URBI ET GORBI

Philippe DUPONT.

 

Editorial du 4 septembre

 

Sa disparition à l’âge de 91 ans marque définitivement la fin d’une époque qui était révolue depuis 30 ans mais lui que l’on surnommait « le dernier Tsar rouge » était rentré dans l’Histoire au cours de la dernière décennie du XXe siècle et jusqu’à son dernier souffle le 30 août dernier, il aura suscité autant d’admiration en Occident que de haine tenace au sein même de son propre pays que l’on appelait naguère l’Union Soviétique redevenu (en partie) la Russie…

En effet, en voyant le jour en 1931 à Stravropol située à 1 200 km de Moscou, au pied des monts du Caucase, Mikhail Sergueïevitch Gorbatchev n’imaginait certainement pas connaître un tel destin.

Issu d’une famille modeste et parfois rebelle (ses deux grands-pères furent des opposants au régime Stalinien), il avait croisé la route de Youri Andropov, en villégiature à Stravropol qui avait su détecter en lui une « valeur sûre » du Socialisme triomphant.

Il fit alors des études supérieures de Droit à Moscou, où il rencontra d’ailleurs sa future épouse Raïssa avant de devenir un « apparatchik » assidu du Parti, gravissant un à un les échelons, d’abord dans sa région natale puis à Moscou…

Jusqu’à ce jour de 1985, où il accéda enfin au pouvoir, en donnant au passage un sérieux « coup de jeune » à la fonction, jusqu’alors incarnée par une gérontocratie insolente (Brejnev, Andropov et Tchernenko, tous sortis du pouvoir les « pieds en avant »).

A 54 ans, le camarade Mikhail, gardien du dogme Soviétique héritait d’un Empire qui commençait à battre sérieusement de l’aile…Des signes avant-coureurs tels l’éveil des nationalités, le désastre de Tchernobyl ou encore la déroute en Afghanistan laissaient présager une fin prochaine d’un régime totalitaire né soixante-dix ans plus tôt.

Pour le nouveau dirigeant, il était encore possible de sauver un « empire » que l’on disait inébranlable dix ans plus tôt mais à condition d’opter pour une politique de réforme et d’ouverture, qui devinrent les fameuses « Glasnost » et autre « Pérestroïka ».

Au cours des 6 ans passés au Kremlin, Gorbatchev devint très populaire en Occident, justement considéré comme un Européen convaincu qui voulait parler « la même langue que le reste du monde », mettant fin au passage à la « Guerre froide » entamée au lendemain de la Seconde Guerre qui opposant l’Occident à l’URSS et à ses « pays satellites ». Il renoua un dialogue constructif (bien que toutefois imposé du fait qu’il n’avait plus les moyens de continuer une politique d’armement soutenue) avec les USA, notamment avec ses homologues Reagan puis Bush Sr.

Un vent de liberté souffla même au cœur même d’un système jusqu’alors totalitaire et vit même des manifestations jusqu’alors interdites pouvoir se dérouler sans finir dans un bain de sang ou au Goulag sous l’œil inquisiteur du KGB…

On se souvint également que le même Gorbatchev n’envoya pas les chars à Berlin, pour empêcher la démolition du « Mur de la Honte » ouvrant une brèche pour l’émancipation des « pays frères » du COMECOM (qui n’allaient pas tarder à tomber dans les bras de l’Union Européenne) et qu’il finit par obtenir le Prix Nobel de la Paix en 1990…

Mais l’enthousiasme des « peuples émancipés » et les « louanges du bloc Occidental » ne connurent pas le même « son de cloche » au cœur de la « Maison URSS » en état de mort cérébrale : cette politique de réforme et d’ouverture fut mal jaugée et peu viable économiquement produisit les effets inverses que ceux escomptés : avec le constat d’une baisse drastique du niveau de vie, accélérant de façon inexorable l’agonie du régime Soviétique….

« Gorbi le magnifique » à l’Ouest finit par devenir « Gorbi, le fossoyeur de l’URSS » à l’Est, devenant honni par une grande majorité de l’opinion publique et ce, jusqu’à ce qu’il pousse son dernier souffle, le jugeant responsable de cette « Catastrophe nationale »….

