Philippe DUPONT

 

POISON D’AVRIL

Editorial du 1 er Avril

 

« Pour une surprise, c’est une sacrée surprise ! »  Comme aurait pu s’exclamer le regretté Marcel Béliveau. Eh oui qui l’aurait cru, à la lecture des sondages quotidiens en « Rolling » que l’élection présidentielle prendrait une tournure totalement inattendue : la probable qualification pour le second tour de Nicolas Dupont-Aignan et de Nathalie Arthaud, deux « outsiders » habitués à jouer les lanternes rouges et qui vont s’affronter pour la victoire d’étape dont le gagnant conservera son maillot jaune pendant les cinq prochaines années….

Du côté des favoris initiaux, c’est la stupeur : le sortant Emmanuel Macron a rejoint dans la foulée les plages du Touquet et tenter d’endurer son échec à bord d’un char à voile à la dérive tandis que Marine Le Pen est partie pester contre le mauvais sort sur la jetée embrumée du port de la Trinité sur Mer tout en marmonnant cette maxime éplorée : « Qui voit le Pen, voit sa peine ».

Mais à propos des deux « heureux finalistes », dans quel état d’esprit se retrouvent-ils ?  Madame Arthaud toujours sous le choc a juste bougonné « Mais enfin,  je n’ai rien demandé moi ! » tout en se réjouissant toutefois que la Classe Ouvrière et les Travailleurs ne doivent plus attendre des lustres pour que le « Grand soir » arrive.

L’éventuelle locataire de l’Elysée a toute de suite fait alliance avec son frère ennemi Philippe Poutou qui n’a rien demandé non plus mais qui pourrait devenir son futur Premier Ministre. La première mesure sera de remplacer la Marseillaise par l’Internationale et la seconde de mettre fin au Grand Capital qui n’a que trop duré….

De l’autre côté du fleuve, comprenez la rive Droite et ses affluents extrêmes, Nicolas Dupont-Aignan a confié qu’il avait prévu ce résultat, persuadé que le peuple français voulait « bouter » le roi fainéant Macron de son palais pour mettre à la place,  lui-même, le « Robin des bois de Sénart » , le Gaullo-souverainiste depuis les bancs de la  Maternelle, prompt à remettre notre cher et vieux pays sur le chemin du redressement national, définitivement débarrassé des coquins et des vilains qui recevaient leurs ordres à Bruxelles et accouraient au premier coup de sifflet de Washington..

Il compte d'ailleurs nommer comme Premier Ministre, son nouvel allié Florian Philippot, le «missile Patriote », l'ancien "Gars de la Marine", en outre récent camarade de lutte du Barde Poutinophile Francis Lalanne et de l’avocat intégriste Di Vizio et qui a déjà énoncé les grandes lignes du quinquennat à venir : à commencer par la suppression du pass sanitaire, l'arrestation d' Emmanuel Macron et son tranfert vers le Tribunal Pénal International et pour le reste : tout sera validé par des référendums d’initiative populaire tous les deux jours…

Non bien sûr, tout ceci n’est que de la pure fiction, un « poisson d’avril » comme on aime à dire : Nathalie Arthaud, professeur agrégée de sciences éco pourra ainsi continuer à être un clone d’Arlette Laguiller (qui faisait pourtant des scores bien meilleurs que sa fille spirituelle) et Nicolas Dupont-Aignan pourra préparer ses prochaines campagnes présidentielles de 2027, 2032 et peut-être même de 2037 avec l’aide de François Asselineau, le gourou de l’UPR qui lui servira  de Coach…

Mais alors quels seront les qualifiés du second tour, les mêmes qu’en 2017 ? A savoir Emmanuel Macron qui, jusqu’à présent n’avait pas le temps de faire campagne pour cause de « Guerre en Ukraine » et de toute façon jugé « imbattable » face à une Marine Le Pen prête à mener un ultime combat mais gênée par l’irrésistible ascension de son frère ennemi, le « Z »… ?

