client à l’Eglise et je n’ai pas d’accointance particulière avec le        « Cyber-Curé », l’Abbé Dunstan qui a la particularité de porter simultanément la soutane et de réciter ses homélies avec son I phone….

Le nom de la Place m’intrigue : « La place des Trois-Six », « Qu’es Aquo ? » ou qu’est-ce que c’est ? comme on dit en Occitan. Un nouveau partage du travail pour remplacer les « Trois-Huit » ou les « Quatre-Six » ? Vous n’y êtes pas du tout : n’oubliez pas que nous sommes au pays de Bacchus….

Le « Trois-Six » est le nom d’une boisson élaborée à partir de trois mesures d’alcool mélangées à trois mesures d’eau, la proportion du liquide était alors de 3/6 mais d’autres combinaisons étaient possibles. D’une teneur en alcool très élevé, ce breuvage ressemblait furieusement à une sorte « d’absinthe du Midi » et qui connut son heure de gloire ici même à Béziers mais également dans la ville voisine de Pézenas…. Pourtant réglementé, il fut l’objet de nombreux trafics et finirent par être démantelés par les Gendarmes à la suite d’une traque minutieuse……

CARREFOUR DES RELIGIONS

 

Béziers est une étape incontournable sur le Chemin d’Arles mais ne constituera pas pour nous le début de notre périple qui ne commencera que demain à la Salvetat-sur-Agout, à plus de 75 kilomètres au Nord-Ouest de Béziers, au cœur du Parc Naturel Régional du Haut-Languedoc…

Avec sa Cathédrale, sa Basilique et sa quinzaine d’Eglises, Bèsiers (comme on dit en Occitan) est indéniablement une terre Catholique même si une forte minorité protestante s’est établie sur ce coin du Languedoc mais dans des proportions moins importantes que dans les Cévennes voisines….

Robert Ménard pourra me rétorquer que sa ville ne compte également pas moins de quinze mosquées dans un département qui en compte plus de quarante avec en prime une ville Héraultaise comme Lunel qui a compté la plus forte densité de Djihadistes en partance pour la Syrie…mais au risque de vexer notre polémiste, le siège de Béziers en 1209, opération marquante de la Croisade des Albigeois, opposant les Croisés aux Réfractaires Comtes de Toulouse a pour l’instant fait beaucoup plus de victimes.

Office de Tourisme de Béziers, première question « Avez-vous des Crédenciales », l’Hôtesse nous regarde un peu dubitative, je sens poindre un « Qu’es Aquo » sur ses lèvres. « Nous faisons le Chemin de Compostelle » … « Euh, non n’avons pas ça ici » …. « Peut-être à la Cathédrale » murmuré-je un peu dépité. « Je ne sais pas » me répond-elle évasivement….

Visiblement ici, le Pèlerinage, on ne connait pas trop…. Nos illusions sur la passion Compostelle qui animerait la cité multiséculaire s’effondrent comme les murs de Jéricho, après le son impitoyable des trompettes…

 

L’EVECHE ETAIT FERME DE L’INTERIEUR

 

Nous arpentons les rues tortueuses du Vieux Béziers toujours chatouillées par un soleil de plomb, avant de trouver la Cathédrale Saint Nazaire, édifice imposant vissé sur la colline surplombant la Vallée de l’Orb…

Ce lieu sacré est très ancien, c’est Saint Aphrodise qui évangélisa Béziers (je vois déjà ricaner certains esprits mal tournés) et qui en fut le Premier Evêque au 1er siècle de notre ère Chrétienne. Le Diocèse de Béziers dépendait de la Province Ecclésiastique de Narbonne. 

A la création des départements en 1790, le nouveau département de l’Hérault compte quatre autres diocèses :  Lodève, Agde, Saint-Pons de Thomières et Montpellier…Mais en 1801, les trois premiers furent supprimés et au fil du temps, celui de Béziers sera supprimé et le siège épiscopal transféré définitivement à Montpellier en 1877, sans devenir un diocèse associé contrairement à celui d’Evry-Corbeil Essonnes avec ses deux Cathédrales St Spire de Corbeil, consacrée par Paul VI en 1966 et celle de Saint Corbinien d’Evry inaugurée par Jean Paul II, trente ans plus tard)….

