• Docteur Jean Carpentier

  • Simone de Beauvoir

  • Le Congrès d'Epinay

APPRENONS A FAIRE L'AMOUR....

Philippe DUPONT

1971

SEXE SOCIETE ET POLITIQUE

 

Le début de l’année 1971 est caractérisé par cette vague de froid qui a submergé l’ensemble du territoire métropolitain et plus particulièrement la vallée du Rhône que des chutes de neige exceptionnelles ont complètement isolée du reste du monde, surtout les départements de l’Ardèche et de la Drôme.

Pourtant, on retiendra de cette deuxième année de la décennie 70, une période qui sera particulièrement « chaude » tant au niveau social, sociétal que politique….

Le pays compte alors 52 millions d’habitants (et d’autant de consommateurs, comme on aime à dire alors) mais connait depuis le courant des années 60, les premiers signes de l’essoufflement des fameuses « Trente glorieuses », marquant trois décennies de prospérité économique et d’essor démographique opérés sous les décombres de l’immédiat après-guerre.

Aujourd’hui idéalisées par quelques commentateurs nostalgiques mais parfois amnésiques, ces années-là ne furent pas aussi « roses » et insouciantes que cela pouvait laisser paraître. Une partie des enfants du « baby-boom » (surtout ceux nés entre 1945 et 1950) s’étaient illustrés sur les barricades de Mai 68 et étaient arrivés à l’âge de la majorité (21 ans) avec l’envie de « faire bouger les lignes ».

Si « l’après-mai 68 » avait apporté des changements notables, il n’en demeure pas moins que la fibre contestatrice n’avait pas disparu. La France tente alors de tourner la page du « Gaullisme avec De Gaulle » quelques mois après la disparition de « l’homme du 18 juin » même si ses héritiers sont à présent au pouvoir : Georges Pompidou, ex Premier Ministre du Général, élu Président de la République en avril 1969 a choisi comme Premier Ministre, Jacques Chaban-Delmas, Compagnon de la Libération et surtout promoteur de « la Nouvelle Société ». Ce dernier va tenter de « décrisper » une France coupée en deux : entre une Droite jugée Bonapartiste (avec des nuances) et puissante et une Gauche divisée (mais dont le leadership est tenu par le Parti Communiste) qui continue sa longue cure d’opposition entamée en 1958.

L’amélioration du niveau de vie, un faible taux de chômage (500 000 demandeurs d’emploi en 1971), un taux de croissance à 6 % et la soif de consommation n’empêchent pas une « poussée de fièvre » sociologique : dans le monde de l’entreprise avec des occupations d’usine, de la grogne dans les lycées, l’émergence d’une crise nuptiale, la donne politique, le  nouvel ordre économique ainsi que  les défis environnementaux entre autres portent les germes d’un certain « mal français » qui trouve encore une « caisse de résonnance » cinquante ans après….

« Apprenons à faire l’amour »

 

Février 1971....

Deux élèves de Terminale (un garçon et une fille) sont surpris en train de s’embrasser dans l’enceinte du Lycée d’Etat de Corbeil-Essonnes (Essonne) et ce n’est pas du goût de la direction de l’établissement qui envoie aussitôt un courrier réprobateur à l’adresse des parents des deux tourtereaux insolents, faisant planer sur eux un risque d’exclusion temporaire…

Cette décision provoque l’émoi, à commencer par les camarades de classe des deux élèves, jugeant cet avertissement d’une trop grande sévérité…Ils décident alors de se rendre au cabinet du Docteur Jean Carpentier, un médecin généraliste de la ville, réputé pour être à l’écoute de ses patients afin de lui relater cet incident.

Son cabinet est situé Place Saint-Léonard (Rive droite de la Seine, ndlr) où ce médecin âgé de 33 ans s’est établi quelques années plus tôt. Ce thérapeute engagé aussi bien au niveau de son métier (autour duquel, il compte bien faire bouger les lignes) que politique (il fut membre du Parti communiste, comme l’étaient déjà ses parents également médecins) propose alors à ce groupe de lycéens de les aider à rédiger un tract qui se veut pédagogique….

Le texte ronéotypé dont le titre « Apprenons à faire l’amour » est volontairement provocateur dans le dessein d’interpeller l’opinion publique et probablement de défier un ordre moral qui a finalement résisté aux troubles de 1968.

« Apprenons à faire l’amour (car c’est le chemin du bonheur, c’est la plus merveilleuse façon de se parler et de se connaître)

L’homme possède un organe fait de tissu érectile : la verge.

La femme possède un organe beaucoup plus petit mais équivalent, situé au-dessus de l’orifice extérieur du vagin : le clitoris.

Ces deux organes sont de taille variable suivant les individus, mais cela n’a aucune importance : il n’y a pas lieu de s’inquiéter : l’important est de savoir s’en servir.

En effet, ce qui est important, c’est que leur excitation par toutes formes de caresses produit un plaisir croissant qui provoque du même coup, le plaisir de continuer ».

 

Les lycéens distribuent le fameux tract à la sortie de l’établissement par « où le scandale est arrivé » (aujourd’hui, Lycée Robert-Doisneau, ndlr) ne mesurant pas forcément que l’affaire « mise en lumière » va rapidement dépasser le simple cadre de cette ville industrielle, alors Préfecture provisoire du département de l’Essonne pour connaître une dimension d’ampleur nationale et au doux « parfum de scandale ».

Le tract va être distribué ensuite dans la plupart des établissements de France et sera propice à  provoquer des débats passionnés sur un sujet encore tabou et visiblement pas du goût de tout le monde. Le Docteur Carpentier connait alors une grande notoriété mais sera dénoncé par un de ses collègues puis à la suite d’une plainte déposée par une association de parents d’élèves sera poursuivi et condamné pour « outrage aux bonnes mœurs » et « incitation des mineurs à la débauche » (sic).

L’Ordre des Médecins, dont les instances dirigeantes sont très hostiles aux sujets de société de l’époque (après la loi Neuwirth en 1967 et avant la dépénalisation de l’avortement, loi Veil de 1975) vont sanctionner pour l’exemple le généraliste de Corbeil en lui infligeant une « interdiction de l’exercice de la médecine pendant un an » …

Le médecin sera d’ailleurs assez peu soutenu par ses collègues, à quelques exceptions près, se défendant en outre de n’avoir fait preuve que de pédagogie et surtout accompli son travail d’hygiéniste mettant en lumière l’absence d’information ou de communication volontaire sur ce sujet sensible, révélant les non-dits que l’ordre établi refusait de faire évoluer à cette époque pas si libérée que ça…

Les années passeront, le docteur Carpentier sera finalement « réhabilité » par le Conseil de l’Ordre à présent dirigé par des personnalités moins conservatrices. Il quittera Corbeil à la fin des années 70 pour s’installer à Paris où il mènera d’autres combats mais dans l’anonymat……

 

Manif

 

A l’époque, les lycées sont bien moins nombreux qu’aujourd’hui et pour cause, à l’époque seuls 20 % des jeunes français arrivent au niveau du Baccalauréat (contre 80% aujourd’hui) mais ils sont bien plus politisés, dominés notamment par le Parti Communiste et les différentes mouvances de l’Extrême-Gauche.

