2021, ODYSSEE DE L'ESPACE (Edito du 21 juillet).

Philippe DUPONT

 

« Tous ceux qui ont été dans l’espace ont dit que ça les avait changés et qu’ils étaient stupéfaits, abasourdis, par la Terre et sa beauté, mais aussi sa fragilité, et je suis entièrement d’accord » dixit Jeff Bezos, fondateur du géant Amazon…qui a pu réaliser son rêve d’enfant : celui d’aller tutoyer les étoiles et de snober la gravité à bord du premier vol habité de Blue Origin (du nom de sa société).

Ils étaient en fait quatre à « décoller » d’un coin perdu du désert Texan en ce début de matinée du 20 juillet.

Outre Jeff le Conquérant, il y avait également son demi-frère Mike, sans oublier Oliver Daemen, un jeune Néerlandais de seulement 18 ans dont le père fortuné avait déboursé 28 millions de dollars pour que son rejeton fasse partie du voyage (réussite au bac ?) et surtout Wally Funk, 82 ans, une véritable légende féminine de la Conquête spatiale dans les années 60, réalisant enfin son rêve après des décennies d’occasions manquées liées au sexisme bien assumé des autorités américaines.

Clins d’œil de l’histoire : Bezos n’avait pas choisi ce 20 juillet par hasard, n’ayant pas oublié (même s’il n’avait que 5 ans à l’époque) que 52 ans plus tôt, la mission Apollo 11 avait réussi le premier alunissage humain de l’histoire sans oublier le nom du vaisseau suborbital « New Sheppard » du nom d’un des héros de l’épopée lunaire…

Un voyage de 11 minutes (ce qui peut paraître court vu de la terre mais la notion du temps ne procurait probablement pas la même impression aux néo-astronautes) pour légèrement dépasser la fameuse ligne de Karman qui marque la limite entre l’atmosphère terrestre et l’espace, au-delà des 100 kilomètres d’altitude.

 « New Sheppard « a ainsi progressé vers l’espace, aidé par un moteur fonctionnant à l'hydrogène et à l'oxygène liquides, sans émission de carbone, atteignant Mach 3 (soit trois fois la vitesse du son : 3700 Km/h, pour info le Concorde pouvait atteindre Mach 2) avant de voir la capsule se détacher du propulseur laissant nos « chevaliers de l’Espace » quelques minutes en apesanteur et pouvant admirer alternativement la courbe terrestre ou le noir inquiétant de l’espace. Les téléspectateurs que nous sommes n’avons rien vu de leurs ébahissements, seulement entendu des « My God » : Captain Jeff, showman dans l’âme, se promettant de montrer les images a posteriori…

Puis la capsule est redescendue en chute libre (poussée d’adrénaline garantie) avant d’atterrir en douceur (enfin presque) grâce à trois parachutes imposants tandis que le propulseur s’est quant à lui posé à quelques centaines de là, il ne manquait plus que « le beau Danube bleu » de Strauss en bouquet final….

Net et sans bavure. Chapeau ! Comme celui que portait notre Spock 2021, un peu à la « JR » congratulé par ses troupes mais qui a su « la jouer modeste » en rendant hommage à son glorieux ainé le regretté camarade Youri Gagarine qui avait flirté avec la voie céleste il y a déjà plus de soixante ans…

Une réussite donc pour le milliardaire que n’a d’ailleurs tardé de saluer son homologue britannique, le non moins fair Play Richard Branson qui lui avait pourtant grillé la politesse quelques jours auparavant et qui s’est fendu d’un laconique « bien joué ».

La NASA, vieille dame institutionnelle dont Bezos compte bien devenir un des partenaires engagés a elle-même salué la réussite de ce vol privé qui devrait en annoncer d’autres, puisque New Sheppard ne sera pas un « vaisseau Bic Jetable » car réutilisable…A quand New Aldrin, pour faire le Buzz… ?

Cependant, passés les applaudissements, les polémiques n’ont pas tardé à ressurgir : les plus sévères détracteurs qualifiant cette prouesse technologique « d’indécente et futile » en cette période de dérèglements climatiques et de pandémie cruelle, une sorte de lubie de milliardaire, promoteur d’un « Tourisme spatial » pas vraiment « low cost » pouvant même ironiser sur une « démocratisation » des tarifs (le ticket à 250 000 dollars proposé par Branson) avec pourquoi pas un « paiement 4 fois sans frais »… ?

La route est certainement longue avant que cette nouvelle conquête spatiale ne prenne vraiment son envol mais pour clouer le bec aux oiseaux de mauvais augure, le fondateur d’Amazon croit plus que jamais à sa bonne étoile, annonçant plusieurs programmations de vols pour les deux prochaines années, en témoignent les quelques milliers d’enchérisseurs venus des quatre coins de la Terre prompts à tenter l’aventure.

Bezos se veut plus que jamais visionnaire à très long terme : outre le tourisme spatial, son rêve est de pouvoir fonder des colonies spatiales flottantes dans lesquelles plusieurs millions de personnes   pourront travailler et ..vivre….allégeant ainsi une planète bleue en menace permanente…

Dans un avenir plus proche, il n’a pas tardé à répondre enfin à ses nombreux détracteurs qui pointent du doigt sa faible conscience écologique en se déclarant prêt à casser son opulente tirelire pour lutter contre le réchauffement climatique et rappeler qu’après avoir révolutionné le e : commerce, il voulait plus que jamais éradiquer les « zones blanches » de son pays natal et du monde entier, privées de réseaux ou de 5 G en lançant plus de 3 000 satellites en orbite pour fournir un internet à haut débit depuis l’espace aux « nombreux terriens connectés ou non »….

Rien ne semble arrêter cet héritier de Jules Verne ou d’un Baron Pierre de Coubertin qui voulait toujours aller plus vite, plus haut, plus fort….les jeux sont ouverts plus que jamais à la piste aux étoiles…..