LE CHEMIN DES DAMES

Philippe DUPONT

     

Editorial du 1er Juillet 

 

Elle aura été la plus éphémère ministre de l’ Outremer de la Vème République : à peine un mois s’était écoulé depuis sa nomination et sa démission d’un gouvernement qui continue d’être provisoire…mais justement, c’était pour mieux rentrer dans l’Histoire politique de la France, en devenant la première femme Présidente de l’Assemblée nationale….

Une première donc,  pour Madame Yaël Braun-Pivet, 51 ans qui accède au Perchoir, devenant le quatrième personnage de l’Etat,  cinq ans après être entrée au Palais-Bourbon lors de la vague Macroniste de 2017 et qui a échappé à la mésaventure de certain(es) de ses ex-collègues en étant réélue dans la 5ème et très cossue circonscription des Yvelines…

Cette mère de famille de cinq enfants, avocate pénaliste de formation n’est pas une inconnue du monde politique : elle occupait jusqu’à présent la très convoitée Commission des lois depuis 2017, date à laquelle elle avait succédé au socialiste Dominique Raimbourg, également avocat pénaliste.

Après des débuts compliqués, où certains lui reprochèrent notamment sa gestion laborieuse de l’Affaire Benalla, l’accusant même de vouloir torpiller une commission qui faillit empoisonner le premier quinquennat Macron mais Yaël Braun Pivet a su s’imposer par la suite auprès de ses pairs et être réputée pour sa ténacité…

Ses velléités de perchoir s’étaient pourtant déjà affirmées en 2017, lorsqu’elle avait affronté au cours d’une primaire sans succès, un ancien camarade socialiste converti comme elle au Macronisme, un certain Richard Ferrand. La défaite surprise de ce dernier dans le Finistère a permis à la candidate malheureuse de pouvoir s’assoir au perchoir .

Elue dans un contexte particulier : au second tour d’un scrutin où la Majorité n’est que relative et grâce à l’abstention du RN., elle sait que sa tâche sera âpre dans les cinq ans qui viendront, à moins qu’une dissolution ultérieure ne vienne de nouveau chambouler le difficile numéro d’équilibriste que la Dame du Perchoir devra jouer…

Les premiers mots de la Présidente ont été pour évoquer le « chemin politique long et sinueux » qu’auront dû emprunter les femmes depuis la Libération, lorsqu’elles ont pu enfin accéder au droit de vote et de facto à pouvoir se plonger dans ce monde jusqu’à alors clos de la vie politique…

Depuis, beaucoup de chemin a été parcouru, en témoigne la récente nomination d’Elisabeth Borne à Matignon, l’instauration de la parité dans le gouvernement mais aussi dans les conseils municipaux, régionaux et départementaux, sans oublier l’élection de femmes présidentes de groupe ou de vice-présidentes dans cette insolite assemblée issue des urnes de juin…

Paradoxalement, le tableau n’est pas si rose que ça : la nouvelle présidente du Palais-Bourbon ne pourra contempler du haut de son perchoir que 37 % de ses collègues féminines, certes un chiffre un peu plus élevé que celui du  Sénat avec 30 %.

Cette parité dans les assemblées locales a permis d’arriver à un juste équilibre dans le rapport homme/femme si disproportionné il y a encore une vingtaine d’années, «apportant un souffle nouveau » et qui a commencé à faire « bouger » les mentalités même s’il y a encore beaucoup de préjugés qui persistent, de sexisme ambiant souvent symbole de railleries, de propos salaces voire hautains (« la femme » ne pouvait être que « suppléante »)  qui règnent dans certains lieux y compris parmi les plus prestigieux de la République.

Cependant , ces avancées sensibles ne permettent qu’à 20 % des femmes d’être Maire, la fonction la plus sollicitée par les Français (du moins ce qui ne s’abstiennent pas) dont 52 % sont des femmes !  Pas forcément mieux au niveau départemental, où seulement 20 % d’entre elles président l’assemblée.

Les récentes élections régionales ont cependant permis de voir l’élection 5 présidentes sur les 18 tout en étant conscient que cela ne constitue pas forcément un tremplin vers des fonctions plus importantes, comme pourrait en témoigner Valérie Pécresse à la tête de l’Ile de France qui a mordu la poussière au cours de la présidentielle et que dire de la première magistrate de Paris, Anne Hidalgo qui a subi le même sort cruel que la précédente…

Si deux finalistes à la présidentielle : Ségolène Royal et Marine le Pen ont finalement échoué à remporter l’élection suprême, plus rien ne s’oppose à ce qu’une troisième finisse par s’imposer un jour.

Mais dans l’attente, la tâche d’une Yaël Braun-Pivet comme celle d’Elisabeth Borne s’annonce plutôt délicate dans un contexte politique aussi inédit que celui auquel nous assistons.

Malgré tout, il faut savoir s’armer de patience, posséder une bonne dose d’opiniâtreté , manier avec dextérité l’art du consensus, un concept nouveau dans notre démocratie plus habituée à gérer des majorités claires mais assurément porteuse de vertus intrinsèques qui sied aux femmes politiques qui ont appris assez vite que rien n’était acquis au départ pour se forger un destin contrairement à la gent masculine……

LA GARE DE PITHIVIERS

 

Editorial du 18 juillet.