Après l’affaire du Lycée de Corbeil-Essonnes, c’est à la même période, le 9 février 1971 que va survenir un évènement qui va défrayer la chronique mais dans un registre tout à fait différent, c’est « l’affaire Gilles Guiot », du nom d’un lycéen « sans histoires » qui va faire la « Une de l’actualité ».

Gilles Guiot n’est pas vraiment un ardent militant de la « Gauche prolétarienne », il n’a en fait pas d’engagement politique. Elève en classe de Mathématiques supérieures au Lycée Chaptal à Paris, ce « taupin » a juste envie de découvrir l’ambiance d’une manif, simplement par pure curiosité intellectuelle…

C’est alors qu’il accompagne un copain à une manifestation qui est organisée Place Clichy, non loin de son établissement scolaire. Ladite « manif » se déroule dans une ambiance exempte de violence jusqu’à ce que la police charge avec brutalité les manifestations dont la très grande majorité prend la poudre d’escampette, sauf le bon élève Guiot qui reste sur place car en tant qu’observateur, il pense qu’il n’a rien à se reprocher…. C’est là que tout va basculer dans sa vie paisible et studieuse. Il est embarqué par la police dans le « panier à salades avec d’autres manifestants.

Arrivé au commissariat d’arrondissement, à la suite d’un procès-verbal illisible, on lui demande s’il veut être jugé en flagrant délit, il répond par l’affirmative, voulant prouver sa bonne foi mais il est alors accusé d’actes de violence envers des policiers et est aussitôt condamné à six mois de prison dont la moitié ferme et aussitôt écroué.

On devine la suite : cette arrestation est jugée excessive et arbitraire par les parents de l'inculpé, ses camarades du Lycée Chaptal et même par son proviseur. Les fédérations de parents d’élèves s’insurgent qu’un mineur jugé sans antécédents judiciaires soit écroués aussi promptement : la Cour d’appel est saisie mais la Chancellerie le maintiendra en détention provisoire, comme pour servir d’exemple.

Son incarcération à Fleury-Mérogis (Essonne) va provoquer de nombreuses manifestations de lycéens à travers toute la France pour exiger sa libération. Le bon élève sans histoires est devenu « un symbole » sans l’avoir voulu. Le 20 février, il sera finalement relaxé et retournera à ses chères études et surtout dans l’anonymat….

Au cours de la même manifestation (pourtant interdite par la Préfecture de Police, ndlr), un autre participant va faire également parler de lui mais encore pour une tout autre raison : il s’appelle Richard Deshayes, il est élève à l’école Normale d’Auteuil (Paris) et également un militant actif : il dirige le Front de libération des Jeunes (FLJ) (sic) dont le slogan principal est « on n’est pas contre les vieux, on est contre ce qui les fait vieillir » : tout un programme.

Situé à l’Extrême gauche de l’échiquier politique, faisant partie de tous ces groupuscules si nombreux en ce début d’années 70 et qui opèrent ses recrutements dans les grands lycées de la Capitale et dans les « banlieues rouges »  s’illustrant avec virulence dans toutes les manifs parfois avec la complicité de loubards toujours prêts à « casser du flic ».

Ce 9 février 1971, le manifestant Richard Deshayes qui mène avec ses camarades un combat frontal contre les CRS reçoit une grenade lacrymogène en plein visage (volontaire ou malchance ?), il perd alors un œil tandis que le second est gravement endommagé, faisant craindre une inexorable cécité…

Il portera plainte contre la ville de Paris et la Préfecture, une enquête de l’IGS (la police des polices) est diligentée et finit par inculper « pour blessure involontaire » le policier auteur du tir contre Richard Deshayes, il s’appelle Le Floch.

D’après le récit de plusieurs témoins, dont un pharmacien ayant assisté à la scène, c’est en voulant porter secours à une camarade tombée à terre qu’il aurait été intentionnellement frappé au visage mais avec une arme jugée « non réglementaire » (en tout cas non lacrymogène) puis ses collègues se seraient précipités sur le jeune homme pour le ruer de coups…

La famille de Richard Deshayes bénéficiera des services d’un grand cabinet d’avocats parisien mais l’affaire sera classée « sans suite » et le policier incriminé ne sera finalement pas inquiété. La défense protestera contre la disparition volontaire de preuves accablantes selon l’accusation contre les forces de l’ordre. Richard Deshayes abandonnera son idéal révolutionnaire et deviendra Kinésithérapeute dans la région de Caen (Calvados).

 

Le Manifeste des 343

 

L’hebdomadaire « Le Nouvel Observateur » (fondé en 1964 par Claude Perdriel et Jean Daniel) est  clairement classé à gauche (dans la mouvance social-démocrate), concurrent de « L’Express » de Jean-Jacques Servan-Schreiber et Françoise Giroud. En ce 5 avril 1971, la « Couv » du Newsmagazine est consacrée au « Manifeste des 343 », en fait une pétition appelant à légaliser l’avortement jusqu’alors interdit en France. Quatre ans avant la future « Loi Veil », cette pétition lancée et rédigée par Simone de Beauvoir, figure intellectuelle majeure depuis l'après-guerre provoque l’opportunité de mettre fin aux risques médicaux de ces actes pratiqués dans la clandestinité (à moins de se rendre en Suisse ou en Belgique pour les plus fortunés).

« Un million de femmes se font avorter chaque année en France. Elles le font dans des conditions dangereuses en raison de la clandestinité à laquelle elles sont condamnées, alors que cette opération pratiquée sous contrôle médical est des plus simples. On fait le silence sur ces millions de femmes. Je déclare que je suis l’une d’elles. Je déclare avoir avorté » …

Plusieurs centaines de noms de femmes qui ont eu le courage de signer la pétition suivent celui de l’auteur du « deuxième sexe » mais 343 d’entre eux sont retenus : citons entre autres : les actrices Delphine Seyrig, Françoise Fabian, Catherine Deneuve, Judith Magre, Marina Vlady, Stéphane Audran, Bulle Ogier, les écrivain(es) : Françoise Sagan, Christiane Rochefort, Dominique Desanti,  la cinéaste Agnès Varda, la journaliste Michèle Manceaux,  l’Avocate Gisèle Halimi, la future ministre  Yvette Roudy et bien sûr de nombreuses personnalités moins connues du grand public mais très sensibilisées (au sein d’associations ou de groupements divers) à la cause des femmes….

