LA REVANCHE DE MICHAEL JACKSON

Philippe DUPONT

Editorial du 9 Septembre 

 

Dans son pays natal, certains le surnommaient « Wacko Jacko » ce qui signifie Jacko le Barjo. Il s’appelait en fait Michael Jackson, c’était une Star mondiale de la Pop avant de disparaitre à l’âge de 50 ans en 2009, victime d’une surdose de médicaments prescrits par un médecin négligent....

Durant sa carrière commencée dès l’enfance, il aura autant pulvérisé les ventes de disques qu’alimenté les journaux à scandales. Ce garçon excentrique était aussi étrange qu’ambigu : il avait voulu changer de peau, contredisant Nino Ferrer en proclamant « Je veux être un blanc » et avait l’habitude de faire ses sorties en portant un masque, ce qui lui valut, à l’époque , les moqueries de ses contemporains ...

L’auteur de « Thriller » aux dires de ses proches, était en fait « Germaphobe », il craignait l’arrivée imminente d’un virus qui se propagerait impitoyablement sur la planète et qui ferait des dégâts… Alors, « allumé » ou finalement « visionnaire » ?  Disons les deux…

Ce grand enfant rêvait de vivre dans un « château fort » il en avait déniché un authentique dans notre Berry National, mais lorsqu’il eut comme projet de détourner l’Indre de son cours habituel, les gens du cru en conclurent qu’il avait été « bercé trop prêt du mur » : il avait pour dessein de créer une sorte de confinement ou d’instaurer des gestes « barrières » avec les manants du coin. Une fois de plus, on le prit pour un « Wacko » et les agents immobiliers brisèrent le rêve du prétendant chatelain, tout Michael Jackson qu’il fut….

Aujourd’hui, le voilà quelque peu réhabilité, comme le fut notre Roselyne nationale à propos du stock de masques. Pendant ce temps, les Français, comme les autres européens, ont appris à vivre avec ce fameux cache-visage, pas toujours de bonne grâce mais en attendant qu’un vaccin salvateur, d’où qu’il vienne, puisse leur permettre de revenir aux jours heureux lorsque nos lunettes n’étaient pas couvertes de buée et notre diction beaucoup plus claire….

L’exécutif a tenu à donner l’exemple : à commencer par le chef de l’Etat, Emmanuel Macron qui exhorte les français à ne « pas baisser la garde » face à rebond constaté de l’épidémie. Il s’est cependant vu obligé de changer de masque après avoir toussé.

Cette toux subite était-elle liée à la crainte d’une rentrée difficile et de devoir imposer de nouvelles mesures coercitives ou bien à la poussée de cas au sein même de son fief du Touquet ?

Ou encore à la mésaventure arrivée au Premier Ministre, qui après avoir côtoyé le Patron du Tour de France, Christian Prudhomme, jugé positif à la Covid 19, est devenu « Castex Cas Contact » (aussi facile à prononcer que les chaussettes de l’archiduchesse sont-elles sèches), l’obligeant même s’il est avéré être négatif à être mis à l’isolement pour une période de 7 jours, appliquant dès lors les mesures de télétravail pour tout le gouvernement par le biais de visioconférence. Une idée à creuser pour plus tard….

Si notre Premier Ministre a été exemplaire, on ne peut pas en dire autant du nouveau Haut-Commissaire au Plan, François Bayrou. En effet, le Palois s’est singularisé en faisant une intervention publique … sans masque a contrario du reste de l’assistance qui l’écoutait, provoquant un tollé dans l’Opinion.  Les plus outrés ont exigé qu’il paye 135 euros d’amende pour son implicite « faites ce que je dis, pas ce que je fais », d’autres plus sarcastiques ont soupiré : « Outre le fait de vouloir faire le buzz, il n’a pas mis de masque, craignant qu’il ne le retourne, comme il l’a fait pour ses nombreuses vestes politiques… » 

L’ancien ministre de l’Education s’est défendu, en précisant que le port du masque dans ces circonstances n’était pas nécessaire au vu du respect des distances avec l’auditoire, faisant fi des avertissements alarmistes du Pr Delfraissy sur l’explosion parfois exponentielle des cas… Décidément, la « sauce Béarnaise » risque de devenir rapidement aigre….

Trêve d’ironie, la route est encore longue avant le(s) vaccin(s) et la perspective d’avoir pour longtemps un masque comme compagnon du quotidien n’est pas exclu… L’annonce de mesures drastiques, une attitude civique, le renforcement des tests et les protocoles d’isolement restent nos meilleures armes pour lutter contre cet ennemi qui n’a toujours pas dit son dernier mot…. Trop se relâcher, c’est lui permettre de continuer à prospérer, provoquant de nouveaux foyers comme on le voit dans certains coins de l’hexagone, où l’on peinerait à éteindre l’incendie….

Le masque, parfois difficile à supporter, reste un moindre mal, une sorte de « nouveau préservatif » pour calmer les ardeurs du virus. Hier, dans d’autres circonstances, il fallait « rester couvert » aujourd’hui, il faut « rester masqué ». Allez, restons confiants en l’avenir, faisons un « Moonwalk » à notre façon pour saluer le Prophète Michael……