UN Z … QUI VEUT DIRE ZEMMOUR (Edito du 18 septembre).

Philippe DUPONT

 

« Un polémiste qui surgit hors des sentiers battus, court vers son destin au galop, son nom : il le signe à la pointe de son stylo, d’un Z qui veut dire Zemmour »….

Mais lui, contrairement à Don Diego de la Vega n’apparait pas masqué (bien que cela soit toujours d’actualité), avançant ses pions avec méthode mais restant pour l’instant « muet » (tel le fidèle serviteur Bernardo) en ce qui concerne sa volonté de plonger véritablement dans le « grand bouillon présidentiel», ce qui n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd dans le Landerneau politique qui est autant perplexe que fébrile à son endroit….

Celui qui est devenu en trente-cinq ans de carrière un des journalistes les plus célèbres de l’Hexagone, est omniprésent autant dans la presse écrite, que dans la rédaction d’essais politiques, à la radio ou bien sûr à la télévision (cette "étrange lucarne" ayant véritablement contribué à son actuelle notoriété aussi sulfureuse soit-elle pour certains)…

Notre Zorro des temps modernes, à l’instar du héros de notre enfance est prêt à s’engager une bonne fois pour toute contre tous ceux qu’il accuse d’appartenir à la « bien-pensance » voire de se complaire dans un certain « conformisme de salon» et qu'il ne cesse de pourfendre à coup d' éditoriaux mordants ou autres chroniques parfumées au vitriol

 Lui, l’ enfant de la télé noir et blanc, dont l’existence se confond avec celle de la V ème République : il voit le jour en 1958, au sein d’une famille juive originaire des Aurès qui a « débarqué » en métropole » au moment des « évènements » comme on disait alors…

Le petit Eric (fier de son prénom européen, bien qu’il revendique être un Français d’origine Berbère,  Zem(mour) signifiant l’Olivier) pousse ses premiers braillements à Montreuil qui n’était pas encore dans le « 9-3 », pour vivre ensuite à Stains, Drancy puis finalement à Paris mais dans le quartier de « Château-rouge » : bref un véritable « minot » d’une banlieue populaire qu’il a aimée tendrement durant son enfance mais dont il déplore aujourd’hui qu’elle appartienne désormais, selon lui,  à un monde en voie de disparition quelque peu menacé par le risque du « grand remplacement » qui tend à devenir un de ses chevaux de bataille favoris… «Zorro contre les Envahisseurs », la loi des « séries » en somme….

Fils d’un ambulancier et d’une mère au foyer, il fait de bonnes études, est admis au prestigieux Institut d’Etudes Politiques de Paris, plutôt fréquenté par la jeunesse dorée des beaux quartiers de l’Ouest Parisien qui n’a qu’une idée abstraite de la banlieue  (en s’aventurant toutefois à Neuilly sur Seine) mais il échoue par deux fois au concours de l’ENA.

Il ne sera pas un « grand commis de l’Etat » mais va rapidement trouver sa vocation, lui le « féru » d’histoire et de littérature, va tomber sous le charme du « quatrième pouvoir » : la presse. Il fera ses premières armes au « Quotidien de Paris » ce sympathique « canard » de droite atypique dirigé par le non moins atypique Philippe Tesson qui le charge de la rubrique politique… mais le journal va disparaitre sans pour autant bloquer l’ambition de notre héros qui va atterrir au « Figaro » où il va vite trouver son style et sa ligne politique : il sera « réac », ce qui est alors un gage d’audace dans une profession majoritairement « ancrée » à gauche…

Il affutera sa plume, causera dans le poste sur RTL et commencera ses joutes oratoires sur les plateaux télé au début du troisième millénaire, notamment sur Canal Plus puis connait la consécration sur France 2 dans l’émission de Laurent Ruquier : « on n’est pas couché » d’abord en binôme avec Michel Polac puis avec l’ancien éditeur Eric Naulleau (qui a troqué « le Jourde et Naulleau » pour le « Zemmour et Naulleau ») avec lequel il forme un duo incisif et percutant qui passe les invités à la broche en les « carbonisant » souvent….

