Hôtel de Nayrac, Castres.

Christèle Dumas et Philippe Dupont.

 

6 EME EPISODE

 

CASTRES-DOURGNE

20-21 août

 

LA CHAUSSEE AUX MOINES

 

« Je pense aussi que nous sommes les rouages d'une horlogerie céleste. En plantant la pointe de nos bâtons dans le sol pour le repousser derrière nous, en une file ininterrompue et obstinée, nous, les pèlerins de Saint-Jacques depuis des siècles, nous faisons tourner la terre. Tout simplement. »

Alix de Saint André, En avant en route ! (2010)

 

Nous trouvons finalement à nous loger pour la nuit, à quelques centaines de mètres d’ici sur les quais de l’Agoût. Il s’agit de l’Hôtel Rivière, un « Deux étoiles » idéalement situé dans le cœur de ville, ce qui va nous permettre de pouvoir intégrer une petite parenthèse dans notre quotidien rustique afin de profiter de toutes les commodités urbaines avec l’aisance de pouvoir visiter les nombreuses curiosités dont cette ville d’art et d’histoire recèle….

Cependant l’établissement n’ouvre pas ses portes avant seize heures, il ne nous reste plus qu’à nous trouver de quoi passer le temps… Nous nous installons à la terrasse d’un restaurant car l’estomac commence à crier famine.

Le soleil continue à taper fort mais heureusement nous sommes bien protégés par de vastes parasols…ce qui n’est pas le cas des valeureux serveurs tous cravatés et vêtus d’un long tablier qui continuent malgré tout à s’affairer car c’est toujours le « coup de feu » bien que l' après-midi  soit déjà bien engagé….

  

« Autant en emporte le vent »

                                                                                                                   François Villon                     

 

La Place Jean Jaurès est toujours aussi animée alors que les exposants du marché ont fini de remballer. D’un côté, j’aperçois la Statue de Jaurès qui semble nous saluer et de l’autre, je découvre l’officine « historique » de Pierre Fabre, à l’angle d’une petite rue…. Deux hommes bien différents mais devenues deux gloires locales qui ont chacun une Place de la ville qui porte leur nom respectif….

Brusquement, un « coup de vent » aussi violent qu’inattendu parcourt toute la Place Jean Jaurès avec une telle force que les parasols, pourtant bien harnachés sur leur socle de terrasse commencent à tanguer dangereusement.

« Un vent à décorner tous les cocus de la Création ! » serait-on tenté de penser. A tel point, que la brigade de serveurs se résout illico presto à retirer tous les piques de parasols tandis que cette curieuse rafale s’éteint aussi vite qu’elle n’est pas apparue…

Ce curieux phénomène météorologique (du moins pour le touriste) a pour nom « L’Autan » qui vient d’un mot Occitan signifiant « Vent de Haute Mer » sec et chaud et qui souffle dans le Sud-Ouest de la France, au cœur du bassin Aquitain et aux abords du Massif Central, aussi bien dans le Languedoc qu’en Occitanie dont Castres est un des points névralgiques. On dit qu’il peut rendre « fou » et sa particularité est qu’il souffle à l’opposé de la Tramontane, ce vent froid sec et violent qui souffle depuis les Pyrénées et le Languedoc vers le Golfe du Lion…

 

 

Une crédenciale

 

OFFICE DU TOURISME

 

Nous poussons la porte de l’Office du Tourisme qui vient juste de rouvrir : quelques touristes sont déjà  groupés devant le guichet ou en train de consulter les nombreuses brochures déposées sur les présentoirs.  Nous en réclamons l'une d'entre elle à l'hôtesse d'acceuil concernant les curiosités de la ville. Je me hasarde à lui demander s’ils vendent par hasard des crédenciales…

Elle me répond par l’affirmative !

Alléluia ! après trois jours de randonnée, je vais pouvoir être en possession du précieux sésame, de ce passeport de pèlerin qui va pouvoir m’extraire « ad vitam aeternam » de mon statut de « sans papiers » sur la voie d’Arles…

Après avoir réglé 10 euros, je remplis avec fébrilité mes coordonnées sur cette crédenciale curieusement écrite en Castillan, mais peu importe, je savoure ma satisfaction d’avoir pu « in fine » intégrer le club….