Saint-Nazaire est une église de style Gothique construite au XIII è siècle et remplaçant une paroisse de style roman qui avait été incendiée lors du sanglant siège de 1209, marquant ainsi le triomphe des Croisés sur l’Hérésie Cathare….

Nous pénétrons dans l’ancienne Cathédrale, munis bien sûr de nos masques, marmonnant probablement un « Vade Retro, Covidas ». Je compte bien trouver mon Crédenciale. Je m’avance vers l’hôte assis devant une table recouverte de dépliants. C’est un homme sans âge et qui est tombé dans les bras de Morphée. « Bonjour l’accueil » ironisé-je.

Je finis par le sortir de sa torpeur, il se réveille lentement mais surement, tel un Sacristain qui aurait trop abusé du vin de messe. Je lui reformule ma question « Avez-vous un Crédenciale ». « Euh, oui » affirme-t ’il avec sobriété.

« Que la lumière soit » : je vais pouvoir obtenir le sésame du pèlerin. Mais le vieil homme me sort un tampon dans l’attente d’apposer le seau de la Cathédrale. Il n’a pas compris ce que je lui ai demandé. En fait, il n’a pas du tout de Crédenciale, faisant disjoncter la petite lueur d’espoir qui m’avait précédemment animé…

Il ne nous reste plus qu’à trouver le « Foyer des Pèlerins » situé non loin de là. Mais auparavant, après avoir traversé un joli cloître nous visitons les jardins de l’Evêché, battis en terrasse et qui dominent fièrement toute la région : au loin les vignobles tout près les maisons de la ville basse arrosée par l’Orb dont le Pont-Vieux chevauche la rivière en contemplant son double……

Le foyer des Pèlerins Bon Camino de Béziers est situé sur le Chemin des Romieux, au cœur de la vieille ville. Ouvert en 2016, il peut accueillir jusqu’à six personnes munies d’une Crédenciale et qui participent librement aux frais. C’est ce que l’on appelle un Donativo, mot d’origine Espagnole qui signifie offrande et que l’on trouve aussi bien en France que de l’autre côté des Pyrénées….

Nous frappons à la porte du gite : pas de réponse. Il n’y a personne. En fait le foyer n’a pas rouvert depuis la Crise sanitaire. Un numéro de téléphone en cas d’absence est inscrit sur la porte. Christèle tente de les joindre mais tombe sur le répondeur…. Décidément, ce n’est pas aujourd’hui que j’obtiendrai mon passeport de pèlerin…Saint Roch nous tourne le dos….

Saint Roch ?  Ah oui, nous avons oublié de vous parler de lui : c’est le « Patron » des Pèlerins. Enfin en autres, puisqu’il protège également les dermatologues, les pharmaciens, les paveurs de rue, etc… Espérons aussi les Podologues, pour les ampoules à venir….

 

SAINT ROCH

 

Né à Montpellier vers 1350, issu d’une famille aisée de la vie, il étudie la Médecine dans sa ville natale (qui possède la plus ancienne faculté de France) avant de rejoindre l’ordre des Franciscains et de revêtir lui-même les habits de pèlerins pour rejoindre la Ville Eternelle : Rome…

C’est l’époque où la Peste décime une grande partie de l’Europe, Saint Roch jouit d’une grande popularité en mettant à profit ses dons de guérisseur aussi bien sur sa terre natale que dans la Principauté de Milan où une guerre entre le Prince Visconti et la ligue du Pape fait. Le bon St Roch, qui parcourt son chemin sous l’anonymat imposé alors aux pèlerins passe pour un espion et croupira plusieurs années au cachot en ne révélant son identité qu’à la veille de sa mort vers 1378 dans la petite ville Lombarde de Voghera….

Sa dépouille sera transférée à Venise en l’Eglise Scuola Grande di San Rocco où on ne tardera pas à lui vouer un véritable culte tandis qu’à Montpellier l’Eglise qui porte son nom (« sanctuaire St Roch ») est devenu un lieu de recueillement pour tous les pèlerins de passage….

