SPLEEN EN CORREZE (Edito du 8 novembre).

Philippe DUPONT

 

Tulle en Corrèze.

Ce n’est pas seulement une contrepèterie politique mais également le véritable lieu de relance de la campagne d’Anne Hidalgo qui a connu un démarrage très poussif . La maire de Paris a en effet choisi le chef-lieu de ce département de l’ex-Limousin, répondant à l’invitation de François Hollande, ancien maire de la ville et naguère Président de la République afin de trouver la « voie du renouveau »...

Certains souriront du brusque soutien appuyé de l’ancien chef d’Etat à l'adresse de la première magistrate de la Capitale, notamment après avoir déploré sur les ondes de  de France Inter que la « Gauche faisait comme si elle avait déjà perdu » fustigeant au passage les trop nombreuses candidatures, qui fleurissent chaque jour dans le jardin de la pré-campagne électorale, véritable facteur selon lui de divisions et surtout de « machine à perdre »…

« Embrassons-nous, Folleville !». Du passé, faisons table rase...

Mais l’ancien Président de la République n’est pas du genre à baisser les bras et a cru déceler chez Anne Hidalgo, « une présidentiable » crédible, une « battante », ne l’a-t ’elle pas prouvé en se faisant réélire Maire de Paris, au « nez et à la barbe » de ses (nombreux) détracteurs, déjouant ainsi tous les pronostics » ?.  

Certes, mais « Notre Dame de Paris » comme la surnomme méchamment ses adversaires plafonne désesperement à « 5 % » dans les intentions de vote: un score qui rappelle celui de son prédécesseur socialiste malheureux de 2017, Benoit Hamon…Guère encourageant mais bien révélateur de l’état d’un Parti socialiste encore au pouvoir il y a 5 ans,  laminé depuis par la vague Macronienne et menacé, aux dires de certains de ses sympathisants de devenir un « micro-parti » souvent inaudible, parfois sectaire et qui vit dans la nostalgie d’un monde disparu en même temps que son siège historique de la rue de Solférino….

Toutefois, l’éternel optimiste qu’est François Hollande s’est empressé de réconforter son hôte en lui affirmant que « Venir à Tulle, c’est déjà un peu gagner ». On ne sait si cet encouragement relève de la « méthode Coué » ou plutôt d’une introduction au manuel « Comment conquérir le pouvoir pour les Nuls ».

« 5 % , c’était mon score en 2011, un score d’éternel outsider » qui l’a pourtant propulsé au plus haut sommet, c’est vrai mais n’oublions que plusieurs éléments ont joué alors en sa faveur : l’élimination de ses adversaires les plus dangereux : DSK et Martine Aubry, le rejet du président sortant Nicolas Sarkozy mais surtout une « union de toutes les gauches pourtant déjà irréconciliables » incluant au passage le très inquisiteur Jean-Luc Mélenchon…

Coup d’essai, coup de maître alors réussi par le virtuose de la « Synthèse » on y rajouta une « convaincante campagne de Moi…Président, synonyme de vertu politique  » de vouloir tordre le coup à la finance internationale et le « sort en fut jeté"...

Mais aujourd'hui,  Anne Hidalgo ne joue pas dans la même catégorie, car moins connue, jugée parfois autoritaire et sectaire et dont l’influence ne dépasse pas les murs du « Périphérique parisien », un handicap certain à une époque où les observateurs politiques et les sociologues redessinent les contours de "l’archipel Français", à présent constitué d’habitants des  « Territoires », des « quartiers » et des«Métropoles » dont il est important de tâter le poûl afin de ne pas apparaitre comme trop« hors-sol »….En outre,son angle d'attaque classique "anti-Macron" risque de faire un flop s'il demeure un exercice solitaire....

D’où l’idée de venir à la rencontre de cette terre des « Présidents » qui lui en a effectivement donné deux , tout comme sa voisine auvergnate au cours de la Vème République puis de faire des dédicaces au très réputé « Salon du Livre » de Brive, la principale ville d'un département qui fut successivement voire simultanément Rad-Soc’, pratiquant d’un communisme rural sur le plateau de Millevaches et bien sûr Chiraquien avant de devenir social-démocrate……

C'est une évidence pour espérer devenir locataire de l’Elysée, rien de tel que de tâter du « terrain » au pied du Massif Central, d’arpenter les allées du Marché, de faire la causette au comptoir d’un café et bien sûr de serrer de nombreuses paluches au gré de son parcours à travers les ruelles et places de cette pittoresque cité administrative de 14 000 habitants (autant que son homologue Creusoise Gueret), symbole de cette « France de l’intérieur » qui a vécu parfois avec douleur les profondes mutations (démographiques, agricoles, industrielles) subies par la fin des « trente glorieuses » de notre cher et vieux pays…

Spleen en Corrèze ?

 C’était le titre d’un ouvrage de Denis Tillinac, écrivain et éditeur reconnu, héritier des « Hussards », disparu en 2020 (exactement un an jour pour jour après son ami Jacques Chirac) où ce sympathique « anar de droite » Corrézien pur jus mais élevé à Paris (comme son ami précédemment cité) racontait son ingrat passé de « localier » ce « spécialiste de la rubrique des chiens écrasés » au journal local mais qui devint de facto un observateur avisé  d’un environnement parfois rongé par l’inertie ou bien l’ennui permettant cependant de mieux comprendre l’environnement et ceux qui l’habitent et d'essuyer d'un revers de manche les idées reçues ou autres préjugés faciles…

François Hollande  s’y connaissait en « labourage de terrain », sachant de partir de zéro, en « jeune loup solitaire » comme il le fit, lui le natif de Rouen, élevé à Neuilly sur Seine, jeune énarque venu défier à Ussel le « plus Parisien des Corréziens » : l’autre énarque Jacques Chirac lors des législatives de 1981 et où il mordit d’abord la « poussière »  avant de gravir un par un tous les échelons…et finir par « copiner » avec son vieil adversaire, ce dernier étant même « prêt » « à voter pour lui en 2012 », les deux hommes étant en phase au niveau de « l’humour Corrézien » qui n’est finalement ni de droite ni de gauche….