La pétition met en exergue une revendication du MLF (Mouvement de Libération de la Femme) réclamant « l’avortement libre et gratuit » …et une implication active du planning familial afin de faire signer des personnalités connues du grand public….

La semaine suivant la parution de cette pétition « Charlie Hebdo » l’hebdo satirique titre sa « Une » d’un « Manifeste 343 salopes » avec des desseins de Cabu et qui pose la question suivante : « qui a engrossé les 343 salopes du Manifeste sur l’avortement ? » et une caricature de Michel Debré (en fait visé par le journal pour son conservatisme) : qui claironne « c’était pour la France ».

Autant dire que ce genre d’humour décalé ne plait pas à tout le monde, loin de là, beaucoup y verront au-delà de la moquerie sur l’homme politique, une sorte d’insulte machiste et surtout antiféministe….

Il est clair qu’à l’époque, ce qui est considéré comme un acte affirmé de « désobéissance civile » (que l’on a pu retrouver de nos jours, dans d’autres formes de combat) va cependant « ouvrir la voie » à ce « réveil des consciences » qui se concrétisera cependant avec l’adoption « au forceps » de la Loi Veil en 1975 : une réforme prônée par la Droite et le Centre mais passée au parlement grâce aux voix de l’Opposition de Gauche… !

 

Quand le mariage bat de l’aile….

 

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, période de reconstruction de la France et surtout marquée un « baby-boom » qui prendra fin dans le mitant des années 60, le mariage connait son âge d’or et est un passage logique dans l’existence d’un adulte : on quitte son milieu familial quelques années après sa majorité (21 ans), on se fiance puis on se marie donc pour avoir des enfants.  Le célibat s’avère être une denrée rare et à l’époque le « concubinage » ou toute « autre forme d’union libre » est marginale ou seulement réservé à des artistes ou des couples libertins…tout comme la naissance d’un enfant hors mariage jugée illégitime relevait d’un fait marginal…. Quant aux divorces, malgré une augmentation notable restaient prononcés assez rarement.....

Pourtant, à l’orée des années 70, tout va changer : un phénomène lié à une plus grande liberté des mœurs va prendre de l'ampleur (même si on a pu le lire plus haut que tout cela restait incertain) entrainant un profond changement de mentalité, simultanément lié à la chute vertigineuse de la pratique religieuse (qui a d’ailleurs été constatée dès la fin des années 50, comme le souligne le politologue Jérôme Fourquet dans « l’Archipel Français »).

En 1971, le taux de nuptialité commence à amorcer une pente descendante : les mariages diminuent sensiblement et l’âge pour se marier est de plus en plus tardif.

 A contrario, les divorces explosent (et le consentement mutuel qui verra le jour sous Giscard en 1975, accélère probablement ce phénomène), passant de 12 divorces pour 100 couples à 40 pour 100, trois décennies plus tard tandis que les unions libres et de facto, les naissances d’enfant nés hors mariage qui vont être multipliées par six entre cette période et l’an 2000 Aujourd’hui, elles représentent bien plus que la moitié d’entre elles.

 

Le ministère de l’Impossible

 

Le 5 janvier 1971, le gouvernement Chaban-Delmas est remanié et pour l’occasion est créé le premier ministère de l’environnement. Ce nouveau maroquin est confié à Robert Poujade (aucun lien de parenté avec le leader populiste des années 50, ndlr).

Ce professeur agrégé de lettres est Député de la Côte d’Or depuis 1967 (lorsqu’il a battu le pourtant indéboulonnable Feu Chanoine Kir, également maire de Dijon) et futur premier édile de la Capitale Bourguignonne (lors des municipales qui arrivent en mars 1971, il restera 30 ans à la tête de la mairie).

Ce Gaulliste historique, secrétaire général de l’UDR n’a pas été nommé à ce ministère par hasard. En effet, depuis le début des années 60, il affiche un vif intérêt pour la protection de l’environnement et préside depuis 1970, le Haut-Comité de l’environnement qui dépend de la DATAR (la Délégation interministérielle de l’Aménagement du Territoire).

Il devient donc officiellement : « Ministre délégué auprès du Premier Ministre, chargé de la Protection de la nature et de l’environnement » et sera reconduit dans ses fonctions au cours des remaniements des Gouvernements Chaban-Delmas comme Messmer jusqu’en 1974…

Durant toute cette période, aidé par un budget alloué confortable et des effectifs de spécialistes compétents, il s’engagera dans un grand nombre de dossiers telle la qualité de l’air, la pollution sonore ou la lutte contre les nuisances industrielles. Le Député-Maire de Dijon a donc essuyé les plâtres d’un ministère jugé plein d’avenir mais semé de nombreuses embûches, dont son surnom de « ministère de l’Impossible » …

 

La Nouvelle Société

 

Le Premier Ministre, Jacques Chaban-Delmas, un an et demi après son discours mémorable de politique générale prononcé devant les députés le 16 septembre 1969 continue à œuvrer en faveur de cette « Nouvelle Société ».

Outre la création de ce fameux ministère de l’environnement dirigé par Robert Poujade, le chef de gouvernement fait quelques ajustements ce 7 janvier 1971 : il nomme au ministère de la Culture, Jacques Duhamel (père de l’universitaire devenu sulfureux : Olivier Duhamel, ndlr), jusqu’alors à …l’Agriculture d’où le remplace Michel Cointat.  Jacques Chirac est chargé des relations avec le Parlement tandis que Roger Frey hérite du ministère des Réformes administratives.

