PROLOGUE

Philippe DUPONT
(9 ans en 1971)

 

 

Je me souviens…. J’avais 9 ans, j’étais écolier (CE2 et CM1) à Evry-Petit-Bourg, devenu « Evry Ville Nouvelle » (Essonne), une ancienne commune agricole devenue Chef-lieu d’un département né par décret sept ans plus tôt…

D’ailleurs, cette année-là, le Président Georges Pompidou, avec ses sourcils broussailleux et sa clope au bec, était venu inaugurer la nouvelle Préfecture au milieu des champs…

Il fut accueilli par le Préfet Michel Aurillac qui habitait ici avec sa famille et le gardien, coiffé d’un casque de chantier et chaussé de bottes qui pataugeait dans la boue d’un interminable chantier, s’autoproclamant au passage le « Premier habitant » de la Ville nouvelle ainsi que du Maire UDR de la commune, Michel Boscher, surnommé le « Père des Villes nouvelles » qui avait donc réussi à transformer son village natal en future « Capitale de l’Essonne » rêvant d’en faire une « nouvelle Brasilia »…

Pompidou avait été intéressé par la vaste « maquette » représentant la future ville nouvelle d’Evry mais n’avait finalement prononcé qu’un seul mot avec malice « j’espère qu’il y aura de bons bistros » avant de repartir à bord de son hélicoptère….

A l’époque, on n’avait pas « école » le Jeudi (qui sera remplacé par le Mercredi en 1972), on lisait « Pif Gadget » surtout à cause du « gadget » tout comme on poussait nos gentils parents à acheter de la lessive Bonux pour avoir le cadeau offert à l’intérieur du paquet, d’ailleurs, c’était une époque où l’on aimait bien les gadgets de toutes sortes pour décorer les appartements et autres maisons dont les murs étaient déjà ornés de papiers peints criards…..

C’était indéniablement «le matin» de la « société de consommation », on se ruait à présent dans les nouveaux « temples du commerce » que représentaient les supermarchés et autres hypermarchés comme Carrefour à Athis-Mons qui venait d’ouvrir ou encore à l’Euromarché de Saint Michel sur Orge (où en plus, il y avait une Cafétéria) et même les Centres Commerciaux régionaux comme La Belle Epine à Thiais (Val de Marne), après Parly 2 en 1966 et avant Vélizy 2 l’année suivante et qui à chaque nouvelle inauguration se proclamait comme « plus grand magasin d’Europe »….On n’était donc pas peu fiers d’être 51 millions de consommateurs…

On n’avait que deux chaînes de télé que regardaient 70 % des foyers équipés et les plus chanceux avaient « la couleur », c’était l’époque du « rectangle blanc » quand on y passait des « films interdits aux enfants » aux « Dossiers de l’Ecran ».  Cette année-là on commandait pour Noel un « Télécran » un « Mini Cinex » ou l’indispensable « Chimie 2000 » pour apprendre à fabriquer de la limonade….

On allait en vacances chez nos Grands-parents, à la Colo de l’entreprise de Papa ou au VVF ou Maman était alors dispensée de préparer les repas, on partait en famille à bord d’une Renault 16 ou d’une 404 Peugeot et on prenait l’Autoroute du Sud à Corbeil-Sud qui permettait de rejoindre le Midi ou les Alpes d’une seule traite depuis cette année 71…

Il n’y avait que 400 000 chômeurs dans notre pays mais déjà on commençait à parler d’un changement « d’ère économique » sans forcément en comprendre le sens, surtout dans un pays où il y avait encore 5 % de croissance et dont le mot « Crise » était surtout associé « au grand chambardement » de 1968.…

Certains français continuaient à parler en « ancien Francs » et l’on voyait la bobine de « Richelieu », « Racine » ou « Corneille » représentée sur les billets de 50 ou de 100 Francs…mais pour nous, gamins, une petite pièce de 1 franc à l’effigie de la « Semeuse » suffisait pour aller acheter des « carambars » ou des « malabars » (avec les charades et autre décalcomanie en plus) à la boulangerie du coin, armés de nos vélos ou autres patins à roulettes….

La France comptait encore 15 % de sa population active dans l’agriculture et les mines, 40 % dans l’industrie et 45% dans les services.  Le pays était l’un des six pays du « Marché commun » européen avec ceux du Benelux, de l’Allemagne de l’Ouest et de l’Italie….

C’était la grande époque des Plans Quinquennaux, de la poursuite des grands travaux d’équipements (Autoroutes, Rungis, aménagements touristiques du Languedoc, villes nouvelles, centres commerciaux, le RER, le rêve brisé de l’aérotrain, le Concorde, la décentralisation industrielle, les nouveaux aéroports dont Roissy en construction de l’informatique, etc…), bref de nombreux chantiers en pleine effervescence sur lesquels travaillaient majoritairement une main-d’œuvre immigrée (environ 1.5 millions) venue d’Europe du Sud et du Maghreb….

Les grands monopoles (EDF, GDF, SNCF, PTT) n’imaginaient pas alors qu’ils finiraient par disparaitre lentement mais sûrement. On devenait un pays de plus en plus moderne, même si à l’époque, on mettait deux ans pour obtenir le téléphone…

Mais la France de 1971, malgré cette relative euphorie connaissait un climat social souvent tendu, tant au niveau des entreprises que du milieu estudiantin en plein essor (près de 800 000 étudiants et près de 3,5 millions d’élèves dans le Second Degré) ….

Bref certains « Jeunes » aux tifs longs et aux pantalons en « pattes d’eph » faisaient de « l’agit’ » dans les lycées, affichaient des posters de « Che» dans leur chambre ou ne juraient que par « Mao » ou « Trotski» et continuaient à revendiquer les acquis de Mai 68 en espérant ne pas ressembler à leurs aînés qui savouraient les bienfaits de leur « embourgeoisement » survenu dans cette « France des Trente glorieuses », qui avait transformé en une génération, « la France des Champs » en « France des Villes »  mais qui commençait à « sentir le sapin »….

Allez, nous allons redonner un petit coup de projecteur (en Super 8) de cette année-là, tant au niveau musical, politique, sociétal, culturel, au niveau du monde. Mais ce sera dans les prochains épisodes… à ne pas manquer….

Pour lire les épisodes suivants: veuillez cliquer sur les liens ci-dessous:

15. Avril, 2021

Premier Episode

71, ODYSSEE DE LA MUSIQUE

2. Mai, 2021

Deuxième Episode

LA DERNIERE SEANCE

16. Juin, 2021

Troisième Episode

MESSIEURS LES CENSEURS, BONSOIR !