C’est probable mais certains observateurs en quête de suspense espèrent qu’il y aura « anguille sous roche » : l’irruption de celui que l’on attendait plus, jadis plus jeune sénateur de France et qui aimerait bien devenir le plus vieux président primo-élu…et réveiller une « Gauche » condamnée à jouer les troisièmes rôles. Peut-être….a contrario d’une Droite qui a pris goût à être saisie du « syndrome PSG » et qui aura le temps de revisiter non sans nostalgie les jours heureux où elle était au pouvoir…

Toutes les hypothèses sont donc possibles, le récent feuilleton un peu obscur du cabinet « McKinsey » qui implique directement le chef de l’Etat pourrait il en faire un candidat possiblement battable et permettre à Marine le Pen de voir enfin se profiler une victoire inespérée à l’horizon, reboostée d'avoir supplanté son trop clivant frère ennemi. Certains en rêveront comme le plus beau jour de leur vie , d’autres y verront plutôt « l’émergence » d’un « poison d’avril », une sorte de cauchemar éveillé qui pourrait laisser à beaucoup un goût très amer dans la bouche…

Allez, en attendant, cessons de « patauger » dans des eaux improbables et rendons-nous aux urnes dimanche prochain où dans la solitude de l’isoloir, nous saurons mettre le bulletin qui nous semblera salvateur….

D’UNE GUERRE L’AUTRE

Editorial du 6 avril 2022

 

 

Depuis plus de 40 jours, la Guerre en Ukraine continue à faire la Une de l’actualité, à tel point qu’elle a presque fini par reléguer notre Campagne Présidentielle au second plan de nos préoccupations…

Chaque jour qui passe nous confirme que ce conflit qui oppose l’Ukraine à la Russie s’ inscrit inexorablement dans la durée avec son lot d’horreurs : bombardements incessants, exode massif des populations : déjà près de quatre millions d’Ukrainiens ont passé les frontières  et plus de six autres millions se sont déplacés à l’intérieur même de ce pays plus grand que la France..

 N’oublions de rappeler les soupçons de génocide ou autres crimes de l’humanité perpétués par « l’envahisseur Russe » sous la houlette d’un Vladimir Poutine déterminé à réaliser ses objectifs initiaux, restant sourd au dialogue téléphonique consenti avec un Emmanuel Macron tenace mais sans illusions ou  à n'accorder le moindre pouce de concession à son « adversaire » de Kiev, l’ancien comédien devenu un chef de guerre , Volodymyr Zelensky, également résolu à résister jusqu’au bout  à cet envahisseur redoutable….

Le monde « Occidental » pour éviter de devenir co-belligérant, procède à une guerre à distance, par sanction économique interposée, armant discrètement une armée Ukrainienne plus résistante que prévue mais qui avait déjà enclenché un processus de guerre depuis plus de dix ans dans les zones séparatistes de l’Est du pays, ce dont nous autres occidentaux avons feint d’ignorer auparavant…

L’indignation des pays occidentaux vis à vis à la tragédie est souvent ponctuée de cette fameuse maxime   : on n’avait pas vu ça depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Vraiment ?

A l’époque de « l’information en continu » décryptant en « temps réel » l'actualité tragique (qui sait mêler  indignation et longs commentaires) mais qui est très rapidement chassée  par  une autre, nous a fait oublier une page d’histoire tragique semblable en de nombreux points à celle à laquelle nous assistons aujourd’hui et qui s’est produit il y a juste trente ans non loin de là : les Guerres de Yougoslavie….

"Ah, oui c’est vrai !" Aurions-nous tendance à confesser, comme lors de toute résurgence soudaine d’un évènement que l’on pensait enfoui à jamais dans les tréfonds de notre mémoire défaillante.

Un conflit qui dura plus de dix longues années, au cœur des Balkans, que certains n’hésitèrent pas à qualifier  de « poudrière » surtout depuis qu’elle constitua la genèse du premier Conflit mondial en 1914 et qui marqua dans cette dernière décennie du XXème siècle, la mort de la « Yougoslavie », ce pays des « slaves du sud » né sous les décombres de la Grande Guerre et de l’Empire Austro-Hongrois, composé de 6 républiques pourtant dissemblables : Serbie, Croatie,  Bosnie-Herzégovine, Monténégro , Slovénie et Macédoine et de deux autres autonomes : le Kossovo et le Voïvodine.