Les « valeurs sûres » du Gouvernement sont confirmées : Giscard aux Finances, Pleven Garde des Sceaux, Maurice Schumann au Quai d’Orsay, Chalandon au logement, Galley aux PTT, Boulin à la Santé publique, Michel Debré à la Défense sans oublier Raymond Marcellin, un « homme à poigne » surnommé par ses détracteurs « Raymond La Matraque » Ce Député du Morbihan a été nommé Place Beauvau pour « remettre de l’ordre » après les évènements de Mai 68 qui avaient plus qu’ébranlé le pouvoir en place.…

En dehors des nombreuses manifs qui se déroulent un peu partout en France et la création de la première BAC (Brigade Anticriminalité) qui voit le jour à Saint-Denis (93), le ministre de l’Intérieur lance plusieurs chantiers dont celui des Groupements ou fusions de Communes. En cette année 1971, on ne dénombre pas moins de 37 000 localités en France : un record en Europe !  En effet, nos voisins ont pour la plupart opéré ce genre de fusions parfois de façon autoritaire, comme en Allemagne, en Italie ou au Royaume-Uni pour en avoir en moyenne 4 fois que dans l’Hexagone…

La loi Marcellin cherche à résoudre cette exception française en poussant les communes à se regrouper et de mutualiser leurs ressources dans le dessein de générer des intercommunalités mais à l’époque ce projet n’apportera que peu d’adhésions de la part des élus, souvent animés d’un esprit de « Clochemerle » et où les rivalités politiques empêcheront ce type de « mariage intercommunal » …

 Il faudra attendre plus de trente ans pour que ce genre d’initiative ne prenne véritablement forme et encore sous la forme coercitive, dans le cas de la décentralisation des pouvoirs et une fois encore, si les communautés de communes ont été imposées, la réduction notable du nombre de communes ou leurs fusions restent toutefois insuffisantes…

 

Le Cabinet Rebelle

 

Les « architectes de la Nouvelle Société » prônée par Jacques Chaban-Delmas sont regroupés au sein de son Cabinet, formant une sorte de « think-thank » avant l’heure, composés de personnalités à l’origine pas forcément proches du pouvoir en place, ce qui irrite d’ailleurs l'entourage de Georges Pompidou (citons Pierre Juillet et Marie-France Garaud, les « conseillers spéciaux du Président, gardien de l’orthodoxie Gaullienne).

Dès 1969, Chaban avait fait appel à deux hauts-fonctionnaires : l’Enarque Simon Nora, Mendésiste et le Syndicaliste Chrétien Jacques Delors.

Ce dernier, né en 1925 a commencé sa carrière à la Banque de France avant de regagner le Commissariat au Plan sous la direction de Pierre Massé dans le mitant des années 60. Il va devenir le « Conseiller Economique et Social » du Premier Ministre et beaucoup le considère d’ailleurs comme le véritable « Inspirateur de la Nouvelle Société ».

Le futur Président de la Communauté Européenne est à l’origine de la Loi sur la formation professionnelle continue qui créé un droit pour les salariés à prendre un congé pour suivre une formation. Cette loi oblige d’ailleurs les entreprises de plus de 10 personnes de participer au financement des actions de formation sous forme de contribution obligatoire.

Le gouvernement travaille également sur une loi visant à l’évolution d’un droit des conventions collectives en droit de la négociation collective. Olivier Guichard, ministre de l’Education nationale fait voter au parlement une loi (qui porte son nom) amenée à réformer le contrat d’apprentissage et créant de facto les Centres de formation des apprentis…

 

On trouve également dans le cabinet de Jacques Chaban-Delmas, des personnalités comme Ernest-Antoine Sellière, futur patron du Medef (qui s’appelle alors le CNPF présidé par Paul Huvelin), Yves Cannac qui sera ensuite le conseiller de VGE à l’Elysée, mais également Patrick Ollier, futur Député-Maire RPR de Rueil-Malmaison ou encore Michel Vauzelle qui rejoindra le PS en 1974, à l’instar de Jacques Delors,  après la défaite de Chaban (qu’il soutenait d’ailleurs pour la présidentielle) et deviendra Garde des Sceaux sous François Mitterrand puis Président de la Région PACA …

 

Le Congrès d’Epinay

 

C’est dans un gymnase d’Epinay sur Seine (Seine Saint Denis) que va se dérouler pendant deux jours (du 11 au 13 juin 1971), ce fameux congrès réunissant l’ensemble d’une famille socialiste composée de plusieurs partis qui espèrent bien se fédérer pour n’en faire plus qu’un.

Accueillis par le maire de la commune, Gilbert Bonnemaison, les quelques 950 participants, dont une grande partie est issue du NPS (le Nouveau parti Socialiste), créé deux ans pour remplacer une SFIO agonisante et que dirige Alain Savary mais également la Convention des Institutions Républicaines que préside François Mitterrand, ancien candidat malheureux à la présidentielle de 1965 ainsi que des divers gauches et autres chrétiens de gauche, dont la CDFT qui vient d’ailleurs d’élire son nouveau Secrétaire Général, Edmond Maire mais pas le PSU alors dirigé par Michel Rocard……

Eliminé dès le 1er tour de la présidentielle anticipée de 1969, la Gauche ne peut espérer accéder au pouvoir que si elle est unie. Pierre Mauroy, issu de la SFIO et futur Maire de Lille, préconise une « Union de toutes les gauches » en y incluant les Communistes (à condition toutefois qu’il n’exerce pas le leadership), seule possibilité de « battre la réaction » (comprenez la Droite et ses alliés).

François Mitterrand, nouvel « adhérent socialiste » préconise lui : que « la révolution, c’est d’abord une rupture avec l’ordre établi » (sic) et que celui qui n’accepte pas cette rupture avec l’ordre établi, avec la société capitaliste, celui-là n’a rien à faire au Parti Socialiste » ….

Les congressistes d’Epinay sur Seine vont déposer des « motions » selon les différentes composantes auxquelles elles appartiennent : si celle d’Alain Savary (secondé par Guy Mollet) arrive en tête avec 34 %, elle est talonnée par la motion Mauroy-Defferre (30 %) mais loin devant celle de François Mitterrand (15%), Jean Poperen (12%) et de Jean-Pierre Chevènement et dont l’objectif de « réaliser » une « synthèse » qui permettra délire le Premier Secrétaire du PS.

Bien que minoritaire, c’est François Mitterrand qui devient le « premier patron » du parti de la « Rose au Poing » battant Alain Savary. La première mission du Premier Secrétaire sera de procéder à la création d’une « Union de la Gauche, incluant Socialistes, Communistes et radicaux » et d’un « programme commun » de gouvernement…

On connait la suite et ses nombreux feuilletons à rebondissements : union, désunion, succès ou déboires électoraux avant de remporter l’élection présidentielle de 1981, après 23 ans d’opposition….

 

 

 

Marianne 71

 

 

Ces élections municipales de mars 1971 seront riches d’enseignement à plus d’un titre : elles constituent les troisièmes consultations électorales depuis la Présidentielle anticipée de 1969 (provoquée par la démission du Général de Gaulle après le Referendum perdu en Avril) qui a vu l’élection de Georges Pompidou et les Cantonales de mars 1970…

 On ne va pas tarder à constater de profondes modifications du paysage politique avec notamment ce qui constituera la naissance d’un Parti Socialiste fédérateur lors du Congrès d’Epinay-Sur-Seine et l’émergence d’une « Union de la Gauche » qui sera scellée dès 1972, par ce PS Nouveau incarné par François Mitterrand et ses partenaires du PCF, première force de la Gauche dirigée par Georges Marchais et les Radicaux de Gauche (Issus de la scission de la famille Radicale) que préside alors Robert Fabre….