Juste au moment de partir, l’Hôtesse nous demande d’où nous venons, probablement pour faire des statistiques sur l’origine des visiteurs… Nous parlons de La Région Ile de France en général et du département de l’Essonne en particulier… Pour simplifier nous nous domicilions dans nos villes d’influence :  Christèle qui habite Saintry sur Seine, la ville qui inspira le peintre Corot, annonce : Corbeil-Essonnes tandis que l’habitant d’Etréchy que je suis déclame : Etampes…

L’Essonne, notre département qui est traversé par deux chemins qui mènent à Compostelle via les Chemins de Tours et de Vézelay…….

Le premier dont le point de départ est la Tour Saint-Jacques à Paris se situe sur la rive droite de la Seine et traverse ensuite la proche banlieue jusqu’à Massy pour retrouver des contrées beaucoup plus sympathiques en filant vers le « sud » : notamment à Longpont sur Orge qui est un des hauts-lieux du pèlerinage Marial connu pour attirer au moment de l’Assomption un grand rassemblement de fidèles ainsi que plusieurs autres rencontres œcuméniques….

La Fontaine St Jacques

 

Le gros bourg à l’apparence mi ville-mi campagne abrite la Basilique Notre Dame de Bonne Garde qui a été consacrée « Sainte-Patronne de l’Essonne » en 1969 par Monseigneur Albert Malbois, premier évêque de Corbeil-Essonnes nommé par Paul VI en 1966.

Monseigneur Malbois choisit le site de Longpont, d’abord pour sa richesse spirituelle mais également pour son emplacement géographique qui permettait d’accueillir de grands rassemblements comme nous l’avons évoqué plus haut, ce que ne pouvait pas faire la nouvelle Cathédrale Saint-Spire, ancienne Collégiale, à l’étroit dans son cloître au cœur du Vieux Corbeil…

 

 

La Sainte Patronne de l’Essonne deviendra donc la protectrice du diocèse avec la Cathédrale Saint Spire et la seule Cathédrale érigée en France au XX -ème siècle :  Saint-Corbinien d’Evry  plus communément appelée "Notre Dame de la Résurrection", construite par l’architecte Suisse Mario Botta et où sera d’ailleurs transféré l’Evêché en plein cœur de la ville Nouvelle…. Le diocèse prend alors le nom d’Evry-Corbeil-Essonnes….

Le chemin passe ensuite par la région d’Arpajon où naquit justement Corbinien à Saint-Germain les Châtres (aujourd’hui -les Arpajon, ndlr) et où il fonda un monastère au VII -ème siècle de notre ère avant de devenir Evêque en Bavière.

 Puis on atteint le pittoresque village de Saint-Yon, avant de rejoindre, le « must » :  Saint-Sulpice de Favières qui abrite la « plus belle église de tous les villages de France » selon les dires de certains tant la majestuosité de l’édifice religieux, aux dimensions disproportionnées contraste avec la taille modeste de ce village du Hurepoix (300 habitants), niché au cœur de la bucolique vallée de la Renarde…

Depuis le Moyen-Age et jusqu’au milieu du XXème siècle, Saint-Sulpice de Favières était un lieu de pèlerinage dû à la présence dans la région de Sulpice le Pieux, évêque de Bourges qui y fit œuvre de grande charité et dont une partie des reliques serait conservée au cœur de l’Eglise…….

Le pèlerin continuera son chemin sur le vaste plateau céréalier et betteravier aux confins de la Beauce pour rejoindre Etréchy et son calvaire Notre Dame de Lourdes qui domine le village avant de continuer sur Etampes, la ville aux quatre églises remarquables : Saint-Basile, Notre Dame du Fort, Saint Gilles et bien sûr Saint-Martin et sa célèbre tour penchée qui lui a valu le surnom de « Pise Etampoise ».

Sur les bords de l'Agoût.