« Un patchwork » territorial avec quatre langues officielles, trois religions et même deux alphabets, le tout dirigé au lendemain de la seconde guerre mondiale par le Croate Joseph Tito qui présidera aux destinées du pays jusqu’à sa mort en 1980.

Il y instaura un régime autoritaire avec un parti (Communiste) unique mais se dégagea très rapidement du « joug Stalinien » , provoquant même en 1948 un « schisme » au sein de ce que l’on appelait alors le « Bloc de l’Est »…

Ce pays se revendiquant socialiste autogestionnaire et non-aligné fut toutefois un partenaire privilégié du bloc occidental, notamment via l’OCDE et le FMI. A la mort de Tito, une direction collégiale du pays fut mise en place mais comme on dit : « chassez le naturel, il revient au galop » le réveil des nationalités et la volonté séparatiste reprirent le dessus à l’orée des années 90.

On se souvient subitement de la suite : une longue guerre débouchant sur d’âpres accords de paix avec à la clé l’émergence de nouveaux états issus des anciennes républiques dont certaines ont rejoint ultérieurement l’Union Européenne.

Certes, me direz-vous mais quel rapport avec la situation actuelle avec la guerre Russo-Ukrainienne ? Si le contexte géopolitique et historique est différent, les intentions et les effets sont identiques : le constat d’ un coût en pertes humaines énormes (dans le cas de la Yougoslavie, plus de 140 000 morts), des génocides organisés (dont celui de Bosnie) , des crimes contre l’humanité et des viols, des villes devenues martyres : Vukovar hier peut se retrouver dans Marioupol d’aujourd’hui, cités rasées, vidées de leurs habitants et sous les feux incessants des obus…

Le Poutine d’aujourd’hui serait l’artisan d’une « nouvelle Grande Russie » à reconstituer quoiqu’il en coûte en vies humaines et destructions massives pour y parvenir tandis que le Milosevic de l’époque incarna l’instigateur d’une « Grande Serbie » prompt à recoller les morceaux éparpillés de l’ex-Puzzle Yougoslave mais qui lui, termina sa vie au fond d’une cellule après avoir été condamné par le Tribunal Pénal International,  destin souhaité pour le Maître du Kremlin par ses plus farouches adversaires mais tout cela semble fortement improbable…..

Des destins paradoxalement autant différents que croisés pour ces territoires hantés par une Histoire compliquée, avec le spectre du grand frère soviétique aujourd’hui défunt dont l’ombre apparait en arrière-fond mais qui a parfois fait subsister au cœur de ces morceaux d’ « Empire éclaté » des poches de Nationalisme exacerbé,  ou de volonté de souffler sur les braises de feux mal éteints…

 

LA GUERRE DES TROIS AURA-T-ELLE LIEU ?

 

Editorial du 11 avril

 

 

Dimanche soir, 20 heures alors que les derniers bureaux de vote fermaient partout en France, on connaissait déjà le nom des deux finalistes qui s’affronteront pour le second tour de la présidentielle prévu le 24 avril : il s’agissait du même casting qu’il y a cinq ans :  Emmanuel Macron contre Marine Le Pen…

Un scénario cousu de fil blanc comme le prédisaient certains commentateurs avisés, « décidément, on prend les mêmes et on recommence ! » ont pu également soupirer les électeurs de « la France Insoumise- L’Union Populaire » du très tenace Jean-Luc Mélenchon qui ont cru jusqu’au bout à la qualification, portés par une étonnante « remontada » favorisée par le « vote utile » qui aura vu la formation de Gauche radicale échouer d’un cheveu au pied du podium…

« Jamais deux sans Troie » c’est de bonne guerre, soupirera Jean-Luc Mélenchon…tout accusant illico presto Fabien Roussel pourtant une des « révélations » de la campagne de l’avoir fait échouer en maintenant sa candidature à tout prix.