On le sait, les élections intermédiaires (Cantonales, municipales) sont généralement favorables aux partis d’Opposition, ce sera d’ailleurs le cas lors de cette consultation ainsi que toutes celles qui suivront (jusqu’en 2021, ndlr) ….

C’est encore une époque qui va bientôt être révolue quand des coalitions municipales composées de Socialistes (tendance SFIO agonisante) et d’Indépendants voire de Gaullistes mènent un combat commun pour « barrer la route » aux « Communistes » ou à une gauche plus radicale…

C’est le cas à Marseille où Gaston Defferre est allié à son futur adversaire Jean-Claude Gaudin. Auparavant, c’était plutôt l’antigaullisme qui primait, voyant des militants MRP s’allier avec des socialistes pour contrer « l’Etat UDR » mais cet antigaullisme-là a disparu en même temps que son inspirateur en novembre 1970, à présent tout le monde « a été, est ou sera Gaulliste » …

Au niveau national, le PCF gagne Amiens, Arles, Dieppe, Firminy, Calais (fief de Jacques Vendroux, Beau-frère du Général de Gaulle) et confirme dans ses fiefs traditionnels : Saint-Denis (93) ou encore le Havre qui est d’ailleurs pour l’occasion « la plus grande ville Rouge de l’Hexagone) avec André Duromea à sa tête…

La gauche non communiste incarnée par le futur PS et les Radicaux s’empare de la Rochelle sous l’impulsion de Michel Crépeau, Laval ou Pau (avec André Labarrère).

En outre, elle reste très dominatrice dans ses fiefs du Nord et des Bouches du Rhône ainsi que dans la plupart des grandes concentrations industrielles et elle ne va pas tarder à gagner du terrain, notamment dans les Capitales régionales ainsi que dans les villes de plus de 100 000 habitants, ce sera le cas en 1977 : avec les conquêtes de Montpellier, Rennes, Reims, Poitiers, Chalons sur Marne, Brest, Saint-Etienne, Angers…. Enregistrant des succès des coalitions :  Communistes et socialistes…

En Ile de France et notamment dans l’Essonne : Le PC, encore première force de la Gauche conquiert Saint-Michel sur Orge avec le jeune Jean-Loup Englander, Ris-Orangis (Daniel Perrin) et récupère des municipalités perdues en 1965 : Palaiseau (Robert Vizet) et Savigny sur Orge (Raymond Brosseau).

 

Il confirme en outre à Corbeil-Essonnes (Roger Combrisson), Morsang-sur-Orge (Geneviève Rodriguez), Brétigny sur Orge ou encore Sainte-Geneviève des Bois, avec Jean Ooghe… Des maires qui pour la plupart ont laissé une empreinte durable dans leurs communes…

Mais la Gauche trébuche cependant à Toulouse avec l’élection du Républicain Indépendant, Pierre Baudis, transformant « la ville Rose » en « ville Bleue » au niveau politique et entamant une dynastie politique (son fils Dominique lui succèdera en 1983)

Quant à la Droite et le Centre, elles conservent leurs fiefs en Bretagne (Rennes, Nantes et Brest), en Normandie (Rouen, Caen et Cherbourg), dans le Nord (Dunkerque) tout comme en Alsace-Lorraine (Strasbourg, Mulhouse, Colmar, Nancy, Metz) le sud-Ouest avec Bordeaux où l’indéboulonnable Jacques Chaban-Delmas (qui avait d’ailleurs « écrasé » l’influent Jean-Jacques Servan-Schreiber lors d’une partielle en 1970) entame son 6ème mandat (il restera en poste jusqu’en 1995, remplacé par Alain Juppé).

En région Centre, tous les chefs-lieux sont aux mains de la Majorité : Tours ville populaire reconduit le conservateur Jean Royer, Blois le ministre Pierre Sudreau, Orléans, Chartres, Châteauroux et Bourges restent également aux mains de la Droite.

En Bourgogne, Robert Poujade s’empare (pour trois décennies) de la Capitale régionale longtemps marquée par son prédécesseur (et adversaire politique) le truculent Chanoine Kir maire de la Libération à son décès en 1968.  A Auxerre, Jean-Pierre Soisson, futur ministre de Giscard triomphe à Auxerre.

En Ile de France, Paris qui ne possède pas de Maire (ce sera le cas en 1977, avec l’élection de Jacques Chirac) mais un président du Conseil de Paris, la Droite arrive en tête assez largement devant une gauche divisée…

Dans les Hauts-de-Seine, le PC arrache Sèvres à la Droite et conserve ses fiefs de Nanterre, Bagneux, Gennevilliers ou Levallois-Perret… Dans le Val d’Oise : Argenteuil, Bezons et Sarcelles, fiefs rouges consolident leur ancrage territorial. A Boulogne-Billancourt, le Ministre Georges Gorse s’empare de la ville dominée depuis 1945 par la SFIO, à Rueil-Malmaison, Jacques Baumel s’installe dans le fauteuil de maire pour de longues années…

 

La Seine Saint-Denis, « donnée aux Communistes » lors de sa création en 1964 confirme son insolente suprématie au sein de son jeune territoire, tandis que le Val de Marne est plus nuancé : une opposition entre la « ceinture rouge » (Ivry sur Seine, Vitry sur Seine, Orly, Le Kremlin-Bicêtre) et des zones cossues de Saint-Maur des Fossés, Vincennes ou Saint-Mandé. A Créteil, nouvelle préfecture, le Général Billotte, Gaulliste et Compagnon de la Libération réussit à sauver son fief….

Contraste que l’on constate également dans les Yvelines avec ses villes très privilégiées (Versailles, Louveciennes, le Vésinet, Maisons-Laffitte) et forcément acquises à la Droite et des zones plus populaires, dont Trappes, « berceau » de la ville nouvelle qui va rapidement prendre le nom de « Saint Quentin en Yvelines » en construction. Cette ville cheminote est communiste depuis 1929 et reconduit Bernard Hugo à la tête de la municipalité, c’est également le cas pour Auguste Chrétienne à Sartrouville ou Saint-Cyr l’Ecole, une des plus anciennes villes tenues par le Parti depuis 1919… !

En Seine et Marne, seul département francilien (on n’emploie pas encore ce terme, inventé par Michel Giraud en 1976) à ne pas avoir été modifié lors de la réforme de 1964, la majorité conserve ses fiefs de Melun, Provins (fief du ministre Alain Peyrefitte), Chelles et Meaux tandis que le Parti Communiste conserve Mitry-Mory, Varennes sur Seine ou Villeparisis.