 

La Cité Royale, ville d’Art et d’histoire s’est fortement impliquée dans la promotion du « Chemin de Compostelle », truffant les rues au riche passé historique de balisages, de coquilles ou d’autres panneaux éducatifs…en assurant également au sein de l’Office de Tourisme l’accueil des pèlerins ou autres « randonneurs » Ces derniers pourront rejoindre ensuite Méréville et Angerville, via l’ancienne voie Romaine avant de quitter le département de l’Essonne…

Le deuxième chemin, dit de « Vézelay » part également de la Tour Saint-Jacques pour se diriger vers la banlieue sud-est au-delà de Villeneuve-St-Georges pour parcourir la giboyeuse Forêt de Sénart dans les environs de Montgeron puis filer, à travers un vaste plateau Briard qui garde sa vitalité agricole tout en voyant ses surfaces agrestes grignotées peu à peu par une urbanisation gourmande comme en témoigne l’essor de la commune de Saint-Pierre du Perray qui était naguère un simple village rural aux portes de Corbeil….

Elle est devenue au fil du temps une ville-champignon de plus de 10 000 habitants au cœur de l’ancienne agglomération de Sénart en Essonne mais qui avait la particularité de ne pas avoir de paroisse (comme deux autres communes du département : Saint-Hilaire et Villiers sur Orge).

Une vaste souscription publique a permis l’édification d’une église à l’architecture aussi audacieuse que celle de la Cathédrale d’Evry mais avec les polémiques que cela peut susciter : quelle utilité de construire de tels édifices dans ses territoires marqués par une forte déchristianisation amorcée depuis les années 70 ? peut-être la volonté de réaffirmer une tradition Catholique aujourd’hui concurrencée par d’autres religions dont l’influence n’a cessé de croître dans notre Etat laïc et Républicain ?

Le pèlerin peut continuer de méditer à ces mystères de la spiritualité en continuant son chemin vers Fontainebleau puis atteindre les portes de la Bourgogne, découvrir la Cathédrale de Sens pour atteindre enfin…. Vézelay et sa colline Eternelle……

Le Palais épiscopal

 

LE PARC

 

Nous quittons l’office de Tourisme qui se trouve dans le quartier de la Cathédrale Saint-Benoît et de l’Hôtel de Ville, non loin des bords de l’Agoût… Sur notre droite, se dresse l’ancien palais épiscopal qui abrite à présent la mairie de Castres ainsi que le Musée Goya qui donne sur les jardins de l’Evêché….

Ce bâtiment majestueux date du milieu du XVIIème siècle, il fut construit d’après les plans de Jules Hardouin-Mansart, Premier Architecte du roi Louis XIV (à qui l’on doit également le Château de Chamarande, ndlr). Curieusement un clocher est accolé à l’entrée du palais et provient de l’ancienne abbatiale bénédictine transformée en Cathédrale en 1317 par décision papale mais qui fut détruite par les Huguenots en 1537….

On rebâtit au XVIIème siècle, en face du palais épiscopal une nouvelle cathédrale de style baroque mais qui ne fut jamais vraiment achevée et qui est donc séparée du clocher d’origine par une rue… !

L’évêché de Castres fut supprimé (comme celui de Béziers) lors de la Révolution Française et il ne sera pas non plus rétabli lors du concordat de 1801.

L’ancien diocèse a été de facto rattaché à celui de sa vieille rivale Albi, cette dernière devenant dès lors le siège de l’Archidiocèse d’Albi-Castres et Lavaur.

Nous nous posons dans les jardins de l’Evêché qui se situent à l’arrière de l’Hôtel de ville, ce majestueux ensemble de « jardins à la Française » est l’œuvre de Le Nôtre qui s’illustra à Versailles avoisinant le majestueux Théâtre à l’Italienne (qui rappelle celui d’Etampes qui est son contemporain) …construit à la fin du XIXème siècle pour distraire la bonne société Castraise et les nombreux militaires qui occupaient cette ville de garnison….

Il fait toujours aussi chaud, nous trouvons un banc ombragé. Nous sommes non loin d’un bassin qui fait face à l’arrière du Palais Episcopal qui abrite de ce côté-ci, le Musée Goya nommé en l’honneur du plus célèbre des peintres espagnols qui rappelons-le, vécut et mourut à Bordeaux…

La brochure que je consulte nous précise que le Musée dédié à l’Art Hispanique en général est le deuxième plus important après celui du Louvre…il abrite en outre quelques toiles du Grand Maître (mais dont la grande majorité des toiles sont exposées d’abord au Prado à Madrid et dans la plupart des grands musées à travers le monde) et surtout un certain nombre d’artistes Espagnols et Sud-Américains… mais nous n’aurons pas le temps de pouvoir le visiter….