Notre destination de la dernière chance est l’Eglise St Jacques que l’on espère bien dédiée aux pèlerins. Construite sur un endroit excentré de la Colline, elle présente une architecture Romane. A l’intérieur, deux dames tiennent la permanence mais malgré leur bonne volonté ne seront pas plus en mesure de nous trouver un Crédenciale car seul le foyer Bon Camino le proposait… Compostelle nous échappe un peu, hormis la sculpture d’une énorme coquille scellée dans un coin du transept……Nous sommes des « pestiférés », St Roch, fais quelque chose……

Nous sommes donc des pèlerins bredouilles qui commencent à comprendre que notre périple va vivre à l’heure du COVID : cette année sera bien différente des précédentes, notamment celles qu’avait connues Christèle aussi bien sur cette voie d’Arles que sur le chemin du Puy…

Il fait toujours très chaud, nous avons soif et l’heure tourne : Béziers, en mal de Compostelle, n’était de toute façon qu’une étape…A 16h30, nous devons prendre l’autocar qui nous déposera à la Salvetat sur Agout, point de départ de notre randonnée spirituelle…….

 

 

  • Dans les ruelles de Béziers

  • Eglise Saint-Jacques

LE PARC AUX LIEVRES

 

Après une pause désaltérante sur la Place des Trois-Six qui nous est devenue familière, il est à présent grand temps de rejoindre la Gare Routière…que nous pensons se situer côté de la Station SNCF comme c’est souvent le cas… L’heure tourne et nous ne devons pas rater le dernier bus qui est le seul moyen de nous rendre à la Salvetat aujourd’hui, sinon nous devrons passer la nuit à Béziers et voir notre calendrier chamboulé : dans ce contexte incertain lié au COVID, amenant de facto un « gros caillou » à venir se loger sournoisement dans nos chaussures……

Mais la Gare Routière n’est pas du tout située ici, après avoir demandé sa localisation à un personnel SNCF qui nous a ressorti d’abord le « Je ne sais pas » déjà entendu auparavant, nous apprenons qu’elle se trouve à plus d’un kilomètre d’ici. « Passez par le Plateau des Poètes, ce sera plus rapide » ….

« Le plateau des poètes » c’est un magnifique jardin à l’Anglaise, conçu à la fin du Second Empire que l’on doit au créateur du Parc de la Tête d’Or à Lyon et qui est orné de nombreuses statues honorant la mémoire des architectes du patrimoine littéraire de la France en général et de la région en particulier….

Mais le temps n’est malheureusement pas à l’extase mais plutôt à notre faculté à rejoindre la Gare routière, nichée au-delà des Allées Paul-Riquet, la « grande Artère » de la Ville car le sablier s’écoule à vitesse grandissante. Vous imaginez l’option imposée d’une « marche de plus en plus rapide », en outre armé d’un sac à dos pas encore familier à nos chastes épaules, slalomant entre les badauds et autres poussettes de braves biterrois qui profitent des charmes bucoliques de l’endroit….

Sortis du parc, nous nous dirigeons un peu à l’aveuglette vers la gare Routière qui pour l’instant fait figure de mirage, arrosé parfois par les commentaires railleurs de passants désœuvrés. Béziers et ses rues animés défilent sous nos yeux mais en mode de plus en plus accéléré. Nous demandons notre chemin à un brave Turc qui nous indique dans son français hésitant la bonne direction à suivre, saluons-le, c’est le premier qui ne nous a pas dit « je ne sais pas » …

Ah, les aléas du direct, il est presque 16h20 et soudain…la Gare routière et son Armada d’Autocars se présente enfin à nous. Nous trouvons rapidement notre convoi salvateur avec son fronton lumineux qui indique « La Salvetat » ….

En nous vautrant sur les sièges arrière du véhicule, nous pouvons enfin souffler (malgré notre masque) et dire enfin « ouf !», l’aventure continue… Au revoir Béziers, à nous la Salvetat sur Agout que nous rejoindrons dans un peu d’une heure et demie…

 

« Le plus long de tous les voyages commence par un tout petit pas ». « L’homme petit respire par la gorge, le grand homme respire par ses talons ».

                                                                                                                                     Précepte Chinois

Pour lire le premier épisode, Cliquer sur le lien suivant :

15. Sept., 2020

COMPOSTELLE 2020 EPISODE 1

L'invitation au voyage.....