 

 

52 Millions de consommateurs

 

Les cinquante-deux millions de consommateurs  continuent à s’équiper en biens d’équipements de la maison. D’ailleurs des enseignes ont commencé à fleurir à travers la France avec l’ouverture des magasins Conforama en 1967 de But ou de Castorama en 1969, de Foucray, le « spécialiste du papier peint » de Castorama, le nordiste spécialisé dans le bricolage….

Ce n’est pas encore l’époque des « zones commerciales » mais déjà l’amorce d’une « nouvelle façon de consommer » et surtout le déclin progressif du petit commerce traditionnel qui va s’éloigner des centres-villes au cours de la décennie suivante.

Le niveau de vie des foyers français s’est sensiblement accru depuis ces vingt dernières années avec l’émergence d’une puissante « classe moyenne » composée d’employés (dont c’est encore l’âge d’or), des ouvriers qualifiés et des cadres, dont le nombre ne cessent d’augmenter….

Pourtant en 1971, seuls 70 % des foyers ont un poste de télévision (souvent en noir et blanc, la couleur restant un « luxe » a moins de louer un poste chez Locatel), 1 foyer français sur 7 possède le téléphone, il est d’ailleurs très difficile d’avoir une ligne personnelle (entre 6 et 18 mois d’attente) ….

Le SMIC (qui a remplacé le SMIG en 1969) dont le montant est de 3,63 Franc de l’heure (0.55 euro) va connaitre 4 augmentations cette année-là grimpant à 3,94 Francs (0.6 euro) en fin d’année.

Pour ceux qui aiment toujours savoir combien coûte une baguette de pain (afin de ne pas être taxé de « hors sol » de nos jours), son montant de 0,57 Franc (0,09 euro) …

 

Georges Pompidou, bien qu’ayant créé ce fameux ministère de l’environnement, prône toutefois le « Tout voiture » comme moyen de locomotion principale, pour le travail comme pour les loisirs….

Même si à l’époque, on pense à d’autre moyens de transport, notamment l’aérien dont on prévoit une croissance exponentielle du trafic dans la décennie suivante, d’où la création d’un nouvel aéroport Parisien situé à Roissy-en-France, un village agricole au nord de Paris pour alléger Orly et le Bourget et qui sera ouvert au public en 1974, après une décennie de travaux….

En 1971, il y a 13 millions de véhicules en circulation (trois fois moins qu’aujourd’hui mais également trois fois plus de morts sur les routes !). Seules deux autoroutes traversent le pays du nord au sud : celle du Nord (futur A1) qui relie Paris à Lille et celle du Sud (A6) qui permet de rouler de la porte d’Orléans à Paris jusqu’aux portes de Marseille. Quelques petits tronçons dont celui autour de Nice (Esterel) sont également déjà exploitées….

Ainsi une partie des 46 % de Français qui partent en vacances peuvent emprunter l’axe routier menant aux plages de la Côte d’Azur…. Ou sur le littoral du Languedoc-Roussillon, notamment à la Grande-Motte ou dans la station de Port-Barcarès qui est inaugurée cette année-là tout comme celle de Val-Thorens, située à 2 300 mètres d’altitude, au cœur des « trois vallées » en Savoie et qui est fière d’annoncer qu’elle est la plus haute d’Europe (on peut même y faire du ski en plein été !)

A Thiais (Val de Marne) on inaugure « Belle-Epine » le deuxième centre commercial ouvert en France cinq ans après Parly 2, situé au Chesnay (Yvelines) et un an avant Créteil-Soleil (situé dans le même département) et Vélizy 2 (Yvelines). C’est souvent l’attraction du Week-end pour de nombreux banlieusards (« elle ne fait pas que courir la Banlieue : elle consomme !), séduits par les différents magasins, cinémas et autres restaurants….

A Athis-Mons, neuf ans après celui de Sainte-Geneviève des Bois, « Carrefour » ouvre un nouvel hypermarché dans ce département de l’Essonne qui abrite également son concurrent « Euromarché » à Saint-Michel sur Orge depuis 1968.

 

De Mauvaise grâce

 

En novembre 1971, le Président Georges Pompidou accorde la grâce à Paul Touvier, l’ancien chef de la Milice de Lyon pendant la période sombre de l’occupation. Autant dire que cette décision surprenante soulève autant d’interrogations que d’indignations dans une opinion publique encore marquée par la Seconde Guerre Mondiale où beaucoup de « feux sont encore mal éteints ».

Au cours d’une conférence de presse, le Chef de l’Etat s’explique sur les raisons de cette grâce, qui selon lui a consisté à relever Touvier de l’interdiction de séjour et de la confiscation de ses biens officiels afin de régler entre autres, une succession familiale avec ses frères et sœurs. Cependant, il est clair qu’il ne le relève en aucun cas de ses droits civiques ou de tout autre grand nombre d’incapacités, le décrétant même frappé de ce que l’on appelle une « mort civile ».

Néanmoins, Georges Pompidou rappelle que le moment est « venu de réconcilier une France minée par les divisions du passé et les règlements de compte sans fin concernant une histoire certes douloureuse mais qui doit savoir panser ses plaies »…

Malgré ces précisions, l’annonce de cette mesure ne passe ni auprès des magistrats qui avaient « condamné à mort par contumace » par deux fois en 1946 et 1947 ce serviteur zélé de la Collaboration, auteur de moults crimes dans la région Lyonnaise et en Savoie ni auprès des anciens Résistants. Touvier demeure un personnage de roman glauque, qui échappe à la justice en prenant la fuite (probablement avec des complicités), vit dans la clandestinité avec sa famille dans les années 50, en se cachant dans plusieurs monastères puis en prenant une fausse identité. 

Démasqué par Jacques Derogy, le journaliste de l’Express, à la même époque que la grâce accordée par l’Elysée, entrainant de facto de nombreuses plaintes pour « crimes contre l’humanité » qui échappent à l’incompressibilité oblige Touvier à reprendre la fuite avant d’être arrêté définitivement à la fin des années 80, rejugé et condamné à finir ses jours en prison. Il meurt à Fresnes en 1996, à l’âge de 81 Ans.

 

AMENAGEMENT DU TERRITOIRE

 

 

Bidonville

 

Alors qu’une vaste politique d’aménagement du territoire s’est considérablement développée durant les années 60-70, fruit d’une prospérité économique liée à la reconstruction du pays à l’immédiat après-guerre…

On a pu alors constater l’émergence de nombreux « bidonvilles » notamment en région Parisienne, dans la région Marseillaise et dans le Nord, généralement occupés par une population issue de l’émigration (Maghreb, Portugal et Europe du Sud) qui a servi de main d’œuvre en grande partie dans le BTP et le Génie-civil….