 

L’HOTEL

 

L’Hôtel Rivière est un « Deux Etoiles » qui ressemble beaucoup à tous ceux que l’on peut rencontrer dans un Centre-ville : relativement confortable sans être luxueux, qui a su se moderniser tout en gardant un décor aussi classique que vieillot mais qui est surtout fort bien situé au cœur du centre Historique…

Nous en profitons pour faire quelques tâches contingentes comme le lavage des chaussettes ou la remise en ordre des autres vêtements… Je constate que mon sac est encombré d’éléments inutiles (livres ou chaussures) qui pèsent finalement lourd. Christèle me suggère de me débarrasser du « surplus » lors d’une prochaine étape (probablement lorsque nous serons à Revel.) en les réexpédiant par la Poste à mon adresse et que mon fils Loann resté à Etréchy pourra réceptionner...

 

RETOUR PLACE JAURES

 

En fin d’après-midi, nous décidons de ressortir pour retourner à la découverte de la ville. Les quais de l’Agoût sont peuplés de quelques badauds qui peuvent admirer une fois de plus les maisons colorées dont les façades se mirent dans la rivière…. Sur l’autre rive, nous découvrons le « coche d’eau » qui joue à présent les rôles de « bateau-promenade » entre le centre-ville et les parcs de la ville durant la belle saison….

La Place Jean Jaurès est toujours aussi animée et nous empruntons le dédale des ruelles qui nous font retourner vers la Cathédrale Saint Benoit afin de pouvoir la visiter.

Intérieur de la Cathédrale St Benoit

 

Comme nous l’avons mentionné auparavant, l’édifice donne une apparence d’inachevé, du fait des nombreuses cicatrices de l’histoire qui l’ont accablée, mêlant destruction, reconstruction ou mutilation… Cependant, son aspect intérieur et la majestuosité de son Autel empreint de baroque attise notre curiosité….

Nous continuerons notre flânerie urbaine devant le Centre culturel et musée Jean Jaurès qui se situe dans ce quartier riche en hôtels particuliers des XVIème et XVIIème siècle, propriétés des grandes familles influentes de la région et surtout symbole de l’opulence de la cité Castraise….

Nous découvrons respectivement l’Hôtel de Nayrac avec sa cour d’honneur, l’Hôtel Poncet ou encore celui de Viviès, avec son fronton de style Renaissance….

Notre périple se poursuivra sur l’autre rive de l’Agoût, nous réempruntons le même pont qu’à notre arrivée qui nous mènent à une artère commerçante…ce qui incite subitement Christèle à avoir quelque envie de faire du lèche-vitrine. La Christèle des Champs se transforme en Christèle des villes, voulant acheter une paire de chaussures légères...pas forcément urgent, dit-elle mais intéressant à voir, qui sait…

Heureusement, notre dame n’est pas une « forcenée du shopping » (comprenez : pas autant que les autres femmes, hi, hi, hi !), ce petit intermède consumériste ne devrait durer que quelques minutes…enfin presque… après le désert, un peu de tentation ne fait pas de mal, quitte à déplaire à Jésus….

Mais revenons à cette rive gauche de l’Agoût qui peut s’enorgueillir d’abriter quelques quartiers riches historiquement, nous faisons une pause à l’Eglise Saint-Jacques de Villegoudou…avec son clocher de type gothique méridional qui domine la place…

Rappelons-le, Castres fut au Moyen-Age un des hauts-lieux du Pèlerinage de Compostelle et cette église fut construite sur l’emplacement d’un Hôpital dédié aux pèlerins… mais elle fut marquée, à l’instar des autres édifices religieux de la ville par les cicatrices de l’histoire : Elle subit d’incessantes destructions puis reconstructions liées notamment aux guerres de religion qui minèrent la région.