 

Pithiviers…

 

Sous-Préfecture du Loiret, ville de 9 000 habitants au cœur de la « Beauce riche ». Pour beaucoup, son nom évoque celui d’un délicieux gâteau à la crème d’amandes, pour d’autres « fins gourmets » son fameux « Pâté aux alouettes » et enfin pour certains futurs parents, le souvenir de la Maternité novatrice du Dr Hodent qui faisait accoucher les mamans dans l’eau….

En outre , les nostalgiques du chemin de fer d’antan évoqueront Pithiviers comme un nœud ferroviaire, dont la gare était le point de convergence entre la ligne Etampes-Pithiviers-Beaune la Rolande et celle de Malesherbes à Orléans mais qui appartiennent à présent à la Mémoire du rail depuis leurs fermetures dans les années 60-70…

Jusqu’à récemment la Gare de Pithiviers,  qui est toujours la propriété de la SNCF était abandonnée, peut être pour mieux faire oublier un passé douloureux, celui du temps où elle s’était transformée, avec celle de Beaune la Rolande, distante de 20 km en un lieu de transit avant le départ vers les « Camps de la mort » d’Europe orientale…

Une gare avec son camp de « prisonniers » adjacent qui sera détruit au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale…  Et qui constituait une de ses « antichambres de la mort », comme le seront les autres camps de Beaune la Rolande, Compiègne et bien sûr Drancy….

Auparavant, l’histoire du camp de Pithiviers avait été le témoin d’un autre drame humain survenu dès 1939 et qui fut ouvert à l’occasion de l’arrivée massive dans le département du Loiret de 2 800 réfugiés espagnols fuyant un régime Franquiste triomphant mais leur sort bien que douloureux ne fut heureusement pas aussi tragique que celui vécu par les milliers de familles , françaises et étrangères, composées d’hommes, de femmes et d’enfants sur le même lieu entre 1941 et 1943 et qui avaient « transité » ici du simple fait d’être « Juifs » (ou « Israélites ») comme on disait alors…

Pendant près de trois ans, 16 000 d’entre eux se retrouvèrent ici dans « l’antichambre de la mort » avant de rejoindre le camp d’Auschwitz-Birkenau, dont l’écrasante majorité ne revint jamais et qui classa Pithiviers comme deuxième camp de transit après Drancy, constat glaçant….

Tous victimes de la « Solution finale » prônée et imposée par le Régime Nazi mais avec la complicité de l’Etat Français incarné par un vieux Maréchal adoubant sans vergogne le zèle de certains dignitaires du régime de Vichy à commettre l’irréparable afin de satisfaire l’Occupant….

Durant la « Rafle du Vel d’Hiv » entre le 16 et le 21 juillet 1942 qui vit l’arrestation de plus de 13 000 juifs à Paris et dans sa banlieue,  le tout orchestré par 9 000 fonctionnaires français (Policiers et gendarmes) , on envoya vers Pithiviers plus de 8 000 hommes, femmes et enfants, représentant 6 convois à destination des camps de la mort cités plus haut…

Afin que nul n’oublie, et pour célébrer comme il se doit les 80 ans de ces journées tragiques,  le site de la Gare de Pithiviers a été choisi par le Président de la République, Emmanuel Macron en partenariat avec le Mémorial de la Shoah qui gérera à présent ce Musée dédié au camp d’internement du Loiret « lieu de mémoire » vaste de 400 m2 et qui accueillera une exposition permanente ouverte à tous et bien sûr gratuite…

Ce dimanche 17 juillet, lors de l’inauguration du Musée, Emmanuel Macron a prononcé un discours chargé d’émotion, confirmant la « responsabilité unique » de la France au cours de ces journées tragiques, poursuivant le travail de mémoire déjà entamé par ses prédécesseurs, à commencer par Jacques Chirac, dès 1995 puis par tous ses successeurs.

En outre, le Chef de l’Etat a pu déplorer qu’il fallait rester vigilants quant à la résurgence des vieux démons du passé qui font que l’Histoire peut parfois « bégayer », rappelant que l’antisémitisme, l’intolérance, l’obscurantisme ou la  haine de l’autre jugé « différent » n’ont pas disparu avec le XXIème siècle, rappelant que les admirateurs des  Bousquet, des Darquier de Pellepoix ou autres Laval restent plus actifs que jamais, faisant fi des horreurs passées, sans oublier quelques polémistes révisionnistes voire négationnistes qui distillent leurs fiels notamment par le biais des réseaux sociaux ou via d’autres officines sulfureuses….

N’hésitons pas à nous rendre dans ces lieux de mémoire, qu’il s’agisse de la Gare de Pithiviers où des nombreux autres lieux de mémoire, afin d’y méditer et de ne jamais oublier que l’Histoire, la vraie, celle avec un grand H qui nous permet de mieux comprendre le passé, d’ observer le présent avec lucidité et de tenter de préparer un avenir moins tragique……