Malgré tout,  même ses détracteurs les plus acharnés lui savent gré d’avoir ouvert la Russie d’alors vers le chemin de la modernité et de l’ouverture vers le monde….

On connait la suite qui a d’abord eu des effets bénéfiques : démocratisation et libéralisation économique, participant un temps au G8, avec la Présidence agitée de Boris Eltsine puis l’intronisation de son poulain, un certain Vladimir Poutine à l’aube du XXIe siècle et qui comme chacun sait est toujours aux manettes…

Ce dernier est arrivé au pouvoir un peu comme Gorbatchev : pour tenter de « redresser la barre » d’un pays à présent gangréné par la corruption et le pouvoir mafieux de certains oligarques qui avait succédé à la nomenklatura non moins corrompue et replacer la « Russie » dans la « Cour des Grands » des nations au cœur d’un monde non plus bipolaire mais plutôt tripolaire (axe Europe-Amérique-Asie) mais là s’arrête les similitudes : poussée d’un régime autocratique puis dictatorial, dominé par les Oligarques tout aussi corrompus et retour au bellicisme, avec cette guerre de « reconquête » de l’Ukraine, tout le contraire d’un Gorbatchev, en somme..

Pourtant Vladimir Vladimirovitch a tenu à rendre un bref et ultime hommage en allant se recueillir devant le cercueil de son prédécesseur, effectuant ainsi le minimum syndical car il n’a pas assisté à ses obsèques ni décrété un quelconque deuil national, le poids du passé et les rancunes sont probablement passés par là même si l’ancien officier du KGB doit involontairement son accession au pouvoir au défunt….

Aucun chef d’état étranger n’était présent, à commencer par ceux qui lui dressait des louanges, conflit russo-ukrainien oblige. Une page de l’histoire contemporaine s’est donc définitivement refermée pour rejoindre le rayon des archives….

En guise de conclusion, on peut sourire en lisant la nécrologie dressée par une des agences de presse officielle russe RIA Novosti :

« La vieille sagesse dit que la route de l’enfer est pavée de bonnes intentions : le destin de Mikhail Gorbatchev est une leçon pour tous les hommes d’Etat. Peu importe que vous ayez voulu sincèrement faire quelque chose de bien ou que vous ayez été guidé par vos idéaux élevés.

En fin de compte, seuls les résultats réels de vos décisions et de vos actions comptent. Et ces résultats sont « la Catastrophe nationale » que fut l’effondrement de l’Urss en 1991 »…

 

Oups, il y a comme une impression de feux mal éteints dans ce qui fut naguère le pays de la « terre brulée »….

CINEMA PAS MORT, MISTER GODARD...

 

Editorial du 13 septembre..

 

« Et Godard créa le Mépris et c’est à bout de souffle qu’il a rejoint le firmament des derniers créateurs d’étoiles ».

Il s’agit du Tweet envoyé par Brigitte Bardot pour saluer la mémoire de celui qui la fit jouer dans un de ses meilleurs rôles en 1963 : « Le Mépris » adaptation du roman d’Alberto Moravia et avec Michel Piccoli comme partenaire…

Une page se tourne définitivement : Jean-Luc Godard, 91 ans était le dernier survivant de cette « Nouvelle Vague » (l’expression était due à Françoise Giroud, dans un article de « L’Express »), qui allait submerger le cinéma Français à partir de 1957 et jusqu’au milieu des années 60.

Né en 1930 à Paris au cœur d’une famille bourgeoise, son père était médecin et il cousinait avec l’illustre famille Monod (Théodore l’explorateur, Jacques, le prix Nobel de Médecine, et même avec Jérôme, le futur patron de la Lyonnaise des Eaux). Il partage les premières années de son existence entre les rives du Lac Léman et Paris, un "trait-d'union" permanent entre la France et la Suisse qui se poursuivra jusqu'à aujourd'hui...