Cependant, plusieurs points de divergences profondes opposaient l’adepte sympathique des « jours heureux » au leader de l’Union Populaire. Celui qui se revendique « Communiste » s’autoproclamant en outre « coco et cocorico », défenseur de la police et du nucléaire civil et du retour au « service public » saupoudré d’un retour aux « nationalisations » version 1981et qui n'avait ainsi aucune raison de s'effacer devant le Commandeur d'une gauche reboostée...

Une « Campagne » qui au départ, n’en était pas vraiment une, complètement occultée par la Guerre en Ukraine, obligeant le président sortant à jouer les « abonnés absents » à la course, au grand dam de ses concurrents agacés par une attitude jugée hautaine voire désinvolte…

On se souvient encore d’une « Campagne à la Hussarde » menée par un célèbre journaliste de presse écrite, parlée et télévisée, surnommée le «Z » qui comme Zorro ou Jeanne d’Arc allait bouter l’ennemi suspecté de « grand remplacement » hors de nos frontières et qui, le temps d’une courte séquence, aura su draguer les troupes de sa « sœur de lait » dont il pensait « pis que pendre » en les attirant comme des guêpes enivrées au "sein de sa douce France d'hier"  pour finalement réviser à la baisse son désir de reconquête, atteint du syndrôme du débutant qui aurait abusé d'un parfum sulfureux pour séduire ses adeptes….

« On a pris une branlée ! » soupiraient certains membres de ses troupes à l’annonce des résultats : 7%, bien loin du seuil permettant d’accéder à un second tour pour défier ce « petit chose » de Macron comme le surnommait le pamphlétaire, ben voyons !

Ailleurs dans le peloton des prétendants, on peut déplorer le pathétique destin des « petits candidats » à l’instar d’un Nicolas Dupont-Aignan, éternel « Monsieur 2% » sorte d’archéo-gaulliste qui finit par appeler à voter « Marine Le Pen » afin d’éviter un second quinquennat Macron, ce dernier responsable, selon lui,  de tous les maux de la France…

A contrario, Jean Lassalle, ancien bras droit de François Bayrou reconverti en « chantre de la ruralité » aura finalement tiré son épingle du jeu : 3 % . Après tout ce n’est pas si mal pour ce grand flandrin truculent mais tacticien qui adore jouer « l’idiot à Paris » pour être adulé comme « Gorri le Diable » au cœur de sa vallée d’Aspe…

Seule surprise de taille : c’est la véritable déroute de la Droite qui connait là son plus cuisant échec depuis le début de la Vème République : moins de 5 % des suffrages exprimés ! . Même plus de quoi se faire rembourser ses frais de campagne et voir Dame Valérie soudain criblée de dettes à titre personnel !  Pas besoin de siffler cul sec une bouteille de Champagne, la gueule de bois s’attrape à jeun »….

Une véritable « Rouste » comme aurait pu dire le regretté politologue Jean-Marc Lesch. Surtout pour… une Valérie Pécresse qui claironnait à la France entière qu’elle était la seule à « pouvoir battre Emmanuel Macron » et dont la campagne s’est progressivement transformée en véritable de « Chemin de Croix » pour subir en définitive un véritable « crash » avec des perspectives qui s’annoncent plutôt sombres pour les Républicains menacés purement et simplement de dislocation….

Le Parti Socialiste qui se trouve déjà dans un état comateux est en train de prendre le même chemin avec une Anne Hidalgo inaudible et insensible aux départs de ses soutiens traditionnels vers Emmanuel Macron voire Jean-Luc Mélenchon et qui devra regagner la tête basse l’Hôtel de ville de Paris en tentant de passer à autre chose…

Pensez donc, avec moins de 2 % des suffrages exprimés, elle peut également rejoindre le « Livre des Records » du plus faible score du Parti Socialiste sous la Vème République.

