LES FEMMES AUSSI… (Editorial du 10 mars)

Philippe DUPONT

 

Elles sont près de 35 millions en France, représentant 52 % de la population totale du Pays et sont « l’avenir de l’homme » comme l’écrivait naguère Louis Aragon et le chantait Jean Ferrat. Je fais bien sûr allusion aux femmes, dont on a célébré la « Journée internationale » le 8 mars, comme on le fait d’ailleurs depuis quatre décennies et c’est tant mieux…

Certains assimileront cette journée à une sorte « d’Aujourd’hui Madame » du nom de la célèbre émission d’Armand Jammot qui fit les grandes heures des « après-midi » de la Deuxième Chaîne dans les années 70.

Mais ils seront hors sujet car ce magazine féminin s’adressait plutôt aux « ménagères de moins de 50 ans », généralement « femme-mère au foyer » et qui s’exprimaient sur des thèmes de société spécifiquement féminins …

D’autres, surtout des hommes, pourtant pétris de bonnes intentions se méprendront en souhaitant une « bonne fête » à toutes les femmes, comme s’il s’agissait de la « fête des secrétaires » de « la Saint-Valentin » ou encore de la « fête des mères ».

Or, cette journée du 8 mars a été créée dans un but à vocation militante….

Quand on parle de militantisme, certains y voient immédiatement la marque des mouvements féministes nés à la fin des années 60, avec leurs Pasionarias armées de banderoles déployées et au poing vengeur levé en scandant des « slogans revanchards » et qui ont fait des émules jusqu’à nos jours en pratiquant à présent un « activisme 2.0 ».

Non, il s’agit plutôt d’un militantisme pragmatique mettant en avant la lutte pour les droits des femmes et notamment pour la réduction des inégalités ou toute autre discrimination notoire par rapport aux hommes.

Grâce aux combats de Simone de Beauvoir, Gisèle Halimi ou les émissions télévision de Daisy de Galard (et son cultissime Dim Dam Dom, au générique dynamique) ou d’Eliane Victor avec « les femmes aussi », la cause des femmes a interpellé les consciences , changé peu à peu les mentalités, levé certains tabous et tenté de gommer certains préjugés….

Auparavant, il avait fallu attendre la fin de la Seconde guerre Mondiale pour qu’en France, on consente enfin à accorder le droit de vote aux femmes sans oublier 1965, pour que la femme devienne vraiment « majeure », libre d’ouvrir un compte en banque et de connaitre l’équité en matière d’autorité parentale sans en référer à son conjoint, jusqu’alors « seul chef de famille ».

Aujourd’hui, beaucoup d’entre nous affirmeront, au vu du chemin parcouru, que le monde professionnel a changé de regard en ce qui concerne la place réelle occupée par les femmes dans le monde du travail (70 % d’entre elles ont un emploi contre 50 % en 1970) et que désormais, il est convenu de dire :  les femmes ont accès à tous les métiers…

Si elles sont désormais plus diplômées que les hommes, elles demeurent néanmoins beaucoup moins nombreuses à occuper les postes de direction et que le « plafond de verre reste une réalité forte en entreprise » comme le souligne à juste titre un certain nombre d’observateurs.

Malgré de réelles avancées en matière législative pour faire bouger les lignes en imposant notamment un quota de 40 % de femmes au sein des conseils d’administration, on constate que ce chiffre s’effondre dès que l’on se rapproche des comités exécutifs pour finalement n’avoir qu’une seule femme à la tête d’une entreprise du CAC 40.

Le Ministère du Travail a imposé aux entreprises de plus de 50 salariés la mise en place d’indicateurs fondés sur cinq critères permettant de mieux mesurer les écarts de rémunération ou de promotion entre Hommes et Femmes avec à la clé, des mesures correctives selon le résultat enregistré, révélant au passage les « bons » et les « mauvais » élèves pour une telle démarche ..ces derniers étant sévèrement montrés du doigt….

Si l’on redescend de plusieurs étages dans hiérarchie, il est édifiant de constater que les femmes sont également sous-représentées dans certains secteurs « porteurs » comme ceux de l’informatique ou des filières scientifiques et d’ingénierie, généralement bien rémunérées et pleines d’avenir alors qu’elles sont à contrario sur-représentées dans d’autres secteurs comme l’éducation, les métiers de la santé ou encore les services à la personne, souvent chronophages et surtout beaucoup moins rémunérateurs…

Le monde politique a également entamé concrètement sa « mue » en imposant la parité homme-femme dans les conseils municipaux et départementaux mais qui voit encore ce juste équilibre s’effriter au Parlement ou dans les présidences régionales tout en constatant que 80 % des mairies sont dirigées par des hommes…

Ainsi, le fameux concept « travail égal, salaire égal » version homme-femme commence à se concrétiser mais en mode ralenti…La France ne se plaçant pas en tête de peloton au niveau Européen mais ne faisant pas non plus partie des plus réfractaires au changement des mentalités….

Enfin, il est clair que les Françaises continuent à penser qu’elles subissent parfois la « double-peine » : travail moins bien payé + heures supplémentaires consacrées aux tâches domestiques (3h25 par jour en moyenne contre 2h00 chez les hommes) …raison de plus pour continuer à célébrer le 8 mars, jour idéal pour ne jamais oublier à donner un « bon coup de balai » aux préjugés et autres discriminations qui font de la résistance….