Jeune homme lettré, polyglotte et mélomane, il s’oriente vers le milieu du cinéma à l’issue de ses études de lettres vers le monde fascinant du cinéma …

Jeune « Turc » de la Critique cinéma dès le début des années 50, notamment aux « Cahiers du Cinéma » où il côtoie Claude Chabrol, François Truffaut, Eric Rohmer ou encore Jacques Rivette, tous ces jeunes gens qui ne tarderont pas à passer  de l’autre côté de la caméra, après avoir « étrillé » parfois sévèrement les « vieux cinéastes »qui régnaient alors...

C’est en 1954, qu’il réalisera son premier court-métrage, un documentaire : « Opération béton », tourné en Suisse, puis suivront quelques autres courts-métrages, dont « Charlotte et son Jules » qu’il tourne avec un inconnu de 24 ans qui court alors après le cachet : Jean-Paul Belmondo…

Mais c’est en 1959 que le « phénomène Godard » est déclenché avec la sortie de son premier long-métrage : « A bout de souffle », réalisé avec de faibles moyens, avec la complicité de ses copains Chabrol et Truffaut. Un premier film qui réunit une charmante Américaine, Jean Seberg, en rupture avec Hollywood et une fois encore, Jean-Paul Belmondo, l’ensemble peut paraître a priori un peu bâclé, avec de drôle de prises de vues et des dialogues qui semblent improvisés.Et pourtant, la magie va opérer...

« A bout de souffle » va connaitre un grand succès critique qui démontre une œuvre qui casse tous les codes traditionnels, pour inventer un langage cinématographique nouveau ainsi que public puisque plus de 2 millions de spectateurs vont se ruer vers les salles obscures…

D’emblée, Jean-Luc Godard est hissé au rang de « réalisateur mythique » pas seulement en France mais également dans une grande partie du globe,  tandis que son interprète Jean-Paul Belmondo devient une star incontournable...

Ce dernier, bientôt happé par le succès commercial, servira toutefois la cause du réalisateur en jouant également dans « Une femme est une femme » et bien sûr « Pierrot le fou » (1965) dans lesquels il donnera la réplique à Anna Karina, la belle actrice d’origine Danoise, « muse » godardienne et éphémère épouse (1961-67) qui jouera dans 7 de ses films..

Durant toute la décennie 60, Godard est un cinéaste prolifique et qui fait appel à des « stars » tout en créant quelques uns de ses plus grands classiques dont le « Mépris » production franco-italienne cité plus haut où il impose la grande star du moment, Brigitte Bardot contre une autre, Sophia Loren, pourtant la femme du producteur du film, Carlo Ponti…

Il est comme ça « JLG », un côté « Anar » qui n’aime pas que lui donne des ordres, s’abritant derrière ses lunettes fumées et crapotant son éternel cigare.. D’ailleurs en 1981, il refuse l’attribution de l’Ordre national du mérite avec cette formule définitive « Je n'aime pas recevoir d'ordre, et je n'ai aucun mérite »

En outre, il va se définir non pas comme un cinéaste, mais comme un « artisan » du cinéma, coiffant de multiples casquettes : caméraman, monteur, scénariste, dialoguiste, producteur… même s’il est reconnaissant de l’action du producteur Georges de Beauregard ou de son chef-opérateur, Raoul Coutard….

Les films s’enchainent donc, citons en autres « Alphaville » un film de science fiction où il met en scène Eddie Constantine, d’habitude plus habitué à jouer dans des séries B, mais également « Bande à part » , « Made in USA », « Week-end » ou encore « La Chinoise » dans lequel joue sa nouvelle femme, Anne Wiazemsky.