Non loin de là, la Fontaine-Saint-Jacques a été érigée en 1870 sur la place Milhau-Ducommun pour rappeler que la ville et surtout ce faubourg de Villegoudou furent les témoins privilégiés de l’accueil des Pèlerins et de la dévotion de certains… Plusieurs fois restaurée avec la minutie des tailleurs de pierres Ariégeois, l’édifice est reconnaissable avec sa vaste vasque en forme de coquillage et peut alimenter le passant en eau potable, comme la vingtaine d’autres fontaines que compte la cité Castraise….

En poursuivant le chemin vers la place Soult que nous avions foulée lors de notre arrivée, nous découvrons une autre statue de Pèlerin face à « la villégiale Saint-Jacques » un bâtiment qui n’est pas un centre d’accueil des pèlerins comme on pourrait le penser mais plutôt un EHPAD ! En espérant que Saint-Jacques ou Saint-Roch ont protégé les pensionnaires du COVID durant le premier confinement…

Il est l’heure d’aller manger et ce ne sont pas les restaurants qui manquent aussi bien sur la rive gauche que droite de la rivière… Nous avons cependant du mal à arrêter notre choix mais l’heure tournant, nous finissons dans une Pizzéria sur la Place Soult. L’ambiance est agréable et la nuit qui tombe apporte une certaine fraîcheur à l’environnement…

Tout à coup, le fameux vent d’Autan refait son apparition provoquant le même désordre qu’à midi : de jolies rafales manquent de faire chavirer certaines chaises, provoquer la glissade des verres ou de voir s’envoler nos serviettes avant de disparaitre aussi vite qu’il n’était apparu….

Nous rentrons à l’Hôtel pour finir les préparatifs de demain matin et surtout réviser l’itinéraire qui devrait nous conduire à l’Abbaye Bénédictine d’En Calcat située sur la commune de Dourgne (qui compte d’ailleurs une autre Abbaye également Bénédictine nommée Sainte Scholastique, mais occupée par des femmes)  à une vingtaine de kilomètres de notre hôtel, en empruntant un itinéraire composé de plaines, de quelques vallons boisés, si loin et simultanément si près des reliefs escarpés du Sidobre que nous avons arpentés auparavant….

 

 

Saint Jacques de Villegoudou

 

LE DEPART POUR DOURGNE

 

Nous levons l’ancre à 7h00 sans avoir pris le petit-déjeuner à l’Hôtel, préférant nous arrêter dans un café… Le jour est à peine levé et Castres se réveille lentement…

La Place Jean Jaurès est parsemée de quelques badauds matinaux. Nous nous asseyons dans le même café que la veille lors de notre arrivée. Nous commandons le petit-déjeuner avant d’entamer notre nouveau périple de 21 kilomètres qui devrait nous amener en début d’après-midi à l’Abbaye bénédictine d’En Calcat, toujours  située dans le Tarn même si la Haute-Garonne est toute proche….

A côté de nous, deux hommes viennent de s’assoir, l’un d’entre eux a le verbe haut et se vante d’avoir passé une « nuit blanche » avec son interlocuteur, vaguement hilare et surtout passablement éméché… On devine leur soirée dont l’idéal s’est indéniablement résumé à ce qu’il y avait au fond de leur(s) nombreux verre(s)….

Ces deux « paumés du petit matin » comme chantait Jacques Brel commandent « un verre de vin blanc » sans croissant, mais malheureusement pour eux, nous sommes dans un salon de thé, c’est alors qu’ils émigrent vers l’estaminet voisin qui va répondre à leur souhait….

Il est à présent l’heure de partir. Nous en profitons pour demander au serveur de remplir nos gourdes d’eau fraîche car nous risquons d’avoir soif au vu de la journée ensoleillée qui s’annonce…

Nous refranchissons le pont sur l’Agoût avant de regagner les faubourgs de la ville en direction de Dourgne. Comme souvent, il y a quelques petits problèmes de signalétique….

