LES FEUX DE LA CHANDELEUR

Philippe DUPONT

 

Editorial du 2 février

 

Quelle est cette tradition vieille comme le monde et qui est devenue un rituel culinaire le 2 février de chaque année nouvelle ?

Oui, oui...nous parlons bien sûr de la coutume de la Chandeleur…

Naguère, lors de cette « journée de la crêpe » , il était primordial de tenir une pièce d’or dans sa main gauche tandis que de la droite, on faisait sauter la première crêpe. Si cette dernière retombait retournée dans la poêle, on était assuré de ne pas manquer d’argent pendant toute l’année….

On serait malicieusement tenté d’imaginer, en cette période de pré-campagne électorale, la « soirée crêpes » des candidats à la magistrature suprême, qu’ils soient déclarés ou non, à moins de préferer les guetter dans les coulisses à l’instar du locataire de l’Elysée qui observe, mi-inquiet, mi-amusé les postulants préparer avec soin leur recette pâtissière…

Car il est important pour un candidat de ne pas se trouver à côté de la plaque, mais au contraire bien face à elle et de pouvoir la chauffer avec vigueur…Réussir sa pâte mélangée avec du lait accompagnée d’un brin d’huile, le tout bien « touillé » lui permettra ainsi de réussir sa recette et qui sait, d’avoir la fierté d’avoir conçu la plus belle crêpe…

Cette tradition de la Chandeleur ne remonte pas aux prémices de la Vème République mais plutôt au début de l’ère chrétienne et commémore la présentation de Jésus au Temple, quarante jours après sa naissance.

Cependant, c’est au Vème siècle que cet évènement sera associé aux « Chandelles » (d’où le nom Chandeleur) et c’est le Pape de l’époque qui aurait organisé de longues processions aux flambeaux puis distribué des crêpes aux pèlerins arrivant à Rome…et lançant, sans le savoir cette tradition des crêpes qui perdure jusqu’à nos jours. Voilà une information qui nous retourne un peu… !

La forme et la couleur de la crêpe, dit-on, évoque le soleil enfin de retour après la nuit de l’hiver.  Si on l’applique à une campagne présidentielle, il est clair que certains candidats espèrent enfin « rayonner » , après avoir une longue période de léthargie, liée à des sondages en berne, tout dépend une fois de plus des ingrédients préparés : certains, à l’instar d’un Eric Zemmour préfèrera faire un grand remplacement du beurre par de l’huile sur le feu, tandis qu’un Yannick Jadot optera pour une farine 100 % bio.

Jean-Luc Mélenchon a avoué ne pas apprécier l’adhérence trop lisse de la crêpe sur la plaque, préférant la voir rebelle voire insoumise aux attaques de la spatule en bois…sur les bords

C’est plutôt, la phase finale de la cuisson qui retient l’attention de Marine Le Pen, cette dernière se souvenant de s’être fait « retourner comme une crêpe » lors du débat face à Emmanuel Macron en 2017….

Valérie Pécresse qui accuse Emmanuel Macron d’avoir « cramé la poêle » depuis cinq ans, a décidé de mettre la main à la pâte, elle, l’ancienne d’HEC (qui pourrait bien signifier pour l’occasion « Hautes études de Crêpière ») agitant avec méthode son petit rouable plat ,  lui faisant faire des sillons souvent à droite parfois au centre, en espérant pouvoir disputer la finale, sous le regard amusé de son commis de cuisine, plus amateur de salade niçoise….

Anne Hidalgo, championne de la crêpe à la parisienne, tente de soigner sa gauche mais qui semble pour l’instant bien léthargique et sourde à ses suppliques de faire des crêpes en coopérative…

Enfin que dire des « soutiers » de la crêpe, ces petits candidats, amateurs de crêpes salées qui s’opposent aux fanas des crêpes salées avec leur étaleur comme unique glaive, qu’ils soient pour le « Crepix » (la crêpe hors de l’UE), contre la galette de sarrasin ou pour ne plus se faire rouler dans la farine par les technocrates qui fixent le diamètre d’une crêpe ?

Le mot de la fin revient pour l’instant au tenant du titre, que certains voudraient voir se gaufrer mais qui compte bien se resservir de sa louche, en marche pour une nouvelle fournée, adepte de l’adage : À la Chandeleur, L'hiver s'apaise ou reprend vigueur».  En sachant qu'à la période de la fête de la chandeleur, les jours allongent et que le blé en herbe croît sérieusement….

 

PORTRAITS EN RASE CAMPAGNE

 

Editorial du 18 février 

 

Vous intéressez-vous à la campagne ? 

Je veux bien sûr parler de celle de la Présidentielle. Faites-vous partie des 70 % de français qui confessent y porter un intérêt certain tandis que 55 % d’entre eux ignorent toutefois la date du premier tour ?

Il n’est donc pas inutile de faire une piqure de rappel :  Celui-ci aura lieu le 10 avril, c’est-à-dire dans moins de 5o jours, suivi du second deux semaines plus tard…

Auparavant, ce qui demeure le rendez-vous électoral préféré des Français (avec les Municipales) se déroulait à la mi-mai, il est clair que cette modification de calendrier électoral a donc bousculé les bonnes vieilles habitudes de la Vème République sur fond d’amorce espéré de fin de « crise sanitaire » et où un risque d’absentéisme important plane comme c’est à présent le cas lors de chaque consultation électorale.