1968 constitue un « tournant » dans sa carrière : on se souvient de l’interruption du Festival de Cannes, par solidarité avec le mouvement de mai, dont il est un des instigateurs avec ses collègues Truffaut, Malle, Polanski, Lelouch ou encore Milos Forman…

Son cinéma va devenir plus expérimental, encore plus militant qu’auparavant, jusqu’à se rapprocher des milieux maoïstes , ainsi cette figure de la Nouvelle Vague va accompagner toutes les grandes luttes d’émancipation et des combats de la classe ouvrière et de la jeunesse avec une radicalité assumée…

Il va créer en 1968 , un collectif cinématographique « Dziga Vertov » (du nom du réalisateur soviétique éponyme) avec son complice Jean-Pierre Gorin,  afin de produire des films militants d'orientation maoïste. Tous les films sont signés collectivement.  Le réalisateur « sulfureux » réalise au passage un documentaire sur les non moins sulfureux « Rolling Stones » nommé « One plus One »…

Il fera toutefois quelques allers et retours avec le cinéma qu’il pratiquait naguère, en témoignent les sorties de « Détective » ou « Nouvelle vague » où il fait appel à des artistes bien éloignés a priori de son univers : Johnny Hallyday ou encore Alain Delon qui avait été snobé par la Nouvelle Vague….

Juste à son dernier souffle, Jean Luc Godard restera fidèle à sa légende : un artiste engagé au service du cinéma, considéré comme un art en perpétuelle mutation, s’autoproclamant plus « chercheur » que cinéaste mais dont le but recherché n’est plus toujours compris, décontenançant autant ses (nombreux) admirateurs que ses (non moins nombreux) détracteurs…

Adulé dans le monde entier, et surtout aux USA par plusieurs générations de cinéastes, dont Scorcese ou encore Tarantino, bien que pour ce dernier, l’estime ne soit pas réciproque, on se souvient d’un Godard le traitant de « pauvre garçon » voire de « faquin ». Rude…

Rude et difficile à interviewer le cinéaste Franco-Suisse, soit refusant de répondre, soit titillant le pourtant consensuel journaliste et (cinéaste) Philippe Labro sur le traitement biaisé selon lui du conflit de la « Guerre des Malouines » par Antenne 2.

Plus chanceux, Daniel Rochebin, le célèbre journaliste de la Télévision Suisse Romande (aujourd’hui sur LCI) arrivera a apprivoiser l’animal Godard, cet ours gentil mais bourru, comme l’appelaient ses compatriotes de Rolle où il résidait depuis une quarantaine d’années, en compagnie de sa dernière compagne, la réalisatrice Vaudoise, Anne-Marie Miéville…

La plus illustre incarnation de la « Nouvelle Vague » s’est donc éteint paisiblement, bercé par les clapotis du Lac Léman, ayant opté pour le suicide assisté, légal en Suisse, comme pour inscrire le mot « fin » sur le film de sa vie fort bien remplie…

« Un trésor national » c’est comme cela que le président Macron a qualifié le défunt Godard, l’homme qui n’aimait pas les hommages, boudant dans les dernières années, les cérémonies  (comme à Cannes) même s’il a reçu beaucoup de prix dans sa longue carrière, dont un oscar à Hollywood et de nombreux autres trophées glanés lors des festivals….

Pour conclure, « Libération » l’a décrit comme un cinéaste qui était un messie sans disciples. Le copier, l’imiter, s’en réclamer, c’est courir à l’échec. Mais s’il n’est pas un modèle, son influence, elle, est essentielle. Unique.

L’auteur de bons mots qu’était Godard qui souhaitait inscrire sur sa tombe comme « Jean Luc Godard, au contraire », nous rajouterons « Cinéma pas mort, Mister Godard, et ce, grâce à vous »….

GIORGIA ET SES FRERES...

 

Editorial du 26 septembre 

 

Les sondeurs avaient vu juste : Giorgia Meloni a réussi son pari en arrivant largement en tête des élections législatives qui avaient lieu ce dimanche chez nos voisins Italiens… Son parti « Fratelli d’Italia » (Frères d’Italie) a remporté près de 26 % des suffrages exprimés alors qu’ il n’en avait totalisé que 4 % en 2018.

En outre, elle a également réussi une « alliance des droites » avec Mateo Salvini (« La Ligue du Nord ») et l’inoxydable Silvio Berlusconi (« Forza Italia ») permettant d’obtenir 43 % des suffrages, avec l’assurance d’avoir la majorité absolue dans les deux chambres : 237 des 400 sièges de députés et 115 des 200 sièges du Sénat…

Cerise sur le gâteau, la « Meloni » comme aime la surnommer de l’autre côté des Alpes possède de grandes chances de devenir la Première Présidente du Conseil de l’histoire du Pays… Une prouesse dans une Italie qui a connu pas moins de 65 gouvernements successifs depuis 1945 !