Et dimanche soir, le « Cheval de Troie » piloté par Emmanuel Macron dès 2017 a réussi à confirmer sa parfaite viralité : les deux anciens partis naguère habitués à tutoyer les étoiles se sont retrouvés à renifler comme un chien perdu sans collier le sol humide du bitume…

A l’instar d’un Yannick Jadot qui lui, n’a pas décollé dans les sondages durant toute la Campagne et qui voit ses suffrages siphonnés par un Jean-Luc Mélenchon prônant le vote « utile » ou pire qui peut finir par se demander si « les Français après tout «ne s’en foutent un peu de l’écologie » , malgré les dangers climatiques qui nous guettent »…

Restent donc les deux finalistes de 2017 avec le troisième homme Mélenchon à la manœuvre qui sera indéniablement le « faiseur de roi » ou peut-être « de reine» d’un deuxième tour qui va briller par son incertitude….

Quel que soit le vainqueur, la suite risque d’être un combat des trois nouvelles coalitions qui pourrait composer à présent le paysage politique français qui se profile à l’horizon : un bloc de la droite radicale, un autre de la gauche non moins radicale et un troisième, celui du Marais électoral , comprenez le mariage du centre droit et du centre gauche….

Enfin, une autre inconnue va résider dans ce que l’on appelle le « troisième tour » : celui des élections législatives qui ont traditionnellement pour dessein d’amener une majorité confortable au vainqueur de la présidentielle pour les cinq ans qui suivent…

Cependant,  la « donne est peut-être en train de changer car en arrière-fond le désir grandissant de voire une réforme en profondeur de notre système politique vieillissant et jugé injuste en matière de représentativité semble être à l’ordre du jour mais comme on le sait, la politique n’est pas une science exacte, affaire à suivre….

 

A L’AUBE DU TROISIEME TOUR

 

Editorial du 27 avril

 

 

Nous sommes le 24 avril 2022, il est 20 heures : les derniers bureaux de vote viennent de fermer et on connait déjà le nom du vainqueur de l’élection présidentielle, exactement le même que cinq ans plus tôt : Emmanuel Macron, confortablement réélu avec plus de 58 % des suffrages exprimés face à la même adversaire, Marine Le Pen qui totalise quant à elle, plus de 42 %,  améliorant sensiblement son score précédent et permettant au parti co-fondé par son père en 1972, d’obtenir un nombre de suffrages totalement inédit…

Défaite pour la 3ème fois, Marine le Pen s’est pourtant réjouie d’avoir remporté « une victoire éclatante ». Pour expliquer cet étrange paradoxe, on comprendra donc qu’elle faisait allusion à ce score inégalé et non au « barrage républicain » opéré par la France Insoumise ainsi que la majorité de la famille éclatée de gauche qui l’ont de facto empêchée de devenir la prochaine locataire de l’Elysée…

La réélection d’Emmanuel Macron à peine annoncée, on a vu un Jean-Luc Mélenchon ressortir ses fourches Caudines pour proposer au « Peuple Français » de reprendre les armes afin de remporter les législatives qui se tiendront au mois de juin et avec le dessein d’imposer « une cohabitation » à Emmanuel Macron, sans oublier de l’élire, lui, le « faiseur de rois lors du second tour » au poste de « Premier ministre » !

On devine ce qu’insinue ce citoyen du monde, né à Tanger, passé par la Normandie puis le Jura pour ensuite poser ses valises à Massy avant de s’enticher des rivages de la Cité Phocéenne : « Monsieur Macron est élu par défaut, donc pas représentatif des aspirations du peuple français » qui souhaite une cohabitation pour mener une politique plus sociale, d’ailleurs ils seraient plus de 66 % à le souhaiter (comme ils étaient plus de 60 % à ne pas souhaiter la réélection du candidat sortant…pourquoi, riez-vous ?).

Interrogé sur le sujet dans un entretien dans « Ouest France »,  Emmanuel Macron lui a répondu. "J’ai du respect pour les citoyens, les électeurs. Mais comme dans les compétitions sportives, ce n’est jamais bon de faire la feuille de match de la finale quand on est encore en quarts de finale", a affirmé le président sortant…

Joli tacle pour cette métaphore footballistique : le Président de « L’Union Populaire » sait très bien que c’est le Président de la République qui nomme le Premier Ministre et d’ailleurs pourquoi Monsieur Mélenchon serait-il plus légitime que Madame Le Pen en cas de victoire, n’a-t-il pas été éliminé (également pour la 3ème fois) dès le premier tour?