Cette campagne 2022 que certains commentaires qualifient d’ ennuyeuse et sans réel suspense quant à son issue finale (quoiqu’un nouveau duel de second tour Macron/Le Pen n’est plus forcément une évidence) est cependant déjà riche d’enseignements .

 En premier lieu, le présumé « désamour » d’un électorat enclin à bouder les urnes le moment venu n’a pas empêché l’éclosion de nombreuses « candidatures à la candidature » dont beaucoup seront éclipsées par l’impitoyable couperet des 500 « parrainages » nécessaires pour espérer concourir à la magistrature suprême et qui ne s’avère plus vraiment « représentatif » de l’offre politique…

 On constate que des « petits candidats » (Nathalie Arthaud ou Jean Lassalle les obtiennent sans problèmes, à l’instar de formations politiques en déclin mais riche d’un socle électoral puissant, comme les deux anciens piliers de « l’Union de la Gauche » : les Partis Socialiste et Communiste a contrario d’un Rassemblement National ou d’une France Insoumise qui doivent arpenter infatigablement le bitume pour décrocher le Graal….

En second lieu, l’édition 2022 constitue un remake de celle de 2017 : le traditionnel duel Droite-Gauche qui animait la vie politique depuis le début de la Vème République risque une fois de plus de« voler » en éclat, laissant la place à l’émergence de « forces nouvelles » souvent teintées d’une forte radicalité (doux euphémisme) issue d’une droite de la droite, à l’instar d’un célèbre pamphlétaire ultramédiatisé qui effraie le « landerneau politique avec ses phrases chocs pimenté de son « concept de grand remplacement » qui ne cesse de faire le « buzz sur la toile » .

En outre,  en sa qualité improvisée de chef d’orchestre de ce début de campagne, son objectif principal est d’imposer son propre tempo mais surtout de siphonner lentement mais surement son « homologue » issue des « hauteurs de Saint-Cloud » et gérante d’une PME familiale dont certains actionnaires ont une nette propension à vouloir prendre la « tangente » charmés par le chant de sirène de la «reconquête », sans oublier de faire les yeux doux  aux éléments les moins progressistes d’un ancien parti Gaullo-Bonapartiste aujourd’hui mené par une Cendrillon qui n’arrive pas a trouver pour l’instant, chaussure à son pied…

Vous l’avez compris « la Guerre des Trois » aura bien lieu surtout pour tenter d’accéder au fameux second tour, condition sine qua none pour tenter de déboulonner la statue du Commandeur, jugé responsable de tous les maux depuis 5 ans et complice, selon certains,  de tous ceux « perpétués » depuis 50 ans par ses prédécesseurs ...…

Un Commandeur qui lui,  suit cette campagne-là de façon distraite et voit d'un oeil amusé, l’état du marais électoral avec tous ces crocodiles plongés dans le même marigot et qui tentent de s’entredévorer…

Mais l’actuel locataire de l’Elysée est plus absorbé par une autre campagne, celle de Russie ou plutôt des plaines d’Ukraine que tentent de reconquérir un Tsar 2.0 mais nul doute que le chant du départ…va bientôt retentir pour celui qui compte bien conserver le siège qu’il avait pris à la Hussarde il y a cinq ans….

La droite et ses extrêmes se recherchent donc, mais la gauche, que devient-elle ? Elle joue plus dans la catégorie « Waterloo Morne Plaine » voire les rives de la Bérézina que celle d’heureuse témoin des premiers rayons du Soleil d’Austerlitz…

 A l’exception notable d’un Fabien Roussel qui fait une campagne audacieuse tentant non sans panache de redonner quelques couleurs à un Parti Communiste jusqu’à présent moribond, mordant même un peu sur l’électorat d’un Jean-Luc Mélenchon qui supplante quant à lui ses anciens « camarades » de la Gauche non communiste, à savoir Anne Hidalgo, dont la campagne se transforme en véritable chemin de croix que certains "judas" desertent allègrement...

Le « Mont des Oliviers » n’est pas loin non plus pour Christine Taubira, dont la candidature jugée de « trop » (notamment par certains rancuniers tenaces qui l’ accusent toujours d’avoir empêché Lionel Jospin d’accéder au second tour en 2002) ou encore d’un Yannick Jadot qui fait du « surplace » depuis le démarrage de sa campagne, quitte à s’embourber laborieusement, peinant à trouver une nouvelle énergie alternative….

D’autres apprentis dont déjà jeté l’éponge, à l’instar d’un Arnaud Montebourg constatant avec amertume que les « Gauches plurielles » de sa jeunesse sont à présent devenues irréconciliables, d’un Florian Philippot, l’ex-Iznogoud de Marine Le Pen « qui s’est pris les pieds dans le tapis des  « Antivax « en faisant des mamours au Barde Sdf , Francis Lalanne ou peut-être d’un Nicolas Dupont-Aignan, autant isolé qu’un Robinson sur son Ile déserte mais qui espère bien pouvoir monter  un jour sur un navire salvateur…

Le suspense reste donc de mise, surtout pour la fameuse « deuxième place » où trois voire quatre candidats peuvent créer la surprise et affronter le tenant du titre et qui sait,  « peut-être » espérer « gagner avec leurs tripes » comme dans une finale de la Coupe de France de Football où les outsiders connaissent parfois (rarement en fait)  leur moment de gloire…