LE TAUREAU DE MANACOR (Edito du 14 Octobre)

Philippe DUPONT

 

Une fois de plus, il était rentré dans l’arène avec le seul but d’en sortir vainqueur…Et son vœu fut exaucé…. Il aurait pu avoir « l’angoisse du torero au moment de planter la banderille » ou de constater que ses fesses jouaient des « castagnettes » face à cette « noce de sang » mais il n’en fut rien, bien au contraire : le trac ou la peur de vaincre se sont évaporés tout comme la superstition face à ce treizième sacre promis….

Les aficionados sur les gradins, bien moins nombreux que d’habitude pour cause de crise sanitaire ont pu acclamer leur héros qui a su terrasser son adversaire dans la plus tradition de cet art jugé sanguinaire provoquant parfois « la bronca » d’un public hostile….

Notre matador venu de Majorque, une des iles Baléares était incontestablement le « propriétaire des lieux » qui a su donner une bonne leçon à celui qui était pourtant « un bon client » comme disent nos amis les commentateurs sportifs…

En effet, ce « Taulier » venu du large de la Péninsule Ibérique est définitivement imbattable sur …la terre battue… de Paris…A 34 ans, notre torero qui combat avec sa raquette de Tennis est rentré au Panthéon, en remportant son vingtième titre du Grand Chelem, égalant le record de son frère ennemi, l’Helvète Federer…. Tout en terrassant son autre frère, le Serbe Djokovic avec un score sans appel : 6-0/6-1/7-5, certaines mauvaises langues appelleront ça une « raclée », tandis que d’autres plus indulgents soupireront : « Aujourd’hui, il était le plus fort dans tous les compartiments du jeu : aussi bien dans les placements que l’anticipation ou encore les angles d’attaque »…

Il a donc « survolé » le Tournoi (ce qui n’aurait pas déplu à l’As de l’aviation Roland Garros qui a donné son nom à ce Temple du Tennis), ne perdant aucun set, restant toujours impassible, sans jamais sourire (un peu comme Sardou) sauf quand il gagne (pas comme nos vaillants tricolores) et n’aura impitoyablement cessé de monter en puissance pour mieux traquer l’adversaire qui tenterait de résister face cet ouragan venu du Golfe du Lion……

Pensez-donc : quatorze ans séparent son premier titre remporté sur ce Central du treizième ! Incroyable mais. Vrai !... Et depuis 2006, seuls trois impertinents l’ont empêché de soulever le trophée : les Suisses Federer en 2009 et Wavrinka en 2015, et le Serbe Djokovic en 2016….

Eh, oui, il y a finalement très peu de personnes qui peuvent espérer bouter le Roi bis d’Espagne, Rafael Nadal hors de son trône Parisien, sinon ces deux suzerains : « Roger le Magnifique » et « Novak le Terrible », avec le premier, 39 ans au compteur, sur 40 confrontations : 24 victoires pour le « Taureau de Manacor » contre 16 au « Guillaume Tell de Bâle » alors qu’avec le second, du haut de ces 56 confrontations : « L’ogre de Belgrade » en a remporté 29 contre 27….

Ce « trio infernal » a « marabouté » le « Circuit des Quatre grands tournois » (Melbourne, Wimbledon, Flushing Meadows et Roland-Garros) depuis une quinzaine d’années, ne laissant que des miettes à leurs compagnons d’infortune qui doivent implorer la Providence de les « mettre à la retraite » afin de sortir de la « deuxième division » ….

Si la terre battue demeure sa surface de prédilection, notre Ibère a en outre également fait des étincelles sur le Gazon Anglais comme sur le Synthétique, a su remporter cinq fois la Coupe Davis et être Champion Olympique mais cette 100 ème victoire sur le sol Parisien avait une saveur toute particulière et son émotion n’était pas feinte lorsque les premières mesures de l’hymne Espagnol ont retenti au cœur du Court Central, malgré l’habitude….

« Congratulations, Rafa, you are really a great champion” comme dirait Nelson Monfort, l’interviewer qui a avalé une méthode Assimil….

Cependant, Il est clair que le « Gosse des Baléares » qui a tapé ses premières balles à l’âge de 3 ans sous l’œil avisé mais sévère de son tonton « Toni » qui deviendra son entraîneur jusqu’en 2018 et qui l’a amené vers les sommets sait qu’il a encore quelques belles saisons «à vibrer » sur les Courts mais qu’il devra un jour ranger sa raquette et passer à autre chose : pourquoi pas commencer à retaper dans un ballon de foot, son autre passion à laquelle il dut renoncer et pourquoi pas en compagnie du « Gosse de Madère » Cristiano Ronaldo, qui collectionne les « Ballons d’Or » comme d’autres, les titres de Roland Garros…. Mais pour l’instant, le spectacle continue, malgré l’appel du Large….