En 1971, plus de 1.600.000 immigrés vivent sur le sol français, dont la plupart ont connu dès leur arrivée des problèmes de logement, à l’instar des Français qui subissaient une crise du logement (la demande étant plus forte que l’offre). Progressivement résorbée avec la construction de grands ensembles (le premier emblématique fut celui de Sarcelles dès le milieu des années 50), de la création des villes nouvelles ainsi que des lotissements de plus en plus nombreux à la périphérie des agglomérations importantes, il n’en demeure pas moins que les bidonvilles, lieu de marginalité n’ont pas disparu pour autant.

Au cours des années 60, on en dénombre plus de 250, dont 60 % sur l’agglomération parisienne, avec ses « ilots » de Champigny sur Marne (15 000 occupants), Nanterre (10 000), Saint-Denis ou Massy.

40 % des occupants sont issus du Maghreb, plus de 20 % du Portugal mais on compte également 20 % de Français (regroupés autour de Noisy le Grand).

Leur disparition sera longue et progressive et en novembre 1971, le Premier Ministre Jacques Chaban-Delmas se rend à Nanterre pour assister à la destruction définitive du bidonville, à coup de bulldozer et au relogement des populations précaires dans des lieux d’habitations plus décents : barres d’immeubles et tours…

Le gouvernement espère bien éradiquer ce fléau de pauvreté et de précarité pour l’année 1972. Son vœu finira par être exaucé dans les deux années qui suivront…

 

Le Temps des Préfectures nouvelles

 

Les nouveaux départements de la région Parisienne issus de la réforme du 10 juillet 1964 ont acquis leur indépendance administrative à partir du 1er janvier 1968, remplaçant de facto les départements de la Seine et de la Seine et Oise.

Rappelons que la Seine-et-Marne avait refusé d’être coupée en deux nouveaux départements préférant garder la territorialité acquise au moment de la création des départements en 1790…

Pour le reste, Paris est devenue une ville-département et sa petite couronne, trois nouveaux départements très peuplés mais de faible taille géographique : les Hauts de Seine, dont le chef-lieu est Nanterre, la Seine-Saint-Denis, avec Bobigny et le Val de Marne avec Créteil….

La Grande couronne (qui inclut la Seine et Marne) est constituée de trois nouveaux départements : l’Essonne, dont le chef-lieu est fixé à Evry qui est également une des « cinq villes nouvelles » créée à partir de 1966, les Yvelines, dont le chef-lieu est Versailles et le Val d’Oise qui aura la particularité unique en France métropolitaine d’avoir comme chef-lieu : Pontoise mais dont la Préfecture et la plupart des services départementaux sont situés sur la commune voisine de Cergy, épicentre de la ville nouvelle de Cergy-Pontoise.

La quasi-totalité des « nouveaux chefs-lieux » (à l’exception de Versailles) n’ayant à l’origine aucune tradition administrative devront créer de toutes pièces les « nouvelles préfectures » s’appuyant au préalable de la proximité de centres administratifs qui joueront le rôle de « préfecture provisoire » (c’est le cas de Corbeil-Essonnes vis-à-vis d’Evry ou de Pontoise avec Cergy).

En 1971, Georges Pompidou inaugure la préfecture d’Evry et celle de Bobigny. L’année suivante suivront Nanterre, Cergy et Créteil….

 

 

Le matin des Villes Nouvelles

 

Cinq villes nouvelles (Evry, Cergy-Pontoise, Trappes (futur Saint Quentin en Yvelines), Marne -la Vallée et Melun-Sénart (rebaptisé Sénart) sont donc en construction en région Parisienne afin de réguler le développement jusqu’alors anarchiste de la banlieue parisienne et le dépeuplement de Paris-Intra-muros au profit de zones de la périphérie…

Paris dont certains quartiers ont connu une métamorphose complète, dont celui des Halles (depuis le transfert du « ventre de Paris » à Rungis en 1969), dont la destruction des bâtiments va provoquer un grand émoi (certains bâtiments, dont le pavillon Baltard seront reconstruits à Nogent sur Marne) ou le 13ème arrondissement qui verra un grand nombre de ses habitants rejoindre la périphérie, dont la fameuse « Grande Borne » à Grigny (construite entre 1967 et 1971).

Hors de l’Ile de France, quatre villes nouvelles voient le jour : Lille-Est (qui deviendra Villeneuve d’Asq), les rives de l’Etang de Berre (13), Le Vaudreuil (futur Val de Reuil, Eure) et l’Isle d’Abeau (Isère)….

Sans avoir le « statut de ville nouvelle » certaines communes s’en rapprochent comme c’est le cas à Créteil (Val de Marne), à Grigny (outre la « Grande Borne », la construction de « Grigny 2 » la plus grande copropriété d’Europe) ou encore Les Ulis, quartier de Bures sur Yvette et Orsay qui élit d’ailleurs ses premiers « conseillers municipaux délégués » lors des municipales de 1971, avant de devenir une commune à part entière en 1977…

 

Parfum de scandale

 

En janvier 1971, Gabrielle Chanel dite « Coco Chanel » créatrice de la maison de haute-couture éponyme, disparait à l’âge de 88 ans, celle par qui le « scandale arrivait » parfois n’aura pas le temps d’assister à la présentation de la nouvelle collection qu’Yves Saint-Laurent a surnommée « Libération » ou « Quarante ».

Les médias se montrent très hostiles à cette collection et ne vont pas tarder à la rebaptiser en : « collection du scandale » …Car « L’enfant terrible de la mode » s’est largement inspiré de la mode des années sombres de l’Occupation avec les robes courtes, les semelles compensées ou le maquillage outrancier…

Pourtant le jeune créateur réussira à faire passer ce « parfum de scandale » auprès un certain public, amateur de rétro….

La France de la « Nouvelle Société » symbole de décrispation et de renouveau politique n’est pas cependant pas épargné par les nombreux conflits sociaux notamment ceux aux Usines de Renault (à Douai) ou à l’Usine Pennaroya à Saint-Denis, à la Sncf (…), à la RATP et dans la plupart des grandes concentrations industrielles (manufacturières) avec une main-d’œuvre peu qualifiée face à un monde économique en train de changer et qui ne cache pas sa peur du chômage….

Dans le quartier de la Goutte d’Or à Paris, Djellali Ben Ali, un adolescent de 15 ans, d’origine algérienne est assassiné d’un coup de fusil de chasse par Daniel Pigot, un chauffeur-livreur. Cet assassinat en pleine rue fait ressurgir la montée d’un racisme anti-arabe souvent provoqué par des groupuscules d’Extrême-droite qui mettent en avant un « sentiment profond d’insécurité » qui règne dans ce quartier populaire et peuplé d’une forte population immigrée.