Après avoir emprunté un mini-parcours qui sillonne les bords de la rivière, à travers un petit parc urbain, nous nous apercevons que nous tournons en rond préférant demander la bonne direction à un chauffeur de taxi et à un passant qui nous indiquent que le point de départ du chemin a été modifié, un nouvel itinéraire remplaçant le précédent, trop chargé par la circulation routière…

Placés sur la bonne route, nous finissons par sortir des faubourgs, pour retrouver quelques lotissements isolés puis un rond-point ou nous bifurquons pour rejoindre à travers la campagne, longeant la rivière prénommé le Thoré enjambée par un viaduc en brique rouge…nous nous engageons ensuite vers une route qui nous mène à une ligne secondaire de chemin de fer que nous traversons, à la hauteur du hameau prénommé Richard….

Il est presque 8h30 et voilà que le soleil est déjà très généreux. Nous marquons un premier arrêt afin de nous désaltérer, j’en profite pour me débarrasser de ma polaire que j’ai l’habitude de revêtir au moment de chaque départ….

Nous abordons une longue route pentue qui devrait nous mener au hameau de Barginac. Derrière nous, nous pouvons scruter une dernière fois les faubourgs de Castres et ses collines environnantes….

Barginac ne compte que quelques maisons et à l’entrée du hameau, un arbre se dresse, orné de ses décorations symboliques dont une coquille de Saint Jacques et un crucifix en fer forgé.  Un « artiste » local s’est fendu (avec des bûches) d’exposer autour de l’arbre de bienvenue, certaines de ses œuvres : un chien et à quelques mètres de là un cerf….Un peu cucul mais toutefois sympathique...

Nous évoluons à présent sur un long chemin au cœur d’un paysage essentiellement composé de plaines, de plateaux et de collines, il est fort probable que nous allons rencontrer ce même type de topographie jusqu’à Toulouse, en traversant notamment les plaines fertiles du Lauragais .

Ici, sur cette commune de Navès, commune restée rurale malgré la proximité de l’Agglomération Castraise, on peut constater un habitat dispersé composé de hameaux dont l’activité principale reste centrée sur l’élevage bovin…tandis que sa voisine, Saïx, que nous traversons pour rejoindre Viviers les Montagnes présente la même physionomie, avec la constitution de plusieurs lieux-dits le long du chemin tout en ayant connu une urbanisation plus soutenue au cœur même du bourg….

 

VIVIERS LES MONTAGNES

 

Nous rentrons dans ce joli village d’environ 1 900 âmes, au pied d’une colline où une des fameuses Bastides du Tarn (avec Cordes-sur-Ciel et Castelnau) a été construite pour mieux dominer la Montagne Noire qui lui fait face….

L’édifice a été bâti en 1337 sur le site d’un Oppidum qui abritait alors un Château-fort avec ses tours, remparts, fossés et autres pont-levis…

Le bourg était donc constitué de cette structure dite « Haute » excellente vigie pour surveiller cet axe majeur sur la Route Béziers-Toulouse et d’une « Structure Basse » : les habitations groupées autour d’une organisation urbaine géométrique….

Le château appartient à la même famille, les De Viviès, depuis une quinzaine de générations et qui continue à défendre avec ténacité la préservation de ces vieilles pierres chargées d’histoire….

Nous décidons de faire une pause dans ces lieux attrayants. Mon attention se porte sur une femme assez handicapée qui tente de jeter non sans difficulté son sac poubelle au-dessus d’un emplacement lié à cet usage…Je lui propose mon aide qu’elle décline poliment : « ça va aller, merci » pour me demander si je compte visiter les lieux…

Je lui confie que nous ne sommes que de passage, faisant la « Voie d’Arles » et devant nous rendre avant le début d’Après-Midi à En Calcat… Elle n’écoute pas vraiment ce que je lui dis, je finis par comprendre qu’elle veut offrir ses services pour faire une petite guidée du village. Je décline poliment, préférant faire un petit tour en solo des fortifications de la Bastide…

Pendant ce temps, Christèle qui s’était absentée quelques minutes vient à ma rencontre et tombe sur la même « aspirant-guide » qui lui propose encore ses services et lui demande si elle est étrangère, car elle comprend l’Allemand et l’Anglais… puis lui indique que je suis parti vers le Parc juste derrière le Château….

C’est donc là que je retrouve Christèle, nous nous posons sur un banc au cœur de ce parc qui offre un joli panorama sur la vaste plaine agricole…. Mais nous ne ferons qu’une petite pause, préférant déjeuner un peu plus loin, car l’heure tourne et nous n’avons fait que la moitié du chemin….