On le sait :  le mode de scrutin est fort différent du nôtre, mêlant depuis la réforme de 2017, une habile dose de scrutin majoritaire et de proportionnelle qui incite à une culture du compromis (comme c’est également le cas dans la plupart des pays européens) et que des mauvaises langues chez nous qualifieront de « combinazione » , génératrice d’attelages improbables et parfois teinté d’un doux parfum court-termiste…

Comme issue, après moultes consultations, le dernier mot reviendra au Président de la République, Sergio Mattarella qui désignera l’heureux ou heureuse élu(e)… même si le suspense risque d’être de courte durée : la fonction devrait bien échoir à Madame Meloni….

A 45 ans, cette jeune femme blonde est loin d’être une « novice » en politique puisqu’elle compte déjà plus de 30 ans de militantisme derrière elle…. En effet, c’est en 1992 que la lycéenne d’alors, dont le père est un militant communiste convaincu et la mère est plutôt marquée à droite (ils finiront par divorcer) rejoint les rangs du MSI, un parti qualifié de « néo-fasciste » longtemps dirigé par Giorgio Almirante et qui se verra exclu par tous les autres partis de toute participation à une quelconque coalition politique, malgré un relatif adoucissement de ses  positions radicales avant de disparaître en 1995 pour se transformer en « Allianza Nazionale »…

En 1996, la jeune Giorgia fait une première fois parler d’elle en étant interviewée par la Télévision Française où elle confie (dans un Français impeccable) que « Mussolini a fait de bonnes choses » (Sic)…

Elle n'est pas forcément la seule à être convaincue par ses propos dans un pays qui a pourtant banni le mot « fascisme » de sa Constitution. Ce qui l’empêchera pas de gravir les échelons et de se faire élire Députée à 29 ans et Vice-Présidente de la Chambre… En 2008, Silvio Berlusconi l’a fait même entrer dans son gouvernement en lui confiant le portefeuille de la Jeunesse…

Tandis que l’histoire politique italienne connait de grands bouleversements avec l’écroulement des deux blocs qui dominaient la Péninsule depuis 1945, à savoir la Démocratie Chrétienne et le Parti Communiste, elle participe à la création d’un nouveau Parti « Fratelli d’Italia » en 2012 qui s’inscrit dans une tradition populiste et néo-conservatrices affirmées…

On verra au cours de la décennie, l’éclosion de partis séparatistes comme la « Ligue du Nord » ou bien sûr du « Mouvement 5 étoiles » de l’Humoriste Beppe Grillo, surnommé le « Coluche Italien » (il avait d’ailleurs joué avec lui dans « le Fou de Guerre » de Dino Risi) alors que triomphe à l’époque, La coalition de Droite « Forza Italia » de « Sua Emittenza » : Silvio Berlusconi…

On connait la suite jusqu’à aujourd’hui : des gouvernements successifs, de gauche ou du centre-gauche ou d’indépendants : d’Enrico Letta à Mario Draghi, en passant par Matteo Renzi (« le Macron Italien » ) et surtout l’improbable attelage Mouvement 5 Etoiles- Ligue avec Giovanni Conte épaulé du trublion Matteo Salvini pour déboucher finalement, au lendemain de la traumatisante crise sanitaire sur un gouvernement d’Union Nationale dirigée par l'éminent Mr Draghi.

Ce dernier avait réussi à former un gouvernement « arc en ciel » reflétant toutes les tendances politiques de la Péninsule, de la gauche radicale à la droite nationale et souverainiste. Un seul mouvement avait pourtant décliné l’offre : « Fratelli d’Italia » qui a su profité de la chute de ce gouvernement insolite, suite à la défection d’une de ses composantes (Mouvement 5 étoiles)… en coulisses donc, Giorgia Meloni a fait un gros travail de terrain, séduisant les couches les plus défavorisées, celles en voie de paupérisation, victimes des différentes crises qui ont affecté le pays depuis une dizaine d’années mais également les petits patrons séduits par le discours énergique d’une candidate qui s’est avérée en outre une habile stratège en formant une « coalition » avec deux alliés toutefois improbables et pas forcément fiables : le très lourdingue Matteo Salvini et l’éternel (bien que vieux et fatigué) : Silvio Berlusconi .