L’auteur des faits sera arrêté et écroué pendant plusieurs mois. A l’issue de son procès, quelques années après, il sera condamné à cinq ans de prison, dont trois avec sursis… Il niera toujours avoir commis « un crime raciste » … Des comités d’intellectuels (de gauche) se sont formés pour alerter sur la condition des travailleurs immigrés en France et sur les relations toujours tendues entre la France et l’Algérie neuf ans après l’indépendance du pays….

En tant que chef du Gouvernement, Jacques Chaban-Delmas sera un des plus populaire que la Vème République ait connu. En cette année 1971, il recueille dans les sondages plus de 60 % d’opinions favorables, de quoi faire rêver l’Exécutif d’aujourd’hui. Pourtant, en novembre 1971, le « Canard Enchaîné » publie une « bombe journaliste », révélant que le Premier Ministre n’a pas payé d’impôts (ou presque) depuis plusieurs années, notamment lorsqu’il était Président de l’Assemblée Nationale avec comme preuve à l’appui, la publication de sa « déclaration d’impôts ».

Pourtant, l’enquête révèlera que le maire de Bordeaux n’a commis aucune infraction, profitant en fait de l’avoir fiscal qui permet de récupérer au titre de l’impôt sur le revenu des sommes versées au titre de l’impôt sur les sociétés ainsi que d’une franchise d’impôts en qualité de Président du Palais-Bourbon.

Mais le mal est fait, et l’information révélée passe mal dans l’opinion publique. Le Premier Ministre fait un démenti sur les divers médias pour dénoncer une « machination politique » afin de nuire à l’action du gouvernement et de l’empêcher d’entamer une course vers l’Elysée… Il est clair que ces révélations sonneront finalement le glas des ambitions présidentielles de Chaban qui échouera en 1974, en partie « lâché » par un bon nombre de ses « compagnons gaullistes » ….

Avant sa démission en juillet 1972, le promoteur de la « Nouvelle Société » sera confronté à deux autres scandales : celui de la « Garantie Financière » un des premiers (mais pas vraiment derniers) scandales politico-financiers ainsi que celui des "abattoirs de la Villette" (futur site de la Cité des Sciences) dont le chantier prévu de la recontruction (suite à l'insalubrité des lieux) sera aussi interminable qu'onéreux avant d'être définitivement abandonné...

En ce qui conceren "La Garantie Foncière", il s'agit d'une Société Civile de placements financiers créée en 1967 qui compte plus de 10 000 souscripteurs et annonce des rendements à plus de 10 % . Lorsque le scandale éclate, la « GF » est accusée d’avoir spolié lesdits souscripteurs, en se faisant racheter des immeubles à bas prix, ce qui lui permet de toucher au passage une confortable « plus-value ». La direction est accusée d’avoir commis ces actes frauduleux avec la complicité d’un influent Député UDR de Paris, André Rives-Henrys, par ailleurs ancien secrétaire général adjoint de l’UDR .

Certains n’hésiteront pas dénoncer les « dérives de l’Etat-UDR » à Gauche mais également dans les rangs de la droite non Gaullistes (les Giscardiens) qui dénoncent l’affairisme qui sévit dans certaines allées du pouvoir. Cela mettra fin à la carrière du Député Rives-Henrys qui sera inculpé pour escroquerie et abus de biens sociaux….

 

 

SPORTS DIMANCHE

 

 

La Coupe de France 1971 est remportée par Rennes. La Capitale de la Bretagne a donc battu Lyon, la Capitale des Gaules 1-0. C’est la deuxième fois depuis 1965 (victoire contre Sedan, 3-1) que le Stade Rennais soulève ce trophée. C’est à la 63ème minute qu’André Guy, d’ailleurs un ancien Lyonnais marque le but sur Penalty contre le gardien Chauveau….

Cette finale s’est disputée au Stade de Colombes (Hauts de Seine), retransmise sur la 1ere chaine de l’ORTF commentée par…Michel Drucker.

C’est le Premier Ministre, Jacques Chaban-Delmas qui remettra la Coupe au Capitaine du Stade Rennais, Louis Cardiet…A noter la présence du tout jeune Raymond Domenech, 19 ans dans l’équipe Lyonnaise….

L’Olympique de Marseille est sacré Champion de France devant les « Verts » de Saint Etienne. C’est son troisième titre depuis la création la création de la Première Division en 1932.

Dirigé par l’éditeur de presse, Marcel Leclerc depuis 1966, date à laquelle le Club Phocéen stagnait en seconde division et connaissait des difficultés financières que le nouveau propriétaire renfloue et donne les moyens à son club de remonter en première division.

Il fera également un doublé Championnat de France/Coupe de France, l’année suivante avant d’être contraint à la démission à la suite d’un scandale financier….

Aux Internationaux de Tennis de Roland Garros, c’est le Tchécoslovaque Jan Kodes qui remporte le tournoi masculin face au Roumain Ilie Nastase tandis que l’Australienne Evonne Goolagong remporte le féminin face à sa compatriote Helena Gourlay-Cawley…

Patrick Proisy, grand espoir du Tennis tricolore arrive à se hisser en ¼ de finale mais trébuche face au futur vainqueur Kodes (le français, future Beau-frère de Yannick Noah, accédera cependant à la finale l’année suivante où malheureusement il échouera face à l’Espagnol Gimeno).

 

Les Français(es) s’illustreront cependant en remportant les doubles Dames et Double Mixte avec notamment Françoise Durr (qui a remporté en individuel le tournoi en 1967).

Sur les routes du 58ème Tour de France, c’est le Belge Eddy Merckx qui le remporte pour la 3ème fois devant le Néerlandais Zootemelk et son compatriote Lucien Van Impe.

Le championnat du monde de Formule 1 est remporté par l’Ecossais Jackie Stewart à bord d’un Tyrrell-Ford tandis que son coéquipier et ami le Français François Cevert termine 3ème. Ce dernier, pilote très prometteur, beau-frère de Jean-Pierre Beltoise trouvera la mort en 1973, lors des essais sur le circuit de Watkins Glen (USA), affectant profondément Stewart qui d’ailleurs mettra un terme à sa carrière au même moment.

Trois ans après les « Jeux Olympiques d’hiver à Grenoble » et le sacre du « Roi Killy » et des « Sœurs Goitschel », les français s’illustrent encore sur les pistes de ski :  Jean-Noel Augert remporte la Coupe du Monde en Slalom tandis qu’Henri Duvillard termine second au Classement général. …