Et pour quelle raison obscure se jetterait-il dans la périlleuse expérience de Matignon, lui qui avait plus ou moins annoncé à l’issue du premier tour qu’il passait à présent le relais aux générations futures ? La volonté d’un baroud d’honneur qui ne veut pas dire son nom ?

Certes Madame Le Pen avait formulé les mêmes intentions, mais encouragée par ce score historique, la voilà plus encline à préparer les « prochaines échéances », celles qui auront lieu dans 5 ans sachant qu’elle ne croisera plus Emmanuel Macron sur sa route, Ce dernier ne pouvant plus briguer un troisième mandat….

Et puis, on semble l’avoir oublié mais les précédentes cohabitations n’ont pas vraiment porté chance aux Premiers Ministres en poste, que ce soit en 1988, où Jacques Chirac avait mordu la poussière face à François Mitterrand qui avait su tirer profit de ses pouvoirs restreints mais dont celui de nuisance restait réel pour entraver discrètement l’action gouvernementale.

EN 1993, rebelote où le grandissime favori, Edouard Balladur s’est fait « gober tout cru » par son ami de trente ans,  Jacques Chirac, sous l’œil complice du même François Mitterrand et ne parlons pas de Lionel Jospin qui subit dès le 1er tour en 2002, une humiliante défaite face à un Jacques Chirac, pourtant affaibli par une dissolution ratée mais qui ne fit par la suite qu’une bouchée au second tour de l’outsider Jean-Marie Le Pen …

Les premières projections pour les législatives donnent le parti présidentiel et ses alliés en tête des suffrages pouvant obtenir de surcroit la majorité absolue mais de façon bien évidemment beaucoup plus étriquée qu’en 2017.

Il est clair que Marine Le Pen et le Rassemblement National seraient susceptibles d’obtenir entre 75 et 105 députés, devenant le véritable leader de l’opposition, avec une meilleure représentativité électorale, en outre débarrassée du trop fébrile Monsieur Zemmour qui doit à présent se demander s’il n’aurait pas dû rester calé sur son fauteuil confortable de polémiste vedette au lieu de s’embourber dans certains des bas-fonds de l’arène politique…

Le fait que Monsieur Mélenchon puisse approcher les 50 députés voire un peu plus pourrait constituer un résultat honorable mais certainement bien loin de ses désirs qu’il prend pour des réalités…

Mais que dire des deux « vestiges » de l’ancienne bipolarité politique (Droite/Gauche) qui régit le « Paysage Politique Français » jusqu’en 2017 : à savoir le PS qui tente sans vergogne de fricoter avec la « France Insoumise » pour éviter de liquider les derniers « bijoux de famille » (même si d’autres plus lucides sont prêts à franchir le Rubicon Macroniste) et les LR, qui frôle la « relégation » bien que « sonnés » par la Bérézina de la Présidentielle mais qui cherche à rester « indépendants » optant pour la position d’un « joueur de poker qui essaierait de se refaire »….

On le sait, la Politique est loin d’être une science exacte et quelques surprises pourraient s’inviter malgré tout au cours de cette nouvelle et indécise campagne : peut-être une « majorité relative » pour le gouvernement même si des ajustements en matière sociale et environnementale sont faits par un Emmanuel Macron qui continue à susciter une forme de détestation d’une partie de l’opinion publique…

Il reste plus de six semaines à chaque acteur de ces fameux troisièmes et en fait quatrièmes tours que constitueront les élections législatives et dont le résultat final permettra de définir le nouveau cap pour les cinq prochaines années à venir.

Il est clair que quel que soit le vainqueur, la tâche risque d’être très rude pour celui qui en héritera , témoin d’ un monde en constante ébullition et surtout de gérer l’héritage d’ une France coupée en deux (celle des métropoles qui « réussit » et l’autre périphérique qui « subit »)  et même en trois au niveau politique : le Bloc Macroniste « l’Extrême-Centre », la Gauche Radicale et enfin la Droite Nationale et tout autant Radicale, cette dernière étant persuadée qu’elle finira par accéder au pouvoir…