Une sorte de tour de passe passe qui a donc séduit les électeurs italiens (du moins ceux qui ne se sont pas abstenus, car « les pêcheurs à la ligne » ont toutefois atteint les 30 % , du jamais vu jusqu’à présent)… Une sorte d’alchimie provoquée par les mêmes stratagèmes (ici, version Droite Extrême, curieusement classé ici Centre Droit ?! ) qu’a pu être la NUPES chez nous pour l’Union de la Gauche tout en réussissant ce que Mr Zemmour, (un ex-journaliste comme Mme Meloni, ndlr) a lamentablement foiré avant de subir un humiliant revers électoral…

Donc une ascension irrésistible qui risque de propulser l’ancienne admiratrice juvénile du Duce vers les salons lambrissés du Palais Chigi et ce, malgré les nombreuses attaques de diabolisation qui seront restées vaines au cours de la Campagne, en témoignent les résultats sortis des urnes…

Mais l’inquiétude demeure toutefois, dans le pays comme dans le reste de l’Europe qui ne voit pas d’un bon œil l’arrivée au pouvoir d’une femme qui,  si elle ne se réclame plus du fascisme 100 ans après la « Marche sur Rome », affiche cependant une image de politicienne néo-réactionnaire, anti-LGBT, anti-avortement, anti-immigrés et défendant une Italie Chrétienne face à un « grand remplacement annoncé » (entendez: Islamique, tiens, tiens) et dont le slogan « Dieu, la famille, la patrie » est exactement le même que celui du Docteur Salazar qui dirigea de façon dictatoriale le Portugal  pendant 36 ans. Oups.

Mais Madame Meloni ne compte gouverner qu’au moins le temps de la législature, ayant gommé au passage les sujets qui fâchaient : la sortie de l’Euro, l’Italxit, la mise sous le boisseau d’un arrêt de l’immigration massive et s’est affiché comme un soutien inconditionnel à l’Ukraine contre Poutine (a contrario de ses deux alliés) et dont les premiers mots ont tenté d’être consensuels : « je serai la première ministre de tous les Italiens » formule laconique généralement employée dans ce genre de circonstance pour n’effrayer personne.

Et surtout avec la volonté de rassurer Bruxelles et le bloc occidental : dans ce pays fondateur de l’Union Européenne, membre du G7, troisième économie de la Zone Euro et même deuxième puissance industrielle, ayant bénéficié en outre de la plus grosse part du plan de relance économique (200 milliards d’euro), surtout quand on a entendu la (parfois) intrusive Madame Van der Leyden proféré quelques menaces non voilées à l’endroit de Madame Meloni en cas de « sortie de route »….(comprenez de : mise à mal du délicat équilibre européen).

En attendant, la Dame a reçu les félicitations de ses « amis » Zemmour, Orban, le Trumpiste Steve Bannon et de Madame Le Pen (jugée curieusement comme « infréquentable » par Giorgia Meloni mais qui pense connaitre le même destin en 2027) et quelques congratulations autant fair-play que laconiques du reste des chancelleries qui attendent pour voir….

Il est clair que la tâche de Madame Meloni ne sera pas aisée et que les promesses électorales ainsi que son image populaire dans le sens de « proches des gens » risquent d’être vite rattrapées par les réalités d’un pouvoir et d’un système politique complexe dominés par des alliances hétérogènes qui vous font roi (ici reine) d’un soir dans l’euphorie de la victoire pour vous transformer en étoile filante peu de temps après si vous n’y prenez garde…

En attendant, la vie continue et les plus optimistes version Méthode Coué, paraphrasant Galilée vous diront : Et pourtant, elle tourne… en faisant allusion à l’Italie, bien sûr….