Les deux compères, autant complémentaires que différents seront finalement « virés » par l’animateur vedette sans que l’on ne sache trop pourquoi (duo trop influent ou envie de renouvellement ?), tout ce que l’on sait, c’est qu’à la vision du récent passage de Zemmour chez son ancien patron, des feux « mal éteints » subsistent entre les deux hommes que tout semble opposer, avec son lot de mauvaise foi et de rancœur jamais tombées dans les oubliettes…

Le « charismatique » Zemmour est devenue une valeur sûre du PAF, un homme sulfureux mais qui a su garder la « carte » sans tomber dans la marginalité comme d’autres provocateurs (Soral, Dieudonné, Conversano, de Lesquen, etc…) : ses propos ulcèrent le plus grand nombre mais en fascinent d’autres qui achètent avec ferveur ses ouvrages, dont son best-seller « Le suicide français » et tous ceux qui ont suivi…

Chacun de ses détracteurs peut définir son ennemi Zemmour : la gent féminine dénonce sa misogynie assumée, la gauche Caviar le taxe de trublion d’extrême-droite, alors que lui-même se proclame « Gaullo-Bonapartiste » : pour un état fort et souverainiste, pouvant éventuellement se réclamer intellectuellement des « grands esprits du nationalisme sublimé » comme Maurras et Barrès, prompts poursuivre le « récit national » mais sûrement pas comme les «  crânes rasés » de la pensée…Pour d’autres c’est un « déclinologue » nostalgique qui déplore la déliquescence des institutions, l’abandon progressif des valeurs chrétiennes qui régissaient la Maison France auxquelles ne peuvent s’agréger d’autres confessions, peu compatibles ,toujours selon lui avec une « France laïque et républicaine… quand d’autres l’accusent de « répéter «  en boucle » ses lubies depuis deux décennies…

Un discours pourtant bien rôdé, qui « porte » visiblement ses fruits sur une certaine opinion qui serait prête à « voter » pour cet homme providentiel » dont manque la France, en témoignent les bons sondages sur son éventuelle candidature à la magistrature suprême….

Pour l’instant, l’homme est surtout providentiel pour les chaînes d’info, notamment « C news » où il a su « booster » l’audience de façon remarquable : c’est un fait : ce showman agace mais il sait « aimanter » le spectateur comme il sait « lire dans les pensées » de ses détracteurs qui sont souvent mal préparés à combattre ses stratagèmes, finissant systématiquement empêtrés dans les filets qu’il tend avec ruse....

Oui, mais entre « avoir refait le monde » dans l’émission de Christine Kelly et s’attaquer au rude « exercice du pouvoir », il y a une très longue passerelle à franchir… Sa récente mise à l’écart par le CSA et son retrait du « Figaro » lui laisse du temps pour « réfléchir » comme il dit mais surtout à « faire parler de lui sans être présent » telle une Arlésienne et de promouvoir son dernier livre qui devrait encore faire la joie de son éditeur….

Ira ? Ira pas ? nul ne le sait vraiment mais l’homme apparait un peu comme le « trouble-fête » d’une élection qui s’annonce aussi incertaine que sa propre candidature, mais avec le dessein de contrarier les pronostics qui annonce un nouveau duel « Macron-Le Pen »,  inquiétant autant la Dame de « Saint Cloud » de plus en plus contestée par un nombre croissant de ses électeurs qui pourraient alors se porter vers le polémiste que d’intriguer l’Elysée (dont une nouvelle candidature du sortant n’est pas non plus confirmée) sans oublier une droite revancharde mais divisée dont certains « électrons libres » pourrait gonfler les troupes du sieur Zemmour qui,  pour l’instant n’est qu’un « Général sans troupes et sans moyens » (même si notre homme s’agite allègrement en coulisses), conscient qu’il doit trouver ses « cinq cents signatures » pour concourir : celles que les élus aiment plutôt donner à des « marginaux » folkloriques qui ne risquent pas de « renverser la table »..

 Quoiqu’il arrive, Eric Zemmour à défaut d’être élu pourrait jouer les « faiseurs de rois » : une situation confortable qui permet de faire le « buzz » et de continuer à écrire « son histoire » sans oublier de manier avec malice ses meilleures armes : « le verbe « la plume » et de surtout faire « parler de lui »……