Soudain, une voix « familière » nous interpelle, c’est de nouveau la « Guide » qui tente une nouvelle fois de nous « proposer une visite guidée » du village : « il y a beaucoup de choses à voir, vous savez et en plus il y a un bon restaurant en ville et de nombreux commerces » …

Elle insiste, insiste, ne voyant pas qu’elle nous importune…Soyons charitable, c’est certainement une âme solitaire qui cherche à « occuper ses journées » ou bien est-elle tout simplement appointée par le « syndicat d’initiative », on ne le saura jamais car elle finit par nous quitter, tel un sparadrap coriace que l’on arrive à arracher……

La pause terminée, il est donc temps de reprendre la route, nous nous retrouvons au cœur de la ville basse moderne, plutôt animée avec ses commerces et une circulation assez dense qui témoignent que Viviers reste un carrefour routier important sur la route de Toulouse….

Eglise St Jean de Verdalle

 

CAMPAGNE

 

La campagne qui se présente sous nos yeux ressemble à celle que nous avons déjà parcourue en amont : des prairies dédiées à l’élevage bovin, organisées en petites parcelles bien délimitées dont l’origine remonte probablement aux grands travaux de remembrement effectués dans les années 60….

Il n’est pas encore midi mais la chaleur est plus présente que jamais et la route n’offre que peu d’endroits ombragés…. Nous continuons notre périple en direction du village de Verdalle….

Hormis la pause conséquente d’une demi-heure à Viviers, la fatigue commence à se ressentir en sachant nous avons débuté notre périple il y a maintenant plus de quatre heures.

Les pieds souffrent un peu moins sur ce parcours essentiellement plat mais les premières douleurs autour des épaules réapparaissent, le sac à dos trop chargé commence à se rappeler à mon bon souvenir… il va être temps de nous arrêter pour « pique-niquer » mais un quelconque endroit propice ne semble pas poindre à l’horizon pour l’instant….

 

Nous traversons Lugarié, un hameau situé près de Verdalle, nous passons près du Ruisseau de Sant qui arrose les prairies avoisinantes pour rejoindre une nouvelle route qui nous laisse découvrir au loin un clocher niché près d’un bosquet…. Un coin ombragé où il serait peut-être agréable de s’arrêter afin de reprendre des forces….

Le clocher en question n’est autre que celui de l’Eglise Saint-Jean qui fut bâtie probablement au XIIème ou XIIIème siècle, situé un peu à l’écart du chef-lieu de la commune de Verdalle. Le cimetière communal jouxte l’édifice religieux. En face, un parking vide.... Voilà pour ce qui est du décor…

Nous nous débarrassons de nos sacs et décidons de nous installer à l’intérieur de l’enclos paroissial au pied d’une croix en pierre scellée sur un socle en escalier…… Deux jeunes hommes font irruption dans l’enclos, des touristes ? Des pèlerins ?

L’un d’entre eux nous adresse la parole en souriant, ayant deviné que nous faisions le chemin et qui veut savoir quel tronçon nous effectuons. Lui-même nous confie en avoir fait une petite partie l’an passé. Il est originaire du village voisin même si à présent, il habite à Paris tout comme son voisin semble-t ’il. Il vient passer quelques jours dans son Tarn Natal…Retour aux sources…ils prennent alors congé en nous souhaitant « un bon chemin » ….

Nous continuons à avaler notre « ration du midi », puis j’en profite pour inspecter un peu les lieux. L’Eglise et son clocher roman sont accolés à un porche assez imposant mais qui semble avoir été rajouté ultérieurement….

Le cimetière contigu à l’enclos est facile d’accès et va nous permettre de pouvoir nous alimenter en eau grâce aux robinets qui y sont installés… Le ruisseau du Sant jouxte l’enclos paroissial et est bordé par un petit chemin caillouteux qui mène à une prairie où broutent quelques vaches paisibles….

L’heure du départ a sonné… nous empruntons un long chemin vicinal entouré d’une vaste zone de cultures et qui va nous mener jusqu’à une route départementale…. Quelques maisons bordent la route sur un seul côté… au bout de quelques mètres, une balise nous annonce la direction d’En Calcat, laissant supposer que l’Abbaye n’est plus très loin…du moins peut-on le penser….

Nous amorçons une petite descente qui mène vers un long sous-bois qui va céder la place à une vaste plaine alternant champs récemment moissonnés et occasionnellement coiffés de quelques bottes de pailles....

Curieusement, cette campagne Occitane ressemble comme une soeur jumelle à nos surfaces du Hurepoix et de la Beauce. La grande différence résidence toutefois dans ce qui se présente au loin face à nous : la Montagne noire qui domine la petite cité de Dourgne dont nous approchons lentement mais surement ….

 

LES DEUX ABBAYES

 

Soudain, le clocher d’une des deux abbayes nous saute aux yeux, il s’agit en fait de Ste Scholastique tenues par les nonnes mais qui n’a pas rouvert depuis le déconfinement tandis que nous n’allons pas tarder à apercevoir sur notre gauche En Calcat, quant à elle réouverte au public et tenue par les moines et les novices et où nous allons passer la nuit….

Christèle a d’ailleurs appelé « L’Hostellerie » d’En Calcat pour signaler notre arrivée imminente.  Une voix féminine a répondu à l’appel en se présentant sous « Hôtellerie d’En Calcat, bonjour » et qui nous laisse à penser qu’il s’agit d’un Hôtel-restaurant classique intégré à l’Abbaye….

Les deux Abbayes ont bien capté notre regard mais la route semble interminable pour y accéder même si En Calcat parait de plus en plus proche du chemin que nous foulons… Il fait toujours aussi chaud, nous avons soif et le fameux syndrome du « dernier kilomètre » commence à nous traverser l’esprit avec quelque souhait grommelé : vivement qu’on arrive…. D’ailleurs, il est presque quinze heures et effectivement, il est vraiment l’heure d’arriver….

En Calcat semble de plus en plus proche de nous mais pas moyen de bifurquer à travers la campagne pour y accéder, il faudra atteindre le bourg pour rejoindre notre étape du soir…l’impatience nous gagne peu à peu….

Nous débouchons enfin sur les faubourgs de Dourgne qui nous mène à la route principale du village pour apprendre que l’Abbaye est encore à 1km5 d’ici…

A cet instant précis, un gros « coup de pompe » s’amorce… On se croit arrivé et voilà qu’il faut encore donner un dernier coup de collier. Dur, dur… Nous faisons une pause pour siroter ce qui reste dans notre gourde avant de se résigner à repartir, après tout, nous   sommes si près du but….

La traversée de Dourgne se fait rapidement. Le bourg compte 1 300 habitants comme la plupart des autres villes que nous avons traversées auparavant avec le même dénominateur commun : des lieux de vie très anciens qui ont connu au cours de l’histoire les épisodes tragiques des guerres de religion et bien sûr le Catharisme qui fut actif dans cette localité quand Simon de Montfort détruisit le château de Castellas dont il ne reste que des ruines…

Un bourg qui connut naguère une certaine prospérité avec l’industrie du textile et qui comptait au milieu du XIXème siècle deux fois plus d’habitants qu’en 2020…

Aujourd’hui, étape incontournable sur la Voie d’Arles ou plutôt Tolosane, au vu de la proximité avec la Capitale de l’Occitanie sans oublier ses deux abbayes qui sont des centres d’accueil pour les Pèlerins mais également pour tous ceux qui souhaitent y effectuer des Retraites spirituelles….

Bientôt, nous découvrons l’Abbaye Sainte-Scholastique qui n’a donc pas encore rouvert, seulement occupées par les Nonnes et novices….

Et un peu plus loin, sur cette route Castres-Revel, à la hauteur d’un panneau indiquant « En Calcat, commune de Dourgne » nous apercevons enfin l’entrée de l’Abbaye ornée par une belle fontaine murale… un assez long chemin mène à un parking…Nous croisons quelques badauds qui se promènent dans le vaste parc au-delà du parking et d’un long bâtiment qui semble être l’Hostellerie en question…. Puis sur notre droite, l’Abbaye se présente à nous… Nous sommes vraiment arrivés….

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27. Nov., 2020

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27